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Histoire de
l'Afrique et de
l'Espagne
intitulée
Al-Bayano' ...
Ibn al-Adhàrï
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HISTOIRE DE L'AFRIQUE ET DE L'ESPAGNE
INTITULEE
AL-BAYA.NO 'L-MOGRIB
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Goo
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GOUVERNEMEMT GÉNÉRAL DE L'ALGÉRIE
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HISTOIRE DE L'AFRIQUE ET DE L'ESPAGNE
INTITULEE
AL-BAYANOT-MOGRIB
TRADUITE ET ANNOTEE
PAR
E3. FAONAN
TOME I
ALGER
IMPRIMERIE ORIENTALE P. FONTANA ET G ie , RUE D'ORLÉANS, 29
1901
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119833
JUN 111908
•IBS
£.
AVANT-PROPOS
L'ouvrage intitulé El-bayân el-moghrib ft akhbjr el-Maghrib
est une compilation de la fin du VIT siècle de l'hégire (XIII r s. de
J.-C.ï, due à un auteur sur lequel nous manquons de renseigne-
ments et dont le nom, quelquefois cité par d'autres auteurs, se
retrouve toujours sous la forme, quelque peu singulière, de lbn
'Adhari, à laquelle s'ajoute quelquefois l'ethnique Merrâkechi
(Marocain). Elle est rédigée sous la forme de chronique et pré-
sente le plus souvent cette sécheresse à laquelle semblent se com-
plaire les Arabes, à qui la conception de l'histoire est presque
restée étrangère. Elle nous a d'ailleurs conservé des fragments
d'ouvrages antérieurs et disparus sans doute à jamais, entre
autres d'une chronique d"Arîb ben Sa'd, auteur Cordouan de la
seconde moitié du IV* siècle de l'hégire. Aussi M. de Slane expri-
mait-il, il y a longtemps- déjà, le désir d'en voir faciliter l'usage
/^par une traduction (Hist. des Berbères, i, 261 ; 11, 17 et 523 ;
Bekri, intr. au texte ar., p. 16).
Le texte a été mis au jour, d'après le manuscrit unique et
incomplet conservé à Leyde, par R. Dozy (Histoire de V Afrique
et de V Espagne intitulée Al-Bayano'l-mogrib, Leyde, 1848-
i85i, 2 vol.). Le savant éditeur a également consulté le fragment
d"Arib conservé à Gotha et antérieurement employé par Nichol-
son, qui en avait, de même que d'autres savants, faussement
attribué la paternité à Mas'oudi. On ne peut d'ailleurs mieux
faire que de se reporter à la belle introduction qui figure en tête
du texte du Bayân.
En outre Dozy publia, peu avant sa mort, maintes améliora-
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— Il —
tions à son édition, sous le titre Corrections sur les textes du
Bayâno'l-mogrib, etc., Leyde, i883.
Dans les notes concises qui sont jointes à cette traduction, je
me suis efforcé de rapprocher brièvement les assertions d'Ibn
'Adhari de celles des principales sources orientales, s5ns toujours
viser à épuiser ces dernières, comme aussi de contrôler certains
de ses dires. J'ai tâché également, autant que je le pouvais, de
faire connaître ou de mettre à même de connaître les nombreux
personnages, savants et autres, dont il cite le nom ; mes recher-
ches ont quelquefois été vaines, mais seront sans doute complé-
tées par d'autres plus heureux ou mieux outillés.
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EL-BAYAN EL-MOGHRIB
(*) On dit que sur le littoral de rifrik'iyya se trouve
un lieu nommé Monastir, qui est Tune des portes du
paradis (*). Dans ce même pays se trouve aussi la monta-
gne nommée El-Mamt'oûr, qui est une des portes de
l'enfer ( 3 >. Une tradition dit que l'Ifrik'iyya produira
70,000 martyrs à la face aussi brillante que la lune dans
son plein.
Le Prophète, à ce que rapporte Ibn Wahb, a dit : « Pour
les habitants de l'Ifrik'iyya, il y aura grand froid, mais
aussi grande récompense (*). » D'après Sofyân ben c Oyey na,
on dit qu'il y a au Maghreb une porte qui est ouverte
au repentir, qui est large de quarante années (de marche)
et que Dieu ne fermera que quand le soleil se lèvera de
(1) Le ms unique d'après lequel ce texte a été publié est acéphale,
et la lacune, d'après la supposition vraisemblable de Dozy, est d'un
feuillet. Il y a en outre des défectuosités partielles dans les quelques
feuillets qui suivent : j'ai tâché de traduire ces fragments tels quels,
sans d'ailleurs me flatter que j'aie pu toujours saisir le sens exact de
quelques mots dépourvus de leur contexte.
(2) Cette ville est assez longuement décrite par Bekri {Descr. de
VAfr. sept., trad. de Slane, p. 88).
(3) Voir Bekri, 325 ; Hist. des Berh., trad. de Slane, i, 325. C'est le
Djebel Ouselat actuel (Tidjâni, J. As., 1852, n, 114).
(4) On retrouve cette tradition avec d'autres analogues dans
Bekri, p. 55.
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- 2 -
ce côté. Parmi les Compagnons de l'Apôtre de Dieu, il y
eut beaucoup de Mohâdjiriens primitifs qui se rendirent
en Ifrik'iyya, et de même beaucoup des successeurs (lâbi c )
pénétrèrent eh Espagne. Les souvenirs laissés par les
Maghrébins sont d'ailleurs innombrables.
Celui qui porta le premier la guerre en Ifrîk'iyya du
temps de f Omar ben e4-Khat't'àb fut c Amr ben el- c Açi,
qui avait conquis l'Egypte en Tan 20 de l'hégire (20 déc.
640). Ce général envoya c Ok'ba ben Nâfi c Fihri dans la
Libye et la Marmarique, pays qui ^furent conquis; puis
c Amr lui-même s'avança jusqu'à Bark'a, dont les habi-
tants se rendirent par composition [moyennant ] sur
chaque individu pubère W. De là il poussa sur Tripoli,
qu'il conquit malgré les secours que demandèrent les
habitants de cette ville à la tribu [P. 3] berbère de
Nefoûsa à raison de leur commune conversion au Chris-
tianisme.
En l'année 21 (9 déc. 641), c Amr ben el- c Açi [conquit]
Alexandrie < 2 ). En cette même année il conquit la pro-
vince de Tripoli et écrivit au Prince des croyants c Ômar
ben el-Khat't'âb pour lui annoncer de quelles conquêtes
Dieu l'avait favorisé, en ajoutant qu'il avait maintenant
devant lui l'Ifrik'iyya, région obéissant à de nombreux
princes et dont les habitants et, pour la plupart,
avaient des chevaux comme montures. Mais le khalife
ayant répondu par l'ordre de revenir en arrière, c Amr
fit rétrograder ses troupes du côté de l'Egypte.
c Omar ayant ensuite trouvé la mort du martyre, son
(1) Barka fut reçu à composition moyennant 13,000 dinars et à la
fin de Tannée 2\ [Nocljoûm, i, 14 ; Belàdhori, p. 224).
(2) Voir Belàdhori, pp. 218 et 220.
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- 3 —
successeur c Othmàn enleva le gouvernement de l'Egypte
à c Amr et en investit, en l'an 25 (27 oct. 645), *Abd
Allah ben Sa c d. En 27 (6 oct. 647), r Othmân donna à
e Abd AUàh ben Sa c d ben Aboû Sarh. . . . l'Ifrîk'iyya.
Conquête de l'Ifrîk'iyya par Ibn Aboû Sarh'.
— l'armée Merwân ben el-Hakam ; il rassembla de
nombreux Omeyyades c Abd Allah ben ez-Zobeyr
ben el- c Awwâm avec nombre des siens, ainsi qu' c Abd
er-Rahmân [ben Zeyd ben el-KhatTâb] et c Abd Allah
[ben *Omar ben el-Khat't'àb] W, en moharrem de
cette année. Conformément à son ordre on dressa le
camp, et alors il leur fit la khotba (sermon), leur adressa
de sages conseils et excita leur zèle à la guerre sainte ;
après quoi il ajouta: « J'ai recommandé à c Abd Allah
ben Sa c d [P. 4] d'agir au mieux à votre égard et de vous
traiter avec bienveillance ; je vous confie à la direction
d'El-H'ârith ben el-H'akam pour vous mener à c Abd
Allah ben Sa c d, qui alors prendra le commandement. »
Quelques détails sur 'Abd Allah ben Sa'd 'Amiri ;
son commandement et la conquête qu'il fit de l'Ifrîk'iyya.
Ce personnage avait d'abord servi de secrétaire à
l'Envoyé de Dieu, puis avait apostasie et rejoint les
polythéistes à la Mekke. Mo c âwiya ben Aboû Sofyân,
qui était alors à la Mekke et qui avait sincèrement
embrassé l'Islamisme, le remplaça en qualité de secré-
taire auprès du Prophète. Lorsque ce dernier s'empara
(1) Ibid. p. 226.
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T 4 ~
de cette ville, c Abd Allah se réfugia dans la maison
d ,e Othmân pour solliciter sa protection, et c Othmân
obtint du Prophète le pardon d'Ibn Aboû Sarh', qui était
son frère de lait et dont, à partir de là, la foi resta sin-
cère (*>. c Othmân, lorsqu'il fut devenu khalife, le nomma
gouverneur et chef militaire de l'Egypte. Après avoir à
maintes reprises envoyé des détachements de cavalerie
légère pour enlever du butin du côté de flfrîk'iyya, c Abd
Allah écrivit à c Othmân pour lui dire quels résultais il
avait obtenus, et ces informations déterminèrent l'envoi
qui lui fut fait d'un corps d'armée dont il devait prendre
le commandement pour entreprendre une campagne
contre lTfrîk'iyya.
c Abd Allah se mit donc en marche à la tête de vingt
mille hommes contre cette contrée, qui obéissait à un
patrice nommé Djerdjir, dont l'autorité s'étendait de
Tripoli à Tanger. Le général musulman envoya dans
diverses directions des. colonnes légères qui ramenèrent
toutes du butin. Lui-même rencontra un matin le patrice
que suis r ait une armée de cent vingt mille hommes, dans
un lieu connu sous le nom de Sobeytala (Suffetula). Le
grand nombre de leurs ennemis jeta les musulmans
dans l'angoisse, et ils ne partageaient pas l'avis de leur
chef, [P. 5] qui alors §e retira dans sa tente pour réflé-
chir. Mais Djerdjir, de son côté, fut pris de peur en-
voyant les musulmans ; il fit sortir la tour mobile
( Jj*xo) et y monta pour de là dominer les troupes, et il
fit distribuer les armes Sa fille monta sur la tour et
se dévoila, entourée de ses quarante servantes qui
(1) Sur ce personnage, voir entre autres les textes auxquels renvoie
Fournel, Les Berbers, i, 20.
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' -*- 5 —
étaient montées avec elle et étaient magnifiquement
parées et ornées de bijoux. Les escadrons défilèrent les
uns après les autres, tandis que lui-même [se trouvait
au haut de] la tour : « Connaissez-vous, leur dit-il, la
personne que voilà ? — Certes, répondirent les guerriers,
c'est la princesse fille du roi [— Celui qui tuera]
c Abd Allah ben Sa c d, chef des Arabes [je lui donne-
rai] comme dot, les servantes, les richesses et les paru-
res » Les musulmans n'étaient qu'un petit nombre,
tandis que les guerriers de Djerdjir étant, comme nous
l'avons dit au nombre de cent vingt mille, l'opposition
qui se fit jour contre le projet d'Ibn Sa c d l'avait fait se
retirer dans sa tente pour réfléchir (*).
'Abd Allah ben ez-Zobeyr met Djerdjir à mort.
Je remarquai, raconte c Abd Allah ben ez-Zobeyr, un
passage non défendu auprès de Djerdjir, alors que ses
guerriers étaient rangés en ordre de bataille : monté sur
une lourde monture grise, il se tenait en arrière et à
quelque distance des siens, tandis qu'à ses côtés deux
jeunes filles l'abritaient à l'aide de plumes de paon con-
tre les rayons du soleil. Je me rendis alors à la tente
d' c Abd Allah ben Sa c d et je demandai à être introduit
près de lui : « Laisse-le, me répondit son chambellan, car
il est en train de réfléchir [P. 6] à la situation, et si quel-
que plan s'était présenté à son esprit, il se serait montré
ou aurait appelé. — Mais, répondis-je, j'ai besoin de
m'entretenir avec lui. — J'ai l'ordre de refuser l'entrée
jusqu'à ce qu'il m'appelle. » Alors, continue c Abd Allah,
(1) Comparez Noweyri, dans de Slane, H, des Berbères, i, 318.
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- 6 - *
je fis le tour de la tente et j'arrivai par derrière ; en
apercevant mon visage, il me fit un signe de tête pour
me dire d'entrer. Il était étendu sur sa couche et me
demanda ce qui m'amenait : « J'ai vu, lui dis-je, un
passage non défendu chez l'ennemi ; j'ai cru que c'était
là une occasion favorable que Dieu nous ménageait, et
(je suis venu) dans la crainte de la laisser échapper. »
Il se leva aussitôt et vint reconnaître avec moi ce que
j'avais constaté : « Soldats, s'écria-t-il, marchez avec
Ibn ez-Zobeyr ! » Toute une troupe se précipitant vers
moi, je choisis dans le nombre trente. cavaliers, à qui je
dis : « Je me charge de tout ; frappez seulement ceux qui
m'attaqueraient par derrière, et, avec l'aide de Dieu, je
saurai me garder de ceux que je verrai en face. » Je me
lançai au galop dans la direction du prince ennemi, tan-
dis que ceux qui composaient ma petite troupe me sui-
vaient et gardaient mes derrières, et je les menai ainsi
jusqu'à un endroit découvert où un certain espace s'éten-
dait entre eux et moi. Le prince se figurait que je n'étais
autre chose qu'un messager et le crut jusqu'à ce que,
voyant mes armes, il tourna bride pour s'enfuir 0). Quand
je fus à portée, je lui donnai un coup de lance qui le fit
tomber et je me précipitai sur lui ; mais les deux jeunes
filles voulurent le couvrir de leur corps, si bien que je
coupai la main de l'une d'elles. J'achevai de le tuer, puis
je hissai sa tête sur ma lance; ses troupes se précipi-
tèrent, mais les musulmans chargèrent de mon côté,
restèrent victorieux, mirent les Roûm en fuite et les
massacrèrent à leur gréW. Partout ils dressèrent des
(1) Je suis la leçon de VAçjhàni ; voir note suivante.
(2) Tout ce récit, depuis le commencement du chapitre, est la
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- 7 -
embuscades; les cavaliers et les fantassins devancèrent
les fuyards devant la place forte de Suffetula et les em-
pêchèrent d'y pénétrer : ils les resserrèrent à l'aide de
leur cavalerie tant à droite qu'à gauche, en plaine comme
en montagne, puis il fut fait un grand massacre des
troupes à pied et à cheval, sans parler des captifs, si
nombreux que, dans un seul endroit, j'en vis plus de
mille. »
D'après le récit de cheykhs d'Ifrik'iyya, la fille de
Djerdjir vit, après la mort de son père, des Arabes se
disputer à ce propos, et comme elle demandait le motif
de leur discussion, on lui apprit [que c'était à cause] de
son père. Elle dit avoir vu [P. 7] celui qui lui avait porté le
coup fatal, et répondît, sur la demande que lui adressa
Ibn Aboû Sarh', qu'elle pourrait le reconnaître. On fit
donc défiler les guerriers devant elle, et ce fut c Abd
Allah ben ez-Zobeyr qu'elle désigna. Quand Ibn Aboû
Sarh' demanda à ce dernier pourquoi il avait caché son
exploit, ce héros répondit : « Celui-là le sait qui » La
fille de Djerdjir lui fut attribuée dans sa part du butin. ...
Leurs biens étaient, en majeure partie, constitués par de
l'or et de l'argent On mettait devant lui des mon-
ceaux de ces métaux précieux, et il demanda aux Afri-
cains d'où cela leur venait. L'un d'eux se mit à fouiller
le sol et en tira un noyau d'olive : «Voilà, dit-il, la source
de nos richesses, car ni les marins, ni les insulaires
n'ayant d'huile venaient en acheter ici (*) . » Chaque cava-
reproduction presque littérale du Kitàb el-Aghâni (t. vi, 59) ; voir de
Slanc, Lettre, etc. (/. As., 1844, n, p. 340) ; Ibn el-Athir, Annales du
Maghreb, p. 13 de ma trad. ; de Slane, H. des Berb., i, p. 318.
(1) Le même détail se retrouve dans Ibn *Abd el-Hakem (H. des
Berb., t, 306) et dans Tidjàni {J. As., 1852, n, 124).
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- 8 -
lier reçut pour sa part trois mille dinars en or, et chaque
fantassin, mille.
De Suffetula, IbnAboûSarh' fit partir dés détachements
et des colonnes expéditionnaires ; la cavalerie parvint
jusqu'aux villages fortifiés (k'oçour) de Gafça, et ces
expéditions procurèrent du butin et des captifs.
Cette affaire abattit l'orgueil des Roûm d'Ifrik'iyya et
leur inspira une grande terreur, de sorte qu'ils cherchè-
rent un abri dans les places fortes et les lieux de refuge.
Ils offrirent ensuite à Ibn Sa c d trois cents quintaux d'or
pour le décider à les laisser tranquilles et à évacuer
leur territoire. Ce chef accepta et reçut tout cet or. Une
des clauses du traité transactionnel portait que les
musulmans garderaient ce qu'ils avaient reçu antérieu-
rement, mais restitueraient ce qu'ils auraient pris
postérieurement à cet arrangement (*).
Ibn Sa c d fit venir Ibn ez-Zobeyr et lui parla en ces
termes : « Nul plus que toi n'a de titres à porter cette
bonne nouvelle ; pars donc et va annoncer au Prince
des croyants c Othmân, à Médine, les bienfaits que Dieu
a fait descendre sur les musulmans!» Ibn ez-Zobeyr
quitta donc Sobeytala, et arriva, à ce qu'on prétend, à
Médine en vingt-quatre jours, [P. 8] après avoir fait en
Ifrik'iyya un séjour d'un an et deux mois. Le butin
provenant delà conquête parvint ensuite à Médine ; il
fut mis en vente, et le quint fut adjugé à Merwân ben
el-Hakam [moyennant cinq cent mille dinars], dont
c Othmàn lui fit la remise à cinquante dinars près (?), et
c'est là l'un des faits reprochés à ce .khalife. C'est à
propos de cette affaire et du rappel qu'il fit d'El-Hakam,
(1) Voir.Tidjâni,^., p. 122.
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— 9 -
dont l'exil avait été prononcé par le Prophète (*) ,
qu v Abd er-Rahmân, frère de Kenda( 2 ) , s'exprime ainsi :
[Motakârib]. J'en prends solennellement Dieu à témoin,
le Créateur n'a rien laissé à l'aventure ! Toi tu as été créé
pour servir de pierre de touche, afin que nous soyons
éprouvés par toi ou bien que tu le sois toi-même. Tu as
rappelé le maudit (3) , contrairement à la tradition de celui
qui n'est plus, tu as arbitrairement donné à Merwân le
quint qui revient aux serviteurs de Dieu et tu as couvert de
ta protection ce qui est interdit.
Merwân ben el-Hakam dit un jour, pendant qu'il se
trouvait dans le salon de Mo c âwiya : a II y a trois choses
où je n'ai jamais rien introduit de prohibé : ma maiçon
à Médine, ma propriété à Dhoû Khochob < 4 ) et les prélè-
vements légaux de mes femmes. » Mo c âwiya tourna ses
regards du côté d' c Abd Allah ben ez-Zobeyr, qui était
présent et qui dit : « Tu médis de choses que je con-
nais bien ; pas si vite, Aboû e Abd el-Melik ( 5 ) ! Nous
(1) El-H'akam ben AboùVAçi, dont le fils Merwân fut le qua-
trième khalife omeyyade, avait d'abord témoigné de l'hostilité au
Prophète, mais embrassa la foi nouvelle lors de la prise de la Mekke
par Mahomet. Ce dernier, qui avait à se plaindre de ses indiscrétions,
l'exila ensuite du côté de Tà'if, mais v Othraàn mit fin au bannisse-
ment de ce tiède serviteur (Nawawi, Biogr. dictionary, p. 546 ;
Weil, i, p. 16")). Le nom de ce personnage est écrit El-Hakam ben
el-Aç dans C. de Perceval {Essai, etc., i, p. 370; n, p. 616) et dans
Aboulféda, (Vie de Mahomet, p. 23); mais l'orthographe correcte c^t
celle que nous avons reproduite d'après lbn el-Athir et Belàdhori.
(2) Ce poète est appelé 'Abd er-Rah'màn ben H'assàn ben Mol il et
frère de Kelda dans YAyhàni (vi, p. 59), où l'on retrouve, avec des
variantes, les quatre vers qui suivent, en outre de trois autres.
(3) Variante, l'exilé, ce qui est également admissible, les deux
épithètes lui étant appliquées (Nodjoùm, i, p. 100).
(4) Quartier de Médine.
(5) Prénom de Merwân ben el-H'akem.
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— 10 -
sommes allés en Ifrîk'iyya avec c Abd Allah ben Aboû
Sarh'
Il campa sur une hauteur d'où il découvrait la mer
[à douze milles de Sousse ( f ) ]. Ce qu'apprenant Nicé-
phore (?) il mit à la voile et s'enfuit sans combattre. Ibn
ez-Zobeyr s'avançant vint camper sous la porte de Sousse,
auprès de la mer; il fît avec les fidèles la prière de
V c açr, sous les regards des Roûm émerveillés de son
audace. [Ceux-ci firent marcher] contre lui un corps de
cavalerie, mais Ibn ez-Zobeyr, sans se laisser effrayer
par cette nouvelle, poursuivit et acheva sa prière ; puis
se mettant à la tête de ses compagnons, il chargea l'en-
nemi, [P.9] qui fut totalement mis en déroute. Après
quoi ce chef alla rejoindre Mo c âwiya ben [Hodeydj, du
côté] du Djebel el-K'arn.
Ce dernier officier envoya ensuite c Abd el-Melik ben
Merwân à la tête de deux mille cavaliers contre
Djeloùla, place qui fut assiégée pendant quelques jours
et qui, après avoir eu un grand nombre de ses habitants
tués, fut emportée de vive force Le vainqueur en
enleva tout ce qu'elle renfermait et le traîna à sa suite
auprès de Mo c âwiya ben Hodeydj, qui en opéra le par-
tage entre les musulmans ; chacun d'entre eux reçut,
dit-on, deux cents mithkàl ( 2 ).
Mo c àwiya ben Hodeydj envoya contre la Sicile une
expédition composée de deux cents bâtiments, qui revint
après avoir passé un mois dans cette ile et y avoir fait
(1) Je supplée ces mots d'après Bekri, à qui ces détails paraissent
empruntés (texte, p. 34 ; trad., p. 84); Tidjàni, L.Z., p. 105.
l2) Sur la prise de Djeloùla, voir Bekri, p. 79.
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- 11 -
du butin et des prisonniers des esclaves et des idoles
garnies de pierres précieuses. On procéda au partage du
butin et il envoya Mo c âwiya ben Aboû Sofyàn. Tel
est le texte d' c Arîb dans son Abrégé de Tabari (*).
Mo'âwiya ben Hodeydj Kindi en Ifrlk'iyya.
Er-Rak'ik s'exprime ainsi dans son livre : Héraclius,
roi de Constantinople et de Rome, [recevait de divers
princes] un tribut : tels, par exemple, le comte d'Alexan-
drie et de Bark'a de Tripoli et de Cabra, le prince
de Sicile et des Roûm d'Ifrik'iyya et d'Espagne ( 2 ). Quand
il apprit [que la paix était conclue entre les habitants
d'Ifrik'iyya] [P. 10] et c Abd Allah ben Aboû Sarh\ il
envoya dans ce pays un patrice du nom d'Awlima [pour
réclamer] trois cents quintaux d'or, quantité égale à
celle qu'avait prise Ibn Aboû Sarh'. Ce chef descendit à
Carthage et informa les habitants du [but de sa mis-
sion] : « Les sommes que nous avions entre les mains,
répondirent-ils, nous ont servi de rançon pour échapper
aux Arabes; [comment donc l'empereur] voudrait-il
encore prélever sur nous la même somme que d'habi-
tude ? » Celui qui était chargé de leurs affaires se nom-
mait H'abâh'iya [gouverneur chrétien qui avait remplacé
Djerdjir]. Ils tombèrent d'accord pour mettre El-At'ri-
yoûn à leur tète, et H'abâh'iya se rendit en Syrie [où il
exposa à Mo c àwiya ben Aboû Sofyân] l'état de i'Ifri •
k'iyya.... en lui demandant de le faire accompagner dans
(1) Ce dernier alinéa figure dans Amari, Biblioteca arabo-sicula y
trad., ii, p. 1.
(2) Cf. Ibn el-Athir, Annales, p.^14, d'après lequel je comble des
lacunes.
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- 12 -
le Maghreb par un corps d'armée, ce qu'il obtint en
45 (23 mars 665). Mo c âwiya ben Hodeydj se mit donc en
marche (*)
c Abd el-Melik ben Merwàn pénétra dans la ville
[de Djeloûla] de vive force, et les musulmans s'y empa-
rèrent de tout ce qu'elle renfermait, ainsi qu'il a été dit
plus haut Entre Mo c âwiya ben Hodeydj et c Abd el-
Melik ben Merwàn surgirent des discussions parce que
ce dernier voulait ses frères et ses compagnons,
attendu que la conquête de la ville était de son fait ( 2 ).
H'anach Çan c âni dit un jour à c Abd el-Melik : « Eh quoi
donc! Tu deviendras un jour khalife, je le jure, et alors
ce sera toi qui décideras ; renonce donc au butin ! »
Quand c Abd el-Melik devenu khalife fit marcher El-
Haddjâdj ben Yoûsof contre f Abd Allah ben ez-Zobeyr,
H'anach fut fait prisonnier et envoyé (P. 11] à c Abd el-
Melik ben Merwàn, qui lui dit : « N'est-ce pas toi qui,
lors de la prise de Djeloûla, m'annonças que je devien-
drais khalife ? — C'est moi, en effet. — Et pourquoi donc
as-tu quitté mon parti pour te rallier à Ibn ez-Zobeyr ?
— Parce que je l'ai vu élevant le drapeau de Dieu, tandis
que tu dressais celui des choses de ce monde. — Je te
pardonne », reprit le khalife.
En l'an 46 (12 mars 666), dit Belâdhori, eut lieu la
première expédition contre la Sicile, où Mo c âwiya ben
Hodeydj envoya c Abd Allah ben K'ays. Cet officier y prit
des idoles d'or et d'argent diadémées de pierres pré-
cieuses, qui furent adressées à Mo c àwiya ben AboûSofyân
(1) 11 y a ici environ sept lignes de blanc ; voir Ibn el-Athir,
Annales, p. 14, et Bekri, p. 79-81 ^
(2) Cf. Bekri, p. 81,
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- 13 -
et celui-ci les envoya dans l'Inde pour en obtenir le (plus
haut) prix. Cet acte souleva contre lui la réprobation
énergique du peuple. Celui qui gouvernait alors riirîk'iyya
au nom de Mo c àwiya ben Aboû Sofyàn était, au témoi-
gnage de Tabari, Mo c âwiya ben Hodeydj Kindi, déjà
cité (*).
En 47 (2 mars 667), Mo'àwiya ben Aboû Sofyân enleva
à c Abd Allah ben c Amr ben El- c Açi.le gouvernement de
l'Egypte et le remplaça par Mo r âwiya ben Hodeydj Kindi,
qui quitta rifrik'iyya pour se rendre dans le pays où il
venait d'être nommé. Ibn Hodeydj, qui avait autérieure- '
ment fait mettre à mort Mohammed ben Aboù Bekr
Çiddîk( 2 ), rencontra c Abd er-Rah'màn ben Aboû Bekr,
qui lui dit : « Tu as, ô Mo c âwiya, reçu de Mo'âwiya ben
Aboû Sofyân ta récompense : tu as tué Mohammed ben
Aboû Bekr pour devenir gouverneur d'Egypte, et la chose
est faite. — Si, dit-il, j'ai tué Mohammed, ce n'est pas en
vue d'obtenir un gouvernement, mais seulement pour
venger la mort d' c Othmân. » ( 3 )
En 48 (19 fév. 668), Mo'âwiya ben Hodeydj continua de
gouverner l'Egypte et Tflfrîk'iyya au nom de Mo'àwiya]
ben Aboû Sofyân.
En 49 (8 fév. 669), [ c Okba ben Nâfi c ] Fihri entreprit, de
concert avec les Egyptiens, une expédition maritime
contre les Roûm ( 4 ). En la même année [P. 12] ben
(1) Cet alinéa se retrouve dans Amari, Biblioteca, u, p. 2 ; compa*
rez ce que dit Belâdhori, texte, p. 235, traduit par Amari, iï>., i, p. 268.
(2) Voir Weil, Gesch. der Chalif, i, p. 240 ; Mas'oûdi, Prairies d'or,
iv, p. 421 ; v, p. 32 ; AboiTl Mehàsin, Nodjoûm, i, p. 120; Ibn el-
Athîr, m, 299, etc.
(3) J'ai restitué quelques mots manquants d'après Ibn el-Athir,
m, 379.
(4) Cette expédition maritime est aussi rappelée par le Nodjoûm^
i, p. 154. — La lacune qui suit est d'environ sept lignes.
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- 14 -
Nâfi* ben c Abd Kays ben. . . Ibn Aboû'l. . . . dit qu' c Okba
naquit un an avant le Prophète. D'après Ibrahim ben
el-Kâsim, c Okba à la tête de dix mille musulmans arriva
dans l'Ifrik'iyya, qu'il conquit et où il s'avança, poursui-
vant le sabre à la main tous les chrétiens qui s'y trou-
vaient. Ce chef tint alors aux musulmans le discours
que voici : « Dans cette région, les habitants se conver-
tissent à l'Islam quand arrive un prédicateur de la foi,
mais quand il se retire, les nouveaux convertis retour-
nent à leurs erreurs. Je suis donc d'avis que vous pre-
• niez pour y fixer à toujours la foi musulmane. » Cet
avis fut unanimement accepté, et l'on décida que les
gens stationnés dans les ribât (couvents fortifiés)
pour la guerre sainte et la défense des frontières W. « Je
crains également, continua c Okba, que le prince de
Constantinople ne vienne la conquérir; établissez donc
aussi entre cette (ville) et la mer dont ne puisse se
rendre maître celui qui tiendrait la mer sans. . . . qu'il y
ait de là à la mer une distance qui nécessite l'abréviation
de la prière; on y tiendra garnison Rapprochez-la,
dit-il, de la sebkha (lac salé), car vous avez pour bêtes
de somme des chameaux qui vous servent à transporter
vos bagages des incursions et de la guerre jusqu'à
ce que Dieu nous en fasse faire la conquête de proche
en proche. Alors nos chameaux dont les pâturages
seront à l'abri des attaques des Berbères et des chré-
tiens. » Ichbili dit, dans son livre des Mesâlik
entrèrent dans le Maghreb, ils trouvèrent que les Francs
(1) Ces détails et ceux qui suivent se retrouvent, mais abrégés,
dans Ylstibçar, éd. Kremer, p. 4, et trad. fr., p. 8; voir aussi le récit
de Mouley Ahmed, ap. Voyages dans le sud de l'Algérie, de Ber-
brugger,*p. 219.
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- 15 -
les y avaient devancés : ils les poursuivirent, puis la paix
fut conclue à condition et que les Francs réside-
raient dans les plaines. Ce fut dans cette partie du pays
qu'ils édifièrent des villes.
Reprenons le fil de notre récit. En 50 (28 janv. 670),
c Okba commença à construire la ville de K'ayrawàn. Les
Arabes répondirent à l'appel qu'il leur adressa à ce
propos, mais ensuite ils lui dirent : « Tu nous fais bâtir
dans une région peu enviable, constituée par des fourrés
et des marais couverts de roseaux où il y a à redouter
les bêtes féroces, les serpents et autres animaux nuisi-
bles. » Or, comme son armée comptait dix-huit Compa-
gnons du Prophète et que le reste était formé de succès-
seurs, il adressa une invocation que tous ceux qui le
suivaient firent suivre d'un amen; puis s'avançant[P. 13]
vers la sebkha il s'écria : « Serpents et bètes féroces I
nous sommes les Compagnons du Prophète; éloignez-
vous, car nous allons nous fixer en ces lieux, et doréna-
vant nous tuerons tous ceux d'entre vous que nous ren-
contrerons ici ! » On assista alors à ce spectacle merveil-
leux du défilé des lions, des loups et des serpents qui
s'éloignaient en emportant leurs petits, et conformément
à son ordre on respecta ces animaux pendant qu'ils pro-
cédaient à leur exode. Quand il fut terminé, c Okba des-
cendit dans le creux et le fit déboiser, et pendant les
quarante années qui suivirent, on n'y vit plus ni scor-
pions ni fauves (*).
Il dressa alors le plan de la maison de gouvernement
(1) Cette légende se retrouve ailleurs (Ibn el-Athir, Annales, p. 19).
Sur la fondation de K'ayrawan, voir aussi Noweyri {H. des Berb., i,
327).
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- 16 -
et de la grande mosquée, mais sans faire élever les murs
de celle-ci, bien qu'il y fit la prière. Mais il s'éleva dans
la masse des discussions au sujet de la direction de la
Mekke (kibla): « Les indigènes, lui dit-on, régleront
leur kibla d'après celle de cette mosquée ; il faut que tu
fasses tous tes efforts pour la fixer exactement. » Pendant
quelque temps on observa les levers et les couchers des
étoiles, tant l'hiver que l'été, ainsi que les levers du
soleil. Gomme les observations n'étaient pas conformes,
il se coucha un jour tout soucieux et pria Dieu de lui
venir en aide. Alors il vit en songe quelqu'un qui lui
disait : « A ton réveil, prends l'étendard que tu as à la
main, mets-le toi au cou et alors tu entendras prononcer
un cri de « Dieu est grand » que nul autre musulman
que toi ne percevra ; regarde où s'arrêtera ce son, c'est
là la kibla. Dieu, par considération pour toi, accorde sa
faveur à ce camp, à cette ville et à cette mosquée, il s'en
servira pour humilier les infidèles. » c Okba, en proie au
plu» grand trouble, se réveilla et, après avoir procédé
aux ablutions légales, se mit à dire la prière dans la
mosquée et en compagnie de notables. Après que l'au-
rore eut paru et qu'il eut fait une prière de deux rek*a,
il entendit qu'on disait devant lui : « Dieu est grand. »
Il interrogea ceux qui l'entouraient, lesquels lui dirent
n'avoir rien entendu, ce qui lui fit conclure que ce signe
émanait bien de Dieu. Il prit donc l'étendard, se le mit
sur le cou et suivit la voix, qui le mena ainsi jusqu'à
l'emplacement du mihrâb de la grande mosquée, où elle
cessa de se faire entendre. [P. 14] Ce fut là qu'il ficha son
étendard, en ajoutant que là était le mihrâb qui devait
servir aux fidèles, et ce point servit de repère pour toutes
les mosquées de la ville.
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-17 -
Il se mit alors à élever les murs, les temples et les
habitations ; on y amena de toutes parts des charges de
marchandises, et l'importance de ce lieu s'accrut beau-
coup. Les maisons s'étendaient sur une longueur de
treize mille six cents coudées, si bien que... c Okba, dont
les prières étaient écoutées du ciel, était d'ailleurs un
excellent administrateur et général.
En 55 (5 déc. 674), Mo c àwiya ben Aboû Soiyàn préposa
à l'Egypte et à l'If rik'iyya Maslama ben Mokhalled Ançâri,
enlevant ainsi l'administration du premier de ces pays à
Mo'àwiya ben Hodeydj, et celle dij second, à c Okba ben
Nâfi c . Son administration dura quatre.... Maslama avait
déjà gouverné l'Egypte. Après sa nomination en Ifri-
k'iyya il révoqua c Okba et le remplaça par [Aboû' 1-Mo-
hàdjir]. Mo c âwiya réunit sur la tête de ce chef tout le
pays depuis Tripoli jusqu'à Tanger, ce qui ne s'était pas
fait avant lui et ce qui dura jusqu'à la mort de Mo c âwiya
ben Aboû Sofyân.
Aboû 1 1-Mohâdjir devient gouverneur de l'Ifrlk'iyya ; dépossession
d'<Okba ben Nâfi'.
Après que Mo c âwiya ben Aboû Sofyân eut confié l'admi-
nistration du Maghreb à Maslama ben Mokhalled, celui
ci nomma sous-gouverneur en Ifri'kiyya son client Aboû'
1-Mohâdjir, en remplacement d' c Okba, qui fut ainsi révo-
qué. On dit à Maslama ben Mokhalled : « [Pourquoi n'as-
tu pas laissé c Okba en] Ifrik'iyya, car il avait des droits
antérieurs en outre de son mérite, et c'est lui qui a édifié
K'ayrawân et sa mosquée... dans un autre gouverne-
ment.... nous voudrions.... en Ifrik'iyya.... » II. opéra
grossièrement cette destitution. e Okba sortit de la ville....
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- 18 -
jusqu'à ce qu'il l'eût dépassée de deux milles.... du côté
de Tunis.... (*) [P. 15] J'ai ouï dire que toute une troupe de
Koreychides y doit trouver la mort du martyre : « grand
Dieu, s'écria c Okba, moi aussi j'en serait) ». Il lui arriva
ensuite ce qui a été raconté ci-dessus.
TehoûdaW est une ville des plus anciennes, bâtie en
pierre, renfermant de nombreux marchés (soûk'J et
n'ayant qu'un seul faubourg ; on y trouve une vaste
mosquée principale, d'autres mosquées et de grands
fondoûks. La population qui l'habite est berbère.
En moharrem64 (comm.29août683), Koseyla le Bernesi
pénétra à K'ayrawân et l'enleva aux musulmans dans les
circonstances que voici W. A la tête d'une foule de Ma-
ghrébins qui s'étaient joints à lui, il marcha contre
K'ayrawân, où les musulmans passèrent par de rudes
épreuves et où Zoheyr ben K'ays, prenant la parole en
qualité de prédicateur, s'exprima en ces termes : « Musul-
mans ici réunis, vos compagnons sont en paradis et ont
reçu de Dieu les palmes du martyre ; faites comme eux,
Dieu ne peut non plus faire moins pour vous ! » Mais
H'anach Çan c âni s'écria : « Non, par Dieu ! nous ne
t'écouterons pas, car tu n'es pas notre chef ; il n'y a rien
de mieux à faire que de se sauver et de remmener en
Orient, d'où ils viennent, cette poignée de musulmans. »
Puis il ajouta : « Fidèles ici rassemblés ! que tous ceux
(1) Il y a ici une lacune que Dozy estime être d'un feuillet.
(2) Ces mots sont les derniers d'une anecdote qu'on retrouve dans
Bekri (texte, p. 73 ; trad., p. 173).
(3) Tehoûda ou Medinat es-sihY est décrite par Bekri, p. 171 ;
Istibçar, p. 62 du texte, p. 111 de ma traduction, Y Afrique septen-
trionale au XII e siècle de notre ère,
. (4) Comparez le récit d'Ibn el-Athir, Annales, p. 23 et s.
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~ 19 -
d'entre vous qui désirent retourner en Orient me sui-
vent. » La population le suivit en effet, et Zoheyr, resté
seul avec les siens, dut en faire autant. Il s'arrêta dans
son château de Bark'a, où il resta à combattre les infidè-
les jusqu'au règne d ,c Abd él-Melik ben Merwân.
Cependant Koseyla et ses troupes, continuant d'avan-
cer, arrivèrent près de K'ayrawân, et alors les Arabes
qui y habitaient, hors d'état de tenir tête à ces forces
considérables, composées de Berbères et de Roûm,
commencèrent à fuir. Koseyla accorda quartier aux
musulmans restés dans la ville, où il se fixa comme chef
de toute l'Ifrîk'iyya et du Maghreb entier ainsi que des
musulmans habitant ce pays, jusqu'à l'époque où c Abd
el-Melik ben Merwàn monta sur le trône des khalifes,
en 65 (17 août 684).
Quand le pouvoir de ce prince fut affermi et que tous
les grands se furent ralliés à lui, on lui demanda de
soustraire l'Ifrîk'iyya et ses habitants musulmans au
joug de ce maudit Koseyla: « Pour venger, répondît-il,
le sang d' c Okba sur les Roûm et les Berbères, on ne
peut prendre [P. 16] que quelqu'un dont les sentiments
religieux et l'intelligence vaillent ceux de ce chef. » On
tomba d'accord pour choisir Zoheyr ben Kays Balawi,
car on reconnut que, ancien compagnon d' c Okba, il était
le mieux au courant de ses faits et gestes et de sa poli-
tique, et le plus qualifié pour venger sa mort. En consé-
quence, c Abd el-Melik envoya à Zoheyr, qui était à Bar-
ka, l'ordre de se rendre avec sa cavalerie en Ifrîk'iyya
pour délivrer les musulmans de K'ayrawân ; puis sur
l'observation faite par Zoheyr que l'armée de Koseyla,
formée de Berbères et de Roûm, était des plus nom-
breuses, il lui envoya des secours en cavaliers, en fan-
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— 20 —
tassins et en argent, en outre des chefs arabes qu'il
convbquapour appuyer son lieutenant. Zoheyr se trouva
ainsi à la tête de forces .considérables, la population se
réunit avec empressement sous ses drapeaux et il péné-
tra en 69 (5 juillet 688) en Ifrik'iyya. Koseyla ben Lem-
zem, en apprenant l'attaque dont il allait être l'objet, ne
fit aucune soumission ni ne manifesta aucune crainte,
car ses troupes de Berbères et de Roûm étaient deux
fois plus nombreuses que celles de Zoheyr. Cependant il
réunit les nobles berbères et leur dit: « Je suis d'avis de
m'éloigner de cette ville, où il y a des musulmans vis-à-
vis de qui nous sommes engagés par des traités et qui,
il y a lieu de le craindre, se tourneront contre nous
quand nous combattrons leurs frères. Nous irons donc
nous établir vers l'endroit par où arrive l'ennemi [à
Mems], et comme nous disposons d'une armée considé-
rable, ou bien nous le battrons et alors le refoulant sur
Tripoli nous l'anéantirons complètement, de manière à
rester pour toujours maîtres du Maghreb, ou bien nous
aurons le dessous, et alors la montagne étant proche
nous pourrons nous mettre à l'abri dans des lieux
abrupts. »
Bataille entre Zoheyr ben K'ays et Koseyla ben Lemzem.
Après que Koseyla eut quitté K'ayrawâH, Zoheyr ben
Kays vint camper sous les murs de cette ville pendant
trois jours, mais sans y pénétrer; il repartit de là le qua-
trième jour, à la fin duquel il rencontra l'armée de Ko-
seyla. Il fit alors camper ses troupes, et le lendemain
après la prière [P. 17] il s'avança contre l'ennemi, qui
s'était de son côté mis en mouvement. La lutte s'engagea
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avec un très vif acharnement des deux parts, si bien qu'il
semblait que personne n'en dût réchapper, mais enfin
Koseyla fut battu et tué. Les musulmans se lancèrent à
la poursuite des Berbères et des Roûm et en firent un
grand massacre ; ils y mirent une telle ardeur qu'ils
poussèrent jusqu'au Wàdi Moloûya dans le Maghreb.
Les plus vaillants guerriers des Roûm et des polythéistes
périrent dans cette affaire, où furent tués leurs princes,
leurs nobles et leurs champions. Zoheyr regagna alors
K'ayrawân et s'y installa, tandis que les indigènes péné-
trés de crainte se réfugièrent dans leurs châteaux et leurs
forts. Mais ensuite ce chef, se rendant compte de l'im-
portance de l'Ifrîk'iyya, ne voulut pas continuer d'y
séjourner : « Je ne suis, dit-il, venu ici que pour faire la
guerre sainte, et je crains que ce pays ne m'entraîne
dans les plaisirs mondains et que je n'y succombe. » Il
comptait en effet au premier rang des gens distingués
par leur piété et leur esprit de mortification, de sorte
qu'il s'éloigna, laissant d'ailleurs K'ayrawân dans une
parfaite sécurité. Mais beaucoup de ses compagnons
restèrent dans cette ville.
Zoheyr se retire à Barka et y est tué.
Zoheyr suivi de nombreux compagnons se dirigea
donc vers l'Orient. En apprenant qu'il se mettait en
route de l'Ifrîk'iyya vers Barka, les Roûm saisirent cette
occasion de réaliser leurs désirs et expédièrent contre
cette place une flotte nombreuse et bien montée, qui y
fit une razzia importante par le nombre de gens tués et
la quantité de butin et de prisonniers. L'armée de Zoheyr
arriva au moment où ces événements venaient de se
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produire, et ce général, mis au courant, fit aussitôt
avancer ses troupes sur le littoral dans l'espoir d'arriver
jusqu'aux captifs musulmans et de les rendre à la liberté.
Mais les Roûm étaient excessivement nombreux, et
quand il se trouva sur eux il n'y eut plus moyen de recu-
ler, d'autant que les musulmans qu'on était en train
d'embarquer criaient et invoquaient son aide. Il fit aussi-
tôt mettre pied à terre à ses compagnons, tous hommes
remarquables par leur piété, chefs arabes habitués à la
guerre sainte et dont le plus grand nombre étaient des
successeurs (iâbiïoûn) ; la nombreuse armée des Roûm
les assaillit et la mêlée s'engagea. [P. 18] Mais la supé-
riorité numérique de l'ennemi était trop grande : Zoheyr
fut tué, de même que les chefs arabes qui l'accompa-
gnaient. Les musulmans regagnèrent Damas et portèrent
à c Abd el-Melik ben Merwàn la nouvelle du martyre de
leur général et des principaux de leurs guerriers. Le
khalife fut fort affecté, à cause du mérite et de la piété
de Zoheyr, de cette catastrophe, pendant de celle qui
avait coûté la vie à c Okba.
Les chefs arabes vinrent alors en corps demander à
c Abd el-Melik de s'occuper du choix d'un chef capable de
défendre rifrik'iyya et d'y rétablir l'ordre, à quoi le
prince répondit qu'il ne voyait personne de plus qualifié
que H'assân ben en- No c mân.
En 74 (12 mai 693), mourut c Abd Allah ben c Omar ben
el-KhatTâb, empoisonné, dit-on, par El-Haddjàdj ben
Yoûsof à la suite d'événements trop longs à raconter (*).
En 76 (20 avril 695), On commença à frapper des mon-
(1) G>st en Tannée 73 que cette mort est racontée par Ibn cl-Athir
(texte, t. iv, p. 295).
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- 23 -
naies (proprement) musulmanes : ce fut le Prince des
croyants e Abd el-Melik qui fit frapper des dinars et des
dirhems au type musulman M.
En 77 (9 avril 696), eut lieu la révolte d'El-Mot'arrif
ben El-Moghîra ben Cho c ba contre c Abd el-Melik, qui
employa la ruse contre lui pour arriver à le tuer ( 2 ).
En la même année de nombreux chefs hérétiques
furent décapités ( 3 ).
Gouvernement de Hassan ben en-No'màn en Ifrlk'iyya.
En 78 (29 mars 697), Hassan ben en-No c mân, choisi à
cet effet par c Abd el-Melik ben Merwân, entra en Ifrîk'iyya
à la tête de 40,000 hommes qui lui furent confiés (*). Le
khalife l'avait d'abord envoyé avec cette armée en Egypte
pour parer aux événements, puis il lui adressa l'ordre de
se rendre en Ifrîk'iyya, en ajoutant : « Je te donne pleins
pouvoirs de disposer des richesses de l'Egypte; donnes-
en à ceux qui sont près de toi, donnes en à ceux qui te
viennent trouver, donnes-en au peuple et rends-toi en
Ifrik'iyya avec la bénédiction et la protection divines ! »
Hassan ben en-No c mân ben c Adi ben Bekr ben Moghith
[P. 19] ben c Amr Mozaykiyâ ben c Amir ben el-Azd péné-
tra en Ifrlk'iyya avec l'armée la plus considérable que
les musulmans y eussent jamais envoyée. A son arrivée
(1) Sur cette queslion, cf. notamment H. Lavoix, Cat. des monnaies
musulmanes de la B. N., Khalifes orientaux, introd., p. xiv et s.
(2) Cf. Weil, G. derKhalifen, i, 442; Ibn el-Athir, texte, iv, p. 350.
(3) J'ai interprété le texte d'après Ibn el-Athir, iv, 353 ; Weil, i,
428, elc.
(4) On trouve ailleurs les dates de' 69 et de 74 (H. des Berbères, i,
339 ; Ibn el-Athir, Annales, p. 28).
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- 24 —
àK'ayrawân, il demanda aux habitants du pays quel était
le prince le plus puissant de la région, à quoi on lui
répondit que c'était le prince de Carthage, capitale de
rifriklyya. Hassan alla donc mettre le siège devant cette
ville, qui renfermait une population grecque (Roûm)
innombrable. Les habitants dirigés par leur prince firent
une sortie, mais Hassan les mit en fuite et en massacra
la plus grande partie ; après quoi il continua le siège et
finit par prendre cette capitale. Carlhage, actuellement
dénommée El-Mo c allak'a par les Tunisiens, était une ville
considérable dont les remparts étaient baignés par la
mer. Elle était* séparée de Tunis par une étendue de
douze milles où se trouvaient des bourgades florissantes.
La mer n'arrivait pas alors jusqu'à Tunis, qui n'y a été
reliée que plus tard W. Carthage renfermait des monu-
ments considérables, de grandes constructions et des
colonnes élevées qui prouvent la haute puissance des
peuples disparus ; de nos jours encore les Tunisiens
rencontrent toujours dans ces ruines des choses merveil-
leuses et des citernes que la suite des temps n'a pas
ravies aux regards.
Quand Hassan y arriva et qu'il en eut massacré les
cavaliers et les fantassins qui la défendaient, les habi-
tants survivants songèrent unanimement à fuir dans les
nombreux vaisseaux dont ils disposaient : les uns gagnè-
rent la Sicile, les autres l'Espagne. Hassan s'étant en-
suite éloigné, les habitants des campagnes voisines et
de la région, qui avaient appris la fuite du gouverneur
[chrétien], s'empressèrent de venir occuper la place
(1) Cette jonction fut l'œuvre de Hassan lui-même (Journ. As., 1852,
il, 69).
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- 25 -
laissée vide. Mais alors Hassan revint camper sous les
murs et entama un siège très rigoureux, à la suite
duquel il entra de vive force dans la place, où il fit
un épouvantable massacre, réduisit les survivants en
captivité et se livra au pillage; après quoi les habitants
de la région se rendant à l'appel de ses messagers, s'em-
pressèrent d'accourir, tant la violence de ses attaques et
sa bravoure les avaient terrifiés, et quand il n'en manqua
pas un, il leur fit détruire et démanteler Carlhage, dont
toute trace fut effacée. Puis, apprenant que les chrétiens
soutenus par les Berbères avaient [P. 20] réuni une armée
considérable dans le district de Çatfoûra, il alla leur
livrer bataille, les vainquit et lança sur les fuyards sa
cavalerie, qui en fit un grand carnage, car elle ne laissa
inexplorée aucune partie du pays. Les Roûm effrayés
s'enfuirent à Bàdja, où ils se préparèrent à la résistance,
tandis que les Berbères gagnèrent la province de Bône.
Quant à Hassan, il rentra à K'ayrawân.
La Kâhina est mise en faite par Hassan.
Après avoir pris quelques jours de repos à Kayrawân,
ce chef demanda aux habitants quel était le prince
d'Ifrîk'iyya le plus puissant, pour aller ou anéantir son
autorité ou le forcer à se convertir : « C'est, lui dit-on,
une femme appelée El-Kâhina, qui habite dans l'Aurès;
tous les Roûm d'Ifrik'iyya la redoutent et tous les Ber-
bères lui obéissent; elle tuée, tout le Maghreb se sou-
mettra à toi et tu ne trouveras plus ni rivalité ni résis-
tance. » Il se mit donc en marche avec ses troupes, et la
Kâhina, qui l'apprit, descendit de la montagne avec des
forces dont le nombre dépassait tout ce qu'on peut dire.
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- 26 -
Arrivée la première à Bàghàya, elle la fit évacuer par
les Grecs, puis la détruisit dans la croyance que son
ennemi chercherait une place où se fortifier. A la suite
de celte nouvelle, Hassan alla camper auprès de la
rivière de la Meskiyâna (*) ; la Kâhina en fit autant, mais
était en aval. Les cavaliers des deux armées prirent
contact dès qu'ils se trouvèrent les uns en face des
autres. Mais comme Hassan ne voulut pas engager le
combat à la fin du jour, les deux armées passèrent la
nuit en selle. Le lendemain matin s'engagea la lutte la
plus acharnée qu'on eût jamais vue et qui fut des deux
côtés soutenue avec la plus vive opiniâtreté ; mais à la
fin Hassan ben en-No c mân et ses vaillants compagnons
durent fuir ; la Kâhina fit un grand massacre des Ara-
bes et fit quatre-vingts chefs prisonniers. [P. 21] La
rivière auprès de laquelle eut lieu la bataille fut dénom-
mée : rivière des instruments de torture (wâdïl- c adhâra).
Hassan, poursuivi l'épée dans les reins jusqu'à ce qu'il
fût sorti de 1» province de Gabès, informa le khalife
c Abd el-Melik de cet événement en ajoutant : a Ces peu-
ples du Maghreb n'ont pas de commencement et nul ne
sait où ils finissent : sitôt que l'un est détruit, plusieurs
autres le remplacent; les moutons qui paissent ne sont
pas plus nombreux qu'eux. » L'ordre du khalife qui lui
enjoignait de s'arrêter à l'endroit où il recevrait la
réponse lui parvint dans la province de Bark'a. Ce fut
donc là qu'il s'arrêta, et il y construisit des châteaux
encore appelés aujourd'hui ICoçoûr Hassan.
(1) Le texte porte Sektàta> que Dozy veut corriger en Mehlâta. J'ai
lu Meskiyâna avec YH. des Berb., i, 213 ; cf. Bekri, p. 121 et 323 ;
Fournel, Les Berbers, i, 218.
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- 27 -
Pendant les cinq ans qui suivirent cette bataille, la
Kàhina resta maitresse du Maghreb tout entier ; puis
voyant Ja longue immobilité des Arabes, elle dit aux Ber-
bères : « Les Arabes ne recherchent en Ifrik'iyya que les
villes, l'or et l'argent, alors que nous ne lui demandons
que de nous fournir des champs de culture et des pâtu-
rages. Nous ne voyons donc pour vous rien de mieux à
faire que de ravager toute l'Ifrik'iyya, de façon que les
Arabes, désespérant d'y plus rien trouver, ne songent
jamais plus à revenir. » Elle envoya donc dans toutes les
directions des colonnes chargées de couper les arbres
et de démanteler les forteresses. L'Ifrik'iyya, dit-on, ne
présentait autrefois, depuis Tripoli jusqu'à Tanger,
qu'une suite continue d'ombrages, de bourgades se tou-
chant, de villes peu distantes les unes des autres, si bien
que nul pays au monde n'était aussi favorisé, aussi conti-
nuellement béni, n'avait autant de villes et de forteres-
ses, et cela sur une longueur et une largeur de deux
mille milles. Cette maudite Kâhina ruina tout cela, et
alors de nombreux chrétiens et indigènes, implorant
vengeance contre elle, durent s'enfuir et se réfugièrent
tant en Espagne que dans les autres îles.
Des quatre-vingts compagnons de Hassan que la Kâhina
avait faits prisonniers, elle eut la générosité de rendre
la liberté à presque tous, ne gardant auprès d'elle que
Khâlid ben Yezîd, à qui elle dit un jour : « Tu es l'homme
le plus beau, le plus brave que j'aie jamais vu ; aussi je
veux te donner de mon lait pour qu'ainsi tu deviennes
le frère de mes deux fils; » — en effet, elle en avait deux,
l'un berbère, l'autre grec ; « [P. 22] chez nous tous Ber-
bères, la parenté de lait confère un droit réciproque
d'hérédité. » En conséquence, elle prit de la farine d'orge
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— 28 -
qu'elle aggloméra avec de l'huile et qu'elle plaça sur ses
seins; puis appelant ses deux enfants elle la leur fit
manger avec Khalid sur sa poitrine et leur dit ; a Vous
voilà devenus frères. »
Mort violente de la Kâhina.
Hassan, ayant reçu du khalife tous les secours désira-
bles en cavaliers et en fantassins arabes, fit porter par
un homme sûr une lettre à Khalid ben Yezid. Celui-ci
après l'avoir lue, écrivi-t au dos : « Les Berbères sont divi-
sés, Tordre ne règne pas parmi eux et la prévoyance
leur fait défaut ; arrive donc à marches forcées. » Puis il
mit ce message dans un pain qu'il donna comme provi-
sion au messager de Hassan. Mais cet homme venait à
peine de s'éloigner que la Kâhina sortit les cheveux
épars et se frappant la poitrine tout en s'écriant: « Mal-
heureux Berbères, votre puissance s'en va dans un objet
qui sert d'aliment ! » On organisa aussitôt des recherches
de tous les côtés, mais la protection divine couvrit le
messager, qui put porter la lettre à Hassan. Celui-ci rom-
pit le pain et prit connaissance de ce qu'avait écrit Kha-
lid; mais comme la cuisson avait détérioré le message,
il voulut renvoyer à Khalid cet homme, qui s'y refusa,
disant que celte femme, grâce à son don de divination,
n'ignorait rien de cette affaire. Hassan se mit donc en
campagne, et de son côté, la Kâhina sortit des montagnes
de l'Aurès avec des forces considérables. Quand la nuit
vint, elle dit à ses deux fils qu'elle se considérait déjà
comme morte; qu'elle avait vu sa tête coupée et offerte
au grand prince arabe à qui obéissait Hassan. Ce fut en
vain que Khalid lui proposa de s'en aller avec eux et
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- 29 -
d'abandonner le pays à Fenvahisseur, elle objecta que ce
serait une honte pour son peuple. Comme alors ils lui
demandaient tous les trois ce qu'ils deviendraient après
elle : « Quant à toi, Khâlid, dit-elle, tu arriveras à un grand
pouvoir auprès du grand roi; vous autres, mes enfants,
vous exercerez un commandement auprès de celui qui
me donnera la mort, et par vous, les Berbères [P. 23]
réacquerront quelque pouvoir. Montez à cheval et allez
demander quartier à l'ennemi ! » Les trois jeunes gens
se rendirent la nuit même auprès de Hassan, à qui Khâlid
conta ce qui venait de se passer, la prédiction par la
Kâhina de sa propre mort et l'envoi qu'elle lui faisait
de ses enfants. Le général musulman confia ceux-ci à
des gardiens et donna à Khâlid le commandement de la
cavalerie. Alors s'avança la Kâhina les cheveux épars et
s'écriant: « Veillez aux événements, car autant dire que
je suis morte ! » La bataille s'engagea furieuse, mais la
reine dut fuir, et Hassan se mit à sa poursuite et la tua.
Des Berbères se rendirent auprès de Hassan pour lui
demander quartier ; mais il n'y consentit que moyen-
nant l'engagement de leur part de lui fournir un corps
de douze mille de leurs contribules qui auraient à com-
battre la guerre sainte à côté des Arabes. Ces Berbères
se convertirent et lui fournirent les cavaliers demandés,
qu'il divisa en deux moitiés égales, à chacune desquelles
il donna pour chef l'un des deux fils de la Kâhina ; il leur
fit, simultanément avec les Arabes, parcourir le Maghreb
pour y massacrer les Roûm et les Berbères infidèles.*
Lui-même rentra en ramad'ân 82 (*) à Kayrawân, à la
(1) C'est-à-dire en octobre 701. Ibn el-Athir donne les dates de
ramad'ân 79 {Annales, .pp. 27 et 32 combinées) et de 74 (ib f p. 32 ;
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- 30 - '
Suite de la sincère conversion et de la soumission des
Berbères.
Le calme qui alors régna en If rîk'iyya permit à Hassan
d'organiser cette année-là les bureaux ; la tranquillité fut
assurée aux vaincus moyennant le paiement du kharàdj,
auquel furent astreints tous les barbares du pays, aussi
bien que les chrétiens qui y habitaient avec eux.
A la suite de la mort de la Kàhina, Hassan n'eut plus
à faire d'expédition, car toute résistance avait cessé. II
fut ensuite révoqué et rappelé par c Abd el- f Aziz ben
Merwân, qui était frère du khalife c Abd el-Melik et qui,
en sa qualité de gouverneur d'Egypte, disposait à son
gré du gouvernement de l'Ifrîk'iyya. c Abd el-'Aziz en
voulait aux pierres précieuses, à l'or et à l'argent, de
sorte que Hassan, qui le savait, les cacha dans des outres
à eau et ne laissa voir que les effets, les montures, les
esclaves et autres richesses. A son arrivée en Egypte, il
donna en présent à c Abd el- c Azîz deux cents jeunes filles
de race royale, soit grecque soit berbère ; mais ce chef
lui enleva, en outre, tous les chevaux, les chameaux,
les femmes esclaves et les nègres qu'il emmenait. [P. 24 1
Hassan continua sa route avec ce qui lui restait de baga-
ges et arriva auprès du khalife El-Welid, dont la colère
fut excitée par le récit qu'il lui fit des procédés d' c Abd
el- c Azîz ; puis il se fit apporter les outres et en tira assez
d'or, d'argent, de pierres précieuses et de rubis pour
exciter l'étonnement du khalife, qui, tout charmé, lui
dit : « Veuille Dieu te récompenser, Hassan ! — Prince
des croyants, répondit-il, si je suis parti, c'est pour aller
de même dans VH. des Berbères, i, 214). On trouve la date de 84
dans Kayrawâni (texte, p. 32). Cf. Fournel, i, 224.
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- 31 -
combattre la guerre sainte dans le sentier de Dieu, et
un homme comme moi ne peut tromper ni Dieu ni le
khalife. — Je veux, reprit le prince, te renvoyer dans
ton gouvernement en Raccordant des bienfaits et en fai-
sant proclamer tes louanges ! » Mais Hassan jura qu'il
n'accepterait plus de gouvernement sous les Omeyyades.
El-Welîd garda à cause de cela du ressentiment contre
son oncle e Abd el- c Aziz.
L'ordre chronologique des campagnes de Hassan, sur-
nommé « le cheykh intègre », n'est pas bien déterminé,
non plus que sa conquête des villes de Carthage et de
Tunis et la mort de la Kâhina. D'après Ibn el-KaTt'ân,
la révocation de Hassan et la nomination de Moûsa ben
Noçayr furent faites par f Abd el- c Azîz ben Merwàn sans
aucun ordre ou avis de son frère c Abd el-Melik.
Nomination d'Aboû 'Abd er-Rahmân Moûsa ben Noçayr au gouver-
nement de l'Ifrlk'iyya et du Maghreb ; exposé d'une partie
de ce qu'il y fit.
Les uns disent que ce chef descend de Lakhm, et
d'autres, de Bekr ben Wâ'il ; Ibn Bachkowâl dans la
Çila le nomme Moùsa ben Noçayr ben c Abd er-Rah'mân
ben ZeydM. Nommé par c Abd el-Melik à la perception du
kharâdj à Baçra, il s'en appropria, dit-on, le produit, et
Tordre donné par le khalife à H'addjâdj de ne pas le lais-
ser échapper fit que Moûsa, pris de peur, se rendit auprès
d' c Abd el- c Azîz ben Merwàn gouverneur d'Egypte. Celui-
ci, qui lui portait de l'affection, l'accompagna [P. 25] en
(1) Le nom de Moûsa ne figure pas dans l'édition Godera de la Çila,
mais Dhabbi lui consacre un article, n° 1334 de Téd. Codera. Sur le
père de Moûsa, voir Ibn el-Athir, texte u, 303; Beladhori, p. 247.
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- 32 —
Syrie auprès cT'Abd el-Melik, qui frappa Moûsa d'une
amende de cent mille dinars. e Abd el- c Aziz fournit à son
protégé la moitié de cette somme, puis le ramena en
Egypte, où il le nomma gouverneur deTIfrik'iyya, dépen-
dance de l'Egypte.
Moûsa remporta ses premières victoires du côté de
Zaghwàn, localité éloignée de K'ayrawân d'une pleine
journée de marche. Dans les environs habitaient des
tribus Berbères dont vinrent à bout les 500 cavaliers
qu'il envoya contre elles; 10,000 prisonniers W restèrent
aux mains des vainqueurs et furent les premiers qu'on
amena à K'ayrawân depuis qu'il en était gouverneur.
L'un de ses fils, nommé c Abd Allah, qu'il envoya dans
une région d'Ifrik'iyya, en ramena 100,000 prisonniers,
puis son autre fils Merwân en ramena un nombre égal,
de sorte que le quint fut alors représenté par 60,000 têtes
{sic). Moûsa envoya à c Abdel- c Aziz une lettre où il l'infor-
mait de ses succès en ajoutant que le quint montait à
30,000 têtes, nombre qui avait été écrit au lieu de 60,000,
par suite d'une erreur du secrétaire. Ce chiffre de 30,000
parut énorme à c Abd el- c Aziz, qui y vit une erreur en trop
commise par le secrétaire et qui la signala dans sa
réponse à Moûsa en lui demandant de la rectifier: « Il y
a en effet, écrivit Moûsa, une erreur imputable, ainsi
que l'a conjecturé l'Emir, au secrétaire. Sache, ô Emir,
que le nombre exact et bien certain est de 60,000 ! » La
joie d' c Abd eI- c Azîz fut alors à son comble. Il avait,
d'autre part, reçu une lettre dans laquelle son frère c Abd
el-Melik lui disait qu'ayant appris la décision qu'il avait
prise touchant la révocation de H'assàn et le remplace-
(1) 11 faut, <faprès ce qui suit, lire non pas 10.000, mais 100.000 l
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- 33 -
ment de ce dernier par Moùsa, lui, Prince des croyants
approuvait Tune et l'autre de ces mesures. Il informa
alors le khalife des succès remportés et lui adressa la
lettre de Moûsa. En conséquence, f Abd el-Melik envoya
à ce dernier un messager chargé de prendre possession
du quint précité, auquel Moûsa ajouta encore un millier
de têtes par surcroît.
Quand Moûsa arriva en Ifrik'iyya, [P. 26] il marchait
en tête de l'armée: un passereau étant venu se poser
sur sa poitrine, il s'en empara, regorgea et de son sang
s'oignit la poitrine par dessus les vêtements, puis il le
pluma et éparpillant les plumes sur sa personne il
s'écria : « J'en prends à témoin le Dieu de la Ka f ba, voilà
la victoire ! »
D'après Ibn K'oteyba, Moûsa ben Noçayr, après avoir
pris SedjoûmaM et mis à mort les princes de cette ville,
accorda à c Iyâd', f Othmân et Aboû c Obda, fils d ,f Ok'ba,
le droit de tirer vengeance du meurtre de leur père et ne
les arrêta qu'après qu'ils eurent mis à morl six cents des
principaux de la ville. Cela eut lieu en 83 (3 février 702),
au dire de ceux qui font commencer son administration
en cette année.
Moûsa réduisit ensuite les Hawwàra, les Zenâta et les
Kotâma, contre qui il fît des expéditions qui lui coûtèrent
du monde et au cours desquelles on fit 5,000 prisonniers.
Leur chef, nommé Kâmoûn, fut envoyé par Moûsa à
f Abd el- c Azîz ben Merwân, qui le fit exécuter près de
l'étang appelé encore de nos jours Birket Kâmoûn( 2 >,
(1) On écrit aussi Segouma et Sekiouma; voir H. des Berb, y
i, 206, et la table géog. ; Bekri, 267.
(2) Ce nom de lieu n'est que cité d'après notre texte dans les notes
du Merâcid (îv, 314).
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- 34 -
proche du bourg d ,<r Akaba. Quant aux Kotàma (sic), ils
s'étaient rendus auprès de Moûsa, qui leur donna pour
chef l'un d'entre eux et se fit livrer des otages de
marque.
En djomàda I 85 (mai-juin 704), mourut c Abd el- e Aziz
ben Merwân, qui gouvernait l'Egypte au nom de son frère
c Abd el-Melik ben Merwân. Le khalife, qui le remplaça par
c Abd Allah ben e Abd el-Melik ben Merwân, avait déjà,
dans cette même année, voulu révoquer son frère tant à
cause de la disgrâce dont il avait frappé Hassan ben en-
No c mân qu'à cause de ses rapines. Il en avait été empê-
ché par K'abîça ben Dho'ayb, qui lui avait représenté
qu'une mort prochaine pourrait le débarrasser, mais
cependant il y songeait toujours. C'est dans ces disposi-
tions qu'il était un jour à causer avec Rawlv ben Zinbâ*
Djodhâmi, qui lui disait que cette révocation n'aurait pas
été de nature à provoquer de combat entre deux chèvres,
quand K'abiça survenant s'écria: « Prince des croyants,
[P. 27] veuille Dieu te récompenser à raison de ton
frère! — Il est donc mort? repartit le khalife. — Il
est bien mort. — Aboû Zor c a, Dieu nous a suffi pour
décider la question sur laquelle nous étions d'accord ! »(*)
A la suite de la mort du Prince des croyants *Abd
el-Melik ben Merwân, survenue en 86 (1 er janvier 705),
El-Welîd écrivit à son oncle [lisez frère] c Abd Allah
[ben c Abd el-Melik] ben Merwân, de nommer Moûsa ben
Noçayr au gouvernement de l'Ifrîk'iyya et du Maghreb,
pays qu'il enleva ainsi à son oncle [lisez frère] < 2 ). La
(1) Cette anecdote se retrouve dans Ibn el-Âthîr (iv, 409) et le
Nodjoûm (i, 192).
(2) La nomination de Moûsa est ailleurs placée, soit en 89 soit
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plupart des villes d'Ifrîk'iyya étaient alors désertes par
suite des conquêtes successives dont elles étaient l'objet
de la part des Berbères.
Moûsa ben Noçayr conquiert le Maghreb el-Ak'ça.
Moûsa poursuivit sa marche guerrière d'Ifrik'iyya vers
Tanger, car les Berbères, par peur des Arabes, se reti-
raient vers l'ouest. La poursuite à laquelle il se livra lui
permit d'en tuer une grande quantité et de faire de
nombreux prisonniers. Il arriva ainsi jusqu'au Soûs
el-Adna, c'est-à-dire au pays de Der'a. Les Berbères
accablés lui ayant alors demandé quartier et s'étarit
soumis, il teur donna un chef. Comme gouverneur de
Tanger et des environs il nomma son client T'ârik', à
qui il confia un corps de 17,000 Arabes et de 12,000 Ber-
bères, ceux-là ayant Tordre d'enseigner à ceux-ci le
Koran et de les mettre bien au courant de la religion.
Après quoi il se remit en route pour l'Ifrik'iyya.
D'après Ibn el-K'at't'ân, on raconte que Moûsa ben No-
çayr, sitôt après avoir, en la dite année, été investi par
El-Welid, envoya à des tribus berbères Zor c a ben Aboû
Modrik, qui n'eut pas à subir d'hostilités dé leur part ;
ces peuples se rendirent à composition, et il envoya
leurs chefs à Moûsa, qui exigea d'eux dés otages. Le
gouverneur donna ensuite le commandement de la flotte
d'Ifrik'iyya à f Ayyâch ben Akhyal, qui se rendit en Sicile,
où il attaqua et pilla complètement une ville nommée
Syracuse, puis revint sain et sauf, chargé de butin.
en 77; voir Ibn Khatlikân, m, 475, où 'Abd Allah est aussi appelé
oncle d'El-Welid.
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Quand AboùModrik Zor c a ben Aboû Modrik amena les
otages dBs Maçmoûda, Moûsa les réunit aux otages
[P. 28] berbères qu'il s'était fait livrer en Ifrik'iyya et au
Maghreb et qui se trouvaient à Tanger : il les mit sous
les ordres de son client T'ârik', qui [plus tard] envahit
l'Espagne avec eux. Dix-sept Arabes furent laissés par
Moûsa à l'effet d'instruire ces Berbères dans le Koran et
les préceptes de l'Islam. [Autrefois] c Ok'ba ben Nâfi e
avait déjà laissé dans le même but quelques-uns de ses
compagnons, parmi lesquels Châkir et d'autres. Dans le
Maghreb el-Ak'ça n'avait pénétré aucun gouverneur
Omeyyade autre qu' c Ok'ba ben Nàfi c Fihri ; c'était le seul
que les Maçmoûda eussent connu, et l'on dit que la plu-
part de ces derniers opérèrent volontairement leur con-
version entre ses mains. Ce fut Moûsa ben Noçayr qui
pénétra après lui dans ce pays.
En 92 (28 octobre 710), T'àrik envahit l'Espagne et la
conquit avec une armée formée d'Arabes, de Berbères et
des otages livrés par ces derniers, tant ceux que lui
avait laissés Moûsa que ceux qui avaient auparavant été
remis- à H'assân dans le Maghreb central. C'est en 85
(13 janvier 704) que T'ârik' devint gouverneur de Tanger
et du Maghreb el-Ak'ça, et c'est à cette date que la con-
version des habitants de cette dernière région à l'Islam
fut complète : on orienta dans la direction de la Mekke
les temples élevés par les polythéistes et l'on installa
des chaires dans les mosquées des communautés. Alors
fut élevée la mosquée d'Aghmât HeylânaW.
Quant à ce chef, son nom est T'ârik' ben Ziyâd ben
(1) On écrit aussi Aylàn ou Ilàn, voir Bekri et Edrisi; cf. H. des
Berb., i, 174.
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- 37 -
e Abd Allah ben Oulghoû ben Ourfeddjoûm ben Neber-
ghâsen ben Oulhàç ben It'oûmet ben Nefzâou ; il était
Nefzi d'origineM. On dit qu'il figurait parmi les Berbères
faits prisonniers. Il était affranchi de Moûsa ben Noçayr.
En 93 (18 octobre 711), ce dernier, irrité contre T'ârik\
franchit la mer et se rendit en Espagne; il y suivit une
autre route que son général et y remporta de nombreux
succès que nous raconterons en faisant l'histoire de la
conquête de l'Espagne, dans la seconde partie du pré-
sent ouvrage.
En la même année, f Abd Allah ben Moûsa remplaça
son père comme gouverneur d'Ifrîk'iyya, à raison du
départ de Moûsa, jusqu'au jour où celui-ci revint d'Es-
pagne pour se rendre en Orient. Moûsa arriva à
K'ayrawân à la fin de Tannée 95.
En 95 (25 septembre 713), Moûsa quitta [P. 29] l'Espa-
gne pour se rendre en Ifrik'iyya avec le butin dont Dieu
l'avait gratifié : la flotte transporta à Tanger toutes les
riches dépouilles que formaient l'or, l'argent et tes pier-
reries, puis elles furent chargées sur des chariots.
D'après [ïbn] er-Rak'ik', cent quatorze véhicules furent
employés à cet usage. La table [de Salomon], qui était
faite d'or avec un peu d'argent et qui comptait trois
cercles, l'un de rubis, l'autre d'émeraudes et le troisième
de perles, fut un jour chargée sur un grand mulet, le
plus agile el le plus vigoureux qu'on pût trouver, don»t
les jambes cédèrent sous le poids même avant d'arriver
à l'étape t-). Au dire d'EULeyth ben Sa c d, on n'avait
(1) Sur les dires relatifs à l'origine de ce général, v. Fournel, i, 236.
(2) Sur la table de Salomon, voir notamment Dozy, Recherches^
3» éd., i, 52 ; Merràkechi, trad. fr. ; p. 10,
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- 38 -
jamais^ depuis la fondation de l'Islam, entendu parler
d'un nombre de prisonniers aussi considérable: quand
son fils Merwân revenu du Soûs se porta au-devant de
son père, avec les principaux chefs, il ordonna à beux-ci
dé donner à chacun des compagnons de son père un
esclave nègre ou une négresse, et Moûsa ayant donné le
même ordre à ceux qu'il commandait, chacun se trouva
pourvu et d'un nègre et d'une négresse.
On raconte encore que Moûsa en quittant l'Espagne y
laissa comme gouverneur son fils c Abd el- c Azîz et que,
rentré en Ifrîk'iyya, il parvint à K'ayrawân à la fin de 95
(comm. 25 sept. 713). Il ne pénétra cependant pas dans
la ville et descendit au K'açr Elmâ, où il tint une audience
à laquelle assistèrent les guerriers arabes de la ville,
dont les uns l'avaient accompagné dans son expédition,
tandis que les autres étaient restés en Ifrîk'iyya avec
son fils c Abd Allah : « Aujourd'hui, leur dit-il, trois faits
heureux se sont produits pour moi : j'ai d'abord reçu
une lettre par laquelle le Prince des croyants me témoi-
gne sa reconnaissance et m'accorde des louanges » (il
énuméra ici les succès que Dieu avait réalisés par ses
mains) ; « ensuite une lettre où mon fils c Abd el- c Azîz me
décrit les victoires que Dieu lui a. fait remporter en Espa-
gne » (ici il prononça les formules de louanges à Dieu, et
les assistants se levèrent pour le féliciter)» ; quant à la
troisième chose, continua-t-il, je vais vous la faire voir »;
et, se levant, il fit tirer une tenture derrière laquelle se
trouvaient diverses jeunes filles semblables à autant de
pleines lunes montant à l'horizon et couvertes de bijoux
et de parures. Comme on lui réitérait les félicitations,
c Ali ben Rebâh' Solami prit la parole : « Général, dit-il,
c'est moi qui te donnerai le meilleur avis : rien n'arrive
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au sommet qui ne soit près de redescendre; modère-toi
donc [P. 30] avant d'y être forcé! » Cette observation
décontenança Moûsa, qui renvoya aussitôt ces jeunes
filles. Il partit ensuite pour l'Orient, après avoir confié
Plfrlk'iyya, l'Espagne et Tanger aux soins respectifs de
ses fils c Abd Allah, c Abd el- c Aziz et c Abd el-Melik.
D'après Ibn el-K'atTân, la plupart s'accordent à dire
que T'ârik', avant d'aller explorer l'Espagne, s'était
établi à Tanger. Cependant, selon certains, il était ins-
tallé sur l'emplacement de SidjilmâssaW, vu que Selà et
le pays en-deçà, Fez, Tanger et Ceuta appartenaient aux
chrétiens. Il ajoute qu'on n'est pas d'accord si Moûsa
entra ou non à K'ayrawân dans ce voyage.
Moûsa se mit donc en marche avec ses autres enfants,
c'est-à-dire Merwân, c Abd el-A'la, etc. ; il était en outre
accompagné des nobles K'oreychites, Ançâr et autres
Arabes, de cent che # fs berbères, parmi lesquels les fils de
Koseyla ben Lemzem, les Benoû Isder, MezdânaW, roi de
Soûç, le prince de Mayorque et de Minorque, des fils de
la Kâhina, de cent des princes espagnols chrétiens, et de
vingt princes des villes conquises en Ifrik'iyya ; il emporta
en outre des spécimens des produits de toutes les villes
de ce pays. Il arriva ainsi à Miçr, où il n'y eut pas de
savants ni de nobles à qui il ne fit des présents et des
dons. D'Egypte, il se dirigea sur la Palestine, où il fut
reçu par la famille de Rawh' ben Zinbâ c , qui égorgea
cinquante chameaux pour lui faire fête. Il en repartit en
laissant une partie de ses femmes et ses plus jeunes
(1) La fondation de cette ville date de 140, d'après Bekri, p. 328.
Cf. Fournel, i, 233, n. 5, et 352.
12) Ailleurs on lit Merzàya.
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- 40 -
enfants auprès de ses hôtes, à qui il fit de riches présents.
Mais alors il reçut une lettre du khalife El-Welid ben
e Abd el-Melik, qui était malade et lui enjoignait d'arriver
au plus vite pour le trouver encore en vie, tandis que
d'autre part Soleymàn ben c Abd el-Melik, frère et héritier
présomptif d'El-Welîd, lui écrivait de temporiser et
d'attendre. Sans tenir compte de cette dernière lettre,
Moûsa fit diligence, [P. 31] si bien qu'il arriva à la cour
trois jours avant la mort du khalife El-Welîd. Aussi
Soleymàn disait-il qu'il le ferait crucifier s'il l'avait en
son pouvoir. Moûsa put donc remettre à El-Welîd les
richesses qu'il apportait, laTable[deSalomon], les perles,
les rubis, les diadèmes, ainsi que l'or et l'argent.
Mas c oûdi, dans son livre intitulé ^Adjâ'ibel-bilâd wez-
zemân (*), s'exprime ainsi : « A la suite de la conquête de
Tolède, Târik' pénétra dans le palais royal de cette ville,
où il trouva les Psaumes de Davic^ transcrits sur des
feuilles d'or à l'aide d'une solution de rubis et d'un
travail si merveilleux que l'on n'avait en quelque sorte
jamais rien vu de pareil. Là encore se trouvaient la Table
de Salomon, précédemment décrite, vingt-quatre dia-
dèmes rangés en ordre et correspondant au nombre des
rois Goths d'Espagne, car il était d'usage que le diadème
d'un roi mort fût déposé en cet endroit et que son
successeur s'en fit faire un autre; enfin, une grande pièce
remplie d'élixir alchimique (Ld~!==aJt j~~£=>\ pierre phi-
losophai). Tous ces objets furent remis à El-Welîd ben
c Abd el-Melik. »
(1) H. Kh., iv, 186, ne cite pas d'ouvrage de ce titre, mais seulement
un Lô jJ\ ^JjIsl* de Mohammed ben H'oseyn Mas'oûdi. L'auteur
des u^obJJl - jy s'appelle AboiYl-Hasan 'Ali ben H'oseyn ben 'Ali.
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- 41 -
En djomâda II 96 (février 715), le khalife El-Welid
mourut et eut pour successeur Soleymân. Celui-ci, qu'ani-
mait une vive colère contre Moûsa, le fit exposer au
soleil pendant une journée très chaude, jusqu'à ce que le
patient, homme corpulent et asthmatique, perdit con-
naissance. Soleymân alors lui dit : « Tu n'as voulu tenir
aucun compte de la lettre que je t'avais écrite ! Paie
maintenant cent mille dinars! — Prince des croyants,
répondit Moûsa, vous m'avez pris tout ce que je possé-
dais; d'où donc tirerais-je cent mille dinars? — Il t'en
faudra payer deux cent mille », reprit Soleymân ; et
comme Moûsa se défendait: « C'est trois cent mille,
continua le khalife, que tu auras à verser » ; et en même
temps il le fit mettre à la question, avec l'intention de le
faire mourir. Moûsa eut alors recours à l'intervention de
Yezid ben el-Mohalleb, qui avait du crédit auprès de
Soleymân et qui obtint du prince la grâce du prisonnier,
moyennant l'abandon par celui-ci de tout ce qu'il possé-
dait. On dit aussi, c'est la version d'Ibn H'abîb et d'au-
tres, que Moûsa racheta sa vie moyennant le paiement à
Soleymân d'un million de dinars. Plus tard, Yezîd ben
el-Mohalleb étant à causer un soir avec Moûsa lui dit :
« Aboû c Abd er-Rah'mân, quel groupe formez-vous, [P. 32]
toi et les tiens, clients et serviteurs ? Arrivez-vous à mille ?
— Oui certes, répondit Moûsa, et de plus mille et mille
autres encore. — Et pourquoi donc t'es- tu exposé à la
mort au lieu de rester au siège de ta puissance, à l'en-
droit où s'exerce ton pouvoir ? — Je le jure ! repartit
Moûsa, si je l'avais voulu on n'eût rien pu contre moi;
mais j'ai préféré le respect de mes devoirs envers Dieu,
et je n'ai pas cru que je dusse oublier que j'ai à obéir. »
On raconte qu'après s'être fait payer cette énorme
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_ 42 -
rançon, Soleymân ben c Abd el-Melik demanda un jour
une coupe d'or, et Moûsa, surprenant le regard qu'il lui
jetait, lui parla en ces termes : « Prince des croyants, il n'y
a pas là de quoi s'enorgueillir ! Cette coupe, je ne l'estime
certes pas dix mille dinars: or Dieu m'est témoin que
j'ai envoyé à ton frère El-Welid un vase à lampe en
émeraude verte dans lequel le lait qu'on y versait pre-
nait une teinte verte ; on a estimé qu'il valait cent mille
dinars. J'ai en outre trouvé telles et telles choses », dont
il se mit à faire une longue énumération, si bien que
Soleymân en resta stupéfait.
Moûsa ben Noçayr était né en 19 (1 er janvier 610) et
mourut en 98 (24 août 716), à l'âge de 79 ans. Il fut
nommé en 88 (11 décembre 708) gouverneur d'Ifrîk'iyya
et administra ce pays, de même que l'Espagne et le
Maghreb tout entier, jusqu'à sa mort, c'est-à-dire pen*-
dant environ dix- huit ans M. On raconte entre autres
choses au sujet de sa mort, qu'il fit avec Soleymân
le pèlerinage et que, lors de leur arrivée à Médine,
Moûsa annonça que le surlendemain mourrait un homme
dont le nom avait rempli l'Orient et l'Occident.
Gouvernement de Moh'ammed ben Yezld en Ifrîk'iyya
et au Maghreb.
Voici ce que dit Wâk'idi: « Soleymân ben c Abd el-
Melik dit alors à Redjà' ben H'aywa< 2 ) qu'il voulait un
homme d'un mérite intrinsèque pour en faire le gouver-
(1) Le texte porte i8 en chiffres; le texte du manuscrit porte sans
doute, mais en toutes lettres, huit,
(2) On peut voir sur ce personnage Ibn Koteyba, p. 239; Ibn el-
Athir, v, 27 et 129 ; Nodjoûm, p. 302.
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- 43 -
neur d'Ifrik'iyya. Redjâ' approuva ce projet, et au bout
de quelques jours lui dit qu'il avait trouvé l'homme
demandé en la personne de Moh'ammed ben Yezîd,
client de K'oreych. Soleymân se le fît présenter et lui
tint ce langage: « Moh'ammed ben Yezîd, crains Dieu
[P. 33] seul, qui n'a pas d'associé ; cultive la vérité et la
justice dans le pays que je te confie, car je te nomme
gouverneur d'Ifrik'iyya et du Maghreb tout entier. »
Alors, continue le chroniqueur, Moh'ammed ben Yezîd
fit ses adieux au prince et se mit en route, en disant
qu'il serait sans excuse aux yeux de Dieu s'il ne prati-
quait pas la justice.
En 97 (4 sept. 715), Moh'ammed ben Yezîd se fixa en
Ifrîk'iyya et l'administra de la façon la plus régulière et
la plus juste. Il reçut ensuite l'ordre de s'emparer d' c Abd
Allah ben Moûsa ben Noçayr pour le mettre à la question,
et de confisquer la fortune des fils de Moûsa. En consé-
quence il emprisonna e Abd Allah, le tortura et finit par le
mettre à mort. Or, l'ordre du khalife était de saisir toute la
famille, les enfants et les partisans de Moûsa, de ruiner
leur situation et de leur arracher par la torture trois cent
mille dinars. c Abd Allah ben Moûsa subit donc son supplice
sous la surveillance de Khâlid ben H'abib K'oreychiM;
pour c Abd el- c Aziz ben Moûsa, quand il apprit le traite-
ment infligé à son père, à son frère et à sa famille, il refusa
de reconnaître plus longtemps les Omeyyades et se pro-
clama indépendant. Mais alors le khalife Soleymân
adressa à H'abib ben Aboû f Obda( 2 ) et aux chefs arabes des
(1) Ce personnage est nommé 'Obeyd Allah ben Khàlid ben Çàbi
dans le Nodjoûm, p. 261.
(2) Sur ce nom voir la note de ma traduction de Merrâkechi, p. 9.
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-.44 -
lettres leur prescrivant de le mettre à mort, ce qu'ils
firent : sa tête et celle de son frère e Abd Allah furent
déposées sous les yeux de leur père Moûsa pendant qu'il
était lui-même à la torture* 1 ). La conduite de Soleymân à
l'égard de Moûsa et de ses fils, après les conquêtes
qu'avait faites ce général, est une chose honteuse qu'on
n'a jamais cessé de reprocher à ce khalife.
Moh'ammed ben Yezîd confia l'administration de l'Es-
pagne à El-H'orr ben c Abd er-Rah'màn K'aysi, car ce
pays relevait alors du gouverneur de l'Ifrik'iyya, de même
que celui-ci relevait du gouverneur de l'Egypte.
Au cours de son administration, qui dura deux ans et
quelques mois, Moh'ammed ben Yezid envoya [plusieurs
fois] des partis de cavaliers vers les frontières d'Ifrîk'iyya,
et le produit de leurs courses était partagé entre eux.
Soleymân ben c Abd el-Melik étant mort en 99, fut rem-
placé le jour même par c Omar ben c Abd el- c Azîz, qui
nomma gouverneur de l'If rîk'iyya Ismà c il ben c Abd Allah
ben Aboû'l-Mohâdjir, client des Benoû Makhzoûm. Ce
fut en l'année 100 [P. 34] que s'installa en Ifrik'iyya cet
excellent général et administrateur. Grâce aux appels
zélés et sans cesse renouvelés qu'il adressa aux Berbères
pour amener la conversion de ces peuples, celle-ci
s'acheva entre ses mains sous le règne d' c Omar ben c Abd
el- c Aziz. Ce fut lui qui apprit aux habitants de ce pays ce
qui est permis ou défendu, tâche dans laquelle il fut aidé
par dix hommes de mérite et de talent choisis parmi les
successeurs (tâbi'oûn), entre autres c Abd er-Rah'màn ben
Nâfi c et Sa c id ben Mas c oûd Todjibi, par qui f Omar le fit'
assister. Ce sont eux qui firent connaître en Ifrik'iyya la
(1) Cf. Fournel, i, 274.
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prohibition dont est frappé le vin, qui avait jusqu'alors
passé pour permis.
En 100 (2 août 718), Ismâ c il ben ( c Abd Allah ben) Aboû'l-
Mohàdjir nomma pour son lieutenant en Espagne Es-
Samh' ben Mâlik Khawlâni, qui s'y rendit en ramad'ân.
Le 6 cha c bàn 101 (20 février 720), le khalife «Omar
mourut à Deyr Sam c ân^), après un règne de deux ans et
cinq mois. Il eut pour successeur Yezîd ben c Abd el-Melik,
qui nomma au gouvernement d'Ifrik'iyya Yezid ben Aboû
Moslim, client et commandant de la garde d'El-H'addjàdj
ben Yoûsof. Ce nouvel administrateur, qui arriva en
Ifrîk'iyya en 102 (11 juillet 720), était un homme injuste
et imprévoyant, dont la garde était formée de Berbères.
Montant un jour en chaire, il annonça ce qui suit : « J'ai
décidé que, à l'imitation de ce que font les rois chrétiens
pour leur garde, chacun des hommes composant la mienne
portera inscrit dans sa main droite son nom, et dans sa
gauche, le mot garde; ils seront ainsi distingués du rpste
de la population, et quand ils seront envoyés à quelqu'un,
l'exécution de mes ordres se fera plus promptement. »( 2 )
En entendant cette annonce, ses gardes se dirent qu'il vou-
lait les traiter comme des chrétiens et complotèrent sa
mort, de sorte que quand il sortit de sa demeure pour
aller dire a la mosquée la prière du coucher du soleil, ils
le massacrèrent à l'endroit où il priait.
Après délibération sur le choix d'un gouverneur en
attendant la décision du khalife, le peuple s'accorda pour
nommer El-Moghîra ben Aboû Borda, qui était un
(1) Cette localité est proche de Damas. Sur le lieu et la date de la
mort de ce khalife, comparez Ibn el-Athîr, v, 42 ; Merâcid, i, 432 ;
Nocljoûm, 274, etc.
(2) Comparez le récit du Nodjoûm, p. 272.
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- 46 -
homme vaillant et de bonne famille. Mais'Abd Allah, fils
de ce chef, lui fit observer que Yezîd ayant été tué en sa
présence, son acceptation le ferait soupçonner d'être
l'auteur du meurtre et qu'il était préférable de choisir
Moh'ammed ben Aws Ançâri, qui était alors engagé dans
une expédition contre la Sicile. Ce guerrier, en effet, ne
tarda pas à revenir, chargé des dépouilles qu'il avait
faites, et ce fut lui que l'on investit du pouvoir. Il écrivit
au khalife Yezid ce qui s'était passé, et le prince nomma
gouverneur Bichr ben Çafwân.
Gouvernement de Bichr ben Çafwân.
Bichr ben Çafwân ben Tawil ben Bichr ben H'anz'ala
ben c Alk*ama ben Cherâh'il ben c Azîz ben Khâlid devint
en 103 (30 juin 721) gouverneur d'Ifrik'iyya et acheva de
détruire ce qui restait de la famille de Moûsa ben Noçayr ;
après quoi il se rendit auprès du khalife Yezid, mais il ne
le trouva plus en vie. A ce prince, mort en rebî c I 105
(août-sept. 723), succéda Hichânvben c Abd el-Melik, qui
renvoya Bichr en Ifrik'iyya. Après son retour Bichr nom-
ma comme gouverneur d'Espagne c Anbasa benSoh'aym
Kelbi; puis il dirigea en personne contre la Sicile une
expédition où il fit de nombreux captifs et retourna à
K'ayrawân. Comme il était près de mourir, la jeune
esclave qui le soignait s'écria : « joie maligne des enne-
mis! — Mais, dit Bichr, ce que j'ai dit aux ennemis ne
mourra pas avec moi ! » Il désigna pour le remplacer El-
c Abbâs ben Bâd'i c a Kelbi.
En 107 (18 mai 725), Bichr ben Çafwân avait nommé
en Espagne Yah'ya ben Solama Kelbi, qui arriva dans
ce pays en chawwâl (février 726).
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- 47 - -
En cette année-là, il y eut une grande confusion parmi
les gouverneurs d'Egypte* 1 ).
Bichr ben Çafwàn nlourut à K'ayrawân en 109 (27 avril
727), après avoir administré l'Ifrîk'iyya sept ans. Le
successeur désigné par lui resta dans cette ville jusqu'à
l'arrivée du gouverneur nommé par le khalife.
[P. 36] Gouvernement cT'Obeyda ben 'Abd er-Rah'mân Solami.
Fils du frère d'Aboû'l-A c war Solami, qui commandait
la cavalerie de Mo c âwiya à Çiffin, il arriva en Ifrîk'iyya
en rebî c 1 110 (juin-juillet 728). C'était un vendredi, et le
lieutenant de Bichr ben Çafwàn venait de s'habiller
pour se rendre à la prière, quand on lui annonça que
l'émir c Obeyda était entré inopinément à K'ayrawân :
« Il n'y a, répliqua-t-il, de force et de puissance qu'en
Dieu ! La dernière heure arrivera aussi inopinément I »
Et ses jambes incapables de le supporter le laissèrent
s'affaisser. Après son arrivée, c Obeyda s'empara des fonc-
tionnaires et des partisans de Bichr et les emprisonna;
il leur fit payer des amendes et en mit plusieurs à la
torture.
En 110 (15 avril 728), c Obeyda nomma gouverneur
d'Espagne c Othmàn ben Aboû Nis c a, qui se trouva à son
poste au mois de cha c bân (novembre).
Le 1 er moh'arrem 111 (4 avril 729) arriva en Espagne,
en qualité de gouverneur et envoyé par c Obeyda, H'od-
heyfa ben el-Ah'waç K'aysi, ou, selon d'autres, Aehdja'K 2 ).
(1) Ce que dit ici notre auteur se rapporte, d'après le Nodjoûm, à
l'année 109.
(2) Cf. Ibn el-Athîr, Annales, p. 93.
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En 112. (25 mars 730), c Obeyda nomma à ce poste
El-Haythem ben c Obeyd KenâniW, qui arriva dans le pays
en moh'arrem, et qui mourut en 114 après avoir gou-
verné l'Espagne pendant deux ans et quelques jours.
Parmi les fonctionnaires et compagnons de Bichr
qu ,<r Obeyda traita comme on Ta vu, se trouvait Aboû'l-
KhatTâr el-H'osâm ben D'irâr Kelbi, qui non seulement
était un des nobles de sa tribu, mais avait de l'éloquence
et du talent. Bichr ben Çafwân lui avait confié en
Ifrîk'iyya un gouvernement important, d'où c Obeyda le
déplaça, en outre d'un châtiment qu'il lui infligea. Il
composa alors ces vers :
[P. 37 ; T'awîl] Vous avez, fils de Merwân, livré notre sang
aux K'aysites ; mais si vous ne vous montrez pas justes, Dieu
rendra un jugement équitable ! On dirait que vous n'avez
pas assisté à la bataille.de Merdj Râh'it' et que vous ignorez
à qui cette victoire est due. Vous affectez clairement de ne
pas nous voir, et nous savons bien qu'il y a longtemps que
vous agissez ainsi à notre égard (2).
Il fit réciter ces vers devant le khalife Hichâm ben
c Abd el-Melik, et le résultat en fut que ce prince enleva
le gouvernement de l'Ifrik'iyya et du Maghreb à c Obeyda,
qui, en se retirant en chawwâl 114 (nov.-déc. 732), y
laissa en qualité de lieutenant c Ok'ba ben K'odâma. Son
administration avait duré quatre ans et six mois, et il
emporta en Syrie des dons considérables (pour le kha-
life). Quant à son lieutenant, il resta à K'ayrawân pen-
dant six mois.
(1) On lit ailleurs Kilâbi, voir ibid, .
(2) Sur ces vers, leur auteur et les variantes qu'ils présentent, cf.
Ibn el-Athlr, Annales, pp. 72 et 73.
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Pendant Tannée 113 (14 mars 731), les divers fonction-
naires d'Ifrîk'iyya et d'Espagne restèrent les mêmes que
Tannée précédente. Le gouvernement de TEspagne fut
ensuite confié à c Abd er-Rah'mân ben c Abd Allah
Ghâfik'i, qui fit campagne contre les chrétiens et qui
trouva, ainsi que nombre des siens, le martyre au lieu
dit BalâT ech-chohadâ, en 115 (20 février 733) (D.
En cette année il régna une grande disette.
[P. 38] Gouvernement d"Obeyd Allah ben el-H'abh'âb en Ifrtk'iyya
et en Maghreb.
Ce client des Benoû Seloûl était un chef remarquable,
un officier distingué, éloquent et bon prédicateur, con-
naissant bien les journées, les combats et les poèmes
des anciens Arabes. Il arriva en Ifrîk'iyya en rebî c II 116
(mai-juin 734). C'est à lui qu'on doit la construction de
la grande mosquée et de l'arsenal de Tunis. Il avait
débuté comme scribe, et la fortune le mena au poste de •
gouverneur d'Egypte, d'Ifrîk'iyya, d'Espagne et du Ma-
ghreb entier. Il se fit remplacer en Egypte par son fils
El-K'àsim, confia TEspagne à c Ok'ba ben el-H'addjâdj
Seloûli et nomma à Tanger et dans la région voisine du
Maghreb moyen d'abord son fils Ismâ c il, puis c Omar ben
c Abd Allah Morâdi. Il envoya H'abib ben Aboû f Obda( 2 )
ben c Ok'ba ben Nâfi c Fihri en expédition contre le Soûs
extrême : ce chef parvint jusqu'au Soudan en vainquant
(1) Cette sèche mention se rapporte à la bataille de Poitiers qui fut
livrée en octobre 732; cf. Fournel, i, 280. Le Balàt ech-chohâdâ de
notre texte ne peut donc être le château-fort d'Espagne ainsi dénom-
mé (Merâcid, i, 168 ; iv, 365 ; Mochtarik, 63).
(2) On lit ailleurs 'Obeyda.
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^50-
tous ceux qui tentèrent de lui réàîster et en pénétrant chez
toutes les tribus sans exception ; il fit un nombre consi-
dérable de captifs, entre autres deux jeunes filles qui
n'avaient chacune qu'un sein (*), puis il rentra sain et sauf
avec tous les honneurs de la guerre. Il fit ensuite une
expédition en Sicile, où il remporta des succès sans
pareils.
c Omar ben c Abd Allah Morâdi, gouverneur de Tanger
et des environs, éleva des prétentions injustes et exagé-
rées au sujet des aumônes légales et de la dime. Il pré-
tendit traiter les [biens des] Berbères en butin et les
soumettre au quint, ce qu'aucun gouverneur n'avait
encore fait, car le quint n'était exigé que des Berbères
non convertis^). Cette conduite blâmable provoqua le
soulèvement du pays et amena de nombreux combats où
périrent beaucoup de serviteurs de Dieu.
Les Berbères de Tanger et de la région, quand ils
surent que H'abib ben Aboû c Obda était engagé dans une
expédition contre les chrétiens, refusèrent d'obéir plus
longtemps [P. 39] à c Obeyd Allah ben el-H'abh'âb, et à la
suite des appels qu'ils adressèrent aux autres Berbères,
l'insurrection s'étendit à tout le Maghreb, y compris le
Maghreb el-Ak'ça. Ce fut la première révolte qui éclata
dans ce pays et en Ifrîk'iyya depuis la conquête musul-
mane ; on était alors en 122 (6 décembre 739). Meysera
Madghari se mit à la tête de l'insurrection contre c Omar
ben c Abd Allah Morâdi, qui gouvernait à Tanger, et le
mit à mort. Tous les Berbères embrassèrent le parti de
(1) Et qui provenaient d'un peuple nommé Taràdjàn (Bclàdhori,
232).
(2) Comparez Ibn el-Athir, Annales, p. 63.
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- 51 -
leur chef Meyserael-H'ak'ir, qui, laissant à Tanger e Abd
el-A c lâ ben H'odeydj, s'avança du côté du Soûs contre
Ismà'il ben c Obeyd Allah ben el-H'abh'âb et le tua égale-
ment. Il y eut alors entre les habitants du Maghreb el-
Ak'ça et ceux de l'Ifrîk'iyya de nombreuses rencontres,
trop longues à raconter. En effet, il y avait alors dans le
Maghreb une tribu nombreuse et puissante: celle des
Berghawâta, qui professait la doctrine khârédjiteW. Cette
révolte des Berbères et de Meysera eut pour cause les
abus dont se rendit c'oupable le gouverneur nommé par
Ibn el-H'abh'àb. En effet, les khalifes d'Orient recher-
chaient les nouveautés d'origine occidentale et se les
faisaient envoyer par les fonctionnaires gpuverneurs
d'IMk'iyya, qui leur adressaient par exemple les captives
berbères ( 2 ). Or Ibn el-H'abh'âb leur fit de nombreux pré-
sents et il y mit tous ses efforts, ou peut-être exigea-ton
davantage de lui, si bien qu'il se trouva amené à com-
mettre des excès dont le résultat fut te soulèvement géné-
ral de la population et le meurtre du gouverneur.
c Obeyd Allah ben el-H'abh'âb avait des enfants qui se
montraient orgueilleux. Or comme c Ok'ba ben el-H'ad-
djâdj alla le trouver et que le père d' c Abou c Ok'ba avait
affranchi El-H'abh'âb, père d' c Obeyd Allah, quand c Ok'ba
arriva auprès d c Obeyd Allah, celui-ci se leva devant lui,
lui rendit des marques d'honneur et le fit asseoir sur son
trône. Après qu' c Ok'ba se fut retire, les enfants d' c Obeyd
Allah blâmèrent la conduite de leur père, qui leur
demanda leur avis : « Tu avais, lui dirent-ils, à lui faire
(1) Sur les Kharedjites, voir la note 5 de 17/. des Berb., i, 203 ; et
Biunnow, Die Charidschiten.
(2) Comparez //. des Berb., i, 203.
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- 52 -
quelque cadeau et à l'éloigner, de manière à ne pas
ravaler notre rang. — Oui, dit-il, vous avez raison ». Le
lendemain il fit entrer la population dans sa demeure :
dans la foule figurait c Ok'ba, [P. 40] devant qui il se leva
et qu'il fit asseoir sur son trône, tandis que lui-même
restait debout: « Mes fils que voilà, fit-il, obéissant aux
suggestions de Satan et à l'orgueil du pouvoir, ont voulu
me faire faire une chose contraire au droit et ont blâmé
le respect que j'ai témoigné à cet homme. Sachez qu'il
est mon patron, car son père a rendu le mien à la liberté.
J'en prends Dieu à témoin, toute hypocrisie m'est
odieuse 1 » Puis il donna à c Ok'ba le droit de choisir le
gouvernement dont lui, c 0beyd Allah, pouvait disposer,
et c Ok'ba porta son choix sur l'Espagne (*). Cela se passait
en 116 (9 février 734), et ce gouverneur resta en Espagne
jusqu'en 121 (17 décembre 738), où il en fut chassé par la
révolte d' c Abd el-Melik ben K'at'an Fihri. D'après une
autre version, ce fut lui qui choisit ce dernier pour le
remplacer.
Revenons à Meysera Madghari, chef des Çofrites et du
Maghreb. A la nouvelle de la mort de Morâdi et de celle
de son propre fils, c Obeyd Allah rappela de Sicile H'abîb
ben Aboû c Obda, pour l'envoyer avec les soldats d'Ifri-
k'iyya contre Meysera. Le commandement de l'armée des
chefs et des nobles de l'Ifrîk'iyya fut donné par 'Obeyd
Allah à Khâlid ben Aboû H'abîb ( 2 ) Fihri, qui marcha
contre Meysera et qui était suivi de près par H'abîb ben
Aboû c Obda. Khâlid franchit le Chélif, rivière voisine de
(1) Cette anecdote est racontée avec plus de détails, d'après YAkh-
bar madjmoû'a, par Dozy, H. des mus. d'Esp., i, 230.
(2) Ailleurs, on lit Khâlid ben H'abib (Annales, p. 64).
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Tâhert, et Habib, qui arriva ensuite, campa près du gué
de cette rivière, mais sans s'en éloigner. Khâlid poussa
en avant jusque près de Tanger, où il rencontra Meysera
et lui livra une bataille où se déploya un acharnement
inouï. A la suite de cet engagement, Meysera se retira à
Tanger, mais les Berbères commencèrent à blâmer sa
mauvaise administration et sa déviation du but pour
lequel ils l'avaient choisi.
Meysera, dit [Ibn] er-Rak'ik\ avait pris le titre de
khalife et s'était fait reconnaître comme tel,* de sorte
qu'on le mit à mort et qu'on le remplaça par Khâlid ben
H'amid Zenâti. Khâlid ben Aboû H'abib livra bataille
aux Berbères, mais il fut attaqué par derrière par une
armée considérable que menait Khâlid ben H'amid, et
les Arabes durent fuir devant cette avalanche. Mais Ibn
Aboû H'abib ne voulut pas reculer : il se jeta avec les
siens au devant de la mort, [P. 41] si bien qu'ils périrent
jusqu'au dernier. Tous les héros, les preux et les cheva-
liers arabes périrent dans cette affaire, qu'on a appelée
la Bataille des nobles et qui eut pour conséquence une
insurrection générale.
Cette nouvelle détermina également la révolte de
l'Espagne contre son gouverneur, qui fut déposé et rem-
placé par c Abd el-Melik ben K'at'an. Les affaires d'Ibn
el-H'abh ab s'étant ainsi gâtées, la population le déposa
à son tour. Quand le khalife Hichàm ben c Abd el-Melik
fut informé de ces événements, il s'écria : « Je le jure, je
vais leur témoigner une colère d'Arabe ! je vais envoyer
contre eux une armée dont la tête sera chez eux quand
la queue en sera encore ici ». Ibn el-H'abh'âb, sur Tordre
qu'il reçut du khalife d'aller le rejoindre, partît en djo-
màda I 123 (avril 741).
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Gouvernement de Kolthoûm ben 'Iyâd' en Ifrîk'iyya ; sa rencontre
avec Khâlid ben H'amld Zenâti, émir de l'Ouest.
A la nouvelle de Tinsurection du Gharb et de l'Espa-
gne, Hichâm ben c Abd el-Melik envoya en Ifrîk'iyya
Kolthoûm ben c Iyâd' à la tête de douze mille Syriens (*),
et ce général entra dans ce pays en ramad'ân 123 (juil.-
août 741), de concert avec les gouverneurs d'Egypte, de
Tripoli et de Bark'a, qui en avaient reçu Tordre du kha-
life. Sang" passer par K'ayrawân, il s'avança précédé
d'éclaireurs commandés par son cousin paternel < 2 ) Baldj
ben Bichr K'ochayri. Celui-ci donna Tordre aux indigè-
nes de tenir leurs portes ouvertes pour que les Syriens .
pussent voir leurs demeures, et leur tint beaucoup
d'autres propos qui les irritèrent et au courant desquels
ils mirent H'abîb ben Aboû c Obda. Celui-ci écrivit à Kol-
thoûm : « Ton insensé de cousin a tenu tels et tels pro-
pos ; tiens ton armée à Técart des (indigènes), sinon
nous dirigerons nos forces contre loi. » Kolthoûm lui
adressa des excuses et Tordre [P. 42] d'attendre sur le
Chelif qu'il Teût rejoint; puis laissant à K'ayrawân c Abd
er-Rah'mân ben c Okba Ghaffâri, il s'avança avec son
armée jusqu'au camp de H'abîb. Il traita dédaigneuse-
ment celui-ci, tandis que de son côté Baldj ben Bichr lui
disait injurieusement : « C'est donc celui-là qui veut
tourner ses forces contre nous ! » Cela lui attira cette
réplique d' c Abd er-Rah'mân ben H'abîb, qui s'avança en
lui criant : « Sache, Baldj, que celui-là c'est H'abîb ;
(1) Ailleurs, et même ci-dessous, on lit trente mille (Ibn el-Koû-
tiyya, p. 231 ; Bayân, n, 30 ; H. des Mus. d'Esp., i, 244, etc.).
(2) D'autres disent son neveu.
'
— 55 -
et si tu le veux, tiens-lui donc tête !» On se mit à crier
aux armes, et tous les Africains et les Egyptiens se ran-
gèrent du même côté, mais on s'entremit pour ramener
le calme. Cette mésintelligence, jointe aux mauvaises
dispositions prises par Kolthoûm et Baldj, occasionna le
désastre qui suivit.
Kolthoûm continua sa marche jusqu'au Wàdi Seboû
avec une armée de 30.000 hommes, dont un tiers, dit'Ibn
el-K'at't'ân, étaient Omeyyades et les deux autres tiers,
Arabes. Khâlid ben H'amid Zenâti, qui avait remplacé
Meysera dans son commandement, se mit de son côté en
marche. Kolthoûm fit faire à Baldj une marche de nuit
pour attaquer les Berbères, et ce chef tomba sur eux de
grand matin ; mais ils se battirent sans vêtements, bien
que porteurs de boucliers en cuir, le mirent en fuite et
arrivèrent jusqu'à Kolthoûm. Celui-ci, installé sur une
tour mouvante qu'il avait fait dresser, dominait la bataille
qui s'engagea. Les deux cavaleries donnèrent d'abord,
et la cavalerie arabe, au début victorieuse, fut ensuite
battue ; puis les fantassins en vinrent aux mains et enga-
gèrent une lutte acharnée ; cavaliers et fantassins berbè-
res pénétrèrent dans les rangs de l'armée de Kolthoûm,
et ce chef fut tué, de même que H'abîb ben Aboû c Obda,
Soleymàn ben Aboû'l-Mohâdjir et les autres chefs arabes.
Les Syriens s'enfuirent en Espagne, les Egyptiens et les
Africains en Ifrik'iyya M.
D'après Ibn el-K'atTân, Hichâm ben c Abd el-Melik,
lorsqu'il envoya Kolthoûm en qualité de gouverneur de
(1) Cette bataille, livrée à Nakdoûra (ce nom présente diverses
variantes) est décrite par Dozy, H- des Mus., i, 246; cf. Ibn el-Athir,
Annales, 66-
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l'Ifrîk'iyya et du Maghreb, lui recommanda de remplir
ses fonctions avec tout le zèle et l'ardeur désirables, car
les Omeyyades, avaient trouvé dans les livres de prédic-
tions^) que le pouvoir des révoltés ne dépasserait pas le
Zâb, c'est-à-dire, croyaient-ils, le Zàb d'Egypte ( 2 ), tandis
qu'il s'agissait du Zâb d'Ifrik'iyya, et c'est pourquoi ce
prince insistait pour que la défense en fût bien assurée. Il
établit de plus [P. 43] que s'il arrivait malheur à Kolthoûm,
ce chef serait remplacé par son neveu Baldj. Or dans l'un
des combats qui furent livrés aux Berbères, Kolthoûm
périt, et Baldj en conséquence prit sa place en Ifrik'iyya.
Les fuyards se réfugièrent à Ceuta, où ils furent étroi-
tement bloqués, de sorle que Baldj s'adressa à c Abd el-
Melik ben K'at'an, gouverneur d'Espagne, pour lui
demander de les faire passer, lui et les siens, en Espa -
gne. Mais c Abd el-Melik, peu confiant, ne se pressa pas
tout d'abord d'envoyer des vivres ni des vaisseaux ; il se
trouva ensuite, forcé de les introduire dans ce pays par
suite de circonstances que j'exposerai dans la seconde
partie, où elles seront à leur place en parlant de l'Espa-
gne; il imposa à ces Arabes syriens, qui étaient environ
dix mille, la condition, à laquelle ils souscrivirent, de
n'y- faire qu'un séjour d'un an. Mais quand ils y furent
installés, ils trouvèrent qu'il y faisait bon vivre et ils
refusèrent d'en sortir lorsqu' c Abd el-Melik leur rappela
les termes de leur engagement ; ils tuèrent ce chef, et
Baldj resta onze mois gouverneur d'Espagne, ainsi que
(1) Le texte porte dirâyàt ; ou trouve riwâyàt dans Ibn el-Koû-
tiyya.
(2) Peut-être y a-t-il là une erreur, car ce nom, autant que je
siche, n'existe pas ; cf. Fournel, î, 313,
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- 57 —
nous le disons dans la seconde partie, où il est traité de
ce pays.
D après [Ibn] er-Rak'ik', c Abd er-Rah'mân ben H'abib,
seul Africain qui échappa, passa en Espagne et dit à c Abd
el-Melik ben K'at'an : « Ces Syriens te demandent des
vaisseaux pour les amener ici ; mais s'ils viennent, nous
n'avons nulle confiance dans leurs sentiments à ton
égard. » Et, en effet, quand c Abd el-Melik leur eut fait
franchir la mer, ils l'attaquèrent, sous la conduite de
Baldj, au bout d un an de séjour, et le résultat de douze
rencontres, toutes défavorables à c Abd el-Melik, fut que
Baldj resta maître de l'Espagne.
En 124 (14 novembre 741), Baldj fut tué dans ce pays,
et ses compagnons le remplacèrent, selon les instruc-
tions du khalife Hichâm, par Tha c leba ben Selâma f Amili.
Celui-ci eut à combattre le restant des Berbères, qui se
soulevèrent à Mérida et dont il fit un grand massacre,
[P. 44] en outre de ceux, au nombre d'un millier, qu'il fit
prisonniers. A la suite de cette affaire, il regagna Cor-
doue. C'est sous son gouvernement, qui dura dix mois,
que les Berghawât'a commencèrent à lever la tête.
Des Berghawât'a et de leur apostasie (*).
Au dire d'Ibn el-K'at't'àn et d'autres encore, Tarif est
un descendant de Chim'oûn, [petit] fils du prophète
Ish'âk'. Or les Çofrites, après s'être partagé rifrik'iyya,
aussi bien que les femmes et les richesses qu'elle renfer-
(1) Voyez Bekri, p. 301 ; Hist. des Berb,, h, 125 ; Istibçar, tr. fr.,
p. 157 ; ci-dessous, p. 234 du texte arabe ; Ibn Haukal, éd. de Goeje,
p. 56.
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mait, se tournèrent contre K'ayrawàn, sous la direction
d'un chef berbère que suivaient trois cent mille des
siens; mais les habitants de cette ville, au nombre de
douze mille guerriers, soutenus par la protection divine,
les mirent en déroute. La crainte d'être trop long m'em-
pêche de raconter ici ces faits en détail. Or Tarif, de qui
Tarifa (Djezîrat Tarif) tire son nom, était l'un des chefs
de cette nombreuse armée. A la suite de cette défaite,
de la dispersion qui en fut la suite et des pertes que ces
guerriers subirent, Tarif se rendit à Tâmesna, où habi-
taient des tribus berbères, dont la profonde ignorance
lui permit de se mettre en avant et de les rallier à sa
personne, de sorte qu'elles le reconnurent pour leur
prince. Il avait depuis quelque temps commencé à leur
donner des lois religieuses quand il mourut, laissant
quatre enfants. Çâlih', l'un d'eux, fut reconnu par les
Berbères comme son successeur, et continua de leur
inculquer les croyances que son père Tarif avait com-
mencé à propager. Il avait avec son père participé à la
guerre de Meysera el-H'ak'ir et de Maghroûr ben Tà-
ioût, les deux chefs çof rites, et se mit à prétendre que le
Koran propre à ces peuples et dont ils faisaient leur
lecture, lui avait été révélé, ajoutant qu'il était le Çâlih
el-mou'minîn dont Dieu a parlé dans son Saint Livre
(Koran, s. lxvi, 4). Çâlih transmit à son fils Elyâs [P. 45]
ses pratiques religieuses, lui enseigna ses doctrines et sa
foi, en lui recommandant de n'en rien manifester jusqu'à
ce que son pouvoir se montrât au grand jour et que, la
notoriété de son nom étant établie, il pût mettre à mort
ses adversaires; il y ajouta la recommandation de se
ménager l'amitié du Prince des croyants régnant en Espa-
gne; puis il gagna l'Orient en promettant de reparaître
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- 59 -
sous le règne du septième prince de leur race. Il préten-
dait être le Mahdi qui doit apparaître à la fin des temps
pour combattre Y Antéchrist et disait que c Isa (Jésus)
serait alors parmi les siens et prierait à sa suite, en
rapportant à ce propos des discours qui provenaient,
disait-il, de Moïse.
Après qu'il fut parti pour l'Orient, son fils Elyâs,*dont
le règne dura cinquante ans, cacha ses doctrines jusqu'à
l'année 173 (30 mai 789). De tout ce que nous venons de
dire de Çâlih' et de son fils, il résulte que les débuts de
cette affaire remontent à 124 ou environ (741 ou 742),
puisque Ton compte cinquante ans de là jusqu'à Tan 173
(30 mai 789).
Gouvernement de H'anz'ala ben Çafwân en Ifrlk'iyya et dans tout
le Maghreb.
Le massacre de Kolthoûm ben c Iyâd' et de ses compa-
gnons" fut cause que le khalife Hichâm ben c Abd el-Melik
envoya en Ifrik'iyya H'anz'ala ben Çafwân Kelbi, qui était
alors gouverneur d'Egypte, où il avait été nommé en 119 ;
il arriva en rebi c II (février-mars 742), dans son nouveau
gouvernement. Sur la demande que lui adressèrent les
Espagnols, H'anz'ala leur envoya en qualité de gouver-
neur Aboû'l-KhatTâr H'osâm ben D'irâr Kelbi, qui s'em-
barqua à Tunis pour rejoindre son poste et y arriva en
redjeb (mai 742). Je parlerai de lui en traitant de l'Es-
pagne.
H'anz'ala n'était que depuis peu installé à K'ayrawân
quand l'hérétique Çofrite c Okkâcha marcha contre lui à la
tête de [P. 46] forces berbères considérables, et c Abd el-
Wâh'id ben Yezid Hawwâri en fit autant avec des troupes
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non moins nombreuses. Ces deux chefs s'étaient séparés
au sortir du Zâb/Okkâcha ayant prisla route de Meddjâna
vers K'ayrawân, et c Abd el-Wàh'id, dont l'avant-garde
avait pour chef Aboû K'orrâ Meghili, celle des montagnes.
H'anz'ala jugea prudent d'attaquer le premier avant qu'il
eût fait sa jonction avec les deux autres chefs; il marcha
contre lui avec une troupe formée par les habitants de
K'ayrawân et lui livra à El-K'arn un combat acharné d'où
il sortit vainqueur après avoir tué d'innombrables Ber-
bères. On dit que le chef arabe, lorsqu'il vit qu'il avait
affaire à une si forte armée, annonça aux siens l'intention
de demander du secours au khalife, mais qu'un jeune
homme lui dit qu'il fallait attaquer l'ennemi et prendre
Dieu pour juge ; qu'alors H'anz'ala se décida à une cam-
pagne qui aboutit, après bien des incidents, à la défaite
d v Okkâcha.
Voici le récit que fait c Abd Allah ben Abou H'assân :
H'anz'ala tira des dépôts toutes les armes qui sy # trou-
vaient et réunit de l'argent, puis fit annoncer que le
registre d'enrôlement était ouvert. Le premier individu
qui se présenta fut un homme de Yah'çob, qui, répondant
à la demande qui lui était adressée, déclara se nommer
Naçr ben Yan c am. H'anz'ala souriant et comme prêt à le
taxer de mensonge, lui dit : «Au nom de Dieu, dis donc
la vérité ! — Je le jure, répondit l'homme, tel est bien
mon nom. » Le général en tira un augure favorable; il y
vit aide divine (naçr) et victoire. Après avoir payé la
solde à ses troupes, il marcha à la rencontre desÇofrites,
autrement dit des Kharédjites. Il serait long de raconter
les combats acharnés qui furent livrés, les provocations
que s'adressèrent les braves des deux partis, le nombre
des guerriers qui mordirent la poussière dans toutes ces
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^61 -
circonstances où l'on n'entendait que le choc du fer contre
le fer, le heurt des mains s'enlaçant. Une charge fut
d'abord dirigée contre l'aile gauche des Arabes, puis
l'aile gauche et le centre des Berbères furent enfoncés,
et alors l'aile gauche des Arabes se précipitant sur l'aile
droite des ennemis, ceux-ci furent mis en déroute. La
tête d' c Abd el-Wâh'id fut apportée à H'anz'ala, de même
qu'on lui amena c Okkàcha, qui avait été fait prisonnier et
qu'il fit mettre à mort. Puis il se prosterna et offrit ses
hommages au Créateur. On dit que jamais on ne vit au
monde un pareil massacre. [P. 47] H'anz'ala voulut faire
compter les morls, mais on n'y put parvenir ; il fit alors
jeter un jonc sur chaque cadavre, puis on ramassa ces
joncs, dont le total s'élevait à 180.000. CesÇofrites regar-
daient comme licites (l'usage de toutes) les femmes et
l'effusion du sang.
L'avis de cette victoire fut transmis par H'anz'ala au
khalife Hichâm ben c Abd el-Melik, qui en manifesta une
joie très vive. El-Leythben Sa c d disait : «Après la bataille
de Bedr, c'est à celles d'El-K'arn et d'El-Açnâm M que
j'aimerais le mieux d'avoir assisté. »
En 125 (3 novembre 742), le khalife Hichâm mourut
d'une angine. Les gouverneurs des provinces étaient les
mêmes que l'année précédente, entre autres H'afçben el-
Welid en Egypte, H'anz'ala ben Çafwàn en Ifrik'iyya et
Aboû'l-Khat't'âr en Espagne. Le jour même de la mort
de Hichâm, mercredi 6 rebi c II, El-Welid ben Yezid monta
sur le trône. Celui-ci fut tué le jeudi 27 djomàda II 126
(16 avril 744) par Yezid ben el-Welid, surnommé le
(1) Ibn el-Athir ne donne à cette bataille que le nom d'El-Açnâm
{Annales, 68 et 69 -, cl, H. des Berb., i, 364).
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révolté (hâk'icï), qui prit sa place. Il fut reconnu à Damas
et il ne se passa cette année-là rien en Ifrik'iyya ; il mourut
en dhoû'l-h'iddja de cette année, après avoir désigné
comme son successeur son fils Ibrahim ben Yezid. Celui-
ci, au bout d'un mois et demi environ, abdiqua en faveur
de Merwàn Dja c di,qui fit, dit-on, exhumer et crucifier le
cadavre de Yezîd ben el-Welid.
Tentative d"Abd er-Rah'màn ben H'ablb Fihri en Ifrik'iyya.
Ce personnage s'était réfugié en Espagne [P. 48] lors-
qu'il prit la fuite à la suite de la bataille où tombèrent son
père H'abib ben Aboû c Obda ben c Ok'ba ben Nâfi c et
Kolthoûm ben c Iyàd', et il ne cessa de tenter de s'en
emparer. Mais il notait pas arrivé à atteindre son but
quand l'envoi d'AboiVl-Khat't ar par H'anz'ala lui inspira
des craintes pour sa vie, de sorte qu'il s'embarqua furti-
vement et vint débarquer à Tunis en djomâda I 127
(février 745) (*). Là il adressa à la population un appel
qui fut entendu, et H'anz'ala eut tout d'abord l'intention
de marcher contre lui pour le combattre; mais son esprit
timoré et religieux répugnant à l'idée de faire la guerre
à des musulmans, il lui envoya quelques personnages
africains pour l'inviter à rentrer dans l'obéissance. Or le
rebelle les enchaîna et les emmena avec lui versK'ayra-
(1) En djomàda I 126, d'après Ibn el-Athir, Annales, p. 74. Noweyrr
place aussi le débarquement d' 'A bel er-Rahmàn en djomâda I 127 et
le départ de H'anz'ala, en djomâda 11 127 (H. des Berb., i, 364), ce
qui est le plus vraisemblable. La date de 129 qu'on trouve quatorze
lignes plus bas, est probablement une erreur ou de l'auteur ou de
l'éditeur (voir suprà, p. 42, n. 1 ; Fournel, i, 323, n. 7 et 325, u. 1).
On sait d'ailleurs combien les chroniqueurs sont peu d'accord pour
les dates do cette période,
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wân, en annonçant que si quelqu'un des partisans de ces
chefs et notables lui lançait seulement une pierre, il exé-
cuterait ceux qu'il détenait comme otages. Ce que voyant,
H'anz'ala, après avoir convoqué le kàdi et ses témoins
instrumentaires, fît ouvrir le trésor, où il ne prit que mille
dinars, en disant qu'il n'en voulait tirer que la somme
suffisante pour son voyage; puis il quitta l'ifrîk'iyya en
djomàda 1 129 (fév.-mars 747). c Abd er-Rah'màn pénétra
alors à K'ayrawàn et fit proclamer par son héraut la
défense de sortir avec H'anz'ala et de raccompagner, de
sorte que la population, rendue craintive par cette
menace, abandonna H'anz'ala. Celui-ci, dont les prières
étaient exaucées du ciel, lança sa» malédiction contre
l'ifrîk'iyya, qui fut ravagée par la peste et l'épidémie
pendant sept ans consécutifs, sauf deux interruptions,
l'une pendant l'hiver et l'autre pendant l'été.
Au dire d'un chroniqueur, Merwàn ben Moh'ammed
Dja c di conféra le gouvernement de l'Ifrik'iyya à c Abd er-
Rah'màn ben H'abib lorsque ce chef fut devenu maitre
de cette province.
Quand e Abd er-Rah'mân détint le pouvoir, un groupe
d'Arabes et de Berbères se révolta contre lui ; puis ce fut
c Orwa ben el-Welid ÇadafK 1 ) qui s'empara de Tunis ; les
Arabes du littoral ; Ibn e At't'âf Azdi < 2 ) ; [P. 49] les Berbères
des montagnes; enfin Thàbit ÇanhâdjU 3 ) s'empara de
Bâdja. Contre ce dernier s'avança Elyâs ben H'abîb,
frère d' e Abd er-Rah'mân, à la tète de 600 cavaliers, mais
en feignant, par suite d'une ruse arrêtée entre les deux
(1) 'Orwaben ez-Zobcyr, d'après Noweyri.
(2) Aboû 'Attàf 'lmràn ben 'Attâf (Ibn el-Athîr).
(3) Thàbit ben Ouzidoûn, d'après Ibn Khaldoun {Berb., i, 218).
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frères, de ne pas se diriger contre lui, et il ne se mit en
marche que quand les rapports des espions lui eurent
appris qu'il était sans méfiance et ne se tenait pas sur
ses gardes. Ibn c At't'âf et les siens furent à leur tour
massacrés. c Abd er-Rah'màn déploya un véritable zèle à
envoyer les Berbères à la mort» et il mit les populations
à l'épreuve en les transformant en exécuteurs : les Ber-
bères qu'on lui amenait prisonniers étaient remis par lui
à ceux qu'il soupçonnait de croire que verser leur sang
était interdit, et c'étaient eux qui devaient les mettre à
mort. L'Ifrik'iyya fut alors le théâtre de combats et
d'événements trop long à raconter.
A la suite d'une lettre accompagnée de présents et
adressée par e Abd er-Rah'màn à Merwân ben Moh'am-
med, celui-ci envoya à ce guerrier l'ordre de se rendre
à la Cour. Mais l'affaiblissement du pouvoir omeyyade
en Orient et la guerre contre les Abbassides qui occu-
pait Merwân, permirent à c Abd er-Rah'mân de rester
à K'ayrawân jusqu'en 135. Laissant alors dans cette ville
son fils H'abib, il fit une expédition contre Tlemcen et
ne rentra qu'après avoir vaincu plusieurs peuplades ber-
bères. Il attaqua alors la Sicile, puis envoya contre la
Sardaigne des troupes qui y firent un terrible massacre
et concédèrent la paix moyennant paiement du tribut.
Une expédition envoyée contre la France en ramena
également des prisonniers. Le Maghreb tout entier fut
dompté, et les tribus durent humblement courber la
tête, sans que jamais ses troupes subissent d'échec
ni que son étendard fût refoulé, de sorte que la terreur
de son nom pénétra les âmes de tous les Maghrébins.
A la suite de la mort violente de Merwân ben Moh'am-
med en Orient et de la chute de la dynastie omeyyade,
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- 65 -
c Abd er-Rah'màn continua de rester gouverneur de
l'Ifrîk'iyya et du Maghreb. Plusieurs Omeyyades, par
crainte des Abbassides, s'enfuirent dans ce pays en
emmenant des femmes de leur famille, et il se conclut des
mariages entre elles et c Abd er-Rah'màn et ses frères.
Parmi eux figuraient deux fils d'El-Welîd ben Yezid W,
et leur cousine devint la femme d'Elyâs ben H'abib. Ces
deux princes avaient été installés dans une demeure par
e Abd er-Rah'màn, qui, une certaine nuit, vint les obser-
ver d'un endroit où il n'était pas vu. Ils étaient à boire
du vin de dattes que leur versait leur affranchi, quand
l'un d'eux se mit à dire : « c Abd er-Rah'màn pense-t-il
donc [P. 50] rester émir de ce pays, alors que nous, fils
du khalife, nous sommes ici ? » Le gouverneur alors se
retira, puis il les fit venir auprès de lui et leur fit bon
visage; mais quand on leur apprit que leur conversation
avait été surprise, ils s'enfuirent montés sur deux cha-
meaux. Des cavaliers lancés à leur poursuite les attei-
gnirent, et l'émir leur fît trancher le cou. Leur cousine
dit alors à son mari Elyâs : .« Il a exécuté mes parents,
,tes alliés (2), à toi qui commandes ses armées et qui lui
sers d'épée ; c'est son fils H'abib qu'il a désigné pour lui
succéder ; voilà comment il te témoigne son mépris ! »
Ces excitations toujours renouvelées firent qu'Elyâs et
son frère c Abd el-Wàrith s'entendirent pour tuer c Abd
er-Rah'màn, de concert avec plusieurs habitants de
K'ayrawân, ainsi qu'il sera raconté.
Nous avons dit que c'est en 127 (12 oct. 744), qu' f Abd
(1) On retrouve leurs noms dans Ibn el-Athir, Annales, p. 77.
(2) C'est par une erreur de traduction qu'on lit tes frères dans
Fouruel, Les Berbers, i, 329.
5
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~ M -
er-Rah'mân ben H'abib entra en Ifrik'iyya et y reven-
diqua l'autorité. C'est aussi en cette année qu'eut lieu la
tentative et la reconnaissance de Thawâba ben Selàma
en Espagne : en 125 il avait chassé Aboû'l-Khat't'âr. Son
autorité fut pleinement reconnue en cette année (127 ?),
mais elle n'était que le produit d'une usurpation violente
et ne lui avait été déléguée ni par les Omeyyades ni par
les Abbassides. Eç-Çomayl, qui était auprès de lui, exer-
çait le véritable pouvoir, mais Thawâba avait le titre
d'émir. Ce dernier mourut en cha c bân 128 (mai 745),
après un règne d'un an environ, comme je le dirai dans
l'histoire d'Espagne, et ce pays resta quatre mois sans
émir. La population choisit alors Eç-Çomayl ben H'âtim,
qui, d'accord avec elle, reconnut l'autorité de Yoûsoi ben
c Abd er-Rah'mân Fihri.
Ce fut en 129 (21 septembre 746) que celui-ci fut appelé
à gouverner l'Espagne, ce qu'il fit pendant une période
de dix ans. Il est possible que pas une de ces années ne
se soit passée sans qu'il ait fait campagne, puisqu'on dit
qu'il fit la guerre sainte sans interruption. Il sera parlé
de lui dans l'histoire de l'Espagne.
En cette même année, il se livra en Espagne des com-
bats; divers événements y eurent lieu et la disette y
sévit.
On dit que c'est en çafar 129 (octobre-novembre 746)
que commença le gouvernement de Yoûsof, et qu' c Abd
er-Rah'mân ben H'abîb, gouverneur de K'ayrawân, à qui
on l'écrivit, [P. 51] lui envoya l'investiture.
En 130 (10 septembre 747) eut lieu la prise de Merv
par Aboû Moslim, qui sema la division parmi les Ara-
bes, choisit les Yéménites pour aider à sa victoire et
ni abandonna les Mod'arites, tout cela non sans combats
-i
- 67 -
luttes (*>. De son côté c Abd er-Rah'mân ben H'abib avait,
en Ifrik'iyya,à livrer de nombreux combats aux Berbères.
En 131 (30 août 748) Aboû Moslim se rendit maître du
Khoràsân. Il n'y eut pas de changement dans les gouver-
neurs d'Egypte, d'Ifrik'iyya et d'Espagne. Cette année là
c Abd er-Rah'mân ben H'abîb entoura la ville de Tripoli
de murailles, et la population s'y rendit de toutes parts.
En 132 (19 août 749) se place la bataille où les Omey-
yades et Ibn Hobeyra furent battus ( 2 ), et à la suite de la-
quelle Koûfa tomba entre les mains des Abbassides ; puis
le pouvoir de cette dynastie s'étendit graduellement par
des conquêtes en Orient, suite de sa révolte contre les
Omeyyades. La mort violente de Mervvân ben Moh'am-
med Dja c di, qui arriva en cette année, marqua la fin du
pouvoir de cette famille, après quatre-vingt-onze ans
neuf mois et cinq jours partagés entre quatorze princes,
et dans lesquels Ibn Zobeyr figure pour neuf ans et vingt-
deux jours. Les membres de cette famille s'enfuirent
alors de côté et d'autre pour échapper à la mort. c Abd
er-Rah'mân ben Mo'àwiya se réfugia en Espagne où il
arriva au trône, et sa descendance y recommença à
régner jusqu'à 424 (6 déc. 1032) après une interruption
[à partir de 132J d'environ six ans, puisqu' c Abd er-Rah'-
mân fut reconnu en 137 (26 juin 754). S'il est exact que
c Abd er-Rah'mân ben H'abîb, gouverneur omeyyade
de K'ayrawân et d'Ifrik'iyya, ait donné l'investiture à
Yoûsof ben c Abd er-Rah'mân, qui s'était rendu maître
(1) Sur ces événements on peut se reporter à Weil, Gesch. cl. Cha-
lifen, i, 696.
(2) Cette défaite de Yezîd ben 'Omar ben Hobeyra eut lieu le 10
monarrem près de Kerbela (ibid., p. 699 ; Ibn el-Athir, texte, v, 309).
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- 68 -
de l'Espagne et y gouvernait lors de l'arrivée d' e Abd er-
Rah'mân l'Omeyyade, le pouvoir de cette dynastie n'au-
rait pas subi d'interruption en Espagne. C'est là un lait
à observer et qui, s'il est exact, constitue une chose
extraordinaire et digne de remarque.
Ibn H'azni s'exprime ainsi : « Alors finirent les Omey-
yad.es, qui, malgré [P. 52] les hommes distingués qui
figurèrent parmi eux, formèrent une dynastie qui ne
fonda ni grande ville ni forteresse ; chacun d'eux conti-
nua, après être devenu khalife, d'habiter l'hôtel ou la
propriété où il résidait auparavant ; ils n'exigèrent pas
des fidèles l'emploi d'épithètes serviles et destinées à
faire ressortir leur propre autorité, ni le baisement de
la terre ou de leurs pieds. Ils s'occupaient seulement de
nommer ou de déplacer les gouverneurs des pays les
plus éloignés relevant d eux : Espagne, Chine, Sind,
Khorâsàn, Arménie, Yémen, Syrie, c Irâk, Egypte, Ma-
ghreb et autres régions W.
Ce fut en cette année que le pouvoir passa aux Abbas-
sides. Ibn H'azrn donne de leur gouvernement cette note
d'ensemble : « Sous cette dynastie étrangère, les bureaux
cessèrent d'être arabes : ce furent les étrangers du Kho-
râsàn qui devinrent le» maîtres, et Ton vit renaître l'in-
juste administration des Kosroès, avec cette seule
différence que Tordre ne fut pas donné d'injurier les
Compagnons. La discorde s'éleva chez les musulmans,
et dans l'intérieur de l'empire on vit les Kharédjites, les
Chi c ites et les Mo c tazelites remporter des succès ; Idris
et Soleymân, tous les deux fils d' c Abd Allah ben el-H'asan
ben el-Hasan ben c Ali ben Aboû T'âleb, s'insurgèrent
(1) Comparez Bayân, n, p. 40 du texte.
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dans le Maghreb el-Ak'ça et s'en rendirent maîtres; des
Omeyyades s'emparèrent de l'Espagne, et ainsi de suite
pour beaucoup d'autres, tandis qu'à la faveur de ces
troubles les infidèles s'emparaient de ta majeure partie
de l'Espagne et du Sind » (*).
En 132(19 août 749), quatre chefs différents faisaient des
nominations de gouverneurs et de fonctionnaires : Mer-
wàn ben Moh'ammed, Aboû Selama el-KhallâM 2 ), Aboû
Mostim et. Aboû'l- c Abbâs es-Seffâh'. Merwân enleva à
El-Welîd ben c Orwa le gouvernement de Médine pour
en investir son frère c Isa ( 3 ). Aboû Selama nomma gou-
verneur de Koûfa Moh'ammed ben Khâlid, qui resta en
fonctions jusqu'au moment où le pouvoir d'Aboû'l- c Abbâs
es-Seffâh' fut définitivement établi. Aboû Moslim, qui
était le plus puissant et dont les ordres ne rencontraient
pas d'opposition, mit Moh'ammed ben el-Ach c ath à la
tête du Fars et lui donna l'ordre de prendre et de déca-
piter les chefs nommés par Aboû Selama, ce qui fut fait.
[P. 53] Après cela, Aboû'I- e Abbâs nomma Ismâ c il ben e Ali
gouverneur du Fars, et son frère Aboû Dja c far gouver-
neur d'El-Djezira, d'Arménie et d'Adherbeydjân ; il en-
voya son frère Yah'ya ben Moh'ammed ben c Ali*à Mossoul
pour administrer les autres provinces orientales, et en
Egypte Aboû e Awn e Abd el-Melik (*) ben Yezid, et l'Ifri-
k'iyya fut confiée à c Abd er-Rah'mân ben H'abib à cause
(1) Comparez Bayân, n, p. 41.
(2) lbn Khallikan (i, 467) consacre un article à ce personnage, dont
le nom est orthographié Aboù Salama H'afç. ben Soleymàn el-Khallàl.
L'éditeur d'Ibn el-Athir (t. v, pass.) orthographie Salima. LeKanioûs
ne cite pas ce nom et partant ne nous apprend rien sur la manière
de l'orthographier. Ibn Koteyba ne le cite pas davantage. 11 porta le
premier le nom de vizir.
(3) Appelé Yoùsof ben 'Orwa par Ibn el-Athir (v. 311).
(4) Ou 'Abd Allah (îXodjoiïm, i, 361).
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- 70 -
de l'adhésion adressée par lui à AboûVAbbàs sitôt qu'il,
avait appris l'intronisation de ce dernier.
En 133 (8 août 750), Aboû'l - r Abbâs nomma son oncle
Soleymân ben r Ali gouverneur de Baçra, du territoire de
cette ville, du Bah'reyn, etc. ; son oncle Ismâ c il, gouver-
neur de l'Ahwàz ; son oncle Dâwoûd, gouverneur de
Médine; il laissa dans les autres provinces d'Orient, en
Ifrik'iyya et en Espagne les mômes gouverneurs que
précédemment.
En 134 (29 juillet 751), Aboû'l- c Abbâs fit marcher
Moûsa ben Ka e b à la tête de 12,000 hommes contre Man-
çoûr ben Djemhoûr, qui s'était soulevé contre les Abbas-
sides, Moûsa l'atteignit dans le Hind et dispersa les
révoltés. Mançoûr dut s'enfuir et périt de soif dans les
sables W.
Cette même année vit encore des déplacements et des
nominations de gouverneurs en Orient ; mais Aboû c Awn
continua de rester en Egypte, c Abd er-Rah'mân ben
H'abib en Ifrîk'iyya et Yoûsof Fihri en Espagne.
En 135 (17 juillet 752), eut lieu l'expédition d' c Abd er-
Rah'mân ben H'abib contre la Sicile, d'où ce chef ramena
des captifs et du butin ; il attaqua également la Sardai-
gne, aux habitants de laquelle il concéda la paix moyen-
nant paiement du tribut ( 2 ). Il marcha aussi contre les
Berbères du côté de Tlemcen, capitale du Maghreb
central et siège du pouvoir des Zenâta. Au dire d'El-
Bekri, les Benoû Yaghmoràsen sont une tribu Hawwâ-
ride qui compte soixante mille âmes ; Tlemcen, depuis
(1) Cf. Weil, Gesch. ci. Chai., n, 14 ; Ibn el-Athir, v, 347, etc.
(2) Il semble bien qu'il n'y ait là qu'une répétition des faits signalés
p. 64, ainsi que Ta fait remarquer A mari, Biblioteca, n, 4. Cf. Ibn el-
Athir, Annales, 77.
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- 71 -
longtemps siège de l'empire zénatien, point central des
tribus de cette race et d'autres encore, est aussi un lieu
de rendez-vous pour les marchands. Moh'ammed ben
Soleymân, descendant d ,f Ali ben Aboû Tâleb, s'y fixa,
et son petit-fils Aboû'l- c Aych Isa ben Idris [P. 54] fonda
la ville de Djerâwa W.
Quant aux Zenâta, Aboû'l-Medjd Meghili, c Ali ben
ïTazm et d'autres encore les disent issus de Djâna ben
Yah'ya ben Çoûlàt ben Ourtâdj ben D'ari ben Sefkoû ben
K'aydewâd ben Ka c belà ben Mâdghis ben Hadak ben
Hersait' ben Kedâd ben Mâzigh* 2 ). On dit aussi que D'ari
est le fils de Zedjîdj ben Klàdghisben irmoûled ben Ber-
noûs. Bernoûs fut le père de Kotâma, de Maçmoûda^
d'Ouriba, d'Ouzdâdja et d'Oûrik'a. Ce dernier devint père
de Hawwâra, et parmi les tribus qui portent le nom de
celui-ci, figurent les Benoû Keslân et les Meliia. Yah'ya
devint père de Djedâna, de Semdjân et d'Ourset'if. Dje-
dàna devint père d'Oursîdj, qui eut pour fils Merin, lequel
engendra Nedja et Nemâla. Ourset'if eut pour fils Er-
koûna et Miknàsa. D'ari engendra Ternzit, dont les
enfants furent Mat'mât'a, Madghara, Çadina, Meghîla,
Melzoûza et Medyoùna. Zedjidj engendra Lâvvi, l'ancien,
qui devint père de Làwi, le jeune, de Maghrâwa, d'Ifren,
de Nefza et d'It'awwoufet. Lâwi le jeune engendra
Ket'oûf et Ounit'at'; celui-ci devint père de Seddârata
(sic), et les Seddârata étaient frères utérins des Benoû
Maghrâwa. Ces derniers, ainsi que les Benoû Ifren,
(1) Voir Bekri, p. 178-180; snr Djerâwa ou Djoràwa, cf. plus loin;
Edrisi, Descr. de l'Afrique et de l'Espagne, pp. 91 et 205, ainsi que
le Merâcid et le Moschtarik.
(2) Ces noms sont reproduits d'après l'orthographe de notre texte ;
cf. Berbères, m, 180, et Edrisi, p. 101.
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- 72 -
comptaient parmi les branches les plus importantes des
Zenâta.
Rodjâr dit dans son livre* 1 ) que les Benoû Merin habi-
taient par delà Tlemcen, qu'ils sont Zenâtiens et descen-
dent de Djânâ ben Yah'ya ben D'aris ben Lawà ben
Nefzàou ben Lawâ ben Iter (Itber?) ben K'ays Ghaylân
ben Elyâs ben Mod'ar < 2 ). Les Benoû Merîn sont, dit-il,
des Arabes de race pure.
Ce fut en 136 (6 juillet 753) qu'Aboû*l- c Abbâs Seffâh'
commença ses manœuvres perfides contre Aboû Môslim,
qui les déjoua et mit à mort ceux qui servaient d'instru-
ments au prince, mais cela serait long à raconter W.
D'autres prétendent que cela commença en 135, année où
Aboû Moslim se rendit [P. 55] auprès d'Aboû'MAbbâs pour
lui demander la permission d'accomplir le pèlerinage.
Le khalife songeait déjà à le tuer, mais il renonça à son
projet, et Aboû Moslim fit le pèlerinage avec Aboû Dja'far
(el-Mançoûr). En dhoû'l-h'iddja 136 (juin 754), Aboû'l-
c Abbàs mourut après avoir désigné pour lui succéder son
frère Aboû Dja c far el-Mançoûr, dont l'autorité se conso-
lida et fut universellement reconnue. En 137(26 juin 754),
El-Mançoûr revint et la reconnaissance de son pouvoir
fut parachevée ; il entra à Koûfa et y prononça la prière
du vendredi. A H'ira, il reçut une lettre d'Aboû Moslim,
qui vint ensuite à Anbâr ( 4 ).
(1) Il s'agit du traité (TEdrisi, p. 101.
(2) Sur cette généalogie et ces noms, cf. Berb. i, 178 ; m, 180 ;
Edrisi, p. 102.
(3) Voir Weil, Gesch. cl. Chalif., ir, 16.
(4) Ces mots font une brève allusion à la correspondance échangée
entre le khalife et son puissant subordonné (Weil, ib., p. 26 ; lbn el-
Athir, v, 359).
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- 73 -
En la même année eut lieu la révolte cP e Abd Allah ben
c Ali contre son neveu, qu'il refusait de reconnaître comme
khalife ; ce fut Aboû Moslim qui fut chargé de le combat-
tre. C'est à là même date que se place l'exécution d'Aboû
Moslim par El-Mançoûr, fait dont l'exposé appartient à
l'histoire de l'Orient.
Suite de l'histoire d"Abd er-Rah'mân ben H'abib en Ifrik'iyya
El-Mançoûr, à son avènement, écrivit à e Abd er-
Rah'mân d'avoir à le reconnaître, chose à laquelle con-
sentit ce gouverneur, qui adressa au khalife des cadeaux
comprenant entre autres choses des faucons et des
chiens. [Il y ajouta un message] portant que l'Ifrik'iyya
étant entièrement devenue musulmane, on avait cessé
d'y faire des esclaves. Le khalife irrité répondit par une
lettre de menaces, dont la lecture excita chez c Abd er-
Rah'mân la plus vive colère ; il fit faire l'appel à la
prière, et quand tout le peuple fut réuni, il monta en
chaire vêtu d'une robe de soie et, après avoir célébré la
gloire de Dieu et l'avoir remercié de ses bienfaits, il
éclata en injures contre le khalife : « Je croyais, dit-il,
que ce perfide voulait propager et maintenir la vérité,
mais je vois clairement qu'il ne veut que ruiner la justice
au lieu de la maintenir, ainsi que je me l'étais figuré en
lui prêtant serment. Maintenant donc je me sépare de
lui comme je me sépare de cette sandale ! » Il joignit le
fait à la parole, puis se faisant apporter des robes d'hon-
neur noires (provenant des Abbassides), il les fit mettre
en pièces (*). D'après Er-Rak'ik', [P. 56] il avait antérieure-
(1) Cf. Ibn el-Athir, Annales, p. 78; Noweyri, ap. H. des Eterb., i, 367.
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- 74 -
ment porté ces robes pour invoquer le ciel en faveur du
khalife, mais il les fit alors mettre en pièces, puis jeter
au feu. Mais, d'après Ibn el-K'at't'ân, c Abd er-Rah'màn,
bien qu'ayant reconnu El-Mançoûr et appelé sur lui du
haut de la chaire les bénédictions célestes, n'avait pas
revêtu la livrée noire, parce que, disait-il, c'étaient là des
vêtements de damnés; puis plus tard il se sépara de
cette dynastie et cessa de lui obéir. Ce refus d'obéis-
sance eut lieu, dit c Arib, en cette année.
Meurtre d' 'Abd er-Rah'mân.
e Abd er-Rah'mân, qui envoyait son frère en expédition,
écrivait dans ses lettres circulaires, quand des victoires
étaient remportées, que c'était son propre fils qui en était
l'auteur ; c'était d'ailleurs ce dernier qu'il avait désigné
pour lui succéder. Elyàs complota alors de tuer son frère
c Abd er-Rah'mân et s'ouvrit de ce projet à leur frère
c Abd el-Wârith, qui y donna son consentement (*).
Ils s'entendirent donc avec des Arabes de K'ayrawân
pour réaliser leur plan, élever au gouvernement Elyàs
ben H'abib et reconnaître la suzeraineté d'El-Mançoûr.
c Abd er-Rah'mân venait de nommer Elyâs gouverneur
de Tunis et avait reçu ses adieux.. Il était alors malade
et était chez lui, vêtu seulement d'une tunique et d'un
manteau, et ayant sur ses genoux un de ses jeunes fils.
Elyâs alla le trouver et resta longtemps auprès de lui,
tandis qu' e Abd el-Wârith lui faisait divers signes. Il se
leva enfin et en se penchant pour lui dire adieu, il lui
planta un poignard entre les épaules avec une telle force
(1) Cf. Ibn el-Athir, Annales, p. 78; Noweyri, ap. //. des Ber6.,i„ 367.
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- 75 -
qu'il le traversa de part en part, puis il saisit son épée et
l'en frappa encore, après quoi il s'enfuit tout effaré. Ses
complices lui demandèrent ce qu'il avait fait et, quand il
leur répondit qu'il l'avait tué : « Retourne donc, lui
dirent-ils, et coupe-lui la tête ! » C'est ce qu'il fit, puis un
grand tumulte s'étant produit, Elyâs s'empara des portes
de l'hôtel du gouvernement. Quant à H'abîb, son attention
fut d'abord éveillée par le tumulte, puis en apprenant le
meurtre de son père, il commença par se cacher et par-
vint ensuite à gagner l'une des portes de K'ayrawàn,
celle de Tunis, d'où il rejoignit son oncle e Imràn ben
H'abîb, qui gouvernait Tunis au nom du prince défunt.
c Abd er-Rah'm£n, qui avait régné en Ifrik'iyya dix ans
et sept mois, fut le premier qui s'empara de ce gouver-
nement par la force. .
[P. 57] Gouvernement d'Elyâs ben H'abîb.
A ta suite du meurtre de son frère, Elyâs devint gou-
verneur de l'Ifrik'iyya et de K'ayrawàn. H'abib s'était
retiré à Tunis auprès de son oncle c Imrân, qu'il informa
de ce qui s'était passé, et les clients et esclaves de ces
deux princes vinrent de partout se joindre à eux. Ces
deux princes s'avancèrent contre Elyâs, qui s'était mis
en marche pour les attaquer (0; mais on s'entendit avant
d'en venir aux mains, c Imrân restant dans son gouver-
nement de Tunis, de Çat'foûra et de la presqu'île [de
Bâchoû], H'abib gardant Gafça et K'ast'iliya, pendant
qu'Elyàs resterait maître du reste de l'Ifrik'iyya et du
Maghreb. Elyâs se rendit à Tunis avec c Imrân, et alors il
(1) A Semindja, d'après Nowevri, ap. //. des Berb, i, 369 ; Fournel,
i, 344.
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- 76 -
s'empara de sa personne et l'envoya en Espagne ; puis
nommant Moh'airçmed ben el-Moghira gouverneur de
Tunis, il rentra à K'ayrawân. On lui donna sur H'abîb des
renseignements qui lui déplurent, et celui-ci, apprenant
que son oncle était informé, obéit aux suggestions des
agents d'Elyâs qui rengageaient à passer en Espagne.
Elyâs fit aussi embarquer avec lui e Abd el-Wârith et ceux
de ses clients qui voulurent bien le suivre; mais le vent
contraire les força à relâcher à T'abark'a, et H'abîb en
informa Elyâs, qui écrivit à son représentant en cette
ville d'exercer une surveillance attentive. Mais alors les
clients d' e Abd er-Rah'mân et ceux qui autrefois lui obéis-
saient, eurent connaissance de la présence de H'abîb et
arrivèrent de toutes parts ; ils surprirent de nuit Soley-
mân ben Ziyàd, le commandant de la place, qui était dans
son camp à surveiller H'abîb, l'enchaînèrent, puis tirè-
rent H'abîb de son vaisseau et le firent débarquer.
Révolte de H'abîb ben 'Abd er-Rahmân ben H'abîb, qui s'empare
de l'Ifrîk'iyya.
Après son débarquement, H'abîb se mit à la tète des
anciens serviteurs de son père; il acquit du pouvoir, sa
renommée se répandit et il marcha sur Laribus, dont il
s'empara. A cette nouvelle, [P. 58] Elyâs, laissant à K'ay-
rawân Moh'ammed ben Khâlid K'orachi, se mit en cam-
pagne, et bientôt fut livré un combat sans importance.
Le soir, H'abîb fit allumer les feux pour faire croire qu'il
bivouaquait, puis se mettant en marche, il arriva au
matin à Djeloulâ, d'où il poussa jusqu'à K'ayrawân et se
rendit maître de cette ville. Elyâs alors, rebroussant che-
min, se mit à sa poursuite, mais ses partisans étaient dans
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1 1 ii i m mi
m i 1 1 n i h m i
- w -
de mauvaises dispositions à son égard, tandis que le pou-
voir de H'abîb s'affermissait. Ce dernier s'avança & la tête
d'une troupe considérable et, quand il se trouva en face
de sou adversaire, il lui fit crier cette proclamation:
« Pourquoi envoyer à la mort nos serviteurs et nos
clients, c'est-à-dire ceux qui nous servent de remparts?
Viens le mesurer avec moi, celui qui restera vainqueur
n'aura plus rien à redouter de l'autre I » Les soldats
d'Elyâs acclamant une proposition qu'ils trouvaient juste,
ce chef s'avança pour combattre son adversaire sous les
yeux des deux armées. Ils s'attaquèrent d'abord à coups
de lance et, quand les hampes furent brisées, ils mirent
le sabre à la main et déployèrent un courage admiré par
les spectateurs. Elyâs porta un coup qui, perçant les
vêtements et la cuirasse de H'abîb, arriva jusqu'à la
chair, mais le neveu riposta par un coup qui désarçonna
son oncle, puis il se pencha sur lui et lui trancha la tête.
Celle-ci fut placée sur une pique et portée devant le vain-
queur, quand il fit son entrée à K'ayrawân, avec d'autres
têtes de chefs arabes, notamment celles de son grand -
oncle paternel Moh'ammed ben Aboû e Obda ben c Ok'ba
et de Moh'ammed ben El-Moghîra K'orachi. Cet événe-
ment eut lieu en 138, de sorte que le pouvoir d'Elyâs
avait eu une durée d'environ un an et demi (*).
En 138 (15 juin 755), les Berbères d'Ifrik'iyya se révol-
tèrent contre H'abîb ben c Abd er-Rah'mân. A la suite de
la mort d'Elyâs, e Abd el-Wârith ben H'abîb s'enfuit avec
ses partisans de l'armée d'Elyâs, son frère, et alla se
réfugier dans la sous-tribu berbère des Ourfeddjoûma de
(1) Les chroniqueurs ne sont pas. d'accord sur le temps que dura
l'autorité d'Elyâs ; voir Ibn el-Athir, p. 81.
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- 78 ■-
Nefza, qui avait alors pour chef c Açim ben Djemîl. H'abîb,
à la suite du refus opposé à la demande qu'il leur fit de
lui livrer les réfugiés, marcha contre eux ; mais c Açim,
soutenu par les Arabes qu'il protégeait, le mit en fuite.
H'abib avait laissé, en qualité de lieutenant à K'ayrawân,
le kâdi Aboû Koreyb [Djemîl ben Koreyb]. Or des
[P. 59] habitants de celte ville écrivirent à *Açim et aux
cheykhs des Ourfeddjoûma, qu'ils croyaient devoir res-
pecter leurs engagements (*), pour leur dire qu'ils son-
geaient uniquement à reconnaître la suzeraineté d'El-
Mançoûr. Alors c Açim, accompagné de son frère Moker-
rim, de ses Berbères et des réfugiés Arabes, se porta vers
Gabès et de là se dirigea sur K'ayrawân. Un corps de
troupes de l'armée d ,e Açim tenta contre cette ville une
attaque où il subit quelques pertes; puis les gens de
K'ayrawân abandonnèrent le kâdi Aboû Koreyb et ren-
trèrent dans la ville même, ignorants des excès dont les
Berbères les rendraient victimes. Mais le kâdi tint ferme
avec environ un millier d'hommes pieux, résolus de
lutter jusqu'à la mort ; il périt avec la plupart de ces
braves, et alors les Ourfeddjoûma se précipitèrent dans
la ville où, violant les lois les plus sacrées, ils commirent
tous les crimes. c Açim établit son camp dans le Moçaila
de Roûh', puis se faisant remplacer à K'ayrawân par
e Abd el-Melik ben Aboû'l-Dja c di If reni ( 2 ), il marcha contre
H'abib, qui était à Gabès. H'abîb fut de nouveau battu
et se réfugia dans le mont Aurès, où son ennemi, qui le
poursuivit, fut cette fois tué avec bon nombre de ses
(1) Cf. Fournel, i, 348.
(2) On écrit aussi ce nom Aboû Dja { da et Aboû'l-Dja'cl (Ibn el-
Athir, p. 80).
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- 79 -
guerriers. H'abib s'avança alors sur K'ayrawân, d'où
c Abd el-Melikben Aboû'l Dja c di sortit pour le combattre
et le tua en moh'arrem 140(mai-juin 757). c Abd er-Rah'mân
ben H'abîb avait régné un peu plus de dix ans environ,
son frère Elyâs dix-huit mois, et H'abîb ne fut qu'un
insurgé heureux.
Après la mort de H'abîb et d' e Açim, les tribus çofrites
entrèrent à K'ayrawân, y attachèrent leurs montures
dans la grande mosquée, y tuèrent tous les K'oreychites ;
les Ourfeddjoûma firent subir aux habitants de K'ayra-
wân les plus terribles épreuves, [P. 60] et ceux qui les
avaient appelés et aidés eurent cruellement à s'en
repentir.
Alors Aboû'l-Khat't'âb <Abd el-A c la ben es-SamhMa c â-
fîri (*), dont la révolte fut couronnée de succès, quitta
Tripoli, qu'il avait conquise, et marcha vers K'ayrawân
pour combattre les Ourfeddjoûma. Ceux-ci s'avancèrent
contre lui, mais ils durent fuir et furent l'objet d'une
poursuite meurtrière, puis le vainqueur se rendit à
K'ayrawân, y installa en qualité de gouverneur c Abd
er-Rah'mân ben Rostem, prince de TâherU 2 ), et regagna
ensuite Tripoli. Les troubles et les événements que nous
venons de résumer se passèrent dans une période de
trois années environ.
En 139 (4 juin 756) fut conclue entre El-Mançoûr et les
Roûm une trêve qui permit au premier de rendre à la
(1) Ce nom est écrit de la même manière par Noweyri {Berbères, i,
373). Ibn Khaldoûn nomme ce chef AboCfl-Khat't'àb 'Abd el-A'la Ibn
ech-Cheykh Ma'àfiri {Berbères, i, 220 et 242) et Ibn es-Samh' Moghâ-
liri (Aglabides, trad. N. Desvergers, p. 54).
(2) Sur la généalogie de ce chef, voir la note de Fournel, i, 355 ;
pour ces événements, cf. Annales, 81 ; Berb., i, 373.
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liberté les captifs musulmans, et ce prince n'entreprit plus
d'expédition d'été contre les chrétiens jusqu'en 146
(20 mars 763).
i^ En 140 (24 mai 757) furent jetés les fondements de
Sidjilmâssa (*).
Ce fut en 141 (13 mai 758) qu'AboCfl-KhatVâb marcha
contre lesOurfeddjoûmaqui occupaient K'ayrawân; leur
chef e Abd el -Melik, abandonné par les habitants de cette
ville, succomba avec ses soldats en çafar de cette année
(juin 758), quatorze mois après avoir pris possession de
cette capitale.
En 142 (3 mai 749), Abovf l-Ah'waç Idjli (*) marcha avec
une armée abbaside contre Aboû'l-KhatTàb, qui s'avança
contre lui et le battit à Mighdâch ( 3 ), endroit situé au
bord de la mer, où il cerna ses ennemis. Aboû'l-Ah'waç
dut rentrer -en Egypte, et son vainqueur, qui regagna
Tripoli, resta maître de rifrîk'iyya entière jusqu'à l'envoi
d'Ibn el-Ach e ath par Ei-Mançoûr.
En 143 (21 avril 760), AboCfl-Khat't'âb, informé qu'Ibn
el-Ach c ath -marchait contre K'ayrawân, se porta à sa
rencontre avec plus de 200,000 hommes, et campa dans le
territoire de Sort ; cette nouvelle, parvenue aux oreilles
de Moh'ammed ben el-Ach'ath Khozà'i [le fit reculer] M.
En 144 (10 avril 761), ce dernier général fut investi du
gouvernement de l'If rik'iyya. En effet, quand les Çofrites,
(1) Comparez Istibçâr, trad., p. 162, et la note.
(2) Aboù'l-AtTwaç 'Amr (ou 'Omar) ben el-Ah'waç (Noweyri, ap.
Berbères, i, 374 ; Annales, p. 81-82).
(3) Sur ce nom voir Fournel, r, 147; Bekri, p. 20 et 21, où on lit
Maghmedas ; Jakubi, Descriptio, p. rv, n. g. ; Edrisi, 143, 159 et 160;
Istibçâr, trad., p. 4, n. 3. Cf. Ibn el-Athir, Annales du Maghreb, p. 82.
(4) Cf. Annales, p. 82 et n. 2.
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- 81 -
à la suite des massacres commis par les Ourfeddjoûma
sur les K'oreychites et autres, se furent rendus maîtres
de Flfrlk'iyya, [P. 61] des Arabes de ce pays se rendirent
auprès d'El-Mançoûr, à qui ils dépeignirent leurs souf-
frances, en lui demandant de les protéger contre les
Berbères. Le khalife alors confia le gouvernement de
l'Egypte à Ibn el Ach c ath, qui envoya une armée com-
mandée par Aboû'l-Ah'waç ; mais celui-ci, comme on Ta
vu, ayant été battu, Ibn el-Ach c ath reçut du khalife Tordre
de se mettre lui-même à la tête des troupes, et il s'avança
en Ifrîk'iyya avec quarante mille hommes commandés
par vingt-huit généraux. Mais quand il se trouva en pré-
sence d'Aboû'l-Khat'fâb, qui avait recruté partout des
troupes dont le nombre était considérable, il reconnut
son impuissance à lui tenir tète. D'autre part, cependant,
des discordes éclatèrent entre les Zenâta et les Hawwâra,
car les premiers tenaient en suspicion les préférences
d'Aboû'l-Khat't'àb pour les seconds. A la suite de la
défection d'un certain nombre de Zenâta, Ibn el-Ach c alh,
qui apprit cette bonne nouvelle, se porta en avant et livra
une bataille qui, après une lutte acharnée, se termina
par la défaile et le massacre d'Aboû'l-Khat't'âb et de ses
guerriers. Ibn el-Ach c ath, qui croyait ainsi en avoir fini,
vit encore se lever contre lui Aboû Horeyra Zenàti avec
une armée de 16,000 hommes ; mais il le battit également
et anéantit une partie de ses troupes, en rebi c I de la dite
année (juin-juillet 761). Il envoya ensuite à Baghdâd la
tête d'Aboû'l-KhatTâb.
c Abd er-Rah'mân ben Rostem, en apprenant la mort
de ce dernier, s'enfuit versTâhertWety fonda une [nou-
(1) 11 est parlé de l'ancienne et de la nouvelle Tàhert dans Fournel,
i, 167 et 360 ; cf. ci-dessous, p. 205 du texte arabe.
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82 -
velle] ville pour y résider, tandis que les habitants de
K'ayrawàn, jetant dans les fers le gouverneur qu'il leur
avait donné, mirent à leur tête c Amr ben c Othmân K'ora-
chi, en attendant le retour dans cette ville, qui eut lieu
le l or djomâda I (6 août 761), d'Ibn el-Ach c ath.
En dhoû'1-kVda de la dite année, ce chef donna l'ordre
d'élever les fortifications de K'ayrawàn, travail qui fut
terminé en redjeb 140 (septembre-octobre 763). Il maintint
(ainsi) les diverses régions d'ifrîk'iyya ; les exécutions
auxquelles il se livra sur les Berbères qui se révoltaient
inculquèrent à ces populations un profond respect fondé
sur la crainte et les amenèrent à se soumettre. La révolte
de quelques-uns de ses ofiiciers, ayant à leur tète c Isa ben
Moûsa ben c Idjlân, qui faisait partie du djond, le força
d'abandonner K'ayrawàn [P. 62] sans combattre, en
rebf* 1 148 (avril-mai 765); il y avait commandé pendant
trois ans et dix mois, sous le khalifat d'El-Mançoûr.
En 145 (nous l'avons dit), Ibn el-Ach c ath s'occupa de
fortifier K'ayrawàn, et le développement de Tlfrik'iyya
[en fut la conséquence]. Il avait auparavant envoyé
(des troupes) à Zawila et à Waddân ; ces villes furent
conquises et les Ibâd'ites qui s'y trouvaient furent mis à
mort, entre autres c Abd Allah ben H'ayyàn ribâd'iteW,
chef de Zawila. Au cours de cette année, Ibn el-Ach c ath
rétablit Tordre en Ifrik'iyya, où le calme régna sans inter-
ruption. En 146 (20 mars 763), il acheva les fortifications
de K'ayrawàn, tandis que de son côté El-Mançoûr, ayant
poursuivi sans discontinuer, en cette même année, l'édi-
fication de Baghdâd, put s'y installer au mois de çafar.
En 147, Yeztd ben H'âtim gouvernait l'Egypte, et Moh'am-
(1) Cf. Annales, p. 83.
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- 83 -
med ben el-Ach c ath Khozà c i, qu'il ne faut pas confondre
avec Moh'ammed ben el-Ach c ath Kindi, fils de la sœur
d' e A'icha, gouvernait flfrîk'iyya. Enfin, en 148, nous
l'avons dit, le djond se révolta contre Ibn el-Ach e ath et
l'invita à se retirer, ce qu'il fit en rebî* (avril- mai 765) ;
puis le djond se mit d'accord pour choisir c Isa ben
Moûsa Khorâsâni.
Révolte d'Isa ben Moûsa à K'ayrawân et dans une partie
de l'Ifrîk'iyya.
Ce chef, soutenu par une partie des Arabes et du djond,
s'empara du pays en rebî c II 148 (mai-juin 705), sans être
ni investi ni agréé par El-Mançoûr et sans que la masse
même de la population fût consentante. Cet état de choses
dura trois mois.
Gouvernement d'El-Aghlab ben Sàlim Temlmi.
Quand El-Mançoûr apprit la révolte des officiers mo-
d'arites du djond [P. 63] et le congé qu'ils avaient signifié
à Ibn el-Ach'ath, il envoya le diplôme d'investiture à El-
Aghlab ben Sâlim ben c Ik'àl Temimi à la fin de djo-
mâda II 148 (juillet-août 765). L'autorité régulière passa
ainsi à ce chef, homme intelligent et sage, à qui El-
Mançoûr écrivit, quelque temps après, de gouverner le
peuple avec justice, d'appliquer au djond les règles d'une
sage administration, de fortifier K'ayrawân et de l'entou-
rer d'un fossé, d'y bien organiser le service de la garde
et celui de la garnison qu'il aurait. à y laisser en partant
en campagne, etc.
L'année 149 (15 février 766) se passa sans troubles ;
mais l'an 150 (5 février 767) vit la révolte à K'ayrawân
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d'Èl-tï'asan ben H'arb Kindi W. En eftet, lé soulèvement
d'Aboû K'orra le çofrite, à la tête de nombreux Berbères,
força El-Aghlab de se mettre en campagne avec la plu-
part de ses officiers, et il laissa comme lieutenant à
K'ayrawàn Sâlim ben Sawâda. A l'approche d'El-Aghlab,
Aboû K'orra s'enfuit et ses troupes se dispersèrent, de
sorte qu'El-Aghlab pénétra dans le Zâb avec l'intention
de se rendre de là à Tlemcen, capitale des Zenâta, puis
à Tanger. Mais ce projet de campagne déplaisait au
djond, qui lui représenta que l'objectif de l'expédition
était atteint par la fuite d'Aboû K'orra, et les troupes se
dérobant regagnèrent K'ayrawàn, si bien qu'il ne resta
plus aux côtés du gouverneur qu'un petit nombre de
chefs. Or El-H'asan ben H'arb, qui était à Tunis, s'était
adressé à tous les officiers lorsqu'EI-Aghlab s'était mis
en campagne contre Aboû K'orra. Un certain nombre se
joignirent à lui, et il marcha sur K'ayrawàn, où il pénétra
et emprisonna le gouverneur Sâlim ben Sawâda. El-
Aghlab, à cette nouvelle, arriva à la tête du petit nombre
de ceux qui ne l'avaient pas abandonné et écrivit au révolté
une lettre où il exposait le mérite qu'il y a à se montrer
fidèle et les funestes effets de la désobéissance. Il reçut
une réponse à la Qn de laquelle on lisait :
[Wâfir] Dis ouvertement à Aghlab ces mots qui retentiront
au loin et que lui envoie El-H'asan ben H'arb : [P. 64] La
violence est un pâturage qui te sera funeste, et malheur
à toi si tu veux t'en approcher ! Si tu ne demandes paix et
pardon, viens affronter ma lance et mon épée ! ( 2 )
(1) Comparez Annales, p. 108.
(2) Ces vers figurent aussi dans le récit de Noweyri (ap. Berb., i,
377), beaucoup plus détaillé que celui d'Ibn el-Athir.
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- 85 -
El-Aghlab,qui s'était d'abord porté sur Gabès, s'avança
alors à marches forcées. A ce moment arriva un mes-
sager porteur de lettres d'El-Mançoûr, adressées à
chacun des deux adversaires, mais Ibn H'arb refusa de
se rendre aux conseils de soumission que lui adressait
le khalife. Les deux armées se rencontrèrent, et El-
H'asan, battu, se replia sur Tunis, tandis qu'El-Aghlab
entrait à K'ayrawân. Mais le vaincu fit de nouvelles
et nombreuses levées et s'avança derechef contre cette
dernière ville. El-Aghlab se mit alors à la tète de ses
parents et de ses courtisans pour marcher au-devant de
son adversaire, mais il reçut un coup de flèche dont il
mourut, en cha c bân de la dite année (septembre 767),
après avoir gouverné le pays pendant vingt mois.
Gouvernement d"Amr ben H'afç K'abtça.
En 151 (26 janvier 768), le gouvernement de rifrik'iyya
passa aux mains d' c Amr ben H'afç K'abiça, [P. 28J héros
d'une bravoure reconnue. A la nouvelle de la mort
d'El-Aghlab ben Sâlim, le khalife l'envoya avec environ
cinq cents cavaliers à K'ayrawân, où, pendant un séjour
de trois ans et quelques mois, tout marcha bien sous sa
direction. Il partit alors pour le Zâb, en laissant pour le
remplacer H'abib ben H'abib ben Yezid ben el-Mohalleb ;
mais rifrik'iyya se trouvant ainsi dépourvue des troupes
du djond, les Berbères se soulevèrent, battirent H'abib
qui voulut leur tenir tête, et batlirent également l'armée
de Tripoli qui le soutenait, si bien que le désordre régna
dans tout le pays livré au feu de la sédition. Les chefs
kabyles y affluèrent de toutes parts et y formèrent douze
corps d'armée qui s'avancèrent vers le Zâb, où c Amr
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— 86 -
ben H'afç se trouvait avec 15,500 hommes seulement.
Ces émirs ou chefs maghrébins étaient Aboû K'orra,
le çofrite, à la tête de 40,000 hommes; c Abd er-Rah'màn
ben Rostem, l'ibàd'ite, avec 15,000 hommes; Aboû
H'âtim et <Açim Sedrâti, chacun avec des troupes nom-
breuses, le dernier ayant, dit-on, 6,000 hommes; El-
Miçwar Zenâti avec 10,000 hommes ; e Abd el-Melik ben
Sekerdid Çanhâdji, le çofrite, avec 2,000 hommes, et
bien d'autres qu'Er-Rak'ik' dit n'avoir pas rappelés. Quand
c Amr ben H'afç se vit entouré, à Tobna, dans le Zâb, de
ces nombreux ennemis, il tint conseil avec ses officiers et
leur annonça son intention de livrer bataille; mais ils lui
déconseillèrent de sortir de la ville: a Envoie contre
eux, lui dirent-ils, n'importe qui d'entre nous, mais toi
tu dois rester, car ta mort serait la ruine et la perte du
Maghreb ». Alors 'Arar fit offrir une somme considérable
et de nombreux vêtements à Aboû K'orra pour le décider
à se retirer, mais ce chef déclina les offres qui lui étaient
faites. L'émissaire d' c Amr fit alors une tentative auprès
du frère d'Aboû K'orra et lui remit une partie de l'argent
et des vêtements pour qu'il s'employât à faire rentrer
Aboû K'orra et les Çofrites chez eux. C'est ce que le
traître fit la nuit même de concert avec les troupes, dont
la plus grande partie abandonna Aboû K'orra, qui igno-
rait ce complot et qui ne put faire autrement que [P. 66]
les suivre. Après le départ des Çofrites, 'Anir envoya des
troupes contre Ibn Rostem, qui était à Tehoûdà; ce chef
fut battu et dut s'enfuir à Tâhert, après avoir perdu
environ trois mille des siens.
c Amr ben H'afç regagna alors K'ayrawàn, où il intro-
duisit tous les vivres, objets nécessaires et approvision-
nements qui pouvaient lui servir pour soutenir un siège.
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- 87 -
Aboû H'àtim à la tète de tous les siens vint camper sous
les murs de la ville, et rifrik'iyya fut livrée à tous les
désordres. Les assiégeants étaient, dit-on, au nombre de
130,000; chaque jour c Amr faisait des sorties et livrait
des combats, mais les assiégés étroitement bloqués en
vinrent à manger leurs chevaux, les chiens et les chats,
et l'once de sel finit par coûter un dirhem. La posi-
tion d ,c Arnr était critique et ses gens étaient peu favora r
blement disposés, quand il apprit que le khalife envoyait
à son secours 60,000 hommes commandés par Yezid
ben H'àtim : « La vie, s'écria-t-il, me serait insup-
portable s'il me fallait entendre dire que Yezid est venu
me dégager ! Cette vie n'est qu'une brève période à pas-
ser en attendant que j'aille rendre mes comptes (à Dieu) ! •;
Et se précipitant au combat, il joua de la lance et de
l'épée jusqu'à ce qu'il fût tué à la mi-dhoû'l-h'iddja 154
(fin novembre 771). La suite des faits ne permettant pas
de 151 à 153 (768-770) de les distinguer année par année,
je les ai ici brièvement résumés de façon à n'avoir pas à
les reprendre chacun à leur date (*).
A la suite de la mort d' c Amr, le peuple h K'ayrawân
reconnut son frère Djemil ben H'afç ( 2 ), que la prolonga-
tion du siège décida à traiter avec Aboû H'âtim sous la
condition que ni lui ni ses troupes ne cesseraient de re-
connaître le khalife et qu'ils continueraient de porter la
livrée noire. Aboû H'àtim, qu'animait la colère, fit brûler
les portes et ruiner les murailles, puis il entra dans la
ville, dont il déporta la plupart des habitants dans le Zàb.
(1) On trouve un récit plus détaillé dans Noweyri {Berl). y i, 380 ;
cf. Annales, p. 112).
(2) Désigné ailleurs sous le nom de H'omeyd \ou Djemil) ben (jakhr
(ibid.).
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-SS-
II se dirigea ensuite vers Tripoli pour tenir tête à Yezid
ben H'àtim, dont l'arrivée était signalée, et confia K'ay-
rawàn à c Abd el- c Aziz [ben Samh'] Ma'âfiri. Mais <Omar
ben c Othmân s'insurgea et massacra les partisans d ,<r Aboû
H'âtim, [P. 67], de sorte que ce dernier revint à K'ayrawân
combattre les révoltés. Ibn c Othmân se retira alors à Tunis,
et Aboû H'ûtim reprenait la direction de Tripoli quand il
apprit l'arrivée de Yezîd ben H'âtim. On dit qu'il y eut
trois cent soixante-quinze combats livrés entre les Berbè-
res et les Arabes depuis la première attaque d' c Amr ben
H'afç contre ceux-là jusqu'à leur soumission définitive.
En çafar 151 (février-mars 768), c Amr ben H'afç, nom-
mé au gouvernement de l'If rik'iyya par El-Mançoûr, était
arrivé dans ce pays à la tête de cinq cents cavaliers. En
150 (6 février 767), après la mort d'El-Agblab, l'autorité
avait été exercée par El-Mokhârik' ben Ghifàr T'à'i,
qu'El-Aghlab avait préposé à K'ayrawân et à qui le peu-
ple fit adhésion au mois de ramad an. Les cavaliers lan-
cés par Mokhârik' forcèrent EI-H'asan ben H'arb à quit-
ter Tunis et à se réfugier chez les Kotâma pendant deux
mois; ce rebelle revint alors à Tunis, mais il fut tué
dans une sortie dirigée contre lui par la cavalerie qui
occupait cette ville.
En 152 (13 janv. 769) arriva ce qui a été relaté plus
haut sommairement. En la même année, El-Mançoûr
enleva le gouvernement de l'Egypte à Yezîd ben H'àtim,
qu'il remplaça par Moh'ammed ben Sa c id W ; les gou-
verneurs des autres provinces restèrent les mêmes que
l'année précédente.
(1) Yezid, d'après ce que dit le Nodjoûm, fut remplacé en 151 par
'Abd Allah ben 'Abd er-Rahmàn ben Mo'àwiya. Mais Ibn el-Athir est
d'accord avec le Bayàn {Annales, p. 119).
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En 153 (3 janvier 770), dit Tabari, f Amr ben H'afç fut
tué par Aboû H'àtim ribâd'ite et Aboû Ghàdi, à la tête,
dit-on, de 350,000 Berbères, dont 35,000 cavaliers. Dans
cette armée figurait, avec 40,000 hommes, Aboû K'orra
Tlfrenide, émir de Tlemcen, que Ton saluait du titre de
khalife. Tel est le récit d'Ibn el-K'at't'ân dans le Nez m
el-djomân ; mais on a vu qu' e Amr ben H'afç fut tué en
154 (23 décembre 770), ce qui est la version d'Er-Rak'ik',
d'Ibn H'ammâda et d'autres encore.
En 153 (3 janvier 770), disent Er-Rak'ik' et e Arib, Aboû
K'orra, suivi de nombreux Berbères, s'avança de Tlem-
cen sur K'ayrawân. c Amr ben H'afç [lacune] et
il se retira. En la même année, les Berbères se révoltèrent
à Tripoli et mirent à leur tête Aboû H'àtim [P. 68] l'ibà-
d'ite, dont le nom est Ya c k'oûb ben Lebib.
En 154 (24 décembre 770), dit c Arîb, f Amr ben H'afç,
laissant à T'obna El-Mohennâben el-Mokhàrik', s'avança
contre K'ayrawân, mais fut tué, comme on l'a vu, dans
l'attaque que dirigea contre lui Aboû H'àtim l'ibâd'ite. El-
Mançoûr, informé de cette mort, envoya en Ifrîk'iyya,
ainsi qu'on le verra, Yezîd ben H'àtim.
En 155 (13 décembre 771), dit T'abari, Yezîd ben H'àtim
reconquit Pïfrik'iyya et tua Aboû Ghàdi et Aboû H'àtim,
de sorte que Tordre fut rétabli dans le Maghreb, et Yezîd
ben H'àtim put faire son entrée à K'ayrawân.
Dans la même année, Aboû H atim l'ibâd'ite s'avança
de Tripoli sur K'ayrawân, mais alors eut lieu l'arrivée
de Yezîd.
Gouvernement de Yezld ben H'àtim en Ifrîk'iyya et au Maghreb.
Aboû Khâlid Yezîd ben H'àtim ben K'abîça ben el-
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- 90 -
MohallebW, nommé par le khalife abbaside El-Mançoûr,
devait à sa magnanimité, à sa générosité, à sa bravoure,
à sa renommée, à son jugement pénétrant et à ses
succès, une situation bien connue et incontestée. Par son
noble caractère et ses exploits guerriers, il présentait
beaucoup de ressemblance avec son aïeul El-Mohalleb
ben Aboû Çofra < 2 ); ses enfants aussi se firent une répu-
tation de bravoure et de succès. Quant à El-Mohalleb, on
prétend qu'il fut père de trois cents enfants, tant filles
que garçons et morts ou vivants. Le khalife, qui connais-
sait bien la situation de rifrik'iyya, n'y envoyait que ses
intimes, et ce Yezid, (notamment), avait de véritables
qualités d'administrateur. A son arrivée en Ifrik'iyya, il
remit les choses en ordre, installa [ou réinstalla] les
marchés (soûk'J de K'ayrawân et assigna un emplace-
ment particulier à chaque corps de métier. La paix
régna jusqu'au soulèvement des Berbères, contre qui il
marcha et à qui il infligea des défaites meurtrières et
devenues célèbres. C'est à propos de lui qu'il a été dit :
« Quelle différence entre les deux Yezid! etc. » c'est-à-
dire Yezid ben [Oseyd ben] Soleym et Yezîd ben H'âtim.
Rebî'a [ben Thâbit Rak'k'i] a dit de lui W:
[P. 69; t'awil] Je le jure sans arrière-pensée, ainsi que le
fait un homme qui prête un serment sincère, quelle diffé-
rence de générosité entre les deux Yezîd, l'un descendant de
Soleym, et l'autre l'illustre fils de H'âtim !
Yezid était, à son arrivée à Tripoli, accompagné de
(1) Ibn Khallikan donne sa biographie (iv, 213).
(2) Voyez Annales, p. 112.
(3) Voyez Ibn Khallikan, i, 530 ; iv, 214 ; Aqhâni> éd. de Boulak,
xv, 38-44.
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- 91 -
troupes des djond de Syrie, d'Irak et de Khorâsàn. Il
s'avança au-devant d'Aboû H'àtim, qui marchait contre
lui, et ce dernier périt avec ses compagnons dans la
bataille qui eut lieu ; le reste de ses troupes s'enfuit, et
tous ceux qui furent atteints dans la poursuite dont ils
furent l'objet furent mis à mort. Yezid confia Tripoli à
Sa c id ben Cheddàd et se dirigea- sur K'ayrawàn, où il fit
son entrée le lundi 19 djomâda II de cette année
(26 mai 772).
En cette même année, les Çofrites qui. étaient réunis
à Sidjilmàssa, mécontents de plusieurs actes de leur émir
e Isa ben Yezid (*), s'emparèrent de sa personne et le trans-
portèrent au sommet d'une montagne, où ils le laissèrent
jusqu'à sa mort. Ils le remplacèrent par Semk'où ben
Wàsoûi ben Médian Miknâsi, a'feul de Midrâr.
En 156 (r r décembre 772), Yezid ben H'àtim envoya
El- c Alà ben Sa c id Mohallebi en qualité d'auxiliaire à
El-Mokhârik, à T'obna, dans le Zàb. Ces nouvelles trou-
pes entrèrent dans le fort de H'abh ab, dans les mon-
tagnes des Kotàma, et c Abd er-Rah'màn ben H'abib
dut s'enfuir de là, où El- c Alà massacra un certain nom-
bre de ceux sur qui il mit la main, puis il regagna K'ay-
rawân.
Yezid ben H atim eut encore à combattre Aboû Yah'ya
ben K'aryâs( 2 )Hawwàri,qui se révolta du côté de Tripoli
et sous les drapeaux de qui se rangèrent de nombreux
Berbères. c Abd Allah ben es-Simt' Kindi, qui était dans
(1) Ailleurs on litMezyed ; de même on trouve les variantes Semkoù
Semghoùn et Semdjoù, ainsi que Mezlàn ou Maslàn, au lieu des noms
Semk'oû et Médian qui suivent (ci-dessous, p. 154 du texte arabe ;
Berb. y i, 261 ; Bekri, 330; Annales, p. 120; Fourni, i, 353).
(2) Ce nom présente diverses variantes; cf. Annales, pp. 117 et 123.
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- 92 -
cette province en qualité de général de Yezid, lui livra
au bord de la mer une bataille acharnée, qui se termina
par la déroute d'Aboû Yah'ya et le massacre général de
ses partisans. L'Ifrik'iyya se trouva ainsi pacifiée et
l'administration de Yezîd ben H'àtim put s'exercer sans
obstacle.
En 157 (20 novembre 773), Yezid, dont la générosité
était extrême, fit rebâtir la grande mosquée de K'ayra-
wàn. En dhoû'l-h'iddja de la dite année survint la mort
du khalife El-Mançoûr.
[P. 70J En 158 (10 novembre 774), le trône du khaiifat
fut occupé par El-Mehdi, qui fut intronisé le jour même
de la mort de son père à la Mekke et conformément à la
désignation faite par celui-ci, le samedi 6 dhoû'l-hiddja
[157J, de sorte qu'il se trouva libre maître du pouvoir en
l'année 158. C'était un prince lettré et libéral, ami des
littérateurs et des poètes; nous avons cité des vers de
lui et rapporté divers traits le concernant dans l'histoire
de l'Orient [et qui ne seraient pas à leur place ici] où
il est traité de l'histoire du Maghreb extrême et du Ma-
ghreb central.
En 162 (27 septembre 778) mourut Aboû Khàlid c Abd
er-Rah'mân ben Ziyâd ben An c am, kadi de K'ayrawàn;
les dernières prières furent dites par l'émir Yezid ben
H'àtim, à qui la grande alïluence du monde lit réciter ce
vers :
[Basif] O Ka'b, jamais, ni soir ni matin, une troupe ne
s'avance sans avoir derrière elle un guide qui la pousse à la
mort.
Ce juge, qui avait plus de quatre-vingt-dix ans, se
trouva indisposé pour avoir, étant à la table de Yezîd,
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- 93 -
bu du lait après avoir mangé du poisson, et il mourut la
nuit même (*).
En 163 (16 septembre 779), El-Mehdi ordonna à Yah'ya
ben Khâlid ben Barmek de prendre le poste de secrétaire
auprès de son fils Hàroûn, en lui disant qu'il l'avait spé-
cialement choisi pour ces fonctions; il lui attribua, en
outre, cent mille dirhems pour voyager avec Hàroûn.
En 165 (25 août 781), El-Mehdi envoya Hàroûn en
expédition dans le pays chrétien à la tète de 95,000 hom-
mes, et muni de cent millions en or et vingt millions en
argent. Le fils du khalife arriva jusqu'au détroit, vis-à-vis
de Constantinopie ; il se relira avec 5,000 prisonniers et
du butin après avoir forcé les chrétiens au versement
annuel d'un tribut de quatre-vingt-dix. mille dinars ( 2 ).
En 166 (14 août 782), Hàroûn revint de cette expédition, et
les chrétiens firent parvenir des cadeaux et le montant
du tribut. En la môme année, El-Mehdi accabla de sa
colère son vizir Ya c koûb ben Dàwoûd, à qui il avait confié
la direction du gouvernement.
En 169 (13 juillet 785), mourut El-Mehdi, empoisonné
par erreur, dit-on, mais il y a aussi d'autres versions.
Son fils Moûsa el-Hâdi lui succéda.
En rebî c 1 170 (septembre 786), mourut Moûsa el-Hâdi,
à l'âge de vingt-six ans et demi, après un règne d'un an
[P. 71] et deux mois ; il eut pour successeur Hàroûn
er-Rechîd ben Moh'ammed.
En 171 (21 juin 787), mourut Yezid ben H'âtim, émir
dlfrik'iyya. Il avait été spécialement distingué par Aboû
Dja c far el-Mançoûr et, avant d'arriver en Ifrik'iyya, il
(1) Voir sur ce personnage Ibn el-Athir, Annales, p. 123.
(2) Cf. Ibn el-Athir, texte, vi, 44; Weil, n, 100.
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- 94 -.
avait exercé le gouvernement dans diverses pf-ovinces,
en Arménie, dans le Sind, en Egypte, de 144 à 152 M, en
Adherbeydjân et ailleurs. Sa bonne administration en
Ifrik'iyya a été l'objet des louanges de poètes du premier
ordre, à qui il témoigna largement sa libéralité. Voici ce
que rapporte Ez-Zobeyr ben Bekkâr ( 2 ), d'après un poète
qui lui avait parlé en ces termes : « Je faisais l'éloge de
Yezîd ben H'âtim sans le connaître ni l'avoir rencontré.
A sa nomination en Egypte par El-Mançoùr, il prit la
route de Médine, et l'ayant rencontré, je me mis à lui
réciter des vers, depuis sa sortie de la mosquée de
l'Envoyé de Dieu jusqu'à la mosquée de l'Arbre, et il me
fit donner deux paquets de vêtements et dix mille dinars. »
Tel est le récit d'Er-Rak'ik'. On a, entre autres choses, dit
de lui :
[Basif] Personnage unique parmi les Arabes, toi devant
qui s'incline tout K'aht'ân et qui commandes à Nizâr ! j'es-
père, si j'arrive sain et sauf jusqu'à toi, n'avoir plus ensuite
à affronter les périls des voyages.
C'est de lui encore qu'on a dit :
[T'awll] Quelle différence de générosité entre les deux
Yezîd, quand on tient compte des nobles actions et de la
gloire des hommes (3).
L'expression « quelle différence, etc. » est devenue
proverbiale et est répétée en tous pays et par tout le
(1) De dhoù'l-ka'da 145 à 151, d'après le Nocljoûm.
(2) Historien et traditionniste maintes fois cité par Ibn el-Athîr,
Mas'oûdi, etc. Il mourut en 256. Ibn Khallikan lui a consacré un
article (i, 531).
(3) Le vers sous* cette forme figure dans VAghâni, xv, 42; cf.
suprà p. 90.
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! : : i
- 95 -
monde. — Le poète Rebi c a devait une diya (indemnité pour
meurtre) dont Yezid lui donna dix fois le montant, en
outre de cadeaux et de bienfaits qui attestaient sa géné-
rosité.
On cite ces vers de Yezid :
[Basit'J La pièce de monnaie s'habitue à peine à ma bourse,
puis reprend sa liberté ; elle ne fait qu'y passer, et la bourse
même la rejette. Je suis un homme de qui la bourse et l'ar-
gent ne peuvent s'accordera).
[P. 72] Entre autres anecdotes relatives à son séjour
en Ifrîk'iyya, on dit qu'il interpella rudement un de ses
intendants qui avait semé un vaste champ de fèves dans
un de ses jardins de plaisance: « Fils de prostituée!
Veux- tu donc me déshonorer à Baçra et m'y faire appeler
marchand de fèves ? » Et, par son ordre, le peuple eut
toute liberté de disposer de la récolte. — Une autre fois,
il vit, en se promenant dans les environs de K'ayrawân, un
nombreux troupeau appartenant à son fils [qui en tirait
profit] ; après avoir vivement réprimandé celui-ci, il fit
égorger et livrer tous ces animaux au peuple, qui s'em-
pressa de profiter de l'aubaine. On en jeta les peaux sur
un tertre qui a conservé depuis lors le nom de t Colline
des peaux » (Kodyat el-djoloûd).
Il m ourut en ramad'ân 171 (février-mars 788), après
avoir gouverné pendant quinze ans et trois mois, compre-
nant une partie du règne d'El-Mançoûr, tout le règne
d'El-Mehdi et une partie du règne de Hâroûn er-Rechîd.
(1) Ces vers, de même que les deux anecdotes qui suivent, figurent
aussi dans Noweyri (ap. Berb., i, 385).
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- 96 -
Gouvernement de Dâwoûd ben Yezld ben B'âtim.
Désigné par son père, au cours de sa dernière maladie,
pour lui succéder, il gouverna ensuite Hfrîk'iyya pendant
neuf mois et demi, où il eut maintes fois à combattre les
chefs berbères; de nombreuses rencontres eurent lieu,
entre autres dans la région montagneuse de Bàdja. Contre
Noçayr ben Çàlih' l'ibâdite, qui s'était révolté, s'avança
El-Mohalleb ben Yezid, qui fut battu et perdit nombre
de ses soldats. Dâwoûd fit alors marcher contre eux une
armée de 10,000 hommes, commandée par Soleymân ben
Yezid, devant qui les Berbères s'enfuirent, mais ils
furent poursuivis et plus de 10,000 des leurs furent mas-
sacrés. Dâwoûd exerça le pouvoir jusqu'à l'arrivée de
son oncle paternel, Rawh' ben H'àtim, qui avait été
nommé émir du Maghreb.
Commencement de la dynastie Hâchemite ou Idrisite dans
les pays du Maghreb (i).
Tous les chroniqueurs s'accordent à reconnaître que
ce fut en 170 (2 juillet 786), que pénétra dans le Maghreb
Idrîs ben c Abd Allah ben H'asan [P. 73] ben el-H'asan ben
r AU ben Aboû T'âleb, sous le gouvernement de Yezîd
ben H'àtim en Ifrik'iyya, sous celui de Hichâm ben c Abd
er-Rah'mân ed-Dâkhel â Gordoue, et au début de l'auto-
rité exercée à Sidjilmàssa par les Benoû Midrâr. Il était
accompagné de son affranchi Râchid et s'installa dans le
Wâdi 'z-Zeytoûn, au lieu dit Medînat el-Beled. D'après
(1) Voyez Annales, p. 133, et les auteurs cités; Istibçâr, trad., p. 149.
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- 97 -
El-Bekri, dans le El-Medjmoû* el-moftarik'M y il s'ins-
talla à Oulilit*); nom berbère de Tanger. Cette localité,
au dire de Moh'ammed ben Yoûsof, est à une journée de
marche de remplacement actuel de Fez, et constituait
une ville très ancienne. C'est là que mourut Idris [en 175].
Voici comment ce prince passa au Maghreb d'après les
récits d'Er-Rak'ik', d'En-Nawfeli dans le El-Medjmoû*
el-moftarifc et d'autres chroniqueurs.
H'oseyn ben c Ali ben H'asan ben H'asan ben H'asan
ben Ali ben Aboû T'âleb prit les armes à Médine sous
Moûsa el-Hâdi et passa à la Mekke en dhoû'l-h'iddja 169
(juin 786) en compagnie d'un certain nombre de ses frères
et de ses cousins, entre autres d'Idris et de Yah'ya, tous
les deux fils d' c Abd Allah ben H'asan. A cette nouvelle, le
khalife El-Hàdi fit marcher contre lui Moh'ammed ben
Soleymân ben c Ali, qui, à la bataille de Fakhkh, défit et
tua H'oseyn ben c Ali ainsi que la plupart de ses partisans.
Mais Idrîs, celui qui plus tard gagna le Maghreb, put
s'échapper et arriver en Egypte. La poste de ce derhier
pays avait à sa tête Wâd'ih', client de Çàlih ben el-Mançoûr,
qui transporta le réfugié en poste jusqu'au Maghreb. Idris
arriva jusqu'à la ville d'Oulila (sic), sur le territoire de
Tanger, dont les tribus berbères répondirent à l'appel
qu'il leur adressa. Quand Er-Rechid, devenu khalife, con-
nut ce qui s'était passé, il erjvoya un messager décapiter
W'àd'ih', et à Idris il députa un émissaiie secret, client
d'El-Hâdi et nommé Ech-Chemmâkh. Celui-ci, arrivé à
(1) Il n'existe pas, à ma connaissance, d'ouvrage de Bekri portant
ce titre. Dozy conjecture, avec quelque apparence de raison, qu'il
s'agit d'un livre de Nawfeli, dont le nom aurait été omis; cf. quel-
ques lignes plus bas.
(2) Bekri écrit Oulili et Oulileni (pp. 248 et 268).
7
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Oulila, se donna comme un médecin professant les opi-
nions de la secte Allde, et se présenta à Idris, qui le
reçut dans son intimité [P. 74] et lui accorda sa confiance.
Le prince s'étant un jour plaint d'un mal de dents, le
favori lui remit un dentifrice renfermant un poison
mortel et qui, d'après ses instructions, ne devait être
employé que le lendemain à l'aurore. Chemmâkh s'enfuit
la nuit même, et quand au lever du jour Idris se servit
du dentifrice, dont il se remplit la bouche, ses dents
tombèrent et il mourut aussitôt. On poursuivit, mais
inutilement, Chemmâkh, qui gagna l'Egypte et rejoignit
son patron Er-Rechid. Tel est le récit extrait de l'ouvrage
d'Er-Rak'ik.
En 172 (10 juin 788), les tribus berbères vinrent de
toutes parts se rallier autour d'Idrîs ben c Abd Allah,
qu'elles reconnurent et proclamèrent pour leur chef.
Aussi longtemps qu'il vécut, elles restèrent de son parti,
heureuses de lui obéir et honorées de le servir. Ce
prince d'ailleurs était maître de ses passions, avait une
nature distinguée, pratiquait la justice et les œuvres de
piété.
En 173 (30 mai 789), il s'avança à la tête des tribus
maghrébines jusque dans le Soûs el-Ak'ça et pénétra
dans la ville de Mâsina, d'où il repartit sain et sauf en
ramenant du butin et des prisonniers.
En 174 (19 mai 790), après être revenu du Soûs, il se
rendit avec son armée à Ribât' TâzâW et découvrit la mine
d'or qui se trouve dans les montagnes qui portent ce
(1) Sur ce lieu, cf. Istihçâr, trad., p. 134. La mine d'or se trouve de
ce côté, d'après Bekri, et ne fut pas découverte par Idris, voir
Jakubi, p. 137, et les Corrections de Dozy, p. 13.
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- 99 -
nom. C'est en cette même année que toutes les tribus
[berbères] du Maghreb reconnurent son autorité et le
proclamèrent, de sorte que son pouvoir sur elles fut
complet.
Gouvernement de Rawh* ben H'âtim ben K'abîça ben el-Mohalleb.
Nommé par le khalife Hàroùn er-Rechid ben Moh'am-
med, ce gouverneur arriva en Ifrik'iyya en 171 (21 juin
787). Il avait plusieurs fois exercé ces fonctions, car,
après avoir été chambellan d'El-Mançoûr, il fut ensuite
nommé par ce prince gouverneur de Baçra; sous El-
Mehdi, il gouverna Koûfa, puis le Sind, le Tabaristan,
la Palestine, etc. Un jour qu'il était au soleil à attendre
près de la porte d'El-Mançoûr, un homme qui le vit lui
dit : « Voilà longtemps que tu restes en plein soleil 1 —
Qui, répondit Rawh', mais c'est pour pouvoir rester long-
temps à- l'ombre ! » < l > — Il venait de perdre un fils quand
ses amis, venant le trouver et le voyant rire, s'abstinrent
de lui présenter leurs condoléances. Comprenant leurs
sentiments, il leur récita ce vers :
[P. 75 ; t'awll] Nous sommes d'une famille dont les larmes ne
coulent pas pour la mort, même violente, d'un des siens.
On dit qu'il envoya à son secrétaire 30,000 dirhems
accompagnés du billet que voici : « Je t'envoie telle
somme, que je ne puis dédaigneusement regarder comme
trop faible pour toi, dont l'importance n'est pas telle que
je puisse te la reprocher, et qui ne t'empêche pas d'espé-
rer de moi des dons ultérieurs. Je te salue ! »
(1) Ce commencement du paragraphe est traduit dans les Berbères y
i, 388, n.
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^p -^
Aboû Khâlid Rawh' était l'aîné de son frère Yezîd et avait
plus fréquemment que lui rempli les fonctions de gouver-
neur; plus d'une fois, pendant son séjour à K'ayrawàn,
il lui arriva de tomber sous le poids du sommeil provo-
qué par la débilité sénile. Il mourut la nuit du samedi au
dimanche 23 ramad'ân 174 (2 février 791), après avoir
occupé ces dernières fonctions pendant trois ans et trois
mois.
Gouvernement de Naçr ben H'abîb Mohallebi.
Le directeur de la poste et le général AboiVl-*Anber
avaient, ainsi que d'autres officiers, écrit à Er-Rechid
pour lui signaler l'état de faiblesse auquel l'Age avait
réduit Rawh' ben H'âtim et l'imminence de sa mort, en
faisant ressortir que l'importance d'une province fron-
tière telle que l'Ifrîk'iyya exigeait un chef énergique,
[Naçr par exemple]. Ce Naçr avait commandé la garde
(chorVa) de Yezid ben H'âtifn en Egypte et en Ifrîk'iyya,
et sa conduite était l'objet d'éloges. Er-Rechîd fit donc
dresser à son nom un diplôme d'investiture qu'il fit
secrètement parvenir à destination. A la mort de Rawh',
son fils K'abîça fut reconnu dans la grande mosquée et
la population lui prêta serment de fidélité ; El-Fad'l ben
Rawh' était à cette époque gouverneur du Zâb. Mais alors
Aboû'l- c Anber et le directeur de la poste sautèrent achevai
pour porter à Naçr ben H'abîb l'investiture précédem-
ment envoyée par le khalife Haroûn, le saluèrent du
titre d'émir et se rendirent avec lui et un certain nombre
de partisans {P. 76] à la mosquée. Ils y trouvèrent
K'abîça assis sur le tapis ; ils le firent lever et y assirent
Naçr ben H'abîb, en informant les assistants de la situa-
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- 101 -
tion : lecture fut donnée du rescrit adressé par le khalife
Hàroûn à Naçr, et l'assistance se soumit. Cela arriva
dans la dernière décade de ramad'àn 174 (1 10 février 791),
et pendant deux ans et trois mois Naçr rendit des juge-
ments marqués au coin de la justice et administra de
façon à mériter des louanges.
En 175 (9 mai 791) Er-Rechîd fît reconnaître à Baghdàd
son fils Moh'ammed, alors âgé de cinq ans et à qui il
donna le surnom d'Emin, en qualité d'héritier présomp-
tif, et lui fit prêter serment par les officiers et le djondM.
En 176 (27 avril 792) eut lieu dans le Deylem la révolte
de Yah'ya ben c Abd Allah ben H'asan ben H'asan ben
c Ali ben Aboû Tâleb ; le développement de son autorité
et la solidité qu'elle acquit rendirent soucieux le khalife,
qui s'abstint, pendant cette période, de boire du vin de
dattes. El-Fàd'l ben Yah'ya fut expédié avec 50,000 hom-
mes contre le révolté, qui fut mis en déroute W.
En 177 (17 avril 793) El-Fadï ben Rawh' ben H'âtlm
fut nommé au gouvernement de l'Ifrik'iyya par le khalife
Er-Rechid, qui, en annonçant sa révocation à Naçr ben
Habib, lui ordonna de remettre le pouvoir à El Mohalleb
ben Yezid en attendant l'arrivée d'El-Fact'l. Celui-ci, dès
qu'il fut, en moh'arrem 177 (avril-mai 793), parvenu à
destination, nomma au gouvernement de Tunis son
neveu El-Moghîra, qui, inexpérimenté et ignorant de la
manière de traiter le peuple, agit inconsidérément à
l'égard du djond. Mécontents de ses procédés blâmables,
ses soldais se réunirent et adressèrent à El-Fad'l une lettra
où ils lui exposaient la singulière conduite de son neveu
(1 ) On trouve un peu plus de détails là-dessus dans Ibn el-Athir,vi, 83.
(2) Voir le même, ibid., p. 83 et 85; Chr. de Sacy, i, 3, etc.
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- 102 -
à leur égard. N'ayant pas obtenu de réponse, ils se dirent
qu'une troupe sans tête ne pouvait réussir dans ses efforts
pour atteindre un but, et, sur le conseil de l'un d'entre
eux, ils allèrent trouver c Abd Allah ben c Abd Rabbihi^
ben el-Djàroûd et lui tinrent ce langage: «Tu as été
témoin de la conduite d'El-Moghîra à notre égard, et,
d'autre part, la lettre que nous avons adressée à son
oncle est restée sans réponse. C'est toi qui es en vue,
[P. 77] c'est en toi que nous mettons notre confiance ;
nous te remettons le soin de nous diriger, assurés que
nous sommes de bien placer notre espoir. — Ma réponse,
leur dit-il, ne peut être qu'un sage avis pour vous comme
pour moi : je redoute d'exposer ma vie et je me contente
de vivre en paix. Mais en cas d'événement, je serai
comme le premier-venu d'entre vous. » Enfin, sur leurs
instances, il consentit, moyennant qu'ils lui prêtassent
des serments de nature à le rassurer ; ils le firent et
jurèrent de lui obéir.
En 178 (6 avril 794), le djond se révolta à Tunis contre
Témir El-Fad'l ben Ravvh', après avoir pris Ibn el-Djà-
roûd comme chef. La troupe marcha contre l'hôtel du
gouvernement, occupé par El-Moghîra, que l'on invita,
lui et ses partisans, à aller rejoindre leur maître. En
même temps, Ibn el -Djâroûd écrivit en ces termes à El-
Fad'l : «Ce n'est point par esprit de révolte que nous
avons chassé El-Mogbira, mais à cause de certains de
§es actes à notre égard, qui sont de nature à mettre l'état
en péril. Envoie-nous donc promptement quelqu'un de
(1) On l'appelle aussi 'Abdaweyh Anbàri (Annales, p. 145; corrigez,
aux 1. 5 et 14 de cette page, Habib ben Naçr en « Naçrben Habib », et
par suite, biffez la n. 2).
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— 103 —
ton choix pour nous administrer, faute de quoi nous
aurons à le faire nous-mêmes. » A quoi El-Fad'l répon-
dit : a L'arrêt divin s'accomplit, que les hommes le
veuillent ou ne le veuillent pas. Je ne choisis aucun gou-
verneur, prenez celui que vous voulez ; je me bornerai à
vous envoyer un administrateur (J^b). » Et, en effet, il fit
partir pour Tunis c Abd Allah ben Mo'hammed (*). A son
approche, Ibn el-Djàroûd dit aux siens : « Comment allez-
vous faire ? Si vous avez chassé ignominieusement le
neveu d'El-Fad'l, il est certain qu'il ne vous envoie un
autre que pour vous amener, par des persécutions, à
renoncer à votre projet; puis, une fois le calme rétabli,
il s'emparera de chacun de vous isolément. — Et que
nous conseilles-tu de faire? reprirent ses compagnons.
— Ce que je vous ai dit déjà. » En conséquence, on se
porta àu-devant de la troupe en compagnie de laquelle
arrivait le fonctionnaire envoyé par Ternir El-Fad'l, jus-
qu'à l'endroit appelé Ez Zeytoùn, et cet officier fut repous-
sé ; puis le djond se livra à des discussions trop longues à
raconter et qui aboutirent à une bataille qu'Ibn el-Djà-
roûd livra à l'armée d'El-Fad'l. Ibn el-Djàroûd resta
vainqueur [P. 78] et poursuivit les ennemis jusqu'à K'ayra
wùn, dont il entreprit le siège. El-Fad'l convoqua un con-
seil formé de ses cousins et de ses intimes, mais à partir
de là ses affaires tournèrent mal et rien ne lui réussit. Il
était avec ses partisans dans l'hôtel du gouvernement,
dont les portes étaient gardées par quelques officiers,
quand, au matin, s'approcha l'armée d'Ibn el-Djàroûd ;
les portes furent ouvertes sans résistance, et alors Ibn
(1) Appelé aussi 'Abd Allah ben Yezid ben Hàtim Mohallebi, cousin
d'El-Fad'l (Noweyri ap. Berb., i, 390; Ibn Athir, Annales, p. 146).
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- 104' —
el-Djàroûd, qui campait sous les murs de la ville, pénétra
dans l'hôtel et fit grâce à El-Fad'I et aux siens, qu'il fit
ensuite partir pour Gabès, en lui disant: « Je ne suis pas
sûr des sentiments de mes soldats à votre égard ; je vous
enverrai cependant en compagnie de quelqu'un qui vous
mènera à Gabès. » Il leur donna en effet une escorte
commandée par Aboû'l-Haythem, à qui il fit jurer de ne
pas livrer celui qu'il mettait sous sa garde. El-Fad'l, avec
trois de ses cousins. et quelques partisans, sortit par une
porte située de l'autre côté (*) de la ville, et le portier les
interpella grossièrement : « Partez, chiens de damnés !
Veuille Dieu ne pas vous accorder sa miséricorde ! — Il
n'y a de Dieu qu'Allah ! repartit El-Fad'l ; tous se tour-
nent contre nous, jusqu'à ceux qui nous doivent la
liberté ! » Il poursuivit sa marche toute la nuit et le len-
demain jusqu'au coucher du soleil, où, le bruit du tam-
bour ayant provoqué ses questions, on lui répondit qu'il
s'agissait de l'arrivée d'un officier commandant cent
cavaliers envoyés par Ibn el-Djâroûd, qui craignait, lui
dit-on, un attentat du djond contre lui. Puis un autre
tambour se fit entendre : c'était Mançoûr ben Hâchim,
qui, interrogé sur le motif de sa venue, donna Tune ou
l'autre raison. Une troisième fois le son du tambour re-
tentit : c'était le chef de la garde (chort'a) d'Ibn el-Djâroûd
qui arrivait : « Celui-là, dit-on à El-Fad'l, te ramènera à
K'ayrawân. »
En effet, quelques-uns des compagnons d'Ibn el-Djâ-
roûd lui avaient fait observer que s'il laissait entrer de
(1) Dozy a corrigé le dernier mot de *à*\ , >b ^ en »£&.\ (?) ;
peut-être faut-il lire f»<ol açrem, nom d'une porte que cite Bekri,
p. 62 et 63 .
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- 105 -
nuit Tex-gouverneur à Tripoli, la population de cette
ville se soulèverait et le ramènerait à K'ayrawân [d'où
l'envoi de ees troupes]. Alors le héraut proclama que
quiconque obéissait à Ibn el-Djàroûd eût à se retirer. La
retraite fut générale, et El-Fad'l resté seul fut reconduit
à K'ayrawân avec Moh'ammed ben Hichàm et El- Fad'l
ben Yezid, après qu'on eut enlevé les chaînes cTEl-Mo-
halleb et des autres compagnons d'El-Fad'l. Ces trois
personnages furent internés [P. 79] dans le même local,
et El-Fad'l ben Rawh' fut livré à la mort en cha c bàn 178
(novembre 794), après avoir gouverné un an et cinq mois ;
il acheva la période de vingt-trois ans' pendant laquelle
les Mohallebides avaient commandé en Ifrik'iyyaW.
Ibn el-Djâroûd, à la suite de sa révolte survenue en
djomàda II 178 (septembre 794), eut à soutenir des luttes
violentes avec les Berbères. Il reconnut l'autorité du
khalife Er-Rechid après le pardon que lui accorda ce
prince.
En 179 (26 mars 795), Ibn el-Djâroûd écrivit à Yah'ya ben
Moûsa( £ ), qui se trouvait à Tripoli, de venir à K'ayrawân
recevoir de ses mains le commandement de cette der-
nière ville. Yah'ya ben Moûsa se mit donc en marche au
mois de moh'arrem, et quand il fut arrivé à Gabès avec
ses troupes, il rencontra tout le djond de K'ayrawân
accompagné d'En-Nad'r ben H'afç et d' c Amr ben Mo e â-
(1) Sur Ja révolte dlbn el-Djaroùd, cf. notamment Annales, p. 145 ;
Noweyri, ap. Berb., r, 389 ; Fournel, i, 402. — Le premier des gou-
verneurs Mohallebides ayant été *Àmr (ou iOmar) ben Kabiça, sur-
nommé Hezârmerd, en 151 (suprà, p. 85), cette famille détint le pou-
voir pendant 27 ans, ainsi que Fournel Ta fait remarquer.
(2) Homme de confiance de Harthema, qui tâcha d'employer la
douceur pour séduire Ibn el-Djàroùd [Berb., i, 392 ; Nodjoûm, i, 488 ;
Annales, p. 147).
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— 106 —
wiya. Alors Ibn el-Djàroûd quitta K'ayrawân, dont il
était resté maître pendant sept mois, en y laissant
comme lieutenant El-Moferridj ben c Abd el-Meliki 1 *. En-
suite Yah'ya ben Moûsa et El- c Alâ ben Sa c id se précipi-
tèrent vers K'ayrawân en tâchant de se gagner de vitesse,
et le second, qui remporta, massacra à son arrivée un
certain rtombre de partisans d'Ibn el-Djâroûd. Cepen-
dant il obéit à Tordre que lui envoya Yah'ya ben Moûsa
d'avoir, s'il ne voulait se conduire en rebelle, à licencier
ses troupes. El- c Alà obéit et retourna alors à Tripoli, où
Ibn el-Djàroûd l'avait précédé. Celui-ci s'y rencontra
avec YakTin ben Moûsa, et tous deux se mirent en route
pour l'Orient. Ils rencontrèrent alors Harthema ben
A c yan, qui venait prendre possession du gouvernement
de l'Ifrîk'iyya, et à qui El- c Alâ avait déjà écrit pour s'at-
tribuer l'honneur d'avoir expulsé Ibn el-Djàroûd de
l'Ifrik'iyya. Harthema, bien qu'il se fût fait précéder par
Yah'ya ben Moûsa, accorda une magnifique gratification
à El- c Alâ; il fit poursuivre à Ibn el-Djâroûd son voyage
vers Baghdâd .
[P. 80] Gouvernement de Harthema ben A'yan.
Nommé à ce poste par Hâroûn er-Rechîd, il arriva à
K'ayrawân le 1 er rebi c II (23 juin 795); il traita le peuple
avec douceur, ramena le calme et se montra bienfaisant.
D'après Ibn H'ammâda, Harthema s'avança avec une
armée considérable jusqu'à Tâhert, et Ibn el-Djàroûd,
qui marcha contre lui, subit une défaite ( 2 ). Les Berbères
(1) Noweyri donne à cet officier le nom de 'Abd el-Melik ben 'Abbàs.
(2) Ces derniers mots ne peuvent être, semble-t-il, qu'une allusion
aux événements qui viennent d'être racontés.
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~ 107 -
se soumirent à Harthema, qui regagna alors K'ayrawàn.
C'est lui, au dire d'Er-Rak'ik', qui a édifié le grand châ-
teau bien connu à Monastir.
En 180 (15 mars 796), dans le grand tremblement de
terre qui se fit sentir en Egypte, la partie supérieure du
phare d'Alexandrie s'écroula W.
D'après Er-Rak'ik', Harthema, en présence des discus-
sions qui régnaient en Ifrik'iyya et de l'esprit d'insubor-
dination des habitants, demanda son remplacement au
khalife Hâroûn, qui lui écrivit de rentrer en Orient. C'est
à ce gouverneur qu'on doit les fortifications de Tripoli.
Gouvernement de Moh'ammed ben Mok'âtil 'Akki.
Le khalife remplaça Harthema par Moh'ammed ben
Mok'âtil ben H'akim de la tribu d' c Akk, qui rejoignit son
poste en ramad'àn 181 (octobre-novembre 797). Frère de
lait d'Er-Rechid et fils d'un des grands de la cour, ce gou-
verneur, par sa conduite peu louable, se créa une situation
difficile et s'attira l'hostilité du djond. L'un des moindres
faits honteux qu'on raconte de ce méchant homme, c'est
qu'il osa s'en prendre au saint renommé, à l'homme
pieux par excellence El Behlewân ben Ràchid et le fit
fouetter sans raison, puis emprisonner, ce dont mourut
ce personnage. On raconte encore qu'il s'appropria la
solde du djond, vis à vis de qui il se livra, de même que
vis à vis du peuple, à des actes tyranniques. Alors le
kàïd Felâh, à la tête des troupes khoràsàniennes et
syriennes, fit si bien, qu'on s'accorda à reconnaître
(1) Le même fait est rappelé par Ibn cl-Athir, vi, p. 104. Ce phare
est J'objet de légendes dont il est parlé, entre autres auteurs, par
Mas'oûdi, Prairies d'or, h, 431.
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- 108 -
Makhled ben Morra ( ! > Azdi, et Temmâm ben Temîm
Temimi, gouverneur de Tunis, se mit en campagne con-
tre Ibn tyok'âtii.
[P. 81] Révolte de Temmâm ben Temlm Temimi.
A la mi-ramad'àn 183 (mi-octobre 799), Temmâm, à la
tête de plusieurs officiers et de soldats des djond de
Syrie et du Khorâsân, s'étant avancé de Tunis contre
K'ayrawân, Ibn Mok'âtil marcha contre lui, mais fut
défait et dut se replier sur K'ayrawân, où, abandonnant
l'hôtel du gouvernement, il se fortifia dans un autre
hôtel qu'il avait fait construire. Temmâm, qui avait con-
tinué d'avancer, vint camper derrière la porte d'Aboû'r-
Rebi c , et le. lendemain, mercredi 25 ramad'ân 183 (29 oc-
tobre 799), pénétra dans la ville, dont on lui ouvrit les
portes. Il garantit à Ibn Mok'âtil que sa vie et celle des
membres de sa famille seraient respectées, de même
que ses biens. Ce chef avait, jusqu'à son expulsion de
K'ayrawân, gouverné pendant deux ans et dix mois.
Par suite de sa révolte, Aboû'l-Djahm Temmâm ben
Temîm, aïeul d'Aboû'l- c Arab ben Temîm, lequel est
auteur de plusieurs ouvrages, exerça l'autorité en Ifrî-
k'iyya, mais sans avoir reçu l'investiture du khalife. A la
suite de son entrée à K'ayrawân, Ibn Mok'âtil, à qui il
avait fait quartier, quitta la ville et se retira vers Tripoli.
Il fut rejoint en route par une troupe deKhorâsâniens où
figurait T'arh'oùn, chef de ses gardes, et il put ensuite,
grâce au consentement unanime des habitants, pénétrer
dans cette ville. Mais alors Ibrahim ben el-Aghlab, qui
(1) Ou, d'après Noweyri, Morra ben Makhled.
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- 109 -
était émir du Zàb, s'avança de ce pays contre Temmâm,
qui exerçait l'autorité à K'ayrawân, et que cette nouvelle
fit retirer à Tunis. Ibn el-Aghlab étant entré à K'ayra-
wân, se rendit aussitôt à la grande mosquée ; il avait la
parole facile et éloquente, et, montant en chaire, il
déclara à la population n'être venu que pour secourir
Ibn Mok'âtil, qui était le chef mis à leur tête par le Prince
des croyants. De plus, il écrivit au gouverneur expulsé
ce qu'il venait de faire pour lui, en insistant pour qu'il
opérât son retour. Ibn Mok'âtil revint en effet s'installer
avec ses partisans à K'ayrawân. Mais comme il passait
un jour dans la rue, une femme lui cria de sa fenêtre:
« Rends grâces à Ibrahim [P. 82] ben el-Aghlab, qui t'a
rendu le pouvoir en Ifrik'iyya !» et ce reproche lui fut très
sensible.
De son côté, Temmâm ben Temim, qui était à Tunis,
dit à ses compagnons: «Sans doute l'Aghlabide a res-
tauré Ibn Mok'âtil ; mais les partisans de celui-ci ont eu
grand' peur lors de notre attaque, et quand ils appren-
dront que je pars de Tunis (pour les attaquer de nouveau),
ils me livreront leur chef et viendront à moi. Lui-même
est trop envieux pour appliquer les conseils que lui
donne Ibrahim ben el-Aghlab. » Or, d'autre part, la
population se disait qu'après avoir été débarrassée d'Ibn
Mok'âtil, elle se trouvait, par le fait d'Ibrâhîm, de nou-
veau livrée à l'injustice, et qu'il valait mieux mourir que
continuer de vivre sous un gouvernemeut pareil. Le
résultat de ces réflexions fut qu'on se porta auprès de
Temmâm pour lui demander aide. Ce dernier se trouva
alors, par suite du grand nombre de ses partisans, tout
disposé à réentamer la lutte, et il écrivit à son adver-
saire en ces termes: « Si Ibrahim ben el-Aghlab a
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^1
- 110 -
restauré ton auterité, ce n'est ni à cause de ta générosité
à son égard, ni à cause de la fidélité au khalife dont il
fait parade ; c'est simplement qu'il craignait qu'en
apprenant sa conquête tu ne fisses entendre des récla-
mations, qui, repoussées, le mettaient en état de rébellion
contre le khalife, et qui, écoutées, donnaient à autrui le
résultat de ses efforts. Aussi t'a-t-il invité à revenir pour
t'envoyer à la mort. Mais demain tu sauras positivement
ce dont notre attaque d'hier t'a donné seulement un
avant-goût. » La lettre finissait par ces deux vers :
[T'awll] Ibrahim en restaurant ton pouvoir n'a pas agi
par esprit de fidélité, mais dans le but de te faire périr. Si
tu avais, ô fils d"Akk ! l'intelligence de te rendre compte de
sa perfidie, tu n'accepterais pas.
Ibn Mokâtil, après avoir lu cette lettre, la remit à Ibn
el-Aghlab, qui s'écria en riant: « Est-il assez faible
d'intelligenoe, cet ennemi de Dieu ! » La réponse suivante
fut rédigée : « De la part de Moh'ammed ben Mok'âtil
au traître Ibn Temim. J'ai reçu ta lettre, qui m'a prouvé
ton peu de jugement, et j'ai compris ce que tu dis d'Ibn
el-Aghlab. Ton avertissement fût-il vrai, ce n'est pas
auprès d'un homme traître à Dieu et au khalife qu'on va
chercher conseil ; si c'est une ruse que tu as voulu
employer, sache que la pire est celle dont on s'aperçoit !»
A la fin de la lettre se trouvaient ces deux vers :
{P. 83 ; t'awll] J'espère que si demain tu rencontres Ibn
el-Aghlab, ta destinée sera d'être défait et tué ; car tu affron-
teras un héros qui s'élance dans la mêlée escorté par la
mort et qui soutient de sa lance une gloire héréditaire.
Temmâm alors ayant quitté Tunis à la tête d'une armée
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- ni -
considérable, Ibn Mok'âtil ordonna à tous ceux qui lui
obéissaient de marcher sous lesdrapeauxd'Ibn el-Aghlab.
A la suite d'une rencontre acharnée où il eut le dessous,
Temmâm retourna à Tunis, et Ibn Mok'âtil rentra â
K'ayrawân pendant que, d'après ses ordres, Ibn el-Aghlab
poursuivait sa marche sur Tunis W.
En moh'arrem 184 (février 800), l'armée partit de
K'ayrawân pour aller mettre le siège devant Tunis. A
cette nouvelle, Temmâm, qui était dans cette ville,
demanda et obtint quartier d'Ibrahim, qui fit avec lui
son entrée à K'ayrawân le vendredi 8 moh'arrem.
Gouvernement <f Ibrahim ben el-Aghlab ben Sâlim ben 'Ik'âl
Temtmi.
L'acte d'investiture envoyé par Er-Rechid parvint à
Ibrahim dans la seconde décade de djomâda II 18l (mi-
juillet 800). Cette pièce faisait allusion à des fonctions
remplies antérieurement par eux en Ifrlk'iyya, car, en
effet, Er-Rechid avait mis Ibrahim à la tête du Zâb,
c'est-à-dire du Djerîd( 2 ), tandis qu'Ibn Mok'âtil gouver-
nait l'Ifrik'iyya. Ibrahim était versé dans le droit et la
littérature ; il pratiquait la poésie, avait la parole facile,
était un homme sage, brave, énergique, décidé, versé
dans l'art et les stratagèmes de la guerre, au cœur hardi
et à la langue libre. Nul ne gouverna lTfrik'iyya mieux
ni plus sagement, ne ménagea autant la population, ne
respecta davantage sa parole ou les règles de l'honneur.
Aussi les tribus berbères se soumirent-elles, de sorte
(1) Cf. Je récit des Annales (p. 156 et les ouvrages cités). .
(2) Sur cette nomination, cf. Annales y 149; Ibn Wâdhih historiée,
ii,497;Fouruel, i, 407.
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que le pays jouit complètement des bienfaits de l'a paix
et de Tordre quand El- c Akki en eut été éloigné.
Ibrahim avait reçu des leçons de Leyth ben Sa e d (*),
qui avait pour lui beaucoup d'estime et de qui il reçut
Djelàdjil, esclave qui fut la mère de son fils [Ziyàdet
Allah]. Leyth d'ailleurs [P. 84] avait un jour prédit que
son élève irait loin. Ce prince avait de grands mérites
et laissa après lui des traces louables. Il fit la guerre à
Râchid, émir du Gharb et affranchi d'Idrîs le Hasanide ;
diverses rencontres eurent lieu entre lui et ce chef, dont
le pouvoir avait pris de l'extension.
Voici, entre autres vers d'Ibrahim, ceux qu'il fit à pro-
pos de sa famille qui était restée en Egypte :
[Baslt] Je n'avais pas fait un mille, je n'avais pas franchi
une étape que déjà ton souvenir me tenait toujours la tête
baissée; puis quand, la nuit venue, je contemplais les étoiles,
il m'étreignait presque aussi douloureusement que la mort.
Devenu gouverneur de l'Ifrik'iyya, il se débarrassa de
tous les fauteurs de désordres et fit sentir la fermeté de
sa main ; il livra aux Berbères des combats trop longs
à raconter, et les Arabes k'oreychites furent l'objet de
ses bienfaits.
En 185 (19 janv. 801), il commença à bâtir la ville de
l'Ancien Château (el-k'açr el-k'adîm), qui devint ensuite
le séjour des Benoû'l-Aghlab* 2 ). Dans ce lieu, qui était
situé à trois milles de K'ayrawân et qui fut acheté aux
(1) Sur ce célèbre traditionniste, mort en 175, voir Bckri, p. 12 ;
Ibn Khallikàn, u, 543, etc.
(2) Sur cette ville, d'abord nommée 'Abbâsiyya, cf. Annales, 157.
Bekri en fait remonter la fondation à Tannée 184 (p. 70).
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- 113 -
Benoù T'àloût, il fit secrètement transporter les appro-
visionnements d'armes et autres, puis il installa à proxi-
mité ses esclaves noirs et à l'intérieur tous ses serviteurs
de confiance. Il savait le Koran par cœur et le connais-
sait bien. Il eut à livrer plusieurs combats à [Hamdis ben
e Abd er-Rahmàn] El-Kindi, qui se révolta à Tunis, en
même temps que la guerre sévissait entre El-Ma'moûn
etEl-Emîn après la mort d'Er-Rechid.
C'est en la même année, rapporte Tabari, que la fou-
dre tomba en la Sainte mosquée (Mesdjid harâm, à la
Mekke) et tua deux hommes.
En 186 (9 janvier 802), Hâroûn er-Rechid se mit à la
tête du pèlerinage, emmenant avec lui ses deux fils Mo-
h'ammed Emln et e Abd Allah el-Ma'moûn, ses généraux,
ses vizirs et ses kadis. Il désigna e Abd Allah en qualité
d'héritier présomptif, « Er-Rechid, dit Tabari, avait,
en cha'bân 173, attribué ce titre à Moh'ammed et lui
avait donné le surnom d'Emin; en outre, en 175, il lui
avait donné la Syrie et l'Irak. Puis en 183, à Er-Rak'k'a,
il fit prêter serment en cette qualité à c Abd Allah el-
Ma'moûn, qu'il investit du gouvernement des régions
qui s'étendent de Hamadàn jusqu'à l'Extrême-Orient. En
186, après avoir accompli les diverses cérémonies du
pèlerinage, il adressa .à El-Ma'moûn deux rescrits, l'un
lui énumérant les devoirs qui lui incombaient dans
l'administration des provinces qui lui étaient confiées,
[P. 85] ainsi que les propriétés et les richesses qu'il lui
attribuait; l'autre reproduisant le serment de fidélité
prêté à Ma'moûn par Emin, par les grands et par le
peuple, et dont attestation avait été dressée dans le
Saint temple. Il en fit. donner lecture à Ma'moûn et à
Emin et en fit prendre acte par les assistants, Hâchemi-
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- 114 -
tes et autres, après quoi il fit suspendre cette pièce dans
la Ka e ba. Mais elle se détacha et tomba par terre, ce qui
fit dire que ces dispositions seraient promptement vio-
lées avant môme d'être mises à exécution W .»
En 1B7 (29 décembre 802;, Ibrahim ben el-Aghlab étant
gouverneur d'Ifrîk'iyya, comme [nous l'avons dit ?], Er-
Rechid fit exécuter Dja'far ben Yah'ya et anéantit la
famille des Barmékides.
En 188 (19 décembre 803), Ibrahim ben Djebrll entre-
prit, par ordre de Hâroùn, une incursion sur le terri
toire des Roùm, où il pénétra par le derb (défilé) de
Çafçàf. Le patrice Nicéphore, qni s'était mis en marche
pour le repousser, reçut ensuite contre-ordre et battit
en retraite : mais il passa à proximité d'un corps d'ar-
mée musulman qui l'attaqua, le battit et lui tua 40,700
hommes, et lui enleva quatre mille botes de sommet 2 ).
En 189 (7 décembre 801), Er-Rechid se transporta à Rey
et envoya l'eunuque (r^) H'oseyn en Tabaristân, porter à
MerzebânW, chef du Deylem, la promesse qu'il lui serait
fait grâce. Cette promesse fut réalisée pour lui ainsi que
pour d'autres. C'est à propos de ce déplacement de
Hâroûn qu'Aboû'l- c Atâhiya(*> a dit :
[Sari 4 ] L'homme sûr à qui Dieu a confié ses créatures est
venu, poussé par la piété filiale, au lieu qui le vit naître,
(1) Cet incident est aussi rapporté dans les Prairies cVor, vi, 326.
Cf. Ibn Wàdhih, n, 501.
(2) Cf. Weil, il, 159; Ibn cl-Athir, vi, 230.
(3) C'est-à-dire Merzebàn ben Djostàn (Ibn el-Athir, vi, 131).
(4) Sur ce poète, mort en 211, voir Chrest. de Sacy, i, 34 ; Ibn Khal-
likân, i, 202; Aghâni, m, 126, etc. Les deux vers qui suivent sont aussi
cités par Ibn cl-Athir (vi, 132), mais ne figurent pas dans le divan
d'Abou'l-'Atàhiya publié à Beyrout en 1887.
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- 115 -
pour rétablir Tordre à Rey et dans ses dépendances et y
verser de sa main le bien sans compter.
En la môme année intervint avec les chrétiens un traité
relatif au rachat des prisonniers, de sorte que tous les
captifs musulmans recouvrèrent la liberté.
En 190 (26 novembre 805), Rechid opéra la conquête
de la ville chrétienne d'Héraclée. « La ville était prise,
raconte l'interprète Chebil, quand je vis que la porte était
ornée d'une plaque de marbre où figurait une inscription
dans la langue des vaincus et que je me mis à lire, tandis
qu'à mon insu le khalife me regardait. [P. 86] En voici le
sens : homme, saisis l'occasion avant même qu'elle soit
possible ; ne confie tes affaires qu'aux gens compétents ;
ne verse pas dans le péché par suite d'un excès de joie ;
ne te préoccupe pas du jour à venir, car s'il est dans ta
destinée de vivre, Dieu pourvoira alors à ta nourriture ;
ne sois pas de ceux que séduit le plaisir de thésauriser,
car combien n'en a-t- on pas vu qui ne l'ont fait que pour
le mari qui leur succède, combien n'y en a-t il pas qui
ne s'imposent des privations que pour grossir le trésor
d'autrui ! M »
En 191 (16 novembre 806), Er-Rechid mit à la tête de
l'expédition d'été (contre les chrétiens) Harthema ben
A c yan, à qui il adjoignit 30,000 hommes du djond du
Khorâsân. En la même année, il fit démolir les églises
des pays frontières. Depuis cette date jusqu'à 215 (27 fé-
vrier'830), l'expédition faite chaque été par les musul-
mans fut suspendue.
(1) Sur cette campagne, voir Weil, n, 160 ; Ibn el-Athir, vi, p. 133 ;
Mas'oùdi, Prairies d'or, n, 340, etc. Ce dernier auteur rappelle éga-
lement Je texte de cette inscription et orthographie Chibl le nom de
J'interprète.
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- 116 -
La nuit du vendredi au samedi 3 djomâda II 193 (20
mars 809), Hâroûn er-Rechîd mourut à Tous en Khorâ-
sân ; il eut pour successeur son fils Moh'ammed Emîn.
Ibrahim ben el-Aghlab, confirmé par le nouveau khalife
dans son gouvernement d'Ifrik'iyya, mourut dans l'exer-
cice de ses fonctions à K'ayrawân dans la dernière déca-
de du mois de chawwâl 196 (3-13 juillet 812), à l'âge de
56 ans et après avoir gouverné lTfrîk'iyya pendant douze
ans et quelques moisW.
En 196 (22 septembre 811), le gouvernement de cette
province passa entre les mains d' c Abd Allah ben Ibra-
him ben el-Aghlab, qui était à Tripoli à la mort de son
père Ibrahim. Mais son frère Ziyâdet Allah prit le pou-
voir au nom de l'absent, lui prêta serment de fidélité et
en fit faire autant par les membres de leur famille, par
les guerriers et les serviteurs, et en informa c Abd Allah.
En 197 (11 septembre 812), Aboû'l-'Abbàs c Abd Allah
ben Ibrahim ben el-Aghlab arrivant de Tripoli fut
accueilli par son frère Ziyàdet Allah, qui lui remit le
pouvoir. <Abd Allah néanmoins traita toujours Ziyâdet
Allah fort mal; il dépréciait ses actes et poussait ses
propres commensaux à ne pas lui épargner les injures,
et pourtant Ziyàdet Allah lui témoigna toujours beau-
coup de considération et d'honneur, agissant de la ma-
nière la plus correcte et ne laissant paraître aucun
changement dans ses sentiments ni nulle trace de res-
sentiment. c Abd Allah voulait [P. 87] commettre un acte
de cruelle tyrannie sur ses sujets, mais Dieu ne lui en
laissa pas le temps. Il était aussi bel homme que ses
(1) Il mourut le 21 chawwâl, après 12 ans, 4 mois et 10 jours de
gouvernement (Noweyri, l, L 403).
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actes étaient méchants et tyranniques. Entre autres faits
dont l'Ifrik'iyya eut à subir l'arbitraire scandaleux, il
cessa de prélever la dime en nature et la fixa, sans égard
au produit de la récolte, à huit dinars ; il imposa de même
d'autres contributions tyranniques qui éprouvèrent fort
la population.
Le 25 moharrem 198 (24 septembre 813), Emin ben er-
Rechid fut mis à mort par Ibn Tïihir, qui était au service
de son frère Ma c moûn. Celui-ci devenu khalife confirma
c Abd Allah ben el-Aghlab dans son gouvernement. Le
vertueux H'afç ben H'omeyd passa alors avec d'autres
hommes de bien d'El-Djezira (ou Cherik) en Ifrik'iyya ; ils
se rendirent auprès d' e Abd Allah et lui adressèrent de
sages avertissements, tant au point de vue de la religion
qu'à celui de la conduite à tenir à l'égard des fidèles.
Mais il repoussa dédaigneusement leur avis, et ces
hommes le laissant à l'Ancien Château (k'açr k'ccdîm) se
dirigèrent le cœur ulcéré vers K'ayrawàn. Ils étaient
arrivés au Wàdi'l-k'aççârin quand H'afç ben H'oineyd
parla ainsi à ses compagnons : « Si nous avons perdu tout
espoir du côté de la créature, il n'en est pas de même
du côté du Créateur : invoquez le Seigneur avec ferveur
et demandez-lui la fin de la tyrannie dont souffrent les
fidèles ; s'il nous permet de lui adresser des prières, c'est
qu'il est disposé à les exaucer. » Tous alors firent leurs
ablutions, puis l'on arriva au Kodyat Roûh'. H'afç fit
alors une prière de deux rek c a, et des invocations furent
adressées à Dieu pour qu'il mit un terme aux violences
d'Aboû'l-Abbâs et délivrât les musulmans de lui. On dit
qu'alors un abcès se déclara sous l'oreille de ce prince,
qui mourut le sixième jour après cette prière. Au témoi-
gnage de gens qui assistèrent au lavage de son cadavre,
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- 118 -
ce corps qui avait été si beau ressemblait, quand il fut
déshabillé, à celui d'un esclave noir ; telle fut la consé-
quence de sa honteuse conduite W. Il mourut dans la nuit
du jeudi au vendredi 6 dhoû'l-hiddja 201 (25 juin 817),
après un règne de cinq ans et quelques mois.
En 201 (29 juillet 816;, les habitants de Baghdâd mirent
à leur tête Mançoûr ben el Mahdi, en qualité de lieute-
nant de Ma'moûn et en attendant que celui-ci arrivât
en personne ou leur envoyât quelqu'un de son choix.
Divers combats précédèrent et suivirent cette élection.
[P. 88] On a vu que c'est en cette même année que
mourut Ibn el-Aghlab, à qui son frère Ziyâdet Allah
succéda sur le champ.
Gouvernement de Ziyâdet Allah ben el-Aghlab en Ifrlk'iyya.
Ce prince, qui avait pour prénom Aboû Moh'ammed et
qui est le premier gouverneur Aghlabide du nom de
Ziyâdet Allah, fut intronisé le vendredi 23 dhoû'l-hid-
dja (*). Il traita le djond sans aucun ménagement, et les
exécutions auxquelles il fit procéder de plusieurs des
membres de ce corps, ainsi que les mauvais procédés
auxquels il le soumit, provoquèrent le soulèvement, à
Fahç AboûÇâlih'P), de Ziyàd ben [Sahl, surnommé Ibn]
eç-Çak'labiyya. Celui-ci fut, il est vrai, mis en fuite par
Sàlim ben Sawâda, qui fut envoyé contre lui, mais il y
(1) Ce récit est conforme à celui deNoweyri; Ibn el-Athir rapporte,
deux versions contradictoires (Annales, 160 et 181).
(1) Il faut probablement lire le 7, ainsi que l'a fait remarquer
Fournel (i, 479, n. 5).
(2) Ce lieu est encore cité ailleurs (Annales, p. 32 ; Wustenfeld,
G. d. Fatim. Chai, 77).
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- 119 -
eut ensuite une insurrection générale provoquée par la
dureté de Ziyàdet Allah à l'égard du djond, par les
nombreuses exécutions dont furent l'objet ceux qui le
composaient et par le peu d'égards qu'il leur témoignait.
Ces manières de faire étaient causées par la méfiance en
laquelle il les tenait à cause des attaques qu'ils avaient
dirigées contre ses prédécesseurs et de leur opposition à
son père. Il se montrait surtout sanguinaire et méchant
quand il était en état d'ivresse. Ces soulèvements du
djond et d'autres amenèrent plusieurs rencontres, si
bien que, craignant pour sa vie, il mit en état de défense
l'Ancien Château et n'en bougea plus, ainsi qu'il sera
dit plus loin.
En 202 (19 juillet 817), El-Aghlab ben Ibrahim ben el-
Aghlab se rendit, par peur de son frère Ziyâdet Allah,
en Orient. Ce prince, en effet, était le frère germain
d'Aboù'l- c Abbâs c Abd Allah ben Ibrahim, qui avait, tout
le temps de son règne, traité sans égards Ziyàdet Allah
et excité ses intimes à médire de lui. Ziyâdet Allah étant
arrivé au pouvoir, reçut la visite d'El-Aghlab, qui lui
demanda l'autorisation de faire le pèlerinage. Elle lui fut
accordée et il partit en emmenant les deux fils de son
frère, AboûFehr Moh'ammed et Aboû'l-Aghlab Ibrahim,
[P. 89] qui étaient alors tout jeunes l'un et l'autre. Après
s'être rendu à la Mekke, il se fixa en Orient.
Ziyâdet Allah avait pour vizir et ministre dirigeant
El-Aghlab ben c Abd Allah, connu sous le nom de
Ghalboûn.
En 203 (8 juillet 818), Aboû c Abd Allah Asad ben
el-Forât ben SinânM, client des Benoû Soleym et l'un
(1) Sur ce personnage, voir lbn Khallikàn (n, 132, n., où cette
nomination de kàdi est placée à l'année 202); Annales, p. 187.
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des auditeurs de Màlek ben Anas, fut nommé kadi à
K'ayrawàn. Cette nomination fut un coup sensible pour
le kadi Aboû Moh'riz, dont l'autorité se trouva ainsi
partagée, alors que jamais on n'avait vu deux kadis
exercer simultanément.
Aucun événement saillant n'eut lieu ni en 204 ni en 205.
En 206 (5 juin 821), les musulmans commandés par
Moh'ammed ben e Abd Allah Temîmi, opérèrent une
descente dans l'île de Sardaigne, puis ils se retirèrent
après avoir causé aussi bien que subi diverses pertes (*>.
En 207 (26 mai 822), Ziyàd ben Sahl se révolta contre
Ziyàdet Allah, marcha contre Bàdja et la tint assiégée
pendant quelques jours. Des troupes envoyées par
Ziyàdet Allah le mirent en fuite, tuèrent ses compagnons
de révolte et pillèrent ce qu'ils avaient (*).
En la même année, mourut El-Yasa e ben Aboû'l-K'âsim,
prince de Sidjilmâssa, après quoi les habitants mirent à
leur tête Elyâs el-Montaçir ben Aboû'l-K'àsim, frère du
défunt, et précédemment, déposé par eux ( 3 ).
En 208 (15 mai 823), f Amr ben Mo'âwiya K'aysi, gou-
verneur au service de Ziyàdet Allah, leva l'étendard de
la révolte à El-K'açreyn et se rendit maître de cette
région (*>. I! avait deux fils, H'obâb et Sim'ànW, dont le
premier lui dit: « Tu t'es lancé dans une grosse affaire
(1) Ce. paragraphe est traduit dans la Biblioteca (n, 4) ; cf. Annales,
182 et 196.
<2) Voir ci- dessus, p. 118; Annales, p. 182.
(3) Cf. Annales» p. 198 et la note.
(4) Ihn el-Atliir passe sous silence cette révolte, dont, au dire de
Noweyri, celle de Mançoùr Tonbodhi ne fut que la suite. El-K'açreyn
est à une trentaine de lieues O. S. O. de Kayrawàn (table géog. de
YH. ci. Berb. ; Fournel, i, 482, n. 2).
(5) HabbAb et SoknAn, d'après Noweyri et Ibn Khaldoun.
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où ta tète est en jeu, et tu n'es pas de ceux qui en peu-
vent venir à bout; ni troupes ni approvisionnements ne
te serviront de rien. Reprends tes anciennes occupations
et prie Dieu de te conserver la vie ». Mais son père lui
fit donner deux cents coups de fouet et persista dans ses
projets. Une nombreuse armée que Ziyàdet Allah [P. 90]
fit marcher contre lui le serra de près pendant quelques
jours, puis il fut reçu à composition avec ses fils, et on
les amena à Ziyâdet Allah, qui était à boire avec quel-
ques-uns de ses principaux parents et qui les fit empri-
sonner en attendant qu'il prît une décision à leur égard.
Aussitôt après entra Aboû e Ammâr, bouffon qui était
attaché à son service et à qui il demanda ce qu'on disait :
a On dit, répondit le bouffon, que le seul motif qui
t'empêche de faire exécuter e Amr ben Mo'âwiya, c'est la
crainte de voir les Kaysites assaillir ton oncle à Miçr ».
Ces paroles restèrent dans la tète du prince, qui continua
encore de boire quelque temps, puis, se tournant vers
son vizir Ghalboûn, il lui dit de faire transférer les trois
captifs de sa prison à lui dans la prison gouvernemen-
tale. Au milieu de la nuit il se rendit le sabre à la main
dans ce dernier lieu et massacra c Amr ben Mo c âwiya,
puis regagna le palais. Il fit ensuite venir les deux fils
de la victime et ordonna de mettre H'obâb à mort :
« Prince, dit celui-ci, je ne mérite pas ce sort, car tu
sais que les avis que j'ai adressés à mon père à propos
de sa rébellion m'ont valu des coups de fouet. — Sans
doute, répondit Ziyâdet Allah, mais je sais que tes sen-
timents à mon égard ne sont pas amicaux » ; et il le
fit décapiter, mais laissa en vie Sim c àn, le fils cadet. Le
lendemain matin il fit placer les têtes des deux victimes
sur un bouclier, et les présentant à Sim c ân, il lui demanda
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s'il* les reconnaissait : « Oui, dit le malheureux, je
reconnais bien ceux sans lesquels la vie n'aura plus
d agrément pour moi ». Les trois têtes furent réunies
sur un bouclier, et ce jour-là il but par-dessus, pendant
qu'il était réuni avec ses commensaux.
En 209 (3 mai 824), Mançoûr [ben Naçr] T'onbodhi
s'étant révolté à Tunis 0), Ziyâdet Allah envoya contre
lui trois cents cavaliers bien armés et commandés par
Moh'ammedben H'amza, qui reçut Tordre de cacher son
mouvement, de manière à surprendre Mançoûr à Tunis
pour pouvoir s'emparer de lui et le ramener enchaîné.
En conséquence, Ibn H'amza se rendit à Tunis, mais n'y
trouva pas Mançoûr, qui était alors dans son château de
Tonbodha. Il s'installa donc dans l'arsenal et lui envoya
le kâdi Chedjra ben c Isa et quarante [P. 91] cheykhs de
Tunis, chargés de l'adjurer, au nom de Dieu, de rentrer
dans la voie de l'obéissance et de lui montrer les consé-
quences de sa conduite, tant en ce monde que dans Tau-
tre. Mançoûr, en recevant ces députés, se défendit d'avoir
commis aucun acte de désobéissance ou tenté quelque
révolte ; il se déclara prêt à se rendre avec eux auprès
de Ziyâdet Allah, les invitant seulement à s'arrêter ce
jour-là auprès de lui pour qu'il pût les traiter selon
leurs mérites. Son offre ayant été acceptée, il envoya à
Ibn H'amza et à ses soldats des bœufs, des moutons, du
fourrage et quelques charges de vin, en même temps qu'il
lui écrivit qu'il le rejoindrait le lendemain en compagnie
du kâdi Chedjra. Ibn H'amza, confiant dans cette pro-
messe, fit égorger les animaux qu'on lui envoyait, et sa
troupe se mit à manger aussi bien qu'à boire. Mais quand
(1) D'autres donnent la date de 208 (cf. Annales, 182 et la n. 3).
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la nuit lut venue, Mançoûr emprisonna dans son château
le kàdi et les autres envoyés, puis, faisant monter ses
soldats sur les montures des prisonniers, il marcha avec
eux et avec ses cavaliers sur Tunis, en leur recommandant
de ne se trahir par aucun geste ou mouvement jusqu'à
leur arrivée à l'arsenal. Quand ils furent à proximité, il
fit battre le tambour, et aux cris de Allah akbar, sa troupe
fondit sur celle d'Ibn H'amza. La mêlée dura toute la nuit,
car les assaillants avaient devant eux de nombreux enne-
mis, mais ils en vinrent à bout, et ceux-là seuls échap-
pèrent qui se jetèrent à la nage. Cet événement eut lieu
le lundi 24 çafar (26 juin 824). Le lendemain matin le
djond se rallia à Mançoûr, mais sous certaines réserves :
« Nous n'aurons confiance en toi, lui dit-on, et ne croi-
rons que le sultan ne te ramènera pas à lui par des avan-
tages mondains et de l'argent que si, pour t'assurer notre
concours, tu teins tes mains du sang de ses partisans et
de ses parents. » En conséquence, Mançoûr lit saisir et
exécuter le gouverneur de Ziyâdet Allah à Tunis, Ismâ e îl
ben Sâlim ben Sofyàn (*), ainsi que Moh'ammed, fils
dTsmâ c îl.
A la nouvelle du massacre de ses soldats et de son
gouverneur, Ziyâdet Allah mit son vizir Ghalboûn à la
tête d'un corps d'armée important, en jurant que si un
seul des soldats qui efi faisaient partie venait à fuir, il
subirait sans rémission le dernier supplice. [P. 92] Ghal-
boûn se mit en marche le 10 rebi c I (10 juillet 824) et
arriva jusqu'à la sebkha de Tunis, où il se heurta contre
(1) Ibn Khaldoùn {Ag/dabites, pp. rv et 99) l'appelle Ismâ'il ben
Sofyàn; et Noweyri (ap. H. des Berbères, i, 408) lsmà'i ben Sofyàn
ben Sâlim,
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les troupes que Mançoûr Tonbodhi avait organisées et à
la tête desquelles il s'était mis en campagne. Après un
long combat, une charge de Mançoûr provoqua la déroute-
de ses adversaires, le 20 rebi e I (20 juillet). Ghalboûn,
vaincu, rejoignit Ziyàdet Allah et se disculpa en jurant
qu'ils s'étaient conduits loyalement et avaient fait tous
leurs efforts, mais qu'on ne peut rien contre les décrets
divins. Les divers généraux se jetèrent chacun sur une
région, dont ils s'emparèrent pour s'y mettre à l'abri du
supplice dont Ziyàdet Allah les avait menacés, de sorte
que toute l'Ifrik'iyya se trouva en feu. Quant au djond, il
remit la direction de ses affaires à Mançoûr et le reconnut
pour chef. Ghalboûn alors se rendit auprès de Ziyàdet
Allah pour lui exposer la situation, ainsi que les dispo-
sitions hostiles du djond. Ce fut en vain que Ziyàdet Allah
adressa à celui-ci des lettres de pardon, elles ne trou-
vèrent pas créance et n'amenèrent pas la soumission de
ceux à qui elles furent envoyées.
Mançoûr, après sa victoire, se vit rejoindre à Tunis par
tout le djond, ainsi que par des groupes divers et des
troupes recrutées de tous les côtés, et, se mettant à leur
tête, il marcha sur K'ayrawân, où il arriva le 5 djoinâda I
(6 septembre 824). Les deux kâdis Aboû Moh'rizet Asad
se portèrent au-devant de lui et entamèrent des pourpar-
lers qui restèrent sans résultat. Mançoûr entoura son
camp d'un fossé, puis, après avoir livré à Ziyàdet Allah
maints et maints combats, il abandonna cet emplacement
pour s'installer ailleurs. Il se mit alors à restaurer les
fortifications deK'ayrawàn, dont les habitants lui prêtè-
rent leur aide aussi bien pour cela que pour combattre.
Les hostilités sous les murs de la ville duraient depuis
quarante jours quand Ziyàdet Allah s'avança à la, tête des
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troupes qu'il avait formées lui-même et comprenant un
centre Met une aile droite. Mançoûr, malgré la crainte qui
l'envahit, dut faire face à l'ennemi, et il fut mis en fuite à
la suite d'un combat acharné, où il fut fait des siens un
horrible massacre, le 15 djomâda II W (13 octobre 824).
Ziyâdet Allah arriva jusqu'à K'ayrawàn et fît cesser la
lutte, pendant que Mançoûr, fuyant à toute bride, péné-
trait dans [P. 93] srin palais de Tunis k Tinsu de tous.
Ziyâdet Allah accorda un pardon complet à tous les
K'ayrawâniens, et se borna, pour les punir, à démolir les
fortifications de la ville jusqu'au ras du sol.
En 210( 3 ) (23 avril 825) eut lieu l'affaire de la ville de
Sebiba. Les soldats du djond dont nous avons dit la
révolte provoquée par la défaite qu'ils avaient subie,
avaient à leur tête c Amir ben Nàfi c . Ce général resta
vainqueur dans la bataille que lui livra en cet endroit,
le 20 moh'arrem (11 mai), Moh'ammed ben e Abd Allah ben
el- Aghlab, à qui Ziyâdet Allah avait confié le commande-
ment de ses troupes. Moh'ammed périt, et les fuyards
furent l'objet d'une poursuite qui s'étendit jusqu'à K'ay-
rawàn et qui dura depuis le matin jusqu'après la prière
de la nuit close. Quant à Ziyâdet Allah, il fut vivement
affecté de ce nouvel échec, et il se mit à dépenser sans
compter pour faire de nouvelles levées. Les révoltés
avaient à K'ayrawàn leurs familles, que Ziyâdet Allah
(1) Le copiste a probablement omis « une aile gauche ».
(2) Cette date semble bien être indiquée par la suite des événements,
et ce doit être àtortqueBekri(trad.p.63) parle du 15 djomâda premier
(cf. Fourncl, Berbères, i, 487; Annales, 185).
(3) En 209, selon Ibn el-Athir, p. 186; cf. p. 201. On lit 218 dans
Noweyri (l. I., p. 410), mais ce doit être une faute typographique, au
lieu de V0&
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avait respectées. Ils demandèrent alors à Mançoûr de
trouver quelque moyen de les faire sortir de la ville, et ce
chef s'avançant à leur tête vint camper pendant seize
jours sous le château; on put ainsi, sans qu'il y eût com-
bat, faire sortir les familles en question. Mançoûr se
dirigea alors sur Tunis, et de toute Tlfrik'iyya il ne resta
plus à Ziyâdet Allah que Gabès, le Sàh'el, Nefzâwa et
Tripoli, qui lui restèrent fidèles et ne cessèrent pas de
lui payer régulièrement l'impôt ; Mançoûr était maître
du reste du territoire et faisait frapper la monnaie en
son nom.
Ziyâdet Allah reçut alors du djond l'invitation de
quitter* lTfrik'iyya contre la promesse que sa vie et ses
biens seraient respectés. Ce prince, dans la situation
précaire où il se trouvait, consulta à ce sujet ses parents
et ses serviteurs, et Sofyân ben Sawâda lui demanda le
pouvoir de disposer, pour gagner Nefzâwa, d'une troupe
formée d'hommes qui auraient sa confiance, ce qu'il
obtint. Cent cavaliers furent ainsi choisis et payés, et
Sofyân se rendit à leur tête à Nefzâwa où il demanda
aux Berbères leur concours, qu'ils lui promirent. c Amir
ben Nâfi c marcha alors avec ses partisans [P. 94] sur
Nefzâwa et recruta, à son arrivée à Kast'iliya, mille
noirs armés de haches et de pelles, puis continuant sa
marche sur Nefzâwa, il campa à Tok'yoûs. A cette nou-
velle Sofyân marcha contre lui et livra une bataille où
le djond fut battu et subit des pertes considérables.
'AmirW alors regagna Kast'iliya, où il passa trois fois
vingt-quatre heures à y ramasser jour et nuit toutes les
(1) Le texte parle expressément de ce chef et non du « lieutenant
de Ziyâdet Allah » comme le dit Fournel {Berbers, i, 491).
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richesses qu'il put trouver, et se dirigea ensuite sur
K'ayrawân.
En 211 (12 mars 826), c Amir ben Nâfi c se souleva à
son tour contre Mançoûr Tonbodhi, qui lui avait
adressé des menaces parce qu'il se livrait à la boisson.
c Amir travailla donc le djond par dessous main, et
Mançoûr, installé dans son château de Tonbodha, ignora
tout jusqu'au jour où c Amir, partant de Tunis, vint l'y
assiéger. Mançoûr ayant demandé à se rendre sous la
condition qu'il pourrait s'embarquer pour l'Orient, e Amir
y consentit. Mais Mançoûr au commencement de la nuit
s'enfuit secrètement vers Laribus. Le lendemain matin,
f Amir fila sur les traces de ceux qui tentaient de lui
échapper, les rejoignit et les battit. Mançoûr put gagner
Laribus et s'y fortifier ; mais le siège qu'en fit c Amir
finit par fatiguer les habitants, qui mirent en demeure
Mançoûr ou de se retirer ou d'être livré par eux à son
ennemi. Il put cependant obtenir d'eux un délai pour
qu'il pût tenter de s'échapper ; il députa en consé-
quence à e Abd es-Selâm ben el-Moferridj, l'un des prin-
cipaux du djond, et le pria de venir le trouver. Man-
çoûr, du haut des murailles, lui parla en ces termes:
« Telle est donc, hommes du djond, la récompense que
j'obtiens de vous ! Vous n'ignorez pas cependant que, si
je me suis révolté, c'était pour vous. Puisque maintenant
les choses en sont là, je te prie, c Abd es-Selâm, de tâcher
d'obtenir quartier pour moi, de manière que je puisse
me retirer en Orient. » c Abd es-Selâm le lui promit, et
son intervention auprès d' e Amir ben Nâfi* décida le con-
sentement de celui-ci. c Amir fit alors partir Mançoûr
en compagnie de cavaliers au chef desquels il donna
secrètement l'ordre de se détourner vers la ville de
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Djerba Wet d'y emprisonner celui qu'il conduisait, et cet
ordre fut exécuté. Mais quand c Abd es-Selâm [P. 95] con-
nut cet acte de trahison, il en conçut du ressentiment, et
comme il se trouvait à Bâdja,où commandait Hàchem,
frère d' e Amir, lui et ses compagnons s'assurèrent de la
personne du gouverneur et écrivirent à c Amir de rendre
Mançoûr à la liberté s'il voulait sauver la tête de son
propre frère Hàchem. c Amir leur répondit : « Je ne déli-
vrerai pas Mançoûr et vous ferez ce qu'il vous plaira de
mon frère, mais vous saurez ce qu'il vous en coûtera. »
Au reçu de cette réponse, ils mirent Hàchem en liberté,
et f Amir fit alors décapiter Mançoûr et son frère H'am-
doûn, de sorte qu'il resta seul maitre.
En 212 (1 er avril 827) Ziyâdet Allah envoya en Sicile
un corps expéditionnaire de sept cents cavaliers, qui y
furent transportés sur soixante-dix bâtiments. Le kàdi
Asad ben Forât s'étant offert à faire partie de l'expédi-
tion, en fut nommé chef par Ziyâdet Allah, de sorte qu'il
reçut de lui à la fois les fonctions de général et celles de
kàdi. Il fut suivi par des nobles d'Ifrik'iyya provenant du
djond, Arabes, Berbères et Espagnols, par des savants et
des gens prévoyants, le tout formant une masse considé-
rable. Partis en rebî c I (juin 827), ils attaquèrent les forts
et les villes des chrétiens et y enlevèrent un nombre
considérable de captifs, de bestiaux et de chevaux, de
manière à former un butin considérable. Le kàdi Asad
mit le siège devant Syracuse ; il la bloqua par terre et
par mer, livra sa flotte aux flammes et tua un certain
nombre des habitants. Les. approvisionnements et les
(1) Ce nom présente des variantes (Noweyri, l, J., p. 410; Annales,
p. 202).
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secours nécessaires étaient envoyés d'Ifrik'iyya, d'Espa-
gne et d'ailleurs M.
En 2ia (21 mars 828) ( 2 ), e Amir ben Nâfi c mourut dans
son lit, et Ziyâdet Allah, à cette nouvelle, déclara que
l'ère de la guerre était close. Les fils du défunt obtinrent
de Ziyâdet Allah l'amnistie qu'ils lui demandèrent.
En la même année M mourut Idrîs ben Idris H'asani,
dont l'autorité à Fez et sur les Berbères passa à son fils
Moh'ammed. Le nouveau prince nomma son frère gou-
verneur de Baçra, de Tanger et de leurs territoires, et
les régions berbères furent confiées à ses autres frères.
Baçra était une ville grande et ancienne, nommée
Baçra du lin (Baçrai el-keitân) parce qu'au début on y
trafiquait presque exclusivement à l'aide de ce produit,
et aussi H'amrâ', parce que le sol en est rouge. Les murs,
bâtis en pierres et briques cruesW, étaient percés de dix
portes. La grande mosquée avait sept nefs. On y remar-
quait deux grands bains ; le cimetière principal était
situé [P. 96] à Test, et l'autre, à l'ouest, s'appelait cime-
tière de K'od'à c a. L'eau étant saumâtre, on n'employait
pour la boisson que celle provenant d'un grand puits
situé près de la porte [principale] de la ville et appelé
puits d'Aboû Delfâ( r >). Les femmes l'emportaient sur tou-
tes celles du Maghreb par leur perfection de formes et
(1) Ce paragraphe figure dans la Biblioteca (n, 5 ; comparez le
récit du Mo'djam, ib., i, 201, et les Annales, p. 187).
(2) Sur cette date, cf. Annales, 203.
(3) Ailleurs on lit 214 {Annales, 205, et la note). — Sur le partage
opéré par Mohammed ben Idris, voir ib.
(4) Le mot Kmm ^i> du texte, signifie, dans certaines régions, brigue
cuite, et ailleurs brique crue (de Sacy, Abdollatif, p. 302).
(5) Dans Bekri (p. 251, texte p. 110), Bir Ibn Dhelfâ.
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leur beauté éclatante. C'est d'elles qu'Ah'med ben Fath*
Tâherti a dit dans un poème consacré à louer AboiVl-
c Aych H'asanK 1 ) :
[Kâmil] La beauté parfaite, agrémentée d'un teint blanc
et rosé, n'existe que chez la musicienne de Baçra : ses
œjilladès versent un vin (capiteux), ses joues sont rosées et
sa taille est fine.
La fondation de Baçra remonte à la même époque, ou
à peu près, que celle d'Azîlà( 2 ). De cette ville au Château
des Kotâma, autrement dit Château d' c Abd el-Kerîm, il
y a une étape. Elle est aussi à une étape de la ville de
Djenyâra( 3 ), qui était, dit-on, située sur le Wàdi Seboû, à
une étape de Fez ; mais il y a aussi une autre route qui
va de Baçra à Fez. Jusqu'au Wâdi VVargha on compte une
étape, et de là jusqu'à Mâsina il en faut encore une. Cette
dernière ville est celle d v Isa ben FTasan H'asani, connu
sous le nom d'El-H'addjâm. On arrive ensuite à la ville
de Sedâk, résidence de Khalloûf ben Moh'ammed( 4 )Me-
ghiJi, puis à Fez, ce qui fait sept étapes.
(1) Bekri appelle le poète, Ah'med ben Fath Tàherti, connu sous
le nom d'Ibn el-Kharràz, et le prince à qui il adressa ses vers,
AboûVAych ben Ibrahim ben el-K ? àsim. De cette pièce il reproduit
six vers, dont nous avons ici les deux premiers, avec variantes ;
dans le dernier, le nom du prince est écrit 'Isa, ce qui prouve xju'iL
est question d' AboûVAych 'Isa ben Idris, Lien que Bekri l'appelle
Aboîri-'Aych ben Ibrahim ben el-K'àsim (p. 251).
(2) Ces détails relatifs à Baçra paraissent être extraits de Bekri
(trad., p. 250 et s. ; cf. Istibçar, trad., p. 139). Quant à Edrisi, il ne
consacre à cette ville qu'une très courte notice (trad. Dozy-de Goeje,
p. 202). ■ »
(3) Autrement nommée H'annàwa (Bekri, p. 252).
(4) Ahmed, dans la trad. de Bekri, p. 253, et vX»s£ dans le texte,
p. 111. ; - .
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En redjeb (septembre-octobre) de la même année,
mourut Asad ben el-Forât, alors occupé à assiéger Syra-
cuse. Après sa mort, les otages chrétiens qu'il détenait
s'enfuirent, et la mort causa des ravages dans les trou*
pes musulmanes, ce dont elles furent fort affectées. Elles
mirent alors à leur tète Ibn AboiVl-Djawàri <i).
En 214 (10 mars 829) mourut le kâdi Aboû Moh'riz
Kilâbi. En la même année arrivèrent d'Espagne en Sicile
trois cents bâtiments sur lesquels se trouvait Açbagh
ben Wekîl surnommé Ferghaloûch (*). Quand les musul-
mans assiégés dans celte île connurent l'arrivée de leurs
frères, ils leur demandèrent du secours, qui leur fut
promis.
En 215 (27 février 830) eut lieu la campagne [P. 97]
entreprise par Ferghaloûch et les autres officiers arrivés
avec lui sur la flotte. Après avoir pris diverses forteres-
ses et avoir fait du butin et des prisonniers, ils reçurent
une demande de secours de la part des musulmans ins-
tallés dans Tile et ils y répondirent affirmativement,
mais en stipulant que l'autorité serait exercée par Fer-
ghaloûch. Cela convenu, on se mit en campagne et, tout
en prenant divers forts, on arriva jusqu'à Mineo, à la
grande joie des musulmans qui y étaient enfermés,
après quoi on brûla et ruina cette ville. De là les musul-
mans se portèrent sur Ghalwâliya* 3 ), qui fut assiégée et
(1) Amari (Biblioteca y n, p. 5 de la trad.), reproduisant ce paragra-
phe, a définitivement adopté la lecture « Ibn el-Djawàri ».
(2) Ferghaloûch Hawwàri, dont le nom se retrouve aussi chez
Noweyri (ap. Bibl. y trad., n, 119), était probablement un soldat de
fortune.
(3) Amari rapproche ce nom soit de la Ghalyâna (Gagliano) de
Belàdhori soit de la Calloniànis de l'Itinéraire d'Antonin (Bi6Z.ii, p. 6).
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conquise ; mais la peste s'y déclara et emporta un certain
nombre de fidèles, parmi lesquels Ferghaloûch et plu-
sieurs officiers. On battit alors en retraite, mais l'ennemi
entama la poursuite et il y eut beaucoup de monde tué,
ce dont le récit serait long; puis les navires furent remis
en état pour cingler vers l'Espagne.
En la même année, Sa r îd ben Idrîs exerça son autorité
sur la ville de Nokoûr (*>.
En 216 (17 février 83l), il y eut une collision sanglante
en Ifrik'iyya entre MolV Sehmi et IsimVil ben eç-Çam-
çàma ; celui-ci resta vainqueur et mit en déroute les
partisans de Mott% lequel fut tué. Aboû Fehr devint
gouverneur de la Sicile.
En 217 (6 février 832), Aboû Fehr Moh'ammed ben c Abd
Allah Temîmi se rendit d'Ifrik'iyya en Sicile, d'où s'enfuit
c Othmân ben K'orhob.
En 218 (26 janvier 833), Fad'l ben Aboû'l- c Anber se
révolta à Tunis, d'où il chassa la cavalerie de Ziyâdet
Allah et dont il se rendit maître. Cette ville fut reprise
par Aboû Fehr Moh'ammed ben e Abd Allah ben el-Agh-
lab à la tête d'un fort corps d'armée. Le vertueux juriste
'Abbâs ben el-Welid y fut tué( 2 ).
En 219 (15 janvier 834), Ziyâdet Allah accorda une
amnistie générale à tous ceux qui, étant sortis de Tunis
lorsqu'était entré Aboû Fehr, la réclamèrent, et cette
mesure ramena le calme. On comptait [parmi eux] les
deux fils d'Aboû Selama, c Abd er-Rah'mân et c Ali, ainsi
(1) Bekri(pp. 212 et 213) et Vlstibçàr (p. 45) attribuent la fondation
de Nokoûr, a une d«*te antérieure à la conquête de Moûsa ben Noçayr,
à Sa'id ben Idris ben Çàlih\ Edrisi (p. 199 et 205) rappelle Nokoûr ou
Boùzkoùr. Le Meràgid n'en parle pas.
(2) Cf. Annales, p. 207; H. des Berbères, I, 411.
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qu'Abofl'l-Ghorâb (*>, qui étaient des poètes de talent, et
c Abd er-Rah'màn lui récita une pièce de vers où il le
louait de cet acte. Dès qu'il eut fini, [P. 98] le poète Ya'k'oûb
ben Yah'ya se leva à son tour, et, pour exciter Ziyàdet
Allah contre ces trois hommes, déclama ce que voici :
[Wàfir] Ecoute, ô prince secouru [de Dieu], ces rimes dont
les figures ont leur éloquence. On amnistie celui dont les
lances ont montré leur vigueur, on n'amnistie jamais un
poète, car la durée des vers est celle du temps lui-même ; l'on
peut espérer la guérison de la blessure faite par le sabre, la
blessure qui a la langue pour auteur est incurable.
Mais Ziyâdet Allah, sans se laisser influencer par ces.
paroles, confirma son amnistie et demanda à Aboû'l-
Ghoràb pourquoi il ne l'avait pas demandée plus tôt :
« Prince, répondit le poète, je me trouvais avec une
bande d'insensés qui, chaque jour, choisissaient un nou-
veau chef et déposaient celui de la veille; j'espérais que
j'aurais mon tour de royauté ! » Le prince se prit à rire
et lui pardonna.
En 220 (4 janvier 835), la place de kâdi d'Ifrik'iyya fut
donnée à Ah'med ben Aboû Moh'riz.
En la même année, Moh'ammed ben c Abd Allah ben
el-Aghlab, gouverneur de Sicile ( 2 >, partit en expédition
contre les chrétiens, qui furent mis en déroute, et il ren-
tra à Palerme chargé du butin conquis. Les musulmans
(1) Le manuscrit lit tantôt Aboû'l-Ghoràb, tantôt Aboû'l-Ghoràfa
ou Aboû'l-Ghorâf.
(2) Cet Aghlabide est le même personnage qui a été cité, sous un
nom un peu différent, aux années 216 et 217. Amari (Bibl., trad., p. 7)
ne fait à ce propos aucune remarque, mais admet aussi cette identité
dans son index (n, 762).
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— 134 —
entreprirent aussi, au cours de cette année, de nombreu-
ses incursions en Sicile aussi bien qu'en Espagne, tant'
par terre que par mer.
Au mois de ramadan de cette même année, Ibn el-
Aghlab (*) arriva en qualité de gouverneur à Palerme,.
capitale de la Sicile, après une traversée pénible, au
cours de laquelle plusieurs de ses bâtiments périrent,
tandis que d'autres furent pris. Les chrétiens lui ayant
enlevé un brûlot, Moh'ammed ben es-Sindi les combattit
à la tête des autres brûlots et les poursuivit jusqu'à ce
que l'obscurité les séparât.
En 221 (25 décembre 835) mourut le kâdi de Sicile < 2 >.
Il avait recommandé à son frère e Imrân de tenir sa mort
secrète jusqu'à l'accomplissement de l'ensevelissement
et. des dernières prières, de crainte queZiyâdet Allah ne
procédât à ces devoirs funèbres. c Imrân suivit ces ins-
tructions, et le cadavre hissé sur le brancard sortait de
la maison du défunt quand arriva le page Khalaf, por-
teur de musc et de linceuls envoyés par le prince. e Imrân
lui ayant dit que l'ensevelissement était fait, le page se
borna à asperger le cadavre avec les parfums dont il
était porteur. On se rendit au moçalla, et Ziyâdet Allah,
[P. 99] qui assista à l'inhumation, présenta ses condo-
léances à r Imrân, puis s'adressant au peuple, prononça
ces mots : « Habitants de K'ayrawân, si -Dieu vous vou-
lait du bien, il ne vous aurait pas enlevé Ibn Aboû Moh'-
(1) C'est-à-dire, d'après A mari (Bihl., n, 722), Ibrahim ben ?Abd
Allah.
(2) Je crois avec Fournel (i, 506) qu'il iaut lire le kàdi cTIfrîk'iyya,
ainsi d'ailleurs que semble le montrer la suite du récit. Ce lait n'a pas
attiré l'attention d'Amari (n, 8).
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— 135 —
riz ! »(*) Ce prince disait : « Je n'ai pas à m'inquiéter de
ce que je retrouverai au jour de la résurrection, car sur
ma feuille seront inscrites quatre bonnes œuvres : la cons-
truction de la grande mosquée de K'ayrawàn (*), celle du
pont d\Aboû'r-Rebi c ( 3 >, celle du fort de la ville de Sousse,
et ma nomination d'Ahmed ben Aboû Moh'riz au poste
de kâdi d'Ifrik'iyya. » Ces fonctions de kâdi furent en-
suite* remplies par Ibn Aboû'l-Djawàd.
En cette même année éclata à Sidjilmàssa la guerre
intestine entre Meymoûn et son frère, l'un et l'autre fils u^
d'El-Mançoûr ben El-Yasa.
En 222 (13 décembre 836), les musulmans firent en
Sicile une expédition dans la direction de l'Etna; ils en
revinrent sains et saufs, ayant tué des ennemis et fait
du butin.
En la même année, les musulmans conquirent le fort
Mednâr [Tindaro ?] et de nombreuses forteresses au
cours d'une expédition, à la tête de laquelle Aboû'l-
Aghlab [Ibrahim ben c Abd Allah] avait mis El-Fad'l ben
Ya c k'oûb. Mais une autre colonne, aussi organisée par
lui et commandée par c Abd es-Selàm ben c Abd el-Wah-
hâb, fut attaquée par l'ennemi et mise en fuite, non sans
subir des pertes. c Abd es-Selâm fut fait prisonnier; il
fut racheté plus tard( 4 >.
(1) Ce commencement de paragraphe, ainsi que les deux paragra-
phes précédents, figurent dans la Biblioteca, n, pp. 7-8. — Sur ce
kàdi, voir aussi les Fragm. hist. «r., p. 385.
(2) Une longue description de cette mosquée figure dans Bekri
(p. 57). Cette reconstruction date de 221 {Berb., i, 412).
(3) Nom d'une porte de K'ayrawân (Bekri, p. 63 ; ci-dessus, p. 108,
etc.).
(4) Ce paragraphe et le précédent se retrouvent dans la Bibl., n, 9.
Je crois qu'il faut lire Ibn el-Aghlab au lieu d'A&ou'J-Aghlab, cf. p. 134.
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— 136 -
Le mardi 14 redjeb 223 (10 juin 838) mourut Ziyâdet
Allah ben Ibrahim ben el-Aghlab, prince d'Ifrik'iyya,
âgé de 51 ans, après un règne de v:ngt-et un ans sept
mois et huit jours.
Règne d'Aboû 'Ik'âl el-Aghlab ben Ibrahim ben el-Aghlab.
Ce prince, qui était surnommé DjezerW, étant monté
sur le trône, montra de la bienveillance à la population,
qui retrouva le calme, et il répandit ses bienfaits sur
elle et sur le djond; il réforma de nombreuses innova-
tions introduites avant lui, attribua aux fonctionnaires
de gros traitements et de fortes gratifications, mais
en supprimant leurs exactions, interdit le vin de dattes
[P. 100] à K'ayrawân et châtia ceux qui en vendaient ou
en buvaient. Il mourut dans la dernière décade de
rebi c II 226 (15-25 février 841) W, à 1 âge de 53 ans, après
un règne de deux ans neuf mois et quelques jours.
En 2? 1(22 novembre 838), d'après ce que raconte Ibn
el-K'at't'ân, eut lieu une sanglante rencontre en If rîk'iyya
entre c Isa ben Rey c ân Azdi, envoyé par le sultan, et les
Lawâta, les Zawâgha et les Miknàsa, qui furent anéantis
jusqu'au dernier, entre Gafça et Kast'iliya ( 3 >.
En la même année, Sidjilmâssa reconnut comme son
/x chef Meymoûn ben Midrâr et chassa le frère de Meymoûn.
Le nouveau prince, sitôt son pouvoir établi, relégua son
(1) On lit ailleurs Khazer {Berb., i, 414 ; Fragm. hist. ar. t p. 398,
et Ibn el-Abbàr).
(2) Le jeudi 22 rebi* II (18 février 841), d'après Noweyri {Berbères»
i, 415); voir un peu plus bas.
(3) Cette guerre, que Noweyri passe sous silence, est aussi mention-
née par Ibn Khaldoun (Aghlàbides, p. 1 1 \) et Ibn el-Athir (Ann., p. 212).
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r- 137 -
père Midrâr et sa mère dans une bourgade dépendant
de cette ville (*).
En 225 (11 novembre 839) mourut Aboû Djalar Moûsa
ben Mo e âwiya Çomàdih'i, affranchi d'Aboû Dja e far, et
l'un de ceux d'après qui Soh'noûn parle ( 2 ).
En 226, dans la nuit du mercredi au jeudi 22 rebi e II
(18 février 841), mourut Aboû c Ik'àl el-Aghlab ben Ibra-
him, à qui son fils AboûVAbbâs succéda le jour même.
Règne d'Aboû'l-'Abbâs Moh'ammed ben el-Aghlab.
Les débuts de son règne furent tranquilles et tout
marcha bien d'abord. Ce prince, qui confia à Ah'med ben
el-Aghlab la libre disposition d'une grande partie de ses
affaires, était peu instruit. On raconte qu'un jour, pendant
que le secrétaire Redjâ' était auprès de lui, il écrivit les
mots IaKm d'abyin avec un d'âd, de sorte que quand les
assistants se furent retirés, ce fonctionnaire lui dit :
a Veuille Dieu secourir l'émir! ce mot s'écrit, avec un
zâ. » Mais le prince lui répondit : << Nous savons qu'on
n'est pas d'accord à ce sujet: si Aboû H'anifa emploie le
zâ, d'autre part Màlek emploie le d'âd. » Cette réponse
surprit tous ceux qui l'entendirent. — Il ne laissa pas
d'enfants, mais la guerre lui réserva maints succès ( 3 ).
En 227(20 octobre 811) mourut en Ifrik'iyya le juriste
Aboû Moh'ammed c Abd Allah ben Aboû H'assân Yah'çobi,
(1) Cf. Annales, p. 212.
(2) Les Fr, hist. ar. mentionnent aussi la mort de Moùsa (p. 407).—
Ibn Khallikàn (ir, 131 de la trad.) a consacré un article à Sohnoùn ou
Sahnoùn, auteur de la Modawwana ; cf. Berbères, i, 419; mss d'Al-
ger, n* 491, f. 1 v, et n» 884, f. 23 v°; ms de Paris 2103, f. 30.
(3) Sur le règne de ce prince, cf. Berb., i, 415; Annales, p. 213.
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- 138 -
qui avait fréquenté Mâlik et reçu son enseignement M.
Comme un jour Ziyâdet Allah lui demandait son avis sur
le vin, il répondit par cette question : « Quel est le prix du
rachat (diya) de la raison [ou du sang versé < 2 )] ? — Mille
dinars. — Veuille Dieu amender l'émir ! Ainsi donc
Thomme recherche [P. 101] ce qui vaut mille dinars et le
vend pour un demi-dirheml — Mais, lui dit-on, [si la
raison est éclipsée par le vin,] chaque fois elle revient. —
Veuille Dieu amender l'émir I [si elle revient, c'est] après
que Ton a étalé ce que l'on doit cacher, exposé aux siens
sa nudité, battu les uns et injurié les autres. »
En 228 (9 octobre 842), aucun trouble n'agita l'If rik'iyya.
c Arib et d'autres disent que ni celte année-là ni les deux
qui suivirent, il n'y eut aucun événement digne d'être
noté ( 3 ).
En 230 (17 septembre 841) mourut Behloûl ben c Amr
ben Çâlih', juriste qui reçut les leçons de Mâlik et de ses
disciples ixub.
En 231 (6 septembre 845), Ahmed ben el-Aghlab mar-
cha contre son frère Mohammed et acquit la suprémalie
de la manière que voici (*). Il s'entendit avec un groupe
d'affranchis, et se retrouva avec eux au rendez-vous
convenu à l'heure de midi ; puis cette troupe se rendit à
l'Ancien château (Kaçr kadîm) et trouva la [première]
porte sans gardes. On la franchit donc sans résistance,
puis on la ferma, et on fit de même pour les autres. On
se jeta alors sur Aboû c Abd Allah ben c Ali ben H'omeyd,
(1) Voyez Annales, p. 215.
(2) L'intraduisible jeu de mots du texte roule sur le mot 'a/*'/, raison,
ou paiment du prix du sang.
(3) Comparez, Annales, p. 216.
(4) Voirie, p. 222,
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- 139 -
le vizir, à qui Ah'med fit trancher la tête. Le combat
s'ètant alors engagé avec les gardes de Moh'ammed ben
el-Aghlab, ceux-ci furent interpellés par les partisans
d'Ahmed.: « Pourquoi voulez-vous nous combattre, alors
que nous sommes toujours fidèles à Moh'ammed ben el-
Aghlab ? Nous n'en voulions qu'aux fils d' e Ali ben
H'omeyd, qui vous ont appauvris et ont pris pour eux,
sans vous, en faire part, les biens de votre maître, mais
nous ne sommes pas des rebelles. » Ces paroles arrêtèrent
toute résistance, et Moh'ammed, en présence d'événe-
ments qui le surprenaient sans qu'il fût préparé à y faire
face, prit séance dans le salon réservé aux audiences
publiques et reçut son frère Ahmed et les assaillants, qui
ne déposèrent même pas leurs armes. A. la suite d'une
scène de reproches réciproques, les deux frères se récon-
cilièrent et jurèrent de ne commettre aucune trahison
l'un contre l'autre. Tout le pouvoir, moins le titre, passa
à Ahmed, qui emprisonna, confisqua et châtia à sa guise,
récompensa ses soldats et préleva les impôts. Il prit
comme vizir Naçr ben H'amza (*).
•En 232 (27 août 846), Moh'ammed ben [P. 102] el-
Aghlab reprit le dessus sur son frère Ah'med et l'em-
prisonna, de sorte qu'il reconquit le pouvoir ( 2 >. Aidé
dans son entreprise par plusieurs de ses cousins pater-
nels et de ses clients, il enivra les portiers et ftt si bien
qu'il pénétra dans la ville, où il se battit contre son
frère toute la nuit. Il rendit à la liberté ceux qu'Ahmed
(1) Noweyri donne à ce ministre le nom de Naçr ben fiamza Dje-
ràwi (Berbères, i, 415 et 417).
(2) Noweyri (ibid.) raconte plus au long les préparatifs de
Moh'ammed, mais sans donner de date ; Ibn Khaldoûn [Aghlabides,
p. 113) les recule à Tannée 233. Gf. Annales, p. 222.
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— 140 —
avait fait emprisonner et dont il obtint le concours; il
vida ses trésors et ses provisions de vêtements au profit
des K'ayrawâniens (pour les faire marcher avec lui).
Ahmed, exilé en Orient, alla mourir dans l'Irak.
En la môme année, le kàdi c Abd Allah ben e Aboû'l-
Djawâd fut révoqué, ce qui amena Soh'noûn à dire à
Moh'ammed ben el-Aghlab : « émir, veuille Dieu te
récompenser! tu viens de révoquer le Pharaon, l'oppres-
seur, le tyran de ce peuple ». Ibn Aboû'l-Djawâd était
présent à ce moment, et sa barbe, qu'il portait tout
entière, tremblait sur sa poitrine (lorsqu'il entendit,
parler ainsi).
En 233 (16 août 847), Soh'noûn ben Sa c id ben H'abib
Tenoûkhi, dont le nom était c Abd es-Selàm, mais que
son acuité d'intelligence fit surnommer Soh'noûn, fut
investi des fonctions de kâdi d'Ifrîk'iyya. Pendant toute
une année il résista aux offres que lui fit l'émir, et ne
finit par revenir sur ses refus réitérés qu'à la suite des
serments* les plus formels et des engagement les plus
positifs du prince, de lui laisser toute liberté de juger,
qu'ils le voulussent ou non, les membres de la famille
royale de même que les proches, les serviteurs et les
gens de son entourage.
En la même année eut lieu l'insurrection et l'exécution
de Sâlim ben Ghalboûn. Ce personnage était gouverneur
du Zâb, et à la suite de sa révocation par Moh'ammed
ben el-Aghlab, il commença par se diriger du côté de
K'ayrawân, mais au cours de la route il infléchit vers
Laribus, affirmant ainsi sa désobéissance. Mais comme
les habitants de cette ville refusèrent de l'accueillir, il
marcha sur Bâdja, où il pénétra et exerça le pouvoir. Le
prince fit marcher contre lui Khafàdja ben Sofyân qui, à
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-141 -
ta tête d'un fort corps de troupes, lui livra pendant
plusieurs jours des combats dont lé résultai lut que
Sâlim prit la fuite pendant la nuit; mais Khafàdja se mit
à sa poursuite, l'atteignit le lendemain matin, le tua et
porta sa tête à Moh'ammed ben el-Aghlab. Azhar, fils
du rebelle, était déjà prisonnier du prince, qui le fit
décapiter (*).
En 234 (4 août 848), c Amr ben Selim Todjibi s'étant
révolté à Tunis, l'émir fit marcher contre lui Khafàdja
ben Sofyân; mais ce général, après être resté jusqu'à la
fin de Tannée dans le voisinage d' c Amr, [P. 103] se retira
sans être venu à bout de lui.
En la même année mourut c Abd Allah ben Aboû'l-
Djawâd dans la prison où l'avait fait jeter Soh'noûn. Les
héritiers d'Ibn el-K'alfât' ayant réclamé à cet ancien kâdi
un dépôt de cinq cents dinars qui était prouvé par une
reconnaissance signée de sa main, il nia le dépôt aussi
bien que sa signature. Tous les vendredis Soh'noûn se le
faisait amener, et comme le prisonnier persistait dans
ses dénégations, il lui faisait administrer dix coups de
fouet. La femme d'Ibn Aboû'l-Djawâd s'offrit à le libérer
en versant de ses propres deniers la somme réclamée;
mais Soh'noûn refusa d'accepter à moins qu'il ne recon-
nût que c'était là l'argent des orphelins ou son équi-
valent. Le prisonnier s'y refusant, le même traitement
continu^ de lui être appliqué; il finit par tomber malade
et par mourir. Le peuple imputa à Soh'noûn la mort de
l'ancien kâdi, qui affirmait la création du Koran.
En 235 ^25 juillet 849) eut lieu dans le voisinage de
Tunis une rencontre entre c Amr ben Selim surnommé
(1) Cf. Annales, p. 223.
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— 142 —
él-K'awî% qui s'était révolté Tannée précédente, et
Moh'ammed ben Moûsa surnommé c Oryân, général en-
voyé contre lui par Ibn el-Aghlab. Nombre de clients de
celui-ci se joignirent à El-K'awî c , et Moh'ammed ben
Moûsa fut mis en déroute, laissant entre les mains des
rebelles un de ses officiers qui avait le pied cassé et qui
reçut ensuite du fils d'El-K'awi c un coup de lance mortel ;
il perdit aussi beaucoup de ses soldats, et le reste s'en-
iuît en désordre auprès d'Ibn el-Aghlab. Cette affaire
eut pour résultat de consolider l'autorité d'El-K'awî c .
En 236(14 juillet 850), une bataille acharnée fut livrée à
ce rebelle par Khafâdja ben Sofyân, général au service de
Moh'ammed ben el-Aghlab. Khafâdja le mit en déroute,
fit de ses soldats un massacre épouvantable et, ayant pu
le prendre lui-même, il le fit décapiter et envoya sa tête
à l'émir. Celui-ci récompensa richement lé vainqueur et
lui envoya des vêtements d'honneur. Le samedi 10 rebî c I
(20 septembre), Khafâdja entra dans Tunis l'épée à la
main et y fit de nombreux prisonniers (*), après quoi il
reconduisit ses troupes à ICayrawân, où le prince lui
octroya [de nouveau] des vêtements d'honneur.
[P. 1Q.4] Gouvernement d'Ei-'Abbâs ben el-Fadl en Sicile.
A la suite de la mort d'Aboû'l-Aghlab Ibrahim ben
c Abd Allah ben el-Aghlab, gouverneur de Sicile, les
habitants de cette île mirent à leur tête El- c Abî)âs ben
el-Fad'l et en informèrent Moh'ammed ben el-Aghlab.
Le prince confirma ce choix et envoya à El- c Abbâs des
lettres d'investiture. Ce dernier fit de fréquentes et Ion-
(1) La prise de Tunis eut lieu en djomàda I, d'après le récit qûô
fait lbn el-Athir de cette insurrection {Annales, p. 223-224).
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^ 14» -.
gués expéditions contre les chrétiens, dont il htimllia
l'orgueil et les prétentions^).
En 237 (4 juillet 851), H'abib ben Naçr Temîmi fut
nommé par le kâdi Soh'noûn au poste de receveur des
réclamations à K'ayrawân.
En la même année, El- c Abbâs entreprit contre le ter-
ritoire chrétien une expédition d'où il rapporta un butin
considérable et de nombreux captifs, après avoir fait
sur l'ennemi des conquêtes territoriales W.
En 238 (22 juin 852), il entreprit une nouvelle expédi-
tion- où Dieu lui permit de tuer de nombreux infidèles,
dont les têtes furent envoyées à Païenne. Après être
resté à dévaster leurs moissons, à fouler leur territoire,
à s'emparer de captifs, il retourna en Sicile.
En 239 (11 juin 853), il fit de nouveau la guerre sainte
et se mettant à la tête de l'expédition d'été, il ravagea les
moissons des chrétiens, envoya des colonnes dans toutes
les directions, fit du butin sur les villes de Kaçryâna
(Castrogiovanni), de Catane, de Syracuse, etc., et bloqua
Butera pendant six mois, si bien que cette ville dut, pour
obtenir la paix, livrer six mille (prisonniers), après quoi
il retourna à Païenne. Il conquit également la ville de
£j^w Camerina (?).
En 240 (1 juin 854), année de la mort du juriste Soh'-
noûn, il fit de nouveau la guerre sainte, envahit le terri-
toire chrétien, où il porta le ravage et la ruine; les
diverses colonnes qu'il forma rapportèrent un butin
considérable.
(i) Cet alinéa se retrouve dans la Biblioteca, n, 9.
(2) Cet alinéa, de même que les quatre suivants, se retrouvent ib. %
p. 10-11.
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^144 —
En 241 (21 mai 855), il recommença de nouveau ses
expéditions, se livrant aux mêmes ravages et faisant un
grand butin. Pendant trois mois il occupa une montagne
presque inaccessible, [P. 105] d'où chaque jour il diri-
geait ses coups contre les environs de Castrogiovanni, y
semant la mort et y pratiquant le pillage à l'aide de ses
colonnes. Il envoya aussi en expédition maritime son
frère *Ali ben el-Fad'l, qui ramena du butin et de nom-
breuses têtes de ses victimes.
Le 2 moharrem 242 (10 mai 856) mourut AboûVAbbâs
Moh'ammed ben el-Aghlab, prince d'Ifrîk'iyya* après un
règne de quinze ans huit mois et douze jours, à l'âge de
trente six ans. Il eut pour successeur le fils de son frère.
Gouvernement d'Aboû Ibrahim Ah'med ben. Moh'ammed
ben el-Aghlab.
Ce prince, qui monta sur le trône à l'âge de vingt ans,
exerça sagement l'administration et ses actes furent à la
hauteur de ses nobles qualités; il était des plus généreux
et des plus humains, et malgré son jeune âge observait
les règles de la religion et était hostile à tout acte arbi-
traire. Pendant les nuits des mois de cha c bân et de rama-
d'àn, il montait à cheval et, précédé de porteurs de tor-
•ches, sortait de l'Ancien château pour entrer [à Kayrawân]
par la porte d'Aboû'r-Rebi c , distribuant aux pauvres et
aux malades l'argent dont étaient chargées des bêtes de
somme. Il gagnait ainsi la grande mosquée de K'ayra-
wân, accueilli par le peuple qui faisait des vœux pour
lui m.
En cette même année, la charge de kâdi d'Ifrîk'iyya fut
(1) Cf. Noweyri, ap. Berb., i, 420.
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- 145 -
donnée à Aboû'r-Rebi e Soleymân ben e Imrân ben Aboû
Hâchim surnommé H'arwiya.
En cette année aussi, la guerre sainte lut faite en
Sicile par le gouverneur de cette île, El- e Abbâs ben el-
Fad'l, qui commanda l'expédition d'été et fit du butin et
des prisonniers. Il marcha contre la forteresse [de ];
il conquit la majeure partie du pays et une portion de la
population lui demanda la paix.
En 243 (29 avril 857), la campagne d'été contre les
chrétiens en Sicile [P. 106] fut menée par El- f Abbàs ben
el-Fad'l, qui fit du butin et des prisonniers. La popula-
tion de K'açr el-H'adîdM, après un siège de deux mois,
obtint la paix au prix de quinze mille dinars. Les habi-
tants du château de Chalfoûda (Cefalù) durent sortir de
cette forteresse, que le vainqueur démantela.
En 244 (18 avril 858), El- C Abbàs s'avança de nouveau
sur le territoire chrétien et y fit un butin abondant. Son
frère entreprit une expédition maritime contre l'île de
Crète et commença par y faire des prisonniers et du
butin, puis les choses tournèrent contre les musulmans,
qui perdirent du monde et auxquels vingt bâtiments
furent enlevés < 2 ).
En 245 (7 avril 859), le prince d'Ifrik'iyya Aboû Ibrahim
ben el-Aghlab dépensa des sommes considérables à
faire creuser des réservoirs, à bâtir des mosquées et à
édifier des ponts, à cause d'un mot qui lui était échappé
dans un moment d'ivresse.
(1) Gagliano (? Storia dei Mus., i, 327). Dans Ibn el-Athîr (Annales,
p. 226), on lit El-Kaçr el-djedîd.
(2) Ces trois alinéas figurent dans la Biblioteca, pp. 11-12. — L'ex-
pédition de 244 contre la Crète n'est pas mentionnée dans les An-
nales,
10
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- I4tf —
En 246 (27 mars 860), fut creusé le grand réservoir
près la porte de Tunis, et eut lieu la mort de l'ascète et
pieux serviteur de Dieu, Aboû Khalaf, dont le nom était
Mat'roûh' ben K'ays.
En 247 (16 mars 861), une grande inondation rompit le
pont de K'ayrawân, et le prince en ordonna la restaura-
tion. En cette année moururent c Abd er-Rah'mân ben
c Abd Rabbihi, dont les prières étaient exaucées du ciel,
ainsi qu'El- c Abbâs ben el-Fad'l, gouverneur de Sicile, le
3 djomâda I (14 juillet 861) (*>. Les habitants de cette île
choisirent Ah'med, oncle paternel du défunt, pour leur
chef, et ce choix, qu'ils firent connaître à Aboû Ibrahim
Ah'med ben Moh'ammed ben el-Aghlab, fut ratifié par le
prince d'Ifrik'iyya.
L'année 248 (6 mars 862) vit l'achèvement de la cons-
truction du grand réservoir de la porte de Tunis ( 2 ), des
agrandissements de la grande mosquée- de K'ayrawân,
et de la restauration du pont de la porte d'Aboû'r-Rebî c .
En cette année eut lieu l'expédition de Rebâti' [ben
Ya c k'oûb ben Fezâra], lequel, après avoir heureusement
débuté, subit une défaite où ses tambours et ses éten-
dards tombèrent aux mains de l'ennemi; une partie de
ses soldats fut aussi faite prisonnière. Mais ensuite il
reprit le dessus et s'empara de la ville de Djebel Aboû
Mâlik (Erice), où tout tomba entre ses mains et qu'il
livra aux flammes. Il organisa en outre diverses colon-
nes, qui obtinrent des succès* 3 ).
- (t) Ou le 3 djomâda II, d'après les Annales, p. 229.
(2) Ce grand bassin est décrit dans Bekri (p. 65) et dans Ylstibçâr
(-p.il).
- (3) Cet alinéa figure dans Amari (t. n, p. 13) ; j'ai complété le nom
de Rebâh d'après Noweyri.
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Le mardi 13 dhoû'l-k'a'da 249 (27 décembre 863) mourut
Aboû Ibrahim Ah'med ben Moh'ammed ben el-Aghlab,
prince [P. 107] d'Ifrîk'iyya, après un règne de sept ans et
dix mois et demi, à l'âge de 28 ans.
Gouvernement de Ziyâdet Allah ben Moh'ammed ben el-Aghlab
ben Ibrahim ben el-Aghlab.
Il monta sur le trône le jour même de dhoû'l-kVda où
mourut Aboû Ibrahim (*). Il écrivit ensuite à Khafâdja, en
lui envoyant des vêtements d'honneur, pour le confirmer
dans sa situation de gouverneur (de la Sicile). Ziyâdet
Allah, second prince aghlabide de ce nom, fut un homme
actif, doux, administrateur très juste, aux actes irrépro-
chables, sage, énergique, libéral et brave. La brièveté de
son règne ne lui permit pas d'accomplir des actes destinés
à passer à la postérité. Il mourut dans la nuit du vendredi
au samedi 20 dhoû'l-kVda 250 (24 décembre 864), après
avoir régné un an et sept jours.
Gouvernement d'Aboû'l-Gharânlk' Moh'ammed ben Ahmed
ben Moh'ammed ben el-Agfilab.
Ce prince, fils du frère de son prédécesseur, monta sur
le trône le samedi 20 dhoû'l-kVda 250 (24 décembre 864);
il tire son surnom d'Aboû'l-Gharânîk' (l'homme aux
grues) de la passion qu'il mettait à chasser ces oiseaux,
passion telle qu'il consacra 30,000 mithkâl d'or à cons-
truire un pavillon où il se rendait pour se livrer à ce
(1) Ibn Khaldoûn est seul à le dire fils de son prédécesseur (Aghla-
bides p. 116; Berb., i, 422).
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genre de chasse. Sa générosité touchait à la prodigalité,
mais ses sujets n'avaient qu'à se louer de son adminis-
tration ; puis l'amour des voluptés le domina entièrement
et jusqu'à la fin de sa vie. Il ne songea nullement à thé-
sauriser, à ce point qu'après sa mort, son frère ne trouva
dans le trésor rien qui vaille-la peine d'être mentionné.
Son règne fut rempli de guerres, de la plupart desquelles
il va être parlé.
En 251 (1 er février 865) eut lieu l'expédition dite des
mille cavaliers. Khafâdja, gouverneur de Sicile, marcha
contre Castrogiovanni, dont il ravagea les cultures, puis
s'avança [P. 108] vers Syracuse et dirigea des attaques
contre cette ville ; ensuite il s'éloigna, mais en faisant
marcher contre elle son fils Molf ammed, qui, à l'aide
d'un stratagème, tua mille cavaliers sortis de Syracuse,
d'où le nom de a expédition des mille cavaliers. » (*)
En 252 (21 janvier 866), Moh'ammed ben H'amdoûn
Andalosi Ma c âfiri éleva à K'ayrawân le saint djâ?nî c qui
porte son nom, et dont les matériaux sont des briques
cuites, du plâtre et du marbre; il y fit aussi installer des
réservoirs. — Khafâdja, gouverneur de Sicile, fit une
expédition en territoire chrétien; après avoir conquis
plusieurs forteresses, il fut atteint d'une maladie grave
et transporté en litière à Palerme.
L'année 253 (10 janvier 867), dit Ibn el-K'at't'ân, ne vit
en Ifrîk'iyya aucun événement qui mérite d'être rapporté.
En 254 (31 décembre 867), Khafâdja, gouverneur de
Sicile, marcha contre un patrice venu de Constantinople
avec des forces considérables de terre et de mer, le
battit à la suite d'un combat acharné, lui tua plusieurs
(1) Cet alinéa figure dans la Biblioteca, n, 13.
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milliers d'hommes et lui enleva ses armes et ses che-
vaux. Khafâdja pénétra ensuite dans Syracuse et dans
plusieurs autres villes, et après y avoir fait un butin
considérable rentra le 1 er redjeb (25 juin 868) dans sa
capitale Palerme.
En 255 (19 décembre 868), Khafâdja, s'étant mis en
campagne, se heurta à des forces ennemies considéra-
bles; à la suite d'une lutte acharnée, un brave d'entre
les braves musulmans vint à périr, et sa mort jeta le
désordre chez les nôtres. Khafâdja se dirigea alors sur
Syracuse, qui se défendit, et il campa sous les murs en
ravageant les campagnes environnantes. Ce fut en cette
même année que mourut ce chef; son expédition terminée,
il s'éloigna de Syracuse pour regagner Palerme quand,
à la nuit tombante, un de ses soldats le frappa d'un coup
de lance dont les suites furent mortelles, le 1 er redjeb
(14 juin 869) ; l'assassin put s'enfuir à Syracuse, et le
cadavre de Khafâdja fut rapporté et inhumé à Palerme.
Le choix des Siciliens se porta alors sur Moh'ammed,
fils du défunt, et l'émir Aboû'l-Gharânîk' Moh'ammed,
que l'on informa de cette élection, la ratifia et envoya des
vêtements d'honneur au nouveau gouverneur (*).
En 256 (8 décembre 869) mourut le très pieux juriste
Moh'ammed ben Soh'noûn Tenoûkhi ( 2) .
En 257 (28 novembre 870), les fonctions de kâdi d'Ifrî-
k'iyya furent confiées [P. 109] à c Abd Allah ben Ah'med
ben T'âleb, en remplacement de Soleymân ben c Imrân.
(1) Les renseignements concernant Khafâdja pendant les années
252, 254 et 255, se retrouvent dans la Biblioteca, II, 13-14. Cf.
Annales, p. 244.
(2) On trouve des articles consacrés à ce personnage dans les mss
d'Alger, n° 851, f. 4, et 884, f. 31 ; 2103 de Paris, f. 34, et 5032, f. 104 v°.
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Le 3 redjeb de cette année (26 mai 871), Moh'ammed
ben Khafàdja, gouverneur de Sicile, fut assassiné en
plein jour, par ses serviteurs, qui purent cacher leur
méfait jusqu'au lendemain de leur fuite ; mais ils furent
pris, et plusieurs furent mis à mort. Ibn el-Aghlab nomma
au gouvernement de la Sicile Ah'med ben Ya e k'oûb, et la
Grande Terre eut pour gouverneur c Abd Allah ben
Ya c k'oûb. L'un et l'autre firent, Tannée même, des expé-
ditions qui causèrent des pertes aux infidèles, mais il
n'y eut en 257 aucun événement en lfrik'iyya qui mérite
d'être noté.
En 258 (17 novembre 871), mourut Ah'med ben
Ya c k'oûb, gouverneur de Sicile; son ûls El-H'oseyn le
remplaça et fut confirmé dans ses fonctions par le prince
d'Ifrîk'iyya.
En 259 (6 novembre 872), Soleymân ben c Imrân prit la
place d ,<r Abd Allah ben Ah'med ben Tâleb Temimi
comme kâdi d'Ifrîk'iyya. Le gouverneur de Sicile fit
une campagne contre Syracuse, dont les habitants ache-
tèrent la paix moyennant livraison de trois cent soixante
des captifs musulmans qu'ils détenaient (*).
En 260 (26 octobre 873), une famine générale régna en
Orient et en Occident, et fut accompagnée de la peste et
de maladies épidémiques. Cette année vit mourir le
savant juriste, dont les prières étaient exaucées du ciel,
Moh'ammed ben Ibrahim ben c Abdoûs, qui colligea la
Medjmoû*a ( 2 ).
Aboû'l-Gharànik' Moh'ammed ben Ah'med ben él-
it) Ces trois alinéas figurent dans la Biblioteca, n, 15. Cf. Annales,
p. 244.
(2) Des articles lui sont consacrés dans les mss d'Alger n # 851, f. 4,
et n» 884, f. 24 v.
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Aghlab mourut la nuit du mardi au mercredi 6 djo->
mâda I 261 (16 février 875) après un règne de dix ans et
cinq mois et demi, sous le khalifat total ou partiel d'El-
Mosta'in billàh, d'EI-Mo c tazz, d'El-Mohtadi et d'El-
MoHamid.
Gouvernement d'Ibrahim ben Ah'med ben Moh'ammed
ben el-Aghlab.
Aboû'l-Gharânik' avait désigné son fils Aboû c Ik'âl
comme héritier présomptif et avait fait jurer cinquante
fois W à son propre frère, Ibrahim ben Ah'med, qu'il
respecterait cette décision. [P. 110] Mais après la mort
d'Aboû'l-Gharânik', les habitants de K'ayrawân allèrent
trouver Ibrahim ben Ah'med, qui était alors leur gou-
verneur, et dont ils étaient très satisfaits, rengageant à
se révolter et à pénétrer dans le palais, et lui disant qu'il
était le (véritable) émir : « Mais, leur répondit-il, vous
n'ignorez pas que mon frère a choisi son fils pour lui suc-
céder et a exigé de moi le serment cinquantenaire que je
ne susciterais aucun obstacle à son héritier et que je n'en-
trerais pas dans son palais. — Tu seras, lui dit-on, émir
dans ta propre demeure, dans l'Ancien château, et tu ne
feras pas d'opposition à son fils ; mais nous ne tenons pas
à ce qu'il règne et c'est toi que nous reconnaissons, car
nos têtes ne sont soumises à aucun serment de fidélité. »
Il sortit alors à cheval de K'ayrawân et fut suivi de la
plupart des habitants, qui livrèrent combat aux habitants
du Château, si bien qu'il pénétra dans sa demeure, où les
(1) Sur les cinquante serments, voir Khalil, tràd. Perron, v, 460 ;
le Minhadj de Van den Berg, m, 191 ; Querry, Recueil de lois, n, 583.
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cheykhs et les principaux d'Ifrîk'iyya, ainsi que l'ensôm-
ble des Benoûl-Aghlab, lui jurèrent fidélité (*>.
En 262 (5 octobre 875) mourut Aboû Zeyd Chedjra ben
e Isa, kâdi de Tunis, qui était âgé de 99 ans ; il était rem-
pli de qualités et compte parmi les meilleurs kâdis( 2 >. —
Alors aussi fut fondée, par des marins espagnols, la
forteresse de la ville de Ténès.
En 263 (23 septembre 876) Ibrahim ben Ah'med ben
el-Aghlab commença à bâtir la ville de Rak'k'âda ( 3 ).
En 264 (12 septembre 877) fut achevée la construction
du château connu sous le nom d'El-FathW, où Ibrahim
ben Ah'med se transporta. C'est dans l'Ancien château
qu'il fut tué plus tard par ses clients révoltés.
Le mercredi 14 ramad'ân de cette année (19 mai 878),
Syracuse fut conquise : on y massacra plus de quatre mille
renégats, on y fit un butin plus considérable que jamais
dans aucune ville chrétienne, et pas un dés guerriers qui
la défendaient n'échappa. Les musulmans l'emportèrent
après neuf mois de siège, et après y avoir séjourné pen-
dant deux mois, ils la ruinèrent.
En cette année, le gouverneur de Sicile, Dja'far ben
Moh'ammed, fut tué par ses pages joints à El-Aghlab ben
Moh'ammed ben El-Aghlab, surnommé Khordj er-Ro c -
oûna, et à Aboû c Ik'âl el-Aghlab ben Ah'med, qui étaient
l'un et l'autre retenus en prison par lui. Khordj er-Ro c -
oûna devint alors maître [P. 111] de Païenne ; mais les
(1) Voirie récit de Noweyri (ap. Berbères, i, 424) et Annales^ p. 247;
cf. Fournel, i, 523.
(2) Le ms 5032 de Paris lui consacre un article, f. 63.
(3) Bekri (p. 68) parle longuement de cette ville de Rakkàda ; cf.
Istibçàr, p. 12, et Fournel, i, 526.
(4) On lit « Aboû'l-Fath » dans Noweyri (l. J., p. 425, et Des Vergers,
Hist, de l'Afrique, p. 127 n.).
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habitants de cette ville attaquèrent ces deux chefs et leurs
partisans, les chassèrent en Ifrîk'iyya, et ce fut El-H'oseyn
[ou H'asan ?] ben Rebâti' qui devint gouverneur de Sicile.
En 265 (2 septembre 878), ce dernier entreprit l'expé-
dition d'été dans la direction de Taormine. Les musul-
mans, qui eurent d'abord le dessous dans cette campagne,
revinrent ensuite à la charge, mirent les chrétiens en
fuite et en tuèrent un certain nombre, parmi lesquels
leur patrice.
En 266 (22 août 879), une grande disette, suite d'une
sécheresse intense, régna en Ifrîk'iyya. — Le gouverneur
de Sicile entreprit une expédition maritime contre les
chrétiens, qui armèrent une flotte d'environ cent quarante
bâtiments. A la suite d'une bataille acharnée, les musul-
mans durent livrer leur flotte, et ceux qui la montaient
se retirèrent à Palerme, d'où, pendant plusieurs mois, ils
envoyèrent des colonnes piller, les terres chrétiennes
avoisinant cette ville W.
En 267 (11 août 880), c Abd Allah ben Ahmed ben T'âleb
Temîmi prit la place de kàdi aux lieu et place de Soley-
mân ben e Imrân. — El-H'asan ben el- c Abbâs devint
gouverneur de Sicile. — Le fils d'Ibn T'oûloûn fit, pour
s'emparer de l'Ifrîk'iyya, une tentative que je vais
raconter ( 2 ).
El- c Abbâs ben Ah'îned ben T'oûloûn, fils du gouverneur
d'Egypte, s'avança en rebi c II (novembre-décembre 880), à
(1) Ces quatre alinéas se retrouvent dans la Biklioteca n, pp. 15-17.
(2) Cf. Annales, pp. 253 et 255. Noweyri (ap. H. cl. Berbères, I, 426)
fait de cette tentative du fils d'Ibn Toûloûn, en l'année 265, un récit
beaucoup moins circonstancié ; et la concision d'Ibn Khaldoûn (d'a-
près qui les divers incidents de cette aftaire se déroulèrent de 265
à 267) est plus grande encore (des Vergers, Hist. de l'Afrique, 128).
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la tête de huit cents cavaliers et de dix mille nègres de son
père, fantassins portés par cinq mille chameaux, contre
la ville de Bark'a, dans l'intention de se rendre ensuite en
Ifrîk'iyya pour la conquérir sur les Aghlabides. Il était
accompagné de huit cents charges de dinars en or prove-
nant du trésor égyptien et destinés à subvenir au paîment
de la solde de ses troupes; on dit que cela faisait douze
cent mille dinars. Le secrétaire Aboû c Abd Allah Ah'med
ben Moh'ammed figurait dans sa suite, mais enchaîné,
car il avait refusé de faire partie de l'expédition. [P. 112]
En effet, son avis avait été qu'El- c Abbâs ne se rendit à
Tripoli qu'après avoir gagné les Berbères à sa cause.
Mais le prince, qui était en état de rébellion contre son
père, lui répondit: «En procédant ainsi, il y a lieu de
craindre que les troupes gouvernementales n'arrivent
de Syrie avant que j'aie réussi de ce côté, et, d'autre part,
que ce délai ne permette à Ibrahim ben Ah'med de pré-
parer sa défense. En partant sur le champ, j'arriverai à
l'improviste à Lebda (*) et à Tripoli, où je commencerai
aussitôt à gagner les Berbères par l'argent et les bien-
faits, et mon éloignement de l'Egypte ne laissera à mon
père Ah'med ben T'oûloûn aucun espoir de me poursui-
vre sérieusement. » Mettant ce plan à exécution, il se mit
en marche pour Lebda; mais, à cette nouvelle, Ibrahim
ben Ah'med fit partir Ah'med ben K'orhob* 2 ) avec seize
cents hommes armés à la légère, tous cavaliers, qui,
brûlant les étapes et marchant même la nuit, étaient à
Tripoli avant qu'El- c Abbàs fut arrivé à Lebda; leur chef
se mit aussitôt à faire toutes les levées qu'il put dans le
(1) Sur Lebda (Leptis mar/na), voirBekri, 26, 199 ; Edrisi, trad., p. 154.
(?) Ou, d'après Noweyri, Mohammed ben Korhob (l. l.> p. 426).
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djond et les Berbères de Tripoli, et arriva en toute hâte
à Lebda, où il pénétra. Alors s'avança El- c Abbâs ben
Toûloûn, qui avait fait faire à Bark'a cinq-mille bend ou
ceintures (*), avait lait monter chacun de ses fantassins
avec son bend à chameau, et se trouvait ainsi à la tête de
huit cents chevaux et de cinq mille fantassins. Ah'med
ben K'orhob se heurta contre lui à quinze milles de
Lebda ( 2 ); mais bien que les chameaux sur lesquels
étaient montés les fantassins d'El- c Abbâs fussent restés
en arrière, il n'y eut qu'un court engagement : Ibn
K'orhob, qui croyait n'avoir affaire qu'à une avant-garde,
fut battu et se retira à Tripoli. El- c Abbâs se mit à sa
poursuite et arriva sous les murs de cette ville, devant
laquelle il dressa ses mangonneaux; il en commença le
siège, et pendant quarante-trois jours dirigea contre elle
ses attaques. Mais quelques-uns de ses nègres s'étant
montrés trop entreprenants vis-à-vis de Bédouines dont
ils soulevèrent les voiles, les Tripolitains demandèrent
du secours à Aboû Mançoûr, chef de Nefoûsa, qui, obéis-
sant à sa foi et prenant fait et cause pour ses voisins
musulmans, marcha à la tête de douze mille guerriers
de Nefoûsa contre El- c Abbâs, [P. 113] à qui il déclara la
guerre. Celui-ci ayant alors demandé conseil au secré-
taire Aboû c Abd Allah, reçut cette réponse : « [lacune] à
Bark'a son lieutenant. Les Nefoûsiens, redoublant d'ar-
deur au combat, le fils d'Ibn Toûloûn, vaincu < 3 ), dut fuir à
Bark'a après avoir vu ses troupes entièrement dépouil-
(1) Ce mot n'a pas été relevé par Dozy dans son lexique ; on voit
qu'il doit désigner une sorte de lien ou de ceinture ayant pour but
de maintenir en selle un cavalier inexpérimenté.
(2) A Wàdi Ourdasa, selon Noweyri (ap. Berbères, i, 426).
(3) A Kaçr H'àtim, selon lbn Khaldoûn (des Vergers, p. 128).
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- 156 -
lées par lés Tripolitains, tandis que les Nef oûsieris s'abs-
tinrent complètement de piller* Ibrahim ben Ahmed
avait (dans l'entretemps) procédé à des levées dans le
djond et avait, puisqu'Aboû'l-Gharânik avait laissé le
trésor vide, fait frapper des dinars et des dirhelns avec
le métal provenant des bijoux de ses femmes. Il s'avan-
çait en personne vers Tripoli, quand il apprit la fuite
du fils d'Ibn Toûloûn, et alors il fit rechercher, pour les
reprendre à ceux qui les détenaient, les valeurs enle-
vées aux fuyards : aussi les soldats vendaient-ils secrè-
tement, et comme ils pouvaient, tous les milkhàl d'Ibn
Toûloûn, de crainte de se les voir enlever.
En 268 (31 juillet 881), Ibrahim ben el-Aghlab dirigea
une attaque inopinée contre les habitants du Zâb, qu'il
massacra eux et leurs enfants ; des charriots emportè-
rent les cadavres amoncelés. jusqu'aux fosses où on les
jeta.
En la même année, El-Hasan ben el- c Abbâs, gouver-
neur de Sicile, fut révoqué et remplacé par Moh'ammed
ben el-Fad'l.
En £69 (20 juillet 882) mourut Soleymân ben H'afç el-
Ferrâ', qui était djahmideW et affirmait la création du
Koran. Le peuple, à qui il prêchait ses doctrines, son-
geait à le tuer.
En 270 (10 juillet 883) moururent le kâdi Soleymân ben
e Imrân, qui était paralytique, H'oseyn ben Zeyd ben e Ali,
et le juriste Aboû H'âtim Hichàm ben H'âtim, dont le ciel
exauçait les prières.
En 271 (28 juin 884) mourut El-H'oseyn ben Ah'med,
(1) C'est-à-dire partisan de Djahm ben Çafwàn, hérésiarque dont
parlent Chahristani (trad. ail., I, 89 ; texte, p. 60; Djordjani, Tarifât,
p. 84 ; Khitat, de Makrizi, t. n, p. 351).
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gouverneur de Sicile, qui fut remplacé par Sawàda ben
Moh'ammed ben Khafâdja Temîmi.
En 272 (17 juin 885) le dit Sawàda organisa diverses
colonnes qui rentrèrent en rapportant les dépouilles
enlevées aux chrétieps. Il y eut aussi diverses rencon-
tres entre les musulmans et Nicéphore, patrice arrivé de
Constantinople à la tête d'une armée considérable. Ce
chef put entrer dans la ville de Santa Severina, d'où les
musulmans furent autorisés à sortir pour se retirer en
Sicile.
En 273 (7 juin 886), la population de Palerme attaqua
le gouverneur de nie, Sawàda ben Moh'ammed, ainsi
que son frère et quelques-uns des principaux conseillers,
et on les renvoya [P. 114] enchaînés en Ifrik'iyya; après
quoi on tomba d'accord pour élever au pouvoir Aboû'l-
c Abbâs ben e Ali W.
En 274 (27 mai 887) eut lieu l'arrivée d'Ahmed ben
'Omar ben f Abd Allah ben Ibrahim ben el-Aghlab, sur-
nommé H'abechi( 2 >. Cette année-là aussi mourut en Ifri-
k'iyya Ah'med ben H'odeyr, qui avait reçu les leçons de
Soh'noûn.
En 275 (15 mai 888), une attaque soudaine des musul-
mans de Sicile eut pour résultat le massacre de plus de
sept, mille infidèles et la noyade d'environ cinq mille.
Aussi les chrétiens évacuèrent-ils de nombreuses villes
et forteresses avoisinant le territoire musulman. Des
(1) Ces trois alinéas figurent dans la Biblioteca, n, 17-18. Cf.
Annales, 261 et 262.
(2) Il doit s'agir de l'arrivée de ce prince en Sicile, mais ce passage
n'a pas été relevé dans la Biblioteca; voir cependant ce qui y est dit,
1. 1, p. 400, et il, 718 et 724.
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- 158 —
colonnes poussèrent jusque dahs la Grande terre et en
ramenèrent des captifs (*).
En la même année eut lieu en Ifrîk'iyya l'affaire connue
sous le nom d'insurrection des dirkemsW. A la suite de
la frappe de dirhems justes de poids^que fit faire Ibrahim
ben Ah'med, ce prince abrogea l'usage des fragments de.
métal; mais la populace mécontente ferma les boutiques
et se réunit pour se rendre à Rak'k'âda en poussant des
cris contre Ibrahim, qui fit enfermer ces braillards dans
la mosquée principale. A cette nouvelle, les K'ayrawâ-
uiens se portèrent vers la porte de la ville en manifes-
tant l'intention d'en repousser le prince. Ce dernier leur
envoya son vizir Aboû c Abd Allah ben Aboû Ish'âk', qui,
assailli par des injures et des coups de pierre, se retira
auprès de son maître et l'informa de la situation. Alors
Ibrahim se dirigea à cheval vers K'ayrawân, accompagné
de son chambellan Naçr ben eç-Çamçâma et d'un cer-
tain nombre de soldats du djond. Le prince commença
l'attaque et il s'ensuivit une mêlée qui dura quelque
temps ( 3 ), puis le prince.se retira vers le moçalla, où il
mit pied à terre et s'assit, défendant aux siens de conti-
nuer la lutte. Quand il. eut recouvré son calme et que la
population elle-même se fut apaisée, le juriste et ascète
Abou Dja c far Ahmed ben Moghîth vint le trouver, (et à
la suite de leur conversation) le vizir Aboû c Abd Allah
ben Aboû Ish'âk' entra à K'ayrawân avec Ahmed ben
Moghîth, parcourut le bazar et ramena le calme chez les
(1) Biblioteca, n, 18.
(2) Il n'est parlé de cette insurrection ni par Ibn Khaldoûn, ni par
Ibn el-Athir, ni par Noweyri.
(3) J'ai déplacé ces mots, qui dans le texte viennent plus bas, con*
lormément à la correction proposée par Dozy.
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-. 159 ^
habitants. Ibrahim retourna alors à Rak'k'àda, où il fit
rendre à la liberté ceux qui étaient détenus dans la
grande mosquée. A partir de ce moment et jusqu'à
aujourd'hui, les dirhems de mauvais aloi (*) et les frag-
ments de métal cessèrent d'avoir cours, [P. 115] et.
Ibràhîm ben Ahmed fit frapper des dinars et des dirhems
qu'il appela *àchiri parce que chaque dinar valait dix
dirhems.
En la même année il enleva ses fonctions de kûdi
d'Ifrik'iyya à c Abd Allah ben Ahmed ben T'âleb ben
Sofyân et l'emprisonna ; puis il lui envoya un plat
empoisonné que Tex-kâdi mangea dans sa prison et dont
il mourut foudroyé, au mois de redjeb (novembre 888).
Cette place fut donnée à Ibrahim ben Ahmed ben Mo-
h'ammed ben c Abdoûn ben Aboû Thawr, dont le grand-
père était meunier et écrivait son nom Moh'ammed ben
c Abd Allah Ro c ayni.
En 276 (5 mai 889), la guerre sainte fut faite en Sicile
par Sawâda ben Moh'ammed, qui fit une expédition dans
laquelle il assiégea Taormine ( 2 >.
En la même année Ibràhîm jeta en prison son secré-
taire Moh'ammed ben H'ayoûn, surnommé Ibn el-Beridi,
qui lui adressa alors ces vers :
[Basît'j Suppose que j'ai mal agi : où y aura-t-il faveur et
magnanimité, puisque l'obéissance et le repentir me ramè-
nent à toi? O toi, le plus généreux de ceux vers qui les
(1) Texte en-nok'oûd, que Sauvaire, traduisant ce passage, rend
par « les monnaies », de même qu'il rend par « les derhams entiers »
r ls^\ *jbL jJ\ ce que j'ai traduit plus haut justes de poids {Journal
as., 1880,1, pp. 243 et 478).
(2) Biblioteca, n, 18.
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- 160 -
mains se tendent, seras-tu sans pitié pour celui dont la
plume du Destin t'a déjà annoncé la mort? Ta colère est
bien grande, mais pardonne en souverain puissant; les
princes qu'on implore se montrent miséricordieux.
Ibrahim, en lisant ces vers, dit: « Il m'écrit « suppose
que j'ai mal agi », comme si la chose n'était pas certaine I
Si encore il avait écrit :
[Wâfir] Nous sommes des secrétaires et nous avons failli ;
mais suppose que nous sommes des secrétaires d'hommes
magnanimes !
je lui aurais pardonné » ; et alors ce prince, que Dieu
confonde 1 fit enfermer le malheureux dans un cercueil
où il mourut.
En 277 (24 avril 890), Ibrahim fit périr son chambellan
Naçr ben eç-Çamçâma sous le fouet : cinq cents coups
lui en furent appliqués, de sorte qu'il ne proféra plus
une parole ni ne fit le moindre mouvement, après quoi on
lui trancha la tète. (Pendant qu'on le frappait), il dit aux
assistants : « Ne croyez pas que je m'afflige de mourir ; je
vous promets d'ouvrir et de fermer la main à trois
reprises quand j'aurai été décapité >/. Il le fit comme il
avait dit, et Ibrahim, surpris de ce qu'on lui raconta, lui
fit légèrement inciser la poitrine pour en retirer le cœur ;
il examina cet organe qui présentait la curiosité d'être
placé (?) dans le foie et d'être muni de poils presque par-
tout m.
[P. 116] En 278 (14 avril 891), Aboû'l- c Abbâs Ah'med
ben Ibrahim ben Ah'med ben el-Aghlab fut chargé de
recevoir les réclamations contre les actes arbitraires ;
(1) Cf. Amari Storia, n, 59.
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- 161 -
Moh'ammed ben el-FacTl fut nommé gouverneur de
Sicile. Le bureau de l'impôt foncier (kharâdj) fut offert
au chrétien Sawâda à condition qu'il embrassât l'isla-
misme ; mais comme il répondit n'être pas homme
à abandonner sa religion pour obtenir une place, il fut
coupé en deux, puis crucifié.
En 279 (2 avril 892), Moh'ammed ben el-Fad'l, gouver-
neur de Sicile, fit son entrée dans Palerme, la capitale,
Ie2çafar(3mai892)( 1 ).
En cette année, Ibrahim ben Ah'med fît exécuter des
habitants d'Ifrik'iyya [lacune] et de volupté. Au nom-
bre des victimes figurait Ish'âk' ben c Imrân, qui prati-
quait la médecine et était connu sous le nom de Poison
foudroyant; il fut exécuté et crucifié (*). Le chambellan
Fath' périt également paf le bâton. En outre, tous les pages
furent mis à mort. En effet, les astrologues et les devins,
auxquels le prince prêtait une oreille attentive, lui
avaient prédit qu'il mourrait de la main d'un assassin
au caractère mal fait qui serait peut-être un page ; aussi
Ibrahim croyait-il voir son homme dans chacun des
pages qui, agile, ardent, prompt et susceptible, s'exer-
çait au maniement du sabre, et il le faisait exécuter. Il en
avait déjà fait périr plusieurs quand il se dit qu'il était
devenu odieux à leurs yeux, et pour se mettre en garde
contre eux il les fit tous égorger en la dite année. Il les
remplaça par des nègres, puis hanté "par les soupçons
qui l'avaient fait se débarrasser des pages slaves, il fit
aussi massacrer tous les nègres.
(1) Biblioteca, n, 19.
(2) Wustenfeld (Arab. Aerzte, p. 32, n° 77) a consacré une notice à:
ce médecin.
il
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^TT"*
- 462 -
En 280 (22 mars 893) eut lieu l'affaire des guerriers de
Belezma. Après avoir fait la guerre â Belezma, Ibrahim fit
venir à Rak'k'âda environ sept cents des plus braves de
cette ville, leur donna l'hospitalité et les traita généreu-
sement. Il fit construire pour eux un vaste édifice renfer-
mant des demeures particulières n'ayant toutes qu'une
même porte de sortie, et il les y installa. Lorsqu'il les vit
complètement rassurés, il convoqua §es guerriers de
confiance pour leur payer leur solde et leur ordonna
d'aller le lendemain matin trouver son fils c Abd Allah et
d'exécuter les ordres qu'il avait donnés à ce dernier.
Quand c Abd Allah eut autour de lui les hommes du
djond, il marcha à leur tête contre les Belezmïens, qui
défendirent leur vie jusque dans l'après-midi, mais
qui lurent massacrés jusqu'au dernier. [P. 117] Ce fut là
une des causes qui contribuèrent à la chute de la dynas-
tie aghlabide, car les Belezmiens, la plupart d'origine
K'aysite, formaient un millier d'Arabes et de guerriers
du djond arrivés en Ifrîk'iyya lors de la conquête et pos-
térieurement, et maintenaient en respect les Kotâma.
Le massacre qu'en fit Ibrahim permit à ceux-ci de rele-
ver la tête, et ils purent, de concert avec le Chi c ite, se
révolter contre les AghlabidesW.
La même année vit divers territoires se soulever et se
détacher d'Ibrâhîm. Les habitants de Tunis, de la pres-
qu'île [de Bâchoû]; de Laribus, de Bâdja et de K'amoûda
se révoltèrent et mirent à leur tête soit des guerriers du
djond, soit d'autres, par suite des actes tyranniques
d'Ibrâhîm, qui leur enleva leurs esclaves et leurs che-
vaux. Toute l'Ifrîk'iyya fut en feu contre lui, et il ne resta
(1) Cf. Noweyri, ap. Berb., i, 427.
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— 163 —
plus entre ses mains que le Sâhel et la partie orientale
jusqu'à Tripoli. Il fit creuser autour de Rak'k'âda un
fossé qu'il munit de portes de fer, appela à lui ses guer-
riers de confiance et installa à proximité du palais les
cinq mille (^ nègres qu'il avait enrôlés. Mais à la suite de
divers événements Tunis fut, cette année même* empor-
tée de vive force. En effet, comme les habitants de
K'amoûda révoltés se mettaient en campagne, Ibrahim
envoya contre eux Meymoûn H'abechi,. qui leur livra
bataille, les mit en fuite et leur fit subir des pertes. Les
Tunisiens, qui s'étaient aussi mis en campagne, furent
ensuite dispersés par Meymoûn ; ceux de la presqu'île
[de Bâchoû] et de Ça'lfoûra subirent le même sort et
perdirent tant de monde qu'on emporta les cadavres sur
des charriots à K'ayrawân. Le 20 dhoû'l-hiddja (2 mars
894J, Tunis fut prise d'assaut et livrée au pillage pendant
que les enfants étaient faits prisonniers et les femmes
abandonnées à la soldatesque &h
C'est en cette année ( 3 ) qu'entra en Ifrîk'iyya Aboû
c Abd Allah, missionnaire des Chi c ites, dont nous allona
raconter brièvement les débuts jusqu'au jour où il arriva
au pouvoir.
Débats de la dynastie Obeydite chi'ite (*).
Depuis la mort d' c Ali ben Aboû Tâleb, dit El-Warrâk,
(1) Noweyri dit cent mille (ib., p. 428).
(2) Comparez Noweyri, l. L, p. 428.
(3) D'autres auteurs donnent la date de 288, qui a été adoptée par
Fournel (n, 56).
(4) Sur les origines de cette dynastie, on peut consulter de Sacy,
Exposé de la religion des Druzes, t. i, introd. ; Quatremère, dans le
Journal asiatique, 1836, n, 97 ; Ibn Khaldoûn, Histoire des Berbères,
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— 164 -
les Chi c ites ont toujours [P. 118] prêché la croyance en
un imâm impeccable qui doit, prétendent-ils, établir la
vérité, et n'ont pas cessé d'envoyer partout leurs mis-
sionnaires, mais sans succès jusqu'alors. A la suite de
consultations et de correspondances, il fut décidé d'en-
voyer au Maghreb un missionnaire chargé d'y développer
l'amour de la famille [d' c Ali]. Le résultat des correspon-
dances échangées à ce sujet entre tous les centres, fut
qu'on choisit un adepte intelligent, éloquent, instruit et
bon controversiste nommé Aboû c Abd Allah Çan c âni, à
qui l'on fournit les fonds nécessaires pour sa mission, et
qui se rendit (à la Mekke) à l'époque du pèlerinage pour
y rencontrer les pèlerins venus du Maghreb, tâter leurs
habitudes, apprendre à connaître leurs croyances et s'in-
génier à arriver au pouvoir par les procédés les plus
simples. Gloire à Celui dont les arrêts fixent les événe-
ments et qui détermine les choses à son gré ! Il n'y a
d'autre divinité que Lui !
Son voyage à la saison du pèlerinage n'avait pas celui-
ci pour but, car cette secte odieuse ne le pratique pas, ce
n'était qu'un moyen pour arriver à ses fins. Il trouva une
dizaine de Maghrébins originaires des Kotâma, parmi les-
quels un de leurs cheykhsW, et entra en relations étroites
il, 506; Makrizi, ap. Chrestomathie de Sacy, n, 88; Nicholson, The
establishment of the fatemite dynasty in Africa, Tubingen, 1840 ;
Wustenfeld, Geschichte der Fatimiden Chalifen, Gottingen, 1881 ;
Ibn el-Athir, Annales, p. 272; lbn Khallikàn, r, 465, et n, 77 ; Four-
nel, Les Berbers, n, 40; Ibn llammàd, dans ]e Journal Asiat., 1855,
i t 529 ; de Goeje, Mém. sur les Carmathes du Bahraïn, Leide 1886 ;
ci-dessous, pp. 157 et 292 du texte ; Nodjoûm, ms 1780 de Paris, fol.
32 v°, etc.
(1) D'après le récit d'Ibn Khaldoûn {Berbères, n, 510), ce cheykh était
Moùsa ben H'oreyth, chef des Sekyan ; cf. Ibn el-Athir, Annales, p. 281.
Cela se passait en 280.
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- 165 -
avec eux. Il leur demanda et obtint d'eux la description
de leur pays, ainsi que des renseignements sur leur rite.
Il se mit alors à leur parler des divers rites, et trouva
que le cheykh penchait pour le rite ibâd'ite nakkârite^
ce qui lui fournit une entrée en matière. Peu à peu il les
attira et les séduisit grâce à ses dons de talent oratoire
et à sa science dans la controverse, si bien que son élo-
quence lui livra entièrement leurs intelligences. Etant près
de rentrer chez eux, ils l'interrogèrent sur ses affaires et
sa situation : a Originaire de l'Irak, répondit-il, j'étais
au service du sultan, mais j'y ai renoncé quand j'eus
reconnu que ce n'était pas là une bonne œuvre. Je me
suis alors mis à chercher quelque moyen licite de gagner
ma vie, et le seul que j'aie trouvé, c'est d'enseigner le
Koran aux enfants. D'après les renseignements que j'ai
recueillis, c'est en Egypte que cela peut se faire le mieux.
— Eh bien ! lui dirent-ils, nous passons par l'Egypte,
qui [P. 119] est sur notre route ; fais le voyage avec nous. »
Se rendant à leurs instances, il partit avec eux. Au
cours de la route, il les amena, par ses conversations,
à incliner vers sa croyance, et, peu à peu, leurs cœurs se
remplirent d'amour pour sa personne, de sorte qu'ils le
prièrent de venir enseigner le Koran à leurs enfants ;
mais il s'en défendit en alléguant leur trop grand éloigne-
ment : « Si je trouve en Egypte ce qu'il me faut, je m'y
fixerai ; sinon, je vous accompagnerai peut-être jusqu'à
K'ayrawân ». Quand on fut arrivé en Egypte, il les quitta
quelque temps, feignant de chercher ce qu'il voulait; puis
(1) Sur les Ibàdites, voir entre autres une note de Y Histoire des
Berbères, h 203; Ghahristâni, texte, p. 100, et trad. Haarbrucker, i,
151 ; cf. Bekri, Description de l'Afrique, p. 322; Istibçâr, tr. h\, p. 59.
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- 166 -
quand les Maghrébins l'eurent rejoint et l'interrogèrent,
il dit que ses recherches étaient restées vaines, mais, en
présence de leurs nouvelles instances, il condescendit à
les accompagner. Enfin, ils renouvelèrent à K'ayrawàn
leur demande pour qu'il se rendît chez eux, s'engageant
à lui confier l'enseignement du Koran à leurs enfants,
ainsi qu'il le demandait : « Je ne puis, dit-il, ne pas rester
à K'ayrawàn pour y chercher mon affaire; mais si je ne
réussis pas,7*>irai vous trouver. » Le cheykh, qui était le
plus pressant et qui lui rendait le plus d'honneurs, lui
décrivit sa demeure et la localité des Kotâma où il habi-
tait.
Resté à K'ayrawàn, le missionnaire s'entoura de ren-
seignements sur les diverses tribus et ne douta plus
que de toutes les tribus d'Ifrîk'iyya les Kotâma ne cons-
tituassent la plus nombreuse, la plus puissante et la
moins soumise au sultan. Sa conviction faite, il se mit
en route pour retrouver son ami le cheykh, et, monté sur
une mule blanchâtre dont il fit l'acquisition, il partit
avec une caravane jusqu'à ce qu'il fût arrivé non loin du
lieu où habitait son ancien compagnon. Il se détourna
alors, et trouva bientôt une aire où l'on dépiquait le blé
à l'aide de bœufs et où se tenaient un vieillard Kotâmien
et son fils. Il s'approcha, et à son salut les deux hommes
répondirent en se levant et en lui adressant les souhaits
de bienvenue et des offres d'hospitalité, qu'il accepta. Le
missionnaire fut honorablement reçu, et sur sa demande,
il apprit que Temmâm était le nom du fils et Mo c ârik
celui du vieillard, ce qui lui fit penser en lui-même qu'il
réussirait, mais non sans combats (*). Il manifesta alors le
(1) Ce présage est tiré du sens qu'on peut donner à ces deux noms
propres.
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— 167 —
désir de se retirer, et on lui donna une femme chargée
de lui indiquer la route, car les hostilités régnaient entre
eux et leurs cousins. Poursuivant son chemin, il arriva
[P. 120] dans un endroit occupé par les Kotâma et passa,
monté sur sa mule blanchâtre, près de la mosquée où se
trouvait, en train d'enseigner, un instituteur qui se leva,
le salua et le considéra longuement. Cela intrigua Aboû
c Abd Allah, qui, mettant pied à terre, entra dans la
mosquée et appela l'instituteur en lui disant : « J'ai re-
marqué que tu nous regardais longuement, moi et ma
mule ? — C'est pour une raison que je vais te dire : il y
avait autrefois chez les Kotâma un devin nommé Feylak',
qui, voyant leurs guerres civiles, leur disait : « Vous ne
verrez la[vraie] guerre qu'à l'arrivée chez vous de l'Oriental
à la mule blanchâtre ». Aussi cette prédiction m'est-elle,
en te voyant, revenue à la mémoire ». L'importance de
ces paroles frappa Aboû c Abd Allah, qui s'en réjouit, et
comme elles s'ajoutaient au présage favorable qu'il avait
déjà recueilli, elles le confirmèrent dans son projet et
augmentèrent son audace, car sans cela il n'aurait rien
osé entreprendre; louange à Celui qui est cause de tout !
Il arriva enfin jusqu'au lieu habité par son ami le
cheykh et mit pied à terre dans la mosquée, où se
trouvait un instituteur qu'entouraient les enfants, parmi
lesquels les fils du cheykh. A l'heure du zohr, l'insti-
tuteur fit l'appel à la prière, et le cheykh, ainsi appelé à
la mosquée, aperçut Aboû c Abd Allah, qu'il salua et
embrassa. Quand l'instituteur voulut ensuite se diriger
vers le mih'râb, le cheykh l'en empêcha et y envoya le
nouveau-venu ; puis, la prière terminée, il l'emmena chez
lui, le combla d'honneurs et s'entretint avec lui jusqu'à
la prière de Yaçr. A ce moment, il se rendit à la mosquée
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- 168 -
avec lui, et l'instituteur, soupçonnant alors quelque
chose, quitta la mosquée, et renonçant à y enseigner plus
longtemps, se retira. Aboû c Abd Allah commença alors
à dire la prière dans cette mosquée et à y enseigner les
enfants avec tant de zèle, que ceux-ci réunirent une
somme de 40 dinars à laquelle le cheykh ajouta quelque
chose et qu'il offrit à son ami, en s'excusant de cette
démarche. Mais le missionnaire, sans y toucher, plongea
sa main dans une sacoche qui était à son côté et en tira
500 dinars qu'il étala devant le cheykh, en disant : « Je ne
suis pas un instituteur, et mon but est celui que je vais
te dire : nous ne sommes pas autre chose [P. 121] que les
partisans de la famille (d' c Ali), et il existe une tradition
vous concernant, vous autres les Kotâma, et portant que
vous serez nos aides, que vous établirez notre gouverne-
ment, que, par vous, Dieu, manifestera sa foi, élèvera par
vous la famille (d ,f Ali), d'où sortira un imâm que vous
soutiendrez et pour lequel vous verserez votre sang,
fera par vous la conquête du monde entier, et que vous
serez de cela récompensés au double, par l'obtention des
biens de ce monde et de l'autre. — J'aspire, dit le
cheykh, à ce dont tu m'as inspiré le désir, et nous
verserons pour cela, moi et ceux qui me suivent, notre
sang et notre or; je te serai plus soumis que tes propres
membres, ordonne ce que tu veux et j'obéirai ! — Appelle
(à mes doctrines) les plus intimes de tes cousins par
ordre de proximité ! — Je vais les y appeler », dit le
cheykh, qui se mit aussitôt à répandre ces doctrines chez
ses proches et ses intimes.
Le mois de ramad'àn étant arrivé, Aboû c Abd Allah dit
au cheykh : « Nous voilà en ramad'àn, mois où notre rite
ne nous permet pas de dire les prières terâwîh\ car elles
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- 169 -
ne reposent pas sur la tradition d u Prophète, mais sur celle
d ,f Omar seulement ( j ). Je me bornerai, à la prière de la
nuit close, à prolonger la lecture du Koran, à lire les lon-
gues sourates ( 2 ), aux lieux et place des dites prières. —
Mon obéissance t'est acquise, fais ce que tu voudras », dit
le cheykh. Mais l'histoire de cette prière transpira, de
même que s'ébruitèrent des renseignements relatifs aux
prédications faites par le missionnaire à certains de
ceux qui s'étaient rendus dans la demeure du cheykh et
auprès de son fr&re. Celui-ci même demanda au cheykh
ce qu'il avait à faire avec cet Oriental qui corrompait, sa
foi et dénaturait son rite: « Je t'ai appelé, dit le cheykh,
pour l'affaire où je me suis mis moi-même; ou bien
suis-moi, ou bien cesse de m'adresser des reproches qui
vont à l'adresse de quelqu'un dont j'ai mis à l'épreuve la
vertu, le mérite et la religion ! » Son frère s'éloigna
irrité, et le cheykh, prenant alors à part tous les autres,
leur dépeignit sous de si brillantes couleurs le mérite
d'Aboû v Abd Allah, que tous leurs cœurs se remplirent
pour lui d'un amour qui vint s'ajouter à la haute estime
dont il jouissait déjà auprès d'eux. A son invitation,
l'étranger prit la parole et leur adressa dans sa langue
un discours où il leur dit qu'ils étaient les soutiens et les
partisans de la famille d' c Ali, et la douceur de son lan-
(1) Ainsi qu'on le voit par notre texte, ces prières surérogatoires
qu'on dit dans la nuit pendant le mois sacré, et qui ne reposent que
sur la Sonna, ne son! pas admises par les Fatimides. On peut con-
sulter à ce sujet la Chrestomathie de Sacy, i, 167 ; Sidi-Khalil, texte,
p. 28, 1. 1, et trad. Perron, i, 191 et 536.
(2) C'est-à-dire celles qui sont les plus longues, ou les sourates n
à vu et xviii ; mais il y a néanmoins divergence sur le point de
savoir celles qui méritent le plus cette épithète (voir les commen-
taires de Khalil ad l. I, et le Olctionary of the tçchnical ternis,
p. 658 et 659),
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- 170 -
gage les séduisit si bien qu'ils répondirent sur le champ
à son appel. Alors [P. 122] arriva le frère du cheykh qui,
prônant le maître de ses enfants et le prétendant plus
instruit qu'Aboû c Abd Allah, demanda qu'il y eût entre
eux une discussion contradictoire, pour laquelle rendez-
vous fut pris. Au jour dit, le frère du cheykh arriva avec
ses fils et leur maître ; mais le cheykh, qui savait son
arrivée, réunit quelques-uns de ses cousins qui étaient
devenus ses coreligionnaires et leur dit d'attaquer, quand
la conférence serait commencée, la tente de son frère,
tandis qu'il en plaçait d'autres en embuscade sur le
chemin menant à la tente. Le frère du cheykh était avec
ses enfants et leur maître quand des cris provenant de sa
tente le firent revenir au galop de ce côté ; mais il tomba
dans le groupe placé en embuscade, qui l'assaillit à coups
de sabre et le laissa mortellement blessé sur le terrain.
A cette nouvelle, le cheykh, jouant l'ignorance, s'empressa
d'accourir et reçut les doléances de ses cousins. On égor-
gea alors du bétail pour préparer un repas qui leur était
destiné et où il leur annonça la mort de son frère. Il
employa la ruse auprès d'autres de ses cousins et prit
d'eux des engagements écrits par lesquels ils déclaraient
se soumettre aux ordres du missionnaire, si bien que
beaucoup d'entre eux se joignirent à lui.
Pendant sept ans, c'est-à-dire jusqu'à sa mort, le
cheykh fit la guerre avec ses gens et ses cousins. Près de
mourir, il rassembla ces derniers ainsi que ses proches
pour leur recommander de ne pas faire d'opposition au
missionnaire, et mourut après l'avoir spécialement confié
à ses enfants. Les Kotâma obéirent fidèlement à Aboû
c Abd Allah, et quantité d'autres tribus se rendirent à
son appel; il institua un bureau (d'enregistrement) et
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- 171 -
les soumit au service militaire. « Ce n'est pas, leur
disait-il, dans mon intérêt personnel que je vous appelle,
mais pour l'imâm impeccable issu de la famille d' c Ali,
dont les signes sont tels et tels »; et il leur dépeignait
les miracles qu'il devait faire et que l'intelligence se
refuse à admettre, mais qui furent regardés par eux
comme une chose certaine. «C'est lui, disait-il encore, qui
sera le chef, je ne serai que l'exécuteur de ses ordres
lorsqu'il — c'est-à-dire c Obeyd Allah — paraîtra ». Il ne
l'avait jamais vu, mais il savait par les cheykhs de la secte
ce qui le concernait, et il y ajoutait une foi absolue et
sans réserve. Arrivé enfin à être entièrement maître des
Berbères, il assiégea [P. 123] les villes les prlus impor-
tantes, battit le prince d'Ifrik'iyya et lui enleva le pays.
En 281 (12 mars 894), Ibrahim ben el-Aghlab envoya
Meymoûn H'abechi (*) à Tunis pour y exécuter des Temî-
mites et autres, dont les cadavres furent crucifiés à la
porte de la ville. Les principaux de Tunis se rendirent
avec Meymoûn H'abechi auprès du prince, qui donna à ce
général des vêtements de soie brodée et de brocard, lui
passa au cou un collier d'or, le fit promener à cheval et
le renvoya le lendemain à Tunis. Lui-même se rendit
dans Cette ville le huit redjeb^et s'y installa.
En 282 (1 er mars 895), une trêve de quarante mois fut
conclue en Sicile avec les chrétiens, moyennant la mise
en liberté de mille captifs musulmans et la livraison
d'otages musulmans qui devaient alternativement et par
(1) Je lis Habechi, aiusi que ce mot est écrit plus haut (p. 163)
et conformément à la correction de Dozy. Fournel a accepté la
leçon Hàchemi (i, p. 572).
(2) Correspondant au 12 septembre 894 ; Noweyri donne la date du
31 juillet.
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- i7â —
périodes de trois mois être tantôt arabes tantôt berbè-
res ( l ). En la même année, Ibrahim donna à ses fils des
commandements dans les diverse^ provinces d'Ifrik'iyya.
En 283 (18 février 896), Ibrahim quitta Tunis et re-
tourna à Rak'k ada ; Aboû Mançoûr Ah'med ben Ibrahim
se rendit à Tripoli, et Aboû Bah'r ben Adhem se rendit
en Egypte.
En cette année eut lieu l'affaire de Nefoûsa. Une
vingtaine de mille hommes à pied de ce pays, sans cava-
lerie, s'opposèrent, entre Gabès et Tripoli, au passage
d'Ibrahim ben Ah'med ( 2 ), qui alors les attaqua, les battit
et en massacra la plus grande partie. Puis il s'en alla
tout doucement vers Tripoli, où il fit exécuter Aboû'l-
e Abbâs Moh'ammed ben Ziyâdet Allah ben el-Aghlab,
homme instruit, policé et auteur de divers ouvrages ( 3 ).
Le motif de sa mort fut la lettre adressée par le khalife
abbaside El-Mo c tad'id billâh à Ibrahim ben Ahmed pour
lui reprocher sa cruauté envers les Tunisiens et lui dire
qu'il devait renoncer à de pareils procédés ou trans-
mettre l'autorité à son cousin Moh'ammed ben Ziyâdet
Allah. De Tripoli, Ibrahim se rendit à Tâourghâ, où il
fit exécuter quinze individus dont il fit cuire les têtes,
comme s'il voulait les manger en compagnie de ses
conseillers W. Alors ses soldats prirent peur, car ils le
crurent fou, et un certain nombre l'abandonnèrent. En pré-
(1) Ces cinq lignes figurent dans la Biblioteca (n, 19).
(2) Ibrahim marchait dans la direction de l'Egypte pour y attaquer
Ibn Touloun (Noweyri et Ibn Khaldoun, ap. Des Vergers, p. 131, et
Hist. des Berbères, i, 430).
(3) (îf.Fournel, i, 576, n. 1.
(4j On sait combien cet acte de barbarie est souvent raconté au
moyen-âge (Dozy, Recherches, 3 a éd., i, 37).
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— 473 —
sence de ces défections [P. 126] et craignant de rester
seul, Ibrahim regagna Tunis, et à son arrivée, il frappa
ceux qui l'avaient abandonné d'une amende de trente
dinars, qui fut appelée « l'amende des fuyards. »
En 284 (7 février 897) un mouvement qui se produisit
à Nefoûsa fut cause qu'AboûVAbbâs [ c Abd Allah] ben
Ibrahim massacra un grand nombre d'habitants ; ce
prince fit en outre environ trois cents prisonniers qu'il
mena à son père. Celui-ci les ayant fait venir, un cheykh
s'avança: « Connais -tu, lui dit Ibrahim, 'Ali ben Aboû
T'âleb? — Veuille Dieu, ô Ibrahim, répondit-il, te mau-
dire à cause de ta tyrannie et te faire périr I » M Ibrahim
le fit égorger, lui arracha le cœur de sa propre main et
fit subir le même supplice à tous les prisonniers sans
exception ; puis leurs cœurs furent enfilés dans une corde
et exposés à la porte de Tunis.
Anecdote relative à Ibrahim ben el-Aghlab et an vertueux cheykh
Aboû'l-Ah'waç.
Aboû'l-Ah'waç Ah'med ben c Abd Allah Mekfoûfi, pieux
ascète voué aux exercices religieux, était originaire de
Sousse( 2 ). Les actes de tyrannie et de cruauté d'Ibrâhîm
devenant tous les jours plus nombreux, il fit venir un
homme de Sousse, à qui il dicta un message adressé à
Ibrahim et où on lisait quelque part : « Homme impie,
tyran et fourbe, tu t'es détourné des lois religieuses de
l'Islam., mais bientôt tu verras ta place marquée dans la
(1) Cette campagne parait n'être que la suite de celle de Tannée
précédente ; Noweyri n'en parle pas (Berbères, i, 430). La réponse du
cheykh, qui était khàredjile, est donnée plus au long et, par suite,
d'une manière plus intelligible, par cet auteur.
(2) Il est parlé de lui dans les mss d'Alger n° 851, f* 9, et 884, f. 29.
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- 174 -
géhenne ; tu y descendras et alors tu sauras. » A la
réception de cette lettre, Ibrahim furieux fit porter à
Aboû'i-'Ah'waç ce message : « Nous te pardonnons à
raison de ton mérite et de ta piété, mais tu vas nous
envoyer celui qui Ta écrite; faute de quoi, je jure que je
ferai exécuter tels et tels Soussiens, ce dont tu porteras
la responsabilité. — Tues-en mille, répondit le saint
homme, toi seul en seras responsable. Tu réaliserais ta
menace que je ne nommerais pas celui que tu cherches.
Porte ton repentir à ton Créateur et mets un terme à ta
conduite tyrannique ! » Le prince n'osa rien faire, et
Aboû'l-Ah'waç mourut dans Tannée.
WEn 285 (17 janvier 898), éclata en Sicile, entre les
Arabes et les Berbères de cette île, une guerre civile, au
cours de laquelle arriva une lettre d'Ibrâhîm les exhor-
tant à se soumettre et amnistiant tout le monde, sauf
Aboû'l-H'asan [P. 125] ben Yezîd et ses deux fils, ainsi
qu'El-H'ad'rami. On arrêta donc ces quatre personnages
et on les envoya à Ibn el- Aghlab : mais le premier absorba
un poison qui le foudroya, et son cadavre fut crucifié,
puis ses deux fils furent exécutés. Quant à El-H'ad'rami,
le prince mit d'abord des gens pour rire et plaisanter avec
lui, puis il lui dit que ce n'était pas le moment de plaisan-
ter, et il le fit périr sous les verges en sa présence.
En 286 (16 janvier 899), la colère d'Ibrâhîm s'abattit
sur plusieurs de ses pages ( 2 ). Il y eut, la même année,
des difficultés à Biskra entre Aboû'l- c Abbàs ben Ibra-
him ben Ahmed et les Benoû Belt'ît' ; il dispersa les ban-
(1) Le paragraphe qui suit figure dans la Biblioteca (n, 19).
(2) Peut-être est-il fait là allusion à ce que raconte Noweyri (Ber-
bère8, i, 437 ; voir plus bas).
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- 175 -
des de ces derniers, non sans en tuer un bon nombre, et
Y démêla la situation embrouillée.
<*) En 287 (6 janvier 900), un événement important se
produisit en Sicile. Aboû'l-Abbàs c Abd Allah ben ibràhîm
ben Ah'med, envoyé par son père à la tête de la flotte
pour y remettre les choses en ordre, gagna promptement
Palerme en promettant l'amnistie aux habitants. Mais le
kâdi de cette ville étant venu le trouver avec plusieurs
de ses concitoyens, tous furent emprisonnés ; cependant,
le kadi fut renvoyé. Huit cheykhs d'Ifrik'iyya, qu'il
envoya ensuite aux Palermitains, furent à leur tour, et
par représailles, emprisonnés. Ils attaquèrent ensuite
Aboû'l- c Abbâs, mais furent défaits et subirent des pertes
considérables, en outre de plusieurs bâtiments qui furent
anéantis, si bien que leur fuite ne finit qu'à Palerme même.
Aboû'l-'Abbâs s'étant alors avancé, leur livra bataille à
la porte de la ville, et par suite des nouvelles et sensibles
pertes qu'il leur infligea, les força à demander quartier,
ce qui leur fut accordé. Il entra à Palerme le 20 ramad'àn
287 (17 septembre 900).
En 288 (25 décembre 900), Ibrahim envoya son fils Aboû
c Abd Allah avec un fort corps d'armée dans le Zâb.
En la même année, le gouverneur de Sicile, Aboû-
c Abbâs, au cours d'une expédition qu'il entreprit, enleva
d'assaut la ville de Reggio, où il fit un butin considérable;
diverses forteresses offrirent de se rendre et payèrent la
capitation W.
En 289 (15 décembre 901), Ibrahim, à la suite des pro-
(1) Ce paragraphe figure dans la Biblioteca (h, 20).
(2) Ces cinq lignes se retrouvent ibid., p. 21 ; j : ai suivi la correction
du nom Reggio, proposée par A mari.
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— 176 -
grès accomplis chez les Kotâma par Aboû c Abd Allah, le
missionnaire (chiite), revint à de meilleurs sentiments et
tâcha, par sa conduite, de satisfaire le peuple et de se con-
cilier les grands: il renonça aux actes arbitraires, abolit
les impôts non canoniques (k'abâlât) et le prélèvement de
la dîme en nature, fit aux propriétaires fonciers [P. 126]
la remise de l'impôt foncier pour cette année, qui prit le
nom A' année équitable, rendit ses mamlouks à la liberté
et remit aux juristes et aux principaux de K'ayrawân des
sommes considérables, destinées à être réparties par eux
entre les malades et les indigents; mais elles furent gas-
pillées, distribuées à des gens qui n'y avaient pas droit,
et servirent à payer des voluptés et des plaisirs. Il rappela
de Sicile son fils Aboû'l- c Abbâs, et à son arrivée lui confia
l'exercice du pouvoir, de sorte qu'Aboûl- c Abbâs fit à son
gré les nominations de gouverneurs.
Renseignements généraux sur Ibrahim ben Ah'med ; sa mort.
Né le jour des Victimes de 230(17 août 845), il mourut le
lundi 17 dhoû'l-ka c da de la dite année (22 octobre 902) en
pays chrétien ; son cadavre, ramené en Sicile, y fut inhumé
quarante-trois jours plus tard ; il était âgé de quarante-
deux ans et en avait régné vingt-huit, plus six mois et
douze jours W. Pendant les six premières années de son
(1) Les dix lignes qui précèdent figurent ilrid. A mari n'a pas, en cet
endroit, relevé la contradiction que renferme notre texte, d'après
lequel Ibrahim, né en 230, serait mort à l'âge de quarante-deux ans,
en 289 (cf. Fournel, i, 582). Ibrahim mourut devant Cosenza, en Cala-
bre (voir le récit d'Ibn el-Athîr, Annales, p. 249, et Berbères, i, 433).
On peut voir sur ce prince et son caractère des appréciations beau-
coup moins pessimistes dans Noweyri (Berbères, i, 435) et dans Ibn
el-Athir [Annales, p. 247).
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-177 -
règne, son administration fut aussi bonne et ses actes
aussi louables que ceux de ses ancêtres; mais ensuite,
ses procédés changèrent, il se mit à rechercher l'argent,
et d'année en année, le changement alla en s'aggravant.
Sa méchanceté devint terrible, il se mit à faire périr
ses compagnons et ses chambellans, et jusqu'à son fils
Aboû'l-Aghlab et à ses filles, en un mot à commettre des
actes inconnus jusqu'alors. Il était rongé par l'ennui et
dévoré par l'envie. Après avoir dans ses débuts été l'au-
teur de beaux traits et d'actes louables, il fut attaqué
d'une maladie noire qui dérangea ses facultés et lui fit
commettre les méfaits que nous avons dits. On raconte
que, ne retrouvant pas un petit mouchoir avec lequel
il s'essuyait la bouche et qui, tombé de la main d'une
jeune esclave, avait été ramassé par un domestique, il
fit pour cela exécuter trois cents serviteurs ! L'exécution
de son fils, qu'il fit décapiter sous ses yeux, eut pour
cause les soupçons qu'il avait conçus contre lui. Il fit
aussi "trancher sous ses yeux la tête de ses frères au
nombre de huit. Sa mère, [P. 127] chaque fois qu'il nais-
sait une fille à ce prince, la tenait cachée et la faisait
élever secrètement, afin de la sauver de la mort, et elle
arriva ainsi à réunir seize jeunes filles semblables à
autant de pleines lunes. Elle dit alors à Ibrahim, un jour
qu'elle le vit dans des sentiments de clémence : « J'ai,
seigneur, élevé à ton intention de belles esclaves musi-
ciennes que je veux te faire voir. » Il y consentit, et quand
elles furent en sa présence, elle lui dit : « Celle-ci est la fille
que tu as eue dételle femme, celle-là de telle autre », et
ainsi de suite. Sorti de chez sa mère, Ibrahim appela un
de ses esclaves noirs et lui dit d'aller couper la tête de ces
jeunes filles et de les lui apporter. Gomme l'esclave
12
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- 178 -
frappé d'horreur restait immobile : «Va, te dis-je, reprit
Ibrahim, sans quoi tu subiras le premier leur sort. » La
mère du prince, en recevant le messager, fut à son tour
glacée d'horreur par Ténormité du crime, et voulut ren-
voyer l'esclave auprès de son maitre. Mais le nègre lui
répondit que c'était impossible ; il accomplit sa funèbre
besogne et rapporta, les tenant par les cheveux, les seize
têtes qu'il jeta aux pieds de son maitre, que puisse Dieu
punir ! Il fit aussi entrer bon nombre de ses pages dans
le bain, ferma sur eux les portes de l'éluve et les fit ainsi
tous périr. Il commit de nombreux méfaits analogues,
rapportés par Er-Rak'ik' et par d'autres (*).
En 289 (15 décembre 901), Aboû'l- c Abbàs ben Ibrâhîm
ben Ah'med exigea la restitution des sommes versées
par son père aux juristes et aux principaux habitants
pour être distribuées aux pauvres, « car, dit-il aux
cheykhs dlfrîk'iyya, vous avez profité de la maladie de
mon père et de mon absence pour vous procurer de l'ar-
gent ». Il en fît ainsi rentrer la majeure partie.
En la même année, Aboû c Abd Allah el-Ah'waK 2 ) ben
Aboû'l- c Abbâs se rendit dans la ville de T'obna pour
faire la guerre au Chi c ite. Le 22 dhoû'l-k'a'da (29 octobre
902), il y eut une chute considérable d'étoiles filantes ( 3 ),
de sorte que le peuple appela aussi année des étoiles celle
qui portait déjà les deux noms d'année équitable et d'an-
née de tyrannie.
En 290 (4 décembre 902), une circulaire d'Aboû'MAbbâs
(1) Ces traits de barbarie et d'autres analogues sont racontés par
Noweyri {Berbères, i, 436).
(2) On trouve aussi ce surnom écrit différemment, voir Ibn el-
Athir, Annales y 266, n. 2.
(3) Voir Fournel (i, 582).
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- 179 -
ben Ibrahim invita les différents gouverneurs à faire
prêter le serment de fidélité à son autorité, vu que son
père, la lui ayant transmise et le laissant seul maitre, se
consacrait à la dévotion. Cela se fit avant qu'il connût la
mort d'Ibrâhîm.
[P. 128] Gouvernement d'Aboû'l-'Abb&s ben Ibrahim ben An'med.
Ce prince fit montre de mortification, se tenant
accroupi sur le sol, rendant justice aux opprimés, faisant
sa société des savants aux avis desquels il recourait, et
ne montant à cheval que pour se rendre à la grande mos-
quée. Certains disaient qu'il agissait ainsi d'après l'avis
des astrologues, et d'autres qu'il était sous le coup d'une
hallucination (*). Il écrivit à son fils Ziyâdet Allah, qu'on
lui avait dénoncé comme ayant des idées de révolte, de
quitter la Sicile et de se rendre auprès de lui. Ziyâdet
Allah, arrivé le 19 djomàda II (19 mai 903), fut dépouillé
par son père des richesses et des approvisionnements
qu'il apportait avec lui, et habita un appartement faisant
partie de la demeure de son père ; en même temps plu-
sieurs de ses compagnons furent emprisonnés.
Aboû'l- e Abbâs ben Ibrahim fut tué le mercredi avant-
dernier jour de cha'bàn (26 juillet 903), ayant régné
depuis la mort de son père neuf mois et onze jours, ou,
depuis que lui avait été remis le pouvoir, treize mois et
vingt -deux jours (*). A la sortie du bain, il se retira dans
(1) Je ne crois pas, malgré l'avis de Dozy, qu'il soit nécessaire de
supposer qu'il y a ici une lacune; le texte porte dL*^-**^ &* f_** <J^>
mots qui, il est vrai, pourraient aussi être rattachés à ce qui suit. —
La portion restante de cet alinéa figure dans la BibL, h, 22.
(2) Sur la date de ce meurtre, voir Fournel (i, 584).
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— 180 —
une demeure (jta) inoccupée et se coucha sur un lit de
jonc après avoir placé son sabre sous sa tête et après
avoir renvoyé tout le monde, sauf deux pages de con-
fiance. Ceux-ci, en le voyant livré au sommeil, se dirent
que l'occasion était bonne pour avancer leurs affaires
auprès de Ziyâdet Allah et rendre ce prince à la liberté
sans qu'il eût plus rien à redouter de son père ; qu'il
prendrait sa place et qu'eux-mêmes auraient de l'in-
fluence auprès du nouveau prince (*). L'un d'eux dégaina
alors le sabre placé sous la tête d'Aboû'l-'Abbâs et lui en
appliqua un coup si vigoureux qu'il trancha la barbe et
le cou, pénétrant même dans le lit. Son complice franchit
alors un mur de la maison et, arrivant jusqu'à Ziyâdet
Allah, l'informa de la mort de son père. Mais ce prince < 2 >,
craignant quelque embûche, lui dit [P. 129] de prouver
ce qu'il disait en montrant la tête du mort, et le page, en
la lui rapportant presque aussitôt, dissipa tous ses
doutes.
Règne de Ziyâdet AUâh ben Aboû'l-'Abb&s r Abd Allah ben Ibrahim
ben Ah'med ben el-Aghlab.
- Dès que Ziyâdet Allah fut certain de la mort de son
père, il se débarrassa de ses liens et fit toute diligence
dans la crainte qu'un de ses oncles ne fût mis au cou-
(1) Ce meurtre, selon d'autres, eut Ziyâdet Allah pour instigateur
{Berbères, i, 439; Fourncl, i, 584).
(2) C'est ici que commence la portion du ms d'Arib conservée à
Gotha. Comme Ibn Adhari a le plus souvent reproduit ce texte sans
y rien changer, nous indiquerons par la lettre a ceux des passages
importants qui ne figurent pas dans le ms de Gotha, par b ceux qu'on
trouve dans ce ms et qui manquent dans Ibn Adhari, ces deux lettres
correspondant respectivement aux ( ) et aux [] du texte arabe imprimé.
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- 181 -
rant et ne le devançât dans la prise de possession du
pouvoir. Sitôt arrivé au palais, il fît venir auprès de lui
c Abd Allah ben eç-Çâ'igh et Aboû Moslim Mançoûr ben
Ismâ'il, a l'un et l'autre emprisonnés à raison des
soupçons qu'ils avaient excités a, ainsi qu ,e Abd Allah
ben Aboû Tàleb, et leur dit de faire le nécessaire pour
lui aussi bien que pour eux-mêmes. Ils lui conseillèrent
de faire venir au nom de son père ses oncles et les prin-
cipaux guerriers et officiers. Il le fit, donna des cadeaux
à ces personnages et reçut leur serment de fidélité ; il fit
ensuite proclamer à Tunis que les hommes du djond pré-
sents dans cette ville eussent à se présenter à la porte du
palais. Ces soldats arrivèrent en armes, chacun fut intro-
duit séparément, prêta serment de fidélité et reçut cin-
quante mithkâl; il fut fait de même pour les principaux
habitants, b et le même jour fut rédigé et lu dans la chaire
de la grande mosquée de Tunis l'acte d'investiture 6,
puis on fit prêter serment à la population de la ville, et
les gouverneurs [P. 130] des provinces reçurent Tordre
de faire de même pour leurs administrés ; enfin, à l'appro-
che de la soirée, une proclamation annonça au djond que
les gratifications lui seraient payées le lendemain matin.
Mais les oncles de Ziyâdet Allah disposés à faire défection
attendirent jusqu'à l'arrivée de la nuit. Il les fit enchaîner,
embarquer sur un bâtiment et remettre à des hommes
de confiance, qui reçurent l'ordre de les emmener dans
file d'El-Korrâth <*), à douze milles de Tunis, où ils
furent décapités la nuit du vendredi au samedi 3 rama-
d'ân. Le djond et les clients se présentèrent le lende-
(1) L'île Plane ou Kamela de nos cartes, que cite Bekri (p. 195) ;
Tai suivi la transcription de M. de Slane. Voir aussi Fournel, i, 585.
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- 182 -
main matin pour toucher les gratifications promises;
mais quand le commencement du jour fut passé, on leur
dit de se retirer, ce jour-là étant consacré aux affaires.
Ils se représentèrent le lendemain, ils furent encore
renvoyés; cela recommença plusieurs fois, si bien que
leur enthousiasme se refroidit et qu'ils trouvèrent ces
contradictions rebutantes.
Après avoir procédé à son intronisation, Ziyâdet Allah
fit venir les deux meurtriers de son père, leur fit couper
les pieds et les mains et les fit crucifier à la porte de
K'ayrawân et à celle d'El-Djezîra, deux des portes de
Tunis. Il fit également mourir son oncle Pascète Aboû'l-
Aghlab, qui habitait Sousse, ainsi que son frère (*) Aboû
e Abd Allah el-Ah'wal, qu'il rappela de Tobna, b et fit
ramener par Fotoûh le chrétien à la tête de cinquante
cavaliers b. Il nomma au vizirat b et à la direction des
postes b c Abd Allah ben eç-Çà'igh, b à la direction du
kharâdj Aboû Moslim Mançoûr ben Ismâ c îl 6, aux fonc-
tions de kâdi de K'ayrawân Djemmâs ben Merwân ( 2 ) ben
Semmâk Hamadâni, homme dévot et versé dans la con-
naissance du rite de Màlek et de ses disciples, qui se
montra équitable dans ses jugements et qui, dans l'exer-
cice de sa charge b et l'examen des affaires, ne tint aucun
compte de la qualité des personnes.
(1) Ou son oncle, comme il est dit quelquefois (v. H. des Berb., i,
440 ; Fournel, i, 587 ; Ibn el-Athir. Annales, p. 268).
(2) Hammàd ben Merwân dans Noweyri {Berb., i, 440). Il est parlé
de ce savant dans les ms 851 d'Alger, f. 9 v., et 884, f. 30 v. ; son nom
y est écrit H'ammàs ben Merwân ben Semmàk Hamadâni, et sa
mort fixée à 303. L'orthographe H'ammâs est deux fois répétée dans
le ms 884 d'Alger, ff. 31 v. et 32, dans les articles consacrés à ses deux
fils Sàlim et Harnmoûd, morts Pun en 307 et l'autre en 367. Ni sous
Tune ni sous l'autre forme, ce nom ne figure dans le Moschtabih de
Dhehebi.
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- 183 -
En la même année moururent Moh'ammed ben Mo-
h'ammed ben el-Faradj Baghdâdi, client des Benoû
Hâchim, qui était un homme soigneux et attentif, ainsi
que Moh'ammed ben Aboû'l-Minhâl, [P. 131] qui avait
une grande situation en Ifrik'iyya. Ziyàdet Allah, pris de
soupçon à Tégard d'Ibn el-K'ayyàd, dont les conseils
avaient poussé son père Ibrahim à le punir et à l'empri-
sonner, le fit exécuter. Alors aussi mourut H'oseyn ben
Moh'ammed ben Soleymân, dont le père avait reçu les
leçons de Sofyân ben 'OyeynaW, et qui était un tradi-
tionniste et un narrateur sûr b.
En cette année fut fondée la ville d'Oran par Moh'am-
med ben Aboû c Awn et b Moh'ammed b ben c Abdoûs( 2 ) et
par des Espagnols, b Alors aussi moururent le tradition-
niste c Ali ben el-Haythem et Ibrahim ben c Othmàn
K'orachi Toûnisi, qui étaient l'un et l'autre savants et
versés dans les traditions (riwâya).
En 291 (23 novembre 903), Moh'ammed ben Ziyâdet
Allah fut désigné comme héritier présomptif et reconnu
comme tel. b Hodheyl Neft'i, directeur du kharâdj, et
Ibn el Manbet, surnommé El- c Idjl, furent exécutés. Le
juriste persan Moh'ammed ben Zorzoûr mourut; adepte
d'Aboû H'anîfa, il était un habile h'âfiz* et s'occupa
d'astronomie et de calcul; son esprit se dérangea, et
quand pour l'appeler on lui disait : « Eh corbeau ! » il se
mettait à courir et à s'agiter 1 3 ) b.
Le gouvernement de K'ayrawân fut donné à c Ali ben
(1) Célèbre docteur, mort en 107 hég. (Ibn Khallikàn, 1, 578).
(2) Qu'on trouve ordinairement écrit « 'Abdoùn » (Bekri, 165, etc).
(3) Je crois qu'il y a là un jeu de mots entre Zorzoûr, étourneau, et
Zawàghi, que je suis tenté de regarder ici comme un adjectif formé
du persan l\j corbeau.
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— 184 —
Aboû'l-Fawàris Temîmi, puis lui fut enlevé et donné à
Ah'med ben Mesroûr. Ibrahim ben H'abechi Temîmi fut
chargé des opérations militaires contre Aboû e Abd Allah
Chi c iW. b En cette année mourut Aboû Dja'far Ah'med
ben Dâwoûd Çawwâf, client de Rebî c a, homme de talent
remarqué parmi les meilleurs disciples de Soh'noûn; il
s'adonna, dans sa jeunesse, à la poésie, puis y renonça.
El-H asan ben H'àtim fut envoyé par Ziyâdet Allah en
Irak avec des cadeaux et des curiosités b.
El -H'asan ben AboûVAych ben Idrîs ben Moh'ammed
[P. 132] ben Soleymân ben c Abd Allah ben el-H'asan ben
el-H'asan ben c Ali ben Aboû Tâleb succéda à son père,
Aboû'l-'Aych c Isa, dans le gouvernement de DjerâwaŒ.
Ziyâdet Allah convoqua à Tunis les juristes d'Ifrîk'iyya
pour leur demander de lui venir en aide dans sa lutte
contre Aboû c Abd Allah, b Dans la réunion qui fut tenue
chez c Abd Allah ben eç-Çâ'igh, directeur des postes b f
on étudia cette affaire, et Ibn eç-Çâ'igh leur dit : « L'émir
vous fait dire que cet étranger originaire de Çan e à qui,
de concert avec les Kotâma, se. révolte contre nous,
maudit Aboû Bekr et c Omar, prétendant que les Compa-
gnons du Prophète ont après lui apostasie. Il appelle
(1) Le nom H'abechi présente diverses variantes qui sont indiquées
dans Ibn el-Athir, Annales, p. 291 (Hobeycb, Hawcheb, Khoneych,
etc.). Voici la variante b de ce passage : « Ibrahim ben H'abechi
quitta Lajlbus pour se mettre en campagne contre Aboû *Abd Allah
le chi'ite; il commandait à des troupes nombreuses composées des
djonds dlfrik'iyya et s'élevant, dit-on, à 40,000 combattants. 'Ali
ben Aboù'l-Fawàris fut ensuite destitué du gouvernement de K'ay-
rawàn et remplacé par Ah'med ben Mesroûr el-Khàl. »
(2) Ville fondée par Aboû'1-Aych 'Isa, sur la rive droite du Kis, à
six milles de la mer et à dix milles S.-E. de l'embouchure de la
Molouya (Bekri, 180, 207 et 317 ; Edrisi, trad., p. 91 ; ci-dessus,
p. 71, et ci-dessous, p. 203 du texte arabe).
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- 185 -
croyants ses adeptes et infidèles ceux qui ne partagent
pas ses croyances, b il permet de verser le sang de ceux
qui s'opposent à sa manière de voir. » Les juristes pro-
noncèrent Fanathème contre lui, le déclarèrent hors la
loi, engagèrent le peuple à le combattre et rendirent des
consultations proclamant la guerre sainte b. a Ziyàdet
AUâh envoya au khalife Abbaside des présents, compre-
nant entre autres choses dix mille mithkâl, dont chacun
en valait dix (ordinaires), et portait une inscription for-
mée par ces deux vers :
[Kâmil] Toi qui vas trouver le khalife, dis-lui : En toutes
choses, Dieu t'a donné pour aide suffisante Ziyâdet Allah
ben 'Abd Allah, l'épée de Dieu, qu'il suffit de dégainer pour
la protection du khalife a.
En 292 (12 novembre 904), b Aboû Moslim Mançoûr ben
Ismâ c îl ben Yoûnos se rendit à Rak'k'âda pour restaurer
cette ville et remettre tout en ordre ; il fit construire sur
le bassin de K'ayrawàn un bateau nommé le glisseur (*).
Ziyâdet Allah arriva de Tunis en rebî c II (février-mars
905} et descendit à K'ayrawàn auprès du grand bassin.
El-Khâl subit le supplice de la bastonnade et fut promené
dans les rues de K'ayrawàn les menottes de bois aux
mains et monté sur un mulet bâté.
En redjeb (8 mai-7 juin 905), une comète apparut
[P. 133] dans la constellation du Capricorne, du côté du
Nord, non loin de la Grande Ourse b.
L'armée du sultan subit une grande défaite dans les
circonstances que voici. Quand Aboû c Abd Allah, le
missionnaire, sut que des troupes marchaient contre
(1) Bekri parle également de ce bateau (texte p. 26 ; trad. p. 65-66).
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- 186 -
lui b et qu'il connut combien grand était le nombre des
chefs de marque, des héros arabes et des clients qui s'y
trouvaient, et quelle était l'importance de leurs appro-
visionnements et de leurs engins de guerre, il fut pris
de peur, b et convoqua les Kotâma, mais sans employer
de liste d'enrôlement ; il se borna à écrire aux chefs des
tribus de réunir ceux de leurs hommes qui consenti-
raient à lui obéir et désireraient le servir, n'ajoutant
rien autre chose sinon que le rendez-vous était tixé à
tel jour et en tel endroit, mais en se faisant précéder
d'un héraut qui déclarait anathème quiconque n'obéirait
pas. Pas un des Kotâma ne manqua à l'appel, et il se
constitua ainsi une armée innombrable, b avec laquelle
il prit ses dispositions pour livrer bataille à Ibrahim
ben H'abechi 6. La rencontre, qui eut lieu à KoboûnaW b
et qui dura toute la journée b, fut épouvantable :,elle
commença à coups de lance, et quand ces armes furent
rompues, les sabres entrèrent en jeu et ne s'arrêtèrent
que quand ils furent brisés. Ibrahim fut battu et perdit
un grand nombre de ses soldats ; le reste put s'enfuir b
à la faveur des ténèbres de la nuit b, car les Kotâma
cessèrent la poursuite pour faire main-basse sur les
richesses, les armes, les selles, les mors et autres objets.
Ces dépouilles, les premières dont s'emparèrent le^
partisans du Chi e ite, leur permirent de se vêtir de soie,
de se ceindre de sabres ornés de pierreries, d'employer
des selles garnies d'argent et des mors dorés, b et de se
constituer une grande réserve [P. 134] d'armes b. La réa-
lisation de leurs espoirs exalta leurs esprits; ils se con-
(1) Ou trouve ce nom écrit sous diverses formes; je crois qu'il
faut lire Belezma (Ibn el-Athir, Annales, p. 291 ; Fournel, n, 63).
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- 187 -
vainquirent que les promesses de victoire faites par le
Chiite n'étaient pas vaines, b que les assurances dé la
protection divine qu'il leur avait données étaient bien
réelles b, tandis que d'autre part la tristesse et le décou-
ragement envahirent les habitants d'Ifrîk'iyya. Aboû
e Abd Allah envoya la nouvelle de cette victoire à c Obeyd
Allah, qui se trouvait alors à Sidjilmâssa (*), en l'accom-
pagnant de fortes sommes W b qu'il lui fit parvenir secrè-
tement par quelques Kotâmiens.
Voici ce qu'a raconté un homme des Benoû Hâchim ben
c Abd el-Mot't'alib appelé Ahmed ben Moh'ammed ben
e Abd Allah berf Dja c far ben c Abd Allah ben c Ali ben Zeyd
ben Rekàna ben c Abdoûn ben Hàchim, qui se trouvait
alors à Sidjilmâssa avec c Obeyd Allah : « c Obeyd Allah mé
fit un don considérable en dinars qu'on ne trouvait pas
dans ce pays. Voyant le vif étonnement que suscitait en
moi la vue de ces pièces et sachant d'ailleurs que, par mes
actes antérieurs, je méritais sa pleine confiance, il me lut
le message par lequel Aboû c Abd Allah annonçait sa vic-
toire, en me recommandant de n'en rien dire, de ne pas
changer ma manière de vivre ni de modifier mes orne-
ments ou mes vêtements, ajoutant qu'il y avait autour de .
nous des espions et des indicateurs à qui il ne fallait pas
que notre enrichissement se trahit par des modifications
extérieures. »
(1) Le Mahdi, après s'être tenu caché quelque temps en Egypte,
était parvenu à Tripoli, et c'est ainsi qu'il avait pu rejoindre Sidjil-
mâssa (voir entre autres Fournel, n, 68) ; comparez aussi ses obser-
vations de la p. 70 sur les conditions où le novateur habitait cette
ville.
(2) A ajoute : Obeyd Allah tint cette nouvelle secrète et ne la
révéla sous le sceau du secret qu'à quelques hommes de confiance.
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- 188 -
En cette année mourut le juriste Aboû Sahl Forât ben
Moh'ammed e Abdi, qui, après avoir reçu en If rîk'iyya les
leçons de Soh'noûn, d' € Abd Allah ben Aboû H'assân, de
Moûsa ben Mo e âwiya et d'autres, se rendit en Orient, où
il suivit les cours des principaux disciples de Mâlek. Il
était bavard et versé dans les généalogies, connaissait
les gens mieux que personne, mais en médisait plus
que personne, si bien qu'on le traita de menteur.
En cette année aussi, naquit à K'ayrawân Moh'ammed
ben Yoûsof el-Warrâk'd) b.
En 293 (1 er novembre 905), b Ziyâdet Allah [P. 135] en-
voya à Laribus pour combattre Aboû e Abd Allah une
armée commandée par Modlidj ben Zakariyyà et Ah'med
ben Mesroûr el-Khàl ; mais le lundi 10 djomâda II
(8 avril 906), ces deux officiers se révoltèrent, et ils arri-
vèrent le jeudi 13 djomâda II (11 avril) avec leurs
troupes devant K/ayrawàn. La populace ameutée se
porta contre eux et les repoussa; Modlidj, étant tombé
par suite d'une bronchade de son cheval, fut aussitôt
massacré, de même qu'Ibn Berber ( 2 ), et l'un et l'autre
furent crucifiés à la porte de Rak'k'âda. Ziyâdet Allah,
.qui s'avançait pour combattre Modlidj, apprit que le
peuple l'avait massacré, et la lettre où il annonçait la
chose comme une victoire fut lue à K'ayrawân et dans la
circonscription. La cause du mécontentement de Modlidj
fut le jugement rendu contre lui à propos d'une métairie
appelée El-Djelidiyya, dont la propriété lui fut déniée
(1) Il s'agit du célèbre auteur dont parle Makkari (n, 112; éd. Bou-
lak, n, 129). et que Bekri cite si fréquemment; cf. Fournel, n, 85;
Bekri, texte arabe, in ti\, p. 15 ; Tecmilah y éd. Codera, p, 367;
(2) Ce nom, que je ne retrouve pas ailleurs, est formé de quatre
caractères, dont le premier et le troisième peuvent se lire fe, t 3 n et y.
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— 48d —
par une sentence du kàdi Djemmàs bén Merwân. La
chose lui fut si sensible qu'elle causa sa révolte.
En la même année arriva une lettre, dont il fut fait
publiquement lecture, d'El-Moktafi billâh, appelant les
habitants de l'Ifrik'iyya à aider Ziyâdet Allah dans sa
latte contre le Chi c ite. — Le soleil subit une éclipse
totale, à l'occasion de laquelle le kâdi Djemmàs ben
Merwân dit, devant la population, la prière de l'éclipsé
dans la grande mosquée b.
Ziyâdet Allah se porta vers Laribus, b à l'ouest de
laquelle il établit son camp et où de nombreuses troupes
le rejoignirent 6. Il fit de grandes distributions d'argent,
qu'on ne pesa même pas ; on se borna à le mesurer en en
versant un grand plat dans le pan du vêtement de cfhaque
homme, b cérémonie à laquelle présida le prince, à
cheval b ; mais ensuite chacun s'en alla et ne reparut
plus. De grosses sommes furent ainsi dépensées par le
prince, qui fit des prodiges de libéralité, mais le Chiite
n'en continuait pas moins ses efforts pour l'emporter.
Ziyâdet Allah envoya des troupes à Bâghàya; il garnit
T'obna d'une forte garnison, à laquelle il donna pour
chefs son chambellan Aboû , l-Mok'âri e H'asan ben Ah'med
ben Nàfidh, Chebib ben Aboû Cheddâd K'amoûdi et Kha-
fâdja e Absi, braves guerriers tous les trois, qui reçurent
Tordre de harceler [P. 136] les Kotàma. Ils s'y confor-
mèrent, et de fréquentes rencontres laissèrent sur le
terrain bien des morts des deux côtés (*).
En cette année fut nommé kâdi de Rak'k'àda Moh'am-
med ben f Abd Allah, surnommé Ibn Djemâl [var. H'aymâl],
(1) Ces détails, plus complets que ceux d'Ibn el-Athîr (Annales,
p. 292), ont été reproduits par Fournel, u, 71.
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— 490 —
client des Omeyyades, qui n'avait ni science ni crainte de
Dieu, et dont le seul titre était la»faveur d' c Abd Allah ben
eç-Çâ'igh. Il était d'une extrême niaiserie et faible d'es-
prit. On dit qu'étant jeune, il se vendit, dans une période
de détresse, contre des figues, puis qu'il établit sa qualité
d'homme libre et fut rendu à la liberté. Des témoins
attestant un jour par devant lui qu'une femme avait
confié à son fils l'exercice de ses droits, il leur dit : a Est-
elle pubère, cette femme qui se fait représenter par son
fils ? — Dieu te garde ! lui dirent-ils, puisque c'est son
fils, comment donc ne serait-elle pas pubère ? » Et leurs
rires le couvrirent de honte.
En cette môme année, le médecin Aboû Ya e k'oûb
Ish'âk 7 ben Soleymân Isrâ'ili (*) arriva d'Orient en compa-
gnie d'Aboû'l-H'asan ben H'âtim et se rendit auprès de
Ziyâdet Allah, qui se trouvait alors à Laribus. «Dès mon
arrivée, raconte Ish'âk, je me rendis chez le prince, et je
vis qu'à sa cour il régnait peu de sérieux et qu'on y
recherchait surtout la plaisanterie. Ibn Khanbech (*), sur-
nommé El-Yoûnani, m'interpella le premier en ces termes :
« Tu prétends que la salure est agréable ? — Sans doute. —
Et tu prétends aussi que ce qui est doux est agréable? —
Certes. — Alors ce qui est sucré est salé et ce qui est salé
est sucré? — Une chose douce, répondis-je, plaît par sa
nature bénigne et agréable, et la chose salée, par son
(1) Ce médecin, qui est cité par Wûstenfeld {Gesch. d. arab. Aerzte %
p. 51), est l'objet d'une biographie d'ibn Aboû Oçcybiyya, traduite par
de Sacy (Abdollatif, p. 42). Sa mort y est fixée aux environs de 320,
mais il figure encore dans un événement qui eut lieu en 341, à en
croire Ibn el-Athir {Annales, p. 357), cf. Fournel, u, 72.
(2) Ce nom est écrit Ibn JTobeych L l. } où cette anecdote est aussi
rapportée.
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piquant et sa force. » Comme il persistait à me chicaner
à ce propos, je finis par lui dire : « Tu dis que tu vis et
qu'un chien aussi vit ? — Certes. — Eh bien ! tu es un
chien et un chien, c'est toi. » L'explosion de rire par
laquelle Ziyâdet Allah accueillit cette réplique me
montra qu'il aimait mieux plaisanter que s'appliquer
aux choses sérieuses b ».
WEn cette année, Aboû c Abd Allah s'empara de Belezma,
ainsi que de T'obna, qui se rendit à composition et où il
trouva, à son entrée, qui eut lieu le dernier du mois de
dhoû'l-hiddja (20 octobre 906), Aboû'l-Mok'âri* H'asan
ben Ah'med, qui y commandait et y prélevait les impôts
au nom de Ziyâdet Allah, b et les deux autres chefs pré-
cités. Les collecteurs des diverses sortes d'impôts qui se
trouvaient dans cette ville b lui apportèrent leurs recettes.
[P. 137] L'un d'eux ayant répondu, à sa demande d'où
provenait cet argent, qu'il était le produit de la dîme, b
Aboû e Abd Allah s'écria : « Mais le produit de la dîme ne
peut être qu'en nature, et tu me présentes de l'argent
monnayé ! Emportez, dit-il à quelques hommes sûrs de
T'obna, cet argent et restituez-le à chacun de ceux qui
l'ont versé, et dites aux habitants qu'ils doivent la contri-
bution dont Dieu a frappé le sol qu'ils cultivent; le mode
de prélèvement de l'impôt traditionnel de la dîme est
connu, et la répartition en doit être faite d'après les
règles portées dans le Livre de Dieu. » Puis, s'adressant
à un autre, il lui demanda d'où provenait l'argent qu'il
lui présentait, et il lui fut répondu que c'était le produit
(1) Les débuts des Chi'ites en Afrique sont exposés par Ibn el-Athir
d'une manière un peu différente. Wtistenfeld (Geschichte der Fati-
miden Chalifen) a rapporté successivement les deux versions au
commencement de son livre.
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^^Bj^^
-192-
de la capitation payée par les juifs et les chrétiens pour
Tannée écoulée : « Et comment donc, dit le conquérant,
me présentes-tu de l'or ? L'Envoyé de Dieu prélevait sur
le riche quarante-huit dirhems, sur l'homme de condition
moyenne, vingt-quatre, et sur le pauvre, douze. — J'ai,
répondit le percepteur, échangé les dirhems contre de
l'or, comme faisait c Omar. — Cet argent, dit alors Aboû
e Abd Allah, a une origine légale, » et il le fit répartir par
un de ses missionnaires entre les soldats. Au percepteur
du kharâdj, il dit que cet argent était impur, car ni impôts
anticanoniques (k'abâla) ni kharâdj ne doivent frapper
les biens des musulmans, et il le fit restituer à ceux qui
l'avaient versé par des gens sûrs de T'obna. Il consentit
à recevoir l'argent de la çadak'a, prélevée sur les espèces
cameline, bovine et ovine, quand on lui eut dit qu'on
n'avait taxé que les animaux soumis par leur âge au paî-
ment de cet impôt et que l'argent provenait de la vente
faite en bloc des animaux prélevés ; il approuva et auto-
risa ce mode de procéder. La population de T'obna le
voyant ainsi agir se réjouit, espérant qu'il lui appliquerait
les règles du Koran et de la tradition, et la chose s'étant
ébruitée dans toute l'Ifrik'iyya, les populations, attirées
vers lui, lui adressèrent des lettres d'adhésion et de sou-
mission b (*). Ces faits, qui parvinrent à la connaissance
de Ziyâdet Allah, [P. 138] lui causèrent un grand souci :
il fit b procéder à de considérables levées d'homfnes et b
maudire le Chi e ite du haut des chaires des mosquées.
b En cette année, Ibn et-T'obni, de retour de Baghdâd,
rejoignit Ziyâdet c Abd Allah. — Alors mourut en Sicile
(1) A résume en trois lignes tous ces détails relatifs au prélève-
ment des impôts.
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- 193 -
le juriste Aboù Djalar Moh'ammed ben el-Hoseyn
Merwezi, qui fut accusé de mensonge W. Cette année vit
aussi mourir le juriste Moh'ammed ben el-Monib Azdi,
qui suivait le rite des gens de l'Irak (ou hanéfites), et
était un homme de bien : on lui offrit le poste de kàdi,
qu'il refusa. Citons aussi le décès du dévot Moh'ammed
ben Naçr, qui avait une certaine connaissance des tradi-
tions, de Moh'ammed ben Aboû H'omeyd Soiïsi et de
Zeydân ben Ismâ*il Azdi, deux hommes d'une science
sûre b.
En 294(21 octobre 906), b à la mi-moh'arrem, Ibrahim
ben H'abechi ben c Omar sortit de Laribus à la tête de
ses troupes pour attaquer Aboû c Abd Allah à T'obna.
c Abd Allah ben Moh'ammed ben Mofarridj, surnommé
Ibn ech-Châ c ir, fut destitué de ses fonctions de kâdi de
Kast'iliya ; on l'entrava et on l'amena à Laribus par
devant Ziyâdet Allah, qui lui fit donner la bastonnade et
le jeta enchaîné dans la prison de Laribus. Voici les
causes de ce traitement. Les grands de Kast'iliya ayant
fait entendre au prince leurs plaintes contre les actes
injustes de ce magistrat, Ziyâdet Allah écrivit au gouver-
neur de cette province de le destituer, de le charger de
chaînes et de l'envoyer ainsi à la cour. Cette lettre étant
arrivée en l'absence du gouverneur, plusieurs des plai-
gnants se portèrent à l'audience tenue par le kàdi, l'in-
jurièrent et voulurent même lui faire violence. Il les fit
saisir par ses gardes, battre et emprisonner, de sorte que
le gouverneur à son retour constata qu' c Abd Allah les
(1) C'est-à-dire, probablement, de rapporter de fausses traditions,
comme le conjecture A mari (Bibl. ar. sic, trad. u, 22). J'ai d'ailleurs
vainement cherché le nom de ce personnage dans Ibn Khallikan
Nawawi, Ibn el-Athir, Ibn Farhoùn et Karàfi.
13
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- 194 -
avait maltraités à son gré ; il le lit enchaîner et entraver,
puis l'adressa à Ziyâdet Allah, qui le fit à son tour
flageller et emprisonner 0). Cela arriva à la mi-moh'ar-
rem (4 novembre 906).
Ziyâdet Allah se retira à Rak'k'àda, laissant à Laribus
à la tête des troupes Ibrahim ben Ah'med ben Aboû
c Ik'àl. Il fit reconstruire les murs de Rak'k'àda en briques
et en torchis. Il s'adonna entièrement aux plaisirs et
s'amusa tant à se promener sur le lac qu'autrement, fai-
sant [P. 139] des vagabonds, des bateleurs, des joueurs de
flûte et des vauriens ses compagnons de table. Quand la
pensée de l'effondrement de son royaume et de la con-
quête par son ennemi de la plupart des territoires qu'il
gouvernait revenait troubler son esprit : « Emplis ma
coupe, disait-il à l'un de ses compagnons de plaisir,
boire me suffit (*) ». Il conçut une vive passion pour
KhatYàb, l'un de ses pages, au nom de qui il fit même
frapper des dirhems et des dinars; puis il se fâcha contre
son favori et le fit jeter en prison enchaîné. Une jeune
esclave lui chanta ces vers, pour provoquer sa pitié
envers le prisonnier :
[Baslt] O prince dont (le nom) est un heureux présage de
clémence ! puisque celui que tu aimes est à ta discrétion^
songe combien de cœurs palpitants doivent faire preuve de
patience! Daigne Dieu te faire faire violence à tes sentiments !
Le prince pardonna à KhatTâb et lui rendit sa situa-
tion. — On s'efforçait de le consoler quand le souci que
(1) Cf. le résumé qu'a fait Fournel de ce passage, t. n, p. 73.
(2) Annales, d'Ibn el-Athir, p. 294 ; Wùstenfeld, G. der Fatim.,
p. 22.
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- 195 -
lui causait le Chiite l'assombrissait, et comme un jour
une esclave lui chantait :
[Kâmil] Réponds par la constance à la fortune qui t'é-
prouve, car tels sont ses procédés : tantôt la joie et tantôt le
chagrin, sans que ni l'une ni l'autre durent toujours ;
« Tu as raison », s'écria-t-il, et il lui accorda une gra-
tification.
Djemmâs ben Merwàn obtint, sur sa demande, d'être
déchargé des fonctions de kâdi à K'ayrawân, et fut rem-
placé par Moh'ammed ben Djemàl (*), qui resta en charge
jusqu'à la fuite de Ziyâdet Allah.
Au mois de cha'bân (mai juin 907), Aboû c Abd Allah
entra à Bâghâya, qui se rendit à composition. Ziyâdet
Allah, fort affligé de cette nouvelle, consulta Ibn eç-
Çâ'igh, qui lui conseilla de s'enfuir secrètement en Egypte
en confiant le commandement de l'armée d'Ifrik'iyya à un
général à qui il laisserait l'argent (nécessaire). Il fit, après
réflexion, acheter cinq cents chameaux pour préparer sa
fuite; mais ensuite, reconnaissant les mauvais côtés de
ce projet et redoutant que la population ne se soulevât
contre lui, il y renonça. Ibrahim ben H'abechi ben 'Omar,
qui eut connaissance des intentions de fuite de Ziyâdet
Allah, les combattit et le fit entrer dans le Château du
lac ( 2 ); il lui fit examiner tous les préparatifs qu'il y avait
faits et lui tint ce langage : « Quelle comparaison, sei-
gneur, y a-t-il à faire entre la construction actuelle et la
(1) Ce nom est écrit ici H'ayrnâl, de même que plus bas, mais dans
le second passage les deux points du yâ manquent.
(2) En arabe, Kaçr el-hahr, ce qui semble bien indiquer que cette
scène se passe à Rakkàda, ainsi que l'a conjecturé Foùrnel (n, 74) ;
cf. Bekri, p. 66.
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- 196 -
forteresse où ton aïeul (*) soutint un siège de plusieurs
années, alors qu'il avait à lutter contre l'hostilité de la
plus grande partie de ses sujets et la révolte des chefs
du djondf Pourtant il ne bougea pas et sut s'y maintenir
[P. 140] jusqu'à ce que le secours de Dieu lui permit de
vaincre ses ennemis. Toi, au contraire, tu disposes de
grandes richesses, les troupes te sont affectionnées, le
peuple est avec toi, et tu n'as à lutter que contre un cheykh
ignoré et qui n'a d'influence que sur les Berbères, alors
que tu es abrité dans une forteresse inexpugnable; Dieu
te donnera la victoire ! N'écoute pas les conseils qu'on
t'adresse et, secouru par la force et la puissance de Dieu,
tu resteras le plus fort. » Ziyâdet Allah, rasséréné par ce
discours, et conformément au conseil d'Ibrâhîm, fit des
envois de troupes et d'argent à Laribus, point frontière
extrême, et la cavalerie de cette place répondit par ses
incursions contre Bâghàya à celles qu'Àboû c Abd Allah
dirigeait de Bâghâya contre Laribus ( 2 ).
H'abechi, Ibn Aboû H'adjar et Ibn e Abbâs revinrent
des pays chrétiens en compagnie d'un ambassadeur de
Constantinople. Ils reçurent des vêtements d'honneur de
Ziyâdet Allah, qui installa l'ambassadeur dans le jeu de
mail proche de Rak'k'âda ; pour lui faire honneur, il
convoqua le peuple à une grande réunion, où il y eut
une afïïuence considérable.
On dressa de grandes tentes et des huttes autour de
Rak'k'âda, et les K'ayrawaniens, qui s'y installèrent,
organisèrent des patrouilles dans les environs ; Ziyâdet
Allah continua de procéder aux enrôlements et excita le
zèle des soldats par des distributions d'argent.
(1) C'est-à-dire Ibrahim ben Ahmed, en Tannée 280.
(2) Tous ces détails sont résumés par A en trois lignes.
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- 197 -
Le juriste Moh'ammed ben Aboû'l-Haythem Loulouwi
mourut cette année-là, et au mois de cha'bân (mai-juin
907) K'orhob fut nommé chambellan b.
En moh'arrem 295 (octobre-novembre 907), Ziyâdet
Allah se transporta à Tunis pour tâcher d'y améliorer
ses affaires.
b Le 6 rebi c II (13 janvier 908), le kàdi Abou l-'Abbàs
ben Djemài M fit devant le peuple la prière pour demander
de la pluie. Le 15 du même mois, la charge d'imàm fut
enlevée à Ibn Aboû't-Welid et confiée à Ibn Yezid.
Aboû'l-H'asan ben H'âtim, qui avait été envoyé comme
ambassadeur à Baghdàd, mourut en chawwâl (juillet
908). [P. 141] Le kâdi Aboû Moûsa c Isa ben Meskin ( 2 )
mourut, et les dernières prières furent dites sur lui dans
sa bourgade du Sâh'el par Aboû Dja c far Atfmed ben
Khâled Sehmi. Le juriste Aboù c Ayyâch Ah'med ben
Moûsa ben Makhled, b descendant de Ghâfîk', mourut ( 3 ) :
disciple de Soh'noûn ben Sa c îd b, c'était un homme de
mérite, rempli de la crainte de Dieu, et qui se livrait aux
pratiques religieuses, b connaissant bien les livres de son
maître, très versé dans les récits, qui eut pour élèves de
nombreux habitants de K'ayrawàn ; il lut enterré à la
porte de Sâlim ( 4 ). Le juriste Sa c id ben Ish'àk', client des
[Benoû] Kelb et l'un des bons élèves de Solfnoûn ben
Sa c id, mourut également; il avait aussi reçu les leçons
(1) Sur l'orthographe de ce nom voir la note (1) de la p. 195.
(2) Il est parlé de lui par Ibn Farhoùn (ms 5032 de Paris, f. 87 v.) et
dans les mss d'Alger n° 851, f. 5, et n» 884, f. 26 v.
(3) Ibn Farhoùn parle de lui (l. L, i. 21).
(4) Bekri (pp. 63 et 64) énumère les portes de K'ayrawàn. M. de
Slane a transcrit Selm le mot que j'ai cru pouvoir écrire Sâlim;
cf. infra, p. 162 du texte arabe.
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de plusieurs cheykhs d'Ifrîk'iyya ; né en 212 (1 er avril 827),
il avait souvent fait la guerre sainte (?) et il était versé
dans les récits et dans les traditions b.
En 296 (29 septembre 908), les cavaliers d'Aboû e Abd
Allah pénétrèrent dans (la province de) K'ast'iliya, et
Aboû Moslim Mançoûr ben Ismâll, b ainsi que Chebib
ben Aboû'ç-Çârim b> furent battus, et se retirèrent vers
Tawzer, où la cavalerie d'Aboû c Abd Allah se déployait,
brûlant les centres habités et détruisant le bétail qu'elle
rencontrait de ce côté, b Les troupes du Chi c ite avaient
reçu de leur chef Tordre de cesser toute expédition et de
ne pas bouger, de sorte que pendant environ deux mois
elles ne firent aucun mouvement, si bien que les uns le
disaient malade et les autres mort. Mais la nouvelle
qu'elles marchaient contre Ziyâdet Allah terrifia ce
prince, jeta l'agitation dans la capitale et bouleversa
les soldats du djond, qui se prirent à désespérer du
pays et à redouter l'esclavage pour leurs femmes et leurs
enfants.
c Abd Allah ben eç-Çâ'igh se mit alors à dire à Ziyâdet
Allah que c'était là le résultat des méchantes manœuvres
et des intentions perverses de ce coquin d'Aboû Moslim.
En effet, Ibn eç-Çâ'igh, d'abord secrétaire d'Aboû Moslim,
sous le règne d'Ibrâhîm ben Ah'med, se brouilla avec lui,
et ses réclamations incessantes aboutirent à la disgrâce
de son ancien patron. Quand se produisirent ces mal-
heureux événements de Kast'iliya et qu'Aboû Moslim fut
chassé de cette province, [P. 142] Ibn eç-Çâ'igh lui en
attribua la responsabilité et attisa la colère de Ziyâdet
contre lui, si bien que ce prince envoya à Chebib ben
Aboû'ç-Çàrim l'ordre de décapiter Aboû Moslim et de
n'inhumer son cadavre qu'après l'avoir crucifié et exposé
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— 199 —
pendant tout un jour et toute une nuit, message qu'il fit
transmettre par des hommes sûrs chargés de s'assurer
de sa mise à exécution. Ghebib, très affligé de cet ordre,
mais ne voyant pas le moyen de s'y soustraire, remit la
lettre à Aboû Mpslim, qui se trouvait alors avec lui à
Tawzer, en lui disant combien cela lui était pénible.
Aboû Moslim, l'ayant lue, seborna à dire : « Nous som-
mes à Dieu et c'est à lui que nous devons retourner
(Korart, h, 151). On a circonvenu ce sot enfant, dont
l'empire est perdu » ; puis, saisissant sa barbe de la main
gauche et se donnant de la droite plusieurs coups sur la
nuque, il ajouta : « Voilà la rétribution qui attend ceux
qui, infidèles aux ordres de Dieu, obéissent aux hommes
et versent un sang sacré. J'en prends Dieu à témoin, si
j'avais laissé ce prince à lui-même et qu'au lieu de lui
conseiller le meurtre de ses oncles et de ses frères
j'eusse suscité ceux-ci contre lui, j'aurais évité ce qu'il
m'inflige maintenant! » Puis, s'adressant à Chebib, il lui
demanda le délai nécessaire pour procéder aux ablutions
légales et faire une prière de deux rek c a destinée à clore
sa vie. Il put dire sa prière, adressa une invocation au
ciel, puis se livra en pleurant au bourreau, qui lui
trancha la tête. Il fut crucifié, puis enterré le lendemain,
15 çafar (22 novembre 908).
En cette année moururent Aboû'l- c Abbâs ben Aboû
Khidâch, préposé aux réclamations contre les actes
arbitraires du temps d'Ibn c Abdoûn, et le juriste Aboû
c Ik'àl ben Kheyr, qui suivait le rite des Irakiens (hanè-
fites), et qui fut secrétaire dlbn c Abdoùn pendant que
celui-ci exerçait les fonctions de kâdi.
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Les Aghlabides quittent l'Ifrlk'iyya et Ziyâdet Allah s'enfuit
de Rak'k'âda.
Aboû c Abd Allah se porta cette année-là en avant et
mit le siège devant Laribus, où se trouvait Ibrahim ben
Aboù'l-Aghlab à la tête des troupes d'Ifrîk'iyya et de
toutes les troupes du djond de cette province. [P. 143] A
la suite de diverses attaques 6, il emporta cette ville
d'assaut et y entra l'épée à la main le samedi 23 djomâ-
da II (19 mars 909). Le gouverneur Ibrahim put s'enfuir
avec un certain nombre d'officiers et d'hommes du djond ;
quant aux habitants et aux soldats survivants, ils s'en-
tassèrent dans la grande mosquée, où ils se montaient
les uns sur les autres. Le vainqueur les fit tous massa-
crer, b si bien que le sang coulait à flots par les portes
du temple, comme l'eau d'une rivière gonflée par une
pluie abondante b. Trente mille hommes, dit-on, furent
égorgés dans l'intérieur du temple, et le massacre com-
mencé dans l'après-midi ne finit qu'à la lin de la nuit.
Le lendemain matin, quand tout eut été égorgé ou pillé,
Aboû c Abd Allah, b craignant un retour offensif des habi-
tants de l'Ifrlk'iyya b, donna le signal du départ et battit
en retraite vers BâghâyaO).
b La nouvelle de cet événement parvint le lendemain
dimanche 24 djornâda II, à Ziyàdet Allah, qui, perdant
ainsi ce qui [lui restait de] possessions b } comprit qu'il
n'avait plus qu'à s'en aller. Mais Ibn eç-Çâ'igh s'attacha
à atténuer les choses et à les représenter sous un faux
jour, b annonçant que le Ghi c ite avait été battu, tout en
(1) Cf. le récit d'Ibn el-Athir, trad. p. 296; Wûstenfeld, p. 26 et 29,
qui n'a pas connu Fournel, n, 77 et 84 ; infrà, p. 204 ; Religion des
Dwzes, i, cclxix.
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- 201 -
faisant crier aux portes de la ville de Rak'k'âda que
ceux qui voulaient rester et recevoir la forte somme de
vingt dinars par cavalier et dix par fantassin n'avaient
qu'à se rendre au palais du prince. Le peuple, en appre-
nant ces distributions, fut pris de sinistres appréhen-
sions, et ne douta plus que Ziyâdet Allah n'eût le
dessous b, [P. 144] mais resta incertain sur ce qu'il devait
faire, tandis que les courtisans et les serviteurs du palais
commençaient à sortir de Rak'k'âda. Alors Ziyâdet Allah
se mit à empaqueter les pierreries les moins lourdes et
l'argent, b et les intimes firent leurs préparatifs pour rac-
compagner b. A l'heure de la prière nocturne du dimanche
au lundi 25 djomâda II (20 mars 909), il ceignit son épée,
monta à cheval et prit la fuite du côté de l'Egypte, pré-
cédé de ses bagages, b des principales de ses femmes, de
ses proches parentes et de ses enfants. Alors une de ses
esclaves, saisissant un luth qu'elle appuya contre sa
poitrine, lui chanta ces vers pour tâcher de se faire
aussi emmener :
[Monsarih'J Je n'ai pas oublié le lieu où, le jour de notre
séparation, elle se tenait les paupières noyées de larmes, ni
ce qu'elle me dit lorsque les chevaux se mirent en marche :
« Tu nous abandonnes, seigneur, et tu pars. » Je confie à Dieu
une gazelle dont le cœur est brisé par la séparation ; mais la
séparation ne me consume-t-elle pas aussi le cœur *?
Les yeux de Ziyâdet Allah se remplirent de larmes en
l'entendant, mais les difficultés de sa situation ne lui
permirent pas de l'emmener (*>, et dans le premier tiers
(1) D'autres disent au contraire qu'il remmena ; cf. infra, p. 168
du texte; Berbères, i, 442 ; Wtistenfeld, 27; Fournel, u, 78.
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- 202 -
de la nuit, il quitta Rak'k'àda, se dirigeant vers l'Egypte b,
et accompagné de ses principaux guerriers, de ses pages
et de ses esclaves noirs; 6 il suivit la grande route b jus-
qu'à Tripoli. e Abd Allah ben eç-Çâ'igh, qui était chargé
de tous les soins et qui veillait sur les serviteurs, se
mit d'accord avec ceux qui devaient transporter les colis
de métaux précieux pour s'en faire adresser trente char-
ges, chacune de seize mille mithkâl, à un rendez- vous fixé.
Mais les conducteurs s'étant trompés dans les ténèbres
de la nuit, ne le rencontrèrent pas et arrivèrent à Sousse,
où Ibn ei-Hamadâni, qui y gouvernait, mit la main sur le
précieux chargement et l'entreposa dans cette ville, dans
le Kaçr er-Ribât' ; puis cet argent tomba entre les mains
du Chi c ite. D'autre part, le lendemain matin de la fuite
du prince, la population se précipita à Rak'k'àda[P. 145]
et mit au pillage toutes les choses de valeur, vases d'or
et d'argent et autres objets abandonnés par les fuyards,
dont la valeur dépasse toute description, b le plus fort
enlevant au plus faible le butin de celui-ci. Le prince en
fuite s'appelait Aboû Mod'ar Ziyâdet Allah ben c Abd
Allah ben Ibrahim ben Ah'med ben Moh'ammed ben el-
Aghlab, connu sous le nom de Khazer, ben Ibrahim ben
el-Aghlab ben Sâlim ben c Ik'âl Temimi b. Son règne en
Ifrik'iyya avait duré cinq ans onze mois et quatre jours,
et celui de la dynastie dont il fut le dernier représentant,
cent onze ans et trois mois (*).
b Alors Ibrahim ben Aboû'l-Aghlab, qui avait dû s'enfuir
de Laribus, arriva à K'ayrawân avec les quelques offi-
ciers qui l'avaient suivi, descendit à l'hôtel du gouverne-
ment et fit venir les notables de la ville, à qui il tint un
(1) Sur ces deux périodes, voir les remarques de Fournel, h, 78 n.
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• 203 —
discours où il jeta le blâme sur Ziyàdet Allah, apprécia
sévèrement ses actes et l'accusa d'avoir remis le soin
des affaires à des gens qui ne cherchaient que sa chute :
« Les Kotâma, continua-t-il, commettant des ravages,
c'est à vous à soutenir Dieu et notre sainte foi ; [pour les
combattre], il faut que vous me fournissiez des hommes
et de l'argent. » L'heure de la prière du zohr étant ensuite
arrivée, il se fit saluer en qualité d'émir. Mais alors la
population se réunit autour de lui et lui dit : a Notre pays
ne connait pas la guerre civile et nous ne [pourrons]
soutenir les hostilités. Tu n'as pu, malgré armée, arme-
ment et argent, repousser les Kotâma ; comment pour-
rions-nous, avec le seul argent du peuple, en venir à
bout ? » Puis on se mit à crier : « Nous ne voulons pas
t'obéir, ni te reconnaître pour souverain ; éloigne-toi ! »
Il dut sauter à cheval, Pépée à la main, pour repousser
ses agresseurs, et sortit par la porte d'Aboû'r-Rebî c ,
d'où il rejoignit Ziyâdet Allah (*).
Quant à c Abd Allah ben eç-Çâ'igh, qui s'était embarqué
pour se rendre en Orient, l'état de la mer le rejeta à
Tripoli. Il fut mené à Ziyâdet Allah, qui se trouvait en
cette ville et qui, le faisant comparaître devant lui, lui
reprocha de l'avoir quitté. Le ministre s'excusa en invo-
quant le trouble et la crainte dont il avait été saisi. Ziyâdet
Allah ne voulait que lui faire honte ; mais en présence de
l'avis unanime de sa famille et de ses officiers, qui était
de le faire exécuter, il donna au nègre Râchid l'ordre
[P. 146] de le décapiter. Le médecin c Ali ben Ish'âk' ben
c Imràn racontait que jamais c Abd Allah ben eç-Çâ'igh
n'avait vu le nègre Râchid sans pâlir et que, quand le
(1) Cf. Ibn el-Athir, Annales, p. 297, et les autres auteurs cités.
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- 204 -
nom de ce dernier venait à être prononcé, son humeur
subissait un changement visible à tous les yeux. « Un
jour, continue ce médecin^ que je lui en demandai le
motif, il me répondit : a Quelque chose me dit que l'ange
de la mort viendra sous les traits de ce noir couper le fil
de ma vie, de sorte que quand je le vois je ne puis plus
me contenir. »
Règne des Chi'ites.
A la nouvelle que Ziyâdet Allah 's'était enfui, Aboû
c Abd Allah s'avança de Laribus sur K'ayrawânW. Les
habitants furent effrayés de ses progrès et craignirent
pour leur vie, de sorte que les juristes et les principaux
se portèrent à sa rencontre ; mais Mah'boûb ben c Abd
Rabbihi Hawwâri leur coupa la route le mercredi
27 djomâda II (22 mars), au lieu dit Fah'ç Bàroûk'as,
entre Djeloûla et H'ammâm es-Serâdik', de sorte qu'ils
durent piteusement se retirer. Ils exposèrent alors par
écrit à Aboù c Abd Allah ce qui leur était arrivé, en lui
présentant leurs excuses et le priant de fixer un lieu où
ils pussent le rencontrer. Il fixa le rendez-vous à la date
du samedi, et au lieu nommé Sâk'iyat Mems< 2 ). Il envoya
Gharaweyh M ben Yoûsof Meloûsi à la tète d'un escadron
de cavalerie occuper la ville de Rak'k'âda et mettre en
lieu sûr les richesses qu'il y trouverait. Cet officier, arrivé
le vendredi, dernier jour de djomàda 11(24 mars), trouva
(1) Cf. supra, p. 200.
(2) Mems est « à TO. de Cairouan. vers la source de la branche
orientale du Medjerda C'est le Mampsaron oros de Ptolémée ».
{Table gêoyr. de TH. des Berbères). Fournel (u, 86), estime à une
faible journée la distance qui séparait Mems de K'ayrawàn.
$) Ibn el-Athir orthogiaphie ' Aroûba {Annales, p. 298).
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- 205 -
les gens sortant ou entrant librement; il défendit aux
premiers de revenir et expulsa les seconds, mais ne
prit d'ailleurs que des mesures bienveillantes b (*).
Aboû c Abd Allah s'avança à la tête de sept corps
d'armée sur Rak'k'âda, où se trouvaient, [P. 147] à ce
qu'on dit, trois cent mille hommes, tant cavaliers que
fantassins, et y arriva le samedi l or redjeb (25 mars). Les
juristes, les principaux habitants et les chefs des mar-
chands de K'ayrawân se présentèrent devant lui, à
Sâk'iyat Mems, où ils lui adressèrent les salutations
d'usage, lui manifestèrent le désir qu'ils avaient de se
soumettre et demandèrent quartier. Il accueillit leur
demande et, approuvant leur démarche, promit de les
traiter avec générosité et justice, b Or il avait promis aux
officiers et aux guerriers Kotâma de leur remettre K'ay-
rawân pour qu'ils y agissent à leur guise et répartissent
entre eux^tous les biens des habitants. Ils lui exprimèrent
leur mécontentement de la sauvegarde qu'il venait de leur
accorder et lui rappelèrent ce à quoi il s'était engagé. Il
leur répéta alors les paroles du Koran (xlviii, 21): « Et
d'autre butin dont vous ne vous êtes pas emparés encore,
mais dont Dieu s'est rendu maître », ajoutant qu'il s'y
agissait de K'ayrawân. Ils acceptèrent son dire et ne
firent aucune résistance b.
Après avoir veillé au campement de ses troupes dans
les environs de Rak'k'âda, il fit son entrée en cette
ville, précédé d'un homme qui lisait les passages du
Koran (lix, 2) : « C'est lui qui, au début de l'émigration,
a fait sortir de leurs demeures ceux des adeptes des
religions révélées qui étaient incrédules, etc. », et encore
(1) Voyez le récit d'Ibn el-Athir, l. I.
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- 206 —
(Xliv, 24) ; « Combien de jardins et de sources n'ont-ils
pas abandonnés, etc. ». Il descendit dans le palais dit
Kaçr eç-Çah'n. Il envoya à Sousse Gharaweyh ben
Yoûsof, qui accorda l'amnistie aux habitants et lui
ramena les trente charges d'argent que nous avons dit
être entreposées au K'açr er-Ribàt'. Il fit grâce aux Aghla-
bides qu'il trouva à K'ayrawàn, ainsi qu'aux officiers de
Ziyâdet Allah qui n'avaient pas suivi leur maitre, mais
il fit exécuter les nègres clients des Aghlabides, b de
même qu'il lit étrangler Ibrahim ben Berber (*) ben
Ya c k'oûb Temimi, surnommé El-K'oûs, [P. 147] lesquels
songeaient à se soulever; Aboû c Abd Allah disait
d'ailleurs qu'il ne se croirait pas en sûreté en Ifrik'iyya
tant que vivrait El-K'oûs b. Le vainqueur envoya alors
chercher à Tripoli son frère, Aboû'l- c Abbâs el-Mâkh-
t'oûm, qui y était emprisonné, ainsi qu'Aboû Dja'far
Khazeri et la mère d ,c Obeyd Allah Chi c i, laquelle était
en compagnie du précédent. Aboû'l- c Abbâs, qui était un
homme vif et verbeux, mais peu réfléchi, voulait expul-
ser de K'ayrawân tous les juristes qui ne professaient
pas le rite des Médinois [les non-malêkites], mais son
frère s'y refusa. Aboù c Abd Allah nomma gouverneur
de cette ville El-H'asan ben Ah'med ben c Ali ben Koleyb,
connu sous le nom d'Ibn Aboû Khinzir, avec ordre de
tuer quiconque sortirait la nuit, boirait des liqueurs
enivrantes, en transporterait ou en détiendrait^). A El-
K'açr el-k'adim (l'ancien Château), il préposa Khalaf ben
Ah'med ben c Ali ben Koleyb, frère d'Ibn Aboû Khinzir, à
(1) Ce mot est formé de caractères dépourvus de points diacriti-
ques ; peut-être faut-il lire Yezîd.
(2) Sur les mesures prises alors à K'ayrawân, cf. Ibn el-Athir
trad. p. 299.
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- 207 -
qui il donna les mêmes ordres, et par qui il fît ajouter,
dans la formule d'appel à la prière, les mots accourez à
V œuvre excellente, à la suite de accourez à la prière. De la
formule d'appel à la prière de l'aurore il fit supprimer les
mots la prière vaut mieux que le sommeil. Il fit [rechercher
et] réunir tout ce qui avait été pillé à Rak'k'âda, rassem-
bler les esclaves de Ziyâdet Allah et mettre en lieu sûr
les jeunes filles de son harem, opérations dont fut chargé
Ah'med ben Ferroûkh T'obni, le bossu. La direction de la
fabrication des monnaies fut confiée à Aboû Bekr, le phi
losophe, connu sous le nom d'ibn el-K'amoûdi, qui y fit
frapper les mots Louanges à Dieu maître des mondes) ces
pièces furent appelées Seyyidiyya. On lisait sur le sceau
d'Aboû c Abd Allah, Mets ta confiance en Dieu, tu seras
dans la voie du droit évident, et sur celui qu'il employait
à sceller les rescrits, «Les paroles de ton maître sont
d une vérité et d'une justice parfaites; nul ne peut chan-
ger ses paroles ; il est l'entendant et le connaissant
(Koran, vi, 115) ». La cuisse des chevaux fut marquée des
mots [P. 149] La royauté esta Dieu. Sur les étendards on
lisait : « La troupe sera mise en fuite et ils tourneront le
dos (Koran, liv, 45). Dis, la vérité est venue et le men-
songe s'est évanoui ; certes le mensonge a disparu
(Id. xvn, 83) », ainsi que bien d'autres versets de sens
analogue. Dans la khotba il fit faire la prière en l'honneur
d' c Ali ben Aboû T'âleb immédiatement après celle en
l'honneur du Prophète, b et on y ajouta les noms de
Fâtime, d'El-H'asan et d'El-Hoseyn ; il manifesta ouver-
tement les opinions chiites en faveur d' c Ali et hostiles à
ceux des compagnons du Prophète qui avaient régné
avant lui.
Comme kâdi de K'ayrawân, Aboû e Abd Allah nomma,
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- 208 -
le jeudi 18 cha'bân (11 mai 909), Moh'ammed ben c Omar
ben Yah'ya ben c Abd el-A c la Merwezi, qui appartenait
au djond de Khorasân, et qui siégea dans la grande mos-
quée. Il fit supprimer la prière nocturne de deux rek'a
(chaf c ) pendant le mois de ramad'ân, b en argumentant
sur ce point contre les juristes : il leur dénia le droit de
suivre l'exemple donné par c Omar ben el-KhatTâb en ce
qui a trait aux prières perpétuelles pendant ce mois,
mais les laissa libres d'ajouter dans l'appel à la prière, à
l'exemple d v Ali ben Aboù Tàleb, les mots accourez à
l'œuvre excellente: « Suivez, leur disait-il, la même voie
que la famille du Prophète, et négligez les additions
surabondantes b. » Le premier jour de ramad'ân, Mer-
wezi, en arrivant dans la grande mosquée, trouva ces
mots écrits sur la paroi de la kibla, à l'endroit même où
il devait prendre place : « Y a-t-ii personne de plus
injuste que celui qui empêche de mentionner le nom de
Dieu dans les mosquées et qui s'efforce de détruire ces
édifices, etc. (Koran, II, 108). » Il demanda aux préposés
de la rçiosquée qui s'était assis en cet endroit, mais ils
l'ignoraient. Il fit alors raturer cette inscription et s'ins-
talla ailleurs. Un mauvais drôle, quelque peu sot, se
campa un jour au milieu de la foule devant Merwezi et lui
dit : « Veuille Dieu te garder I Tu as déjà eu la gracieu-
seté de supprimer les prières perpétuelles pendant le
mois de ramad'ân ; si tu trouvais le moyen de nous
supprimer le jeûne de cette même période, nous n'au-
rions plus rien à te demander. — [P. 150] Arrière, mau-
dit 1 » cria Merwezi, qui le fit éloigner.
Conformément à l'ordre d'Aboù c Abd Allah, les chefs
des Kotâma invitèrent les populations à adhérer à leur
propre croyance relativement à la supériorité de la
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- 209 -
descendance d' c Ali et à la mise à l'index de ce qui n'était
pas elle. Beaucoup répondirent à cet appel, et cette
croyance, parce qu'elle répondait aux enseignements
d'un Oriental, fut appelée orientalisation {techrlW).
Aboû ■ Abd Allah va rejoindre 'Obeyd Allah à Sidjilmâssa.
b Après avoir organisé et approvisionné ses troupes
pour faire une expédition sur Sidjilmâssa, où étaient
emprisonnés c Obeyd Allah Chi c i et son fils Aboû'1-Kâ-
sim, b car Aboû c Abd Allah travaillait pour le compte
d' c Obeyd Allah qu'il disait être l'Imâm c alide, il se mit
en marche, bien approvisionné, armé et muni de tout le
nécessaire, laissant en If rik'iyya son frère Aboû'l c Abbâs
et Aboû Zâki Temmâm ben Mo c ârik' AdjàbiM. Il quitta
Rak'k'âda le jeudi 15 ramad'ân (7 juin), à la tête de
troupes si nombreuses qu'elles ressemblaient à une four-
milière et où figuraient les principaux de ses guerriers
et de ses sectateurs, b entre autres le secrétaire Ibrahim
ben Mohammed Cheybâni connu sous le nom d'Aboû'l-
Yeser, et le médecin Ziyâd ben Khalfoùn, client des
Aghlabides; l'expédition fut suivie aussi par Ah'med ben
Moh'ammed ben Sirin, juriste du rite des Irakiens (ou
hanéfites), qui marchait à pied, comptant que sa parti-
cipation à la recherche de l'imâm lui serait comptée
$ùur une récompense ultérieure; c'est là ce qui le fit
plus tard nommer kàdi de Bark'a b.
Aboû c Abd Allah arriva d'abord à Tâhert, qui se ren-
dit à composition et où, après son entrée, il fit exécuter
plusieurs Rostemides, entre autres [P. 151] Yok'z'àn ben
(fy Sur ce nom voir Ibn el-Athir, trad. p. 300 ; il faut lire Addjàni.
14
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- 210 -
Aboû'l-Yok'z'àn, dont les têtes, qu'il envoya à son frère
Aboû'l- c Abbàs et à Aboû Zâki à Rak'k'âda, furent pro-
menées dans les rues de K'ayrawân et exposées à la
porte de Rak'k'âda. a Ainsi finit la dynastie des Benoû
Rostem à Tâhert, après cent trente ans d'existence (*) a.
Il laissa pour gouverner cette ville Aboû H'amid
Dawwâs ben Çoûlât Lahîd'K 2 ) et lbrâhîm ben Moh'am-
med Yemâni, dit El-Hawwâri et surnommé Es-Seyyid
eç-çaghir (le petit seigneur), et, continuant sa marche en
avant, campa sous les murs de Sidjilmâssa le samedi 6
dhoû'l-h'iddja (26 août): il disposa toutes ses troupes à
l'entour, et à la suite des attaques qu'il livra le diman-
che 7, il l'emporta le jour môme. Il fit sortir de cette
ville c Obeyd Allah Chi c i et son fils Aboû'l-K'âsim, qui
étaient emprisonnés dans une chambre haute chez
Meryem bent Midrâr. Sitôt qu'il l'aperçut, Aboû c Abd
Allah Chi c i mit pied à terre en lui rendant des marques
de profond respect et en pleurant de joie ; marchant à
pied devant lui, il le mena dans la grande tente où il
l'installa et lui remit ses pouvoirs : « Voilà, dit- il à ses
compagnons, mon maître et le vôtre, en faveur de qui
Dieu a réalisé ses promesses, à qui il a donné son droit
et dont il met le pouvoir au jour ! » Sidjilmâssa fut pillée
et incendiée par les vainqueurs ; El-Yasa% prince de
cette ville, s'enfuit de nuit avec quelques-uns de ses
cousins, et Aboû e Abd Allah se jeta vainement à sa
poursuite.
(1) On dit aussi cent soixante ; voir les textes cités dans la note de
Fournel (n, 90), qui se prononce pour une durée de cent cinquante-
deux ans.
(2) 11 faut sans doute lire Lahici, selon l'orthographe adoptée par
Ibn Khaldovui.
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b En cette même année moururent Ibrahim ben c Isà
ben Moh'ammed ben Soleymân ben c Abd Allah ben HV
san ben el-H'asan ben c Ali ben Aboû Tâleb, qui fut
enterré dans sa demeure à Archgoûl, et Aboû c Abd er-
Rah'màn Bekr ben H'ammàd ben Sihr ben Aboû Ismâ'il
ZenâtiW. La mort de ce dernier, qui avait 96 ans, arriva
en chawwâl (juin-juillet 909) au fort d'Ibn H'amraa^ au
nord de Tàhert, où il était né [P. 152] et avait été élevé,
et le juriste Moûsa ben El-Fàrisi dit sur lui les dernières
prières. En 217 (6 février 832), Bekr étant encore tout
jeune, se rendit en Orient et suivit les cours des juristes
et des principaux savants (en vogue). Il connaissait bien
les traditions, savait apprécier les hommes ; poète
habile, il loua El-Mo c taçim, qui lui fit des dons impor-
tants; il fréquenta H'abib, Çarî', Di c bil, c Ali ben el-Djehm,
et autres poètes de l'Irak. Il adressa au khalife, pour
l'exciter contre Di'bil, les vers que voici < 3 > :
[T'awîl] Di'bil peut-il donc lancer ses satires contre le
Prince des croyants et sa famille et continuer de fouler ce
vaste territoire ? J'en prends à témoin Celui qui a fixé en son
(1) Bekr ben Hammàd est cité à plusieurs reprises par Bekri
(p. 28, 158, 292 et 318), qui vante ses connaissances de tradition niste et
ses qualités de poète ; il mourut à Tàhert ou Tihert, probablement
dans le premier tiers du IV" siècle de l'hégire.
(2) Ibn H'amma est le nom du personnage qui occupait celte forte-
resse, ainsi qu'on le voit par ce qui est dit un peu plus loin. Je ne
crois pas qu'elle soit citée ailleurs. Elle ne doit pas être confondue,
comme l'a fait Fournel (n, 96), avec Tàhert l'ancienne, puisque celle-
ci est à cinq milles Est de Tàhert la neuve (Bekri, 159). Cf. Wiïsten-
feld, p. 37.
(3) Di'bil ben 'Ali Khozà'i, né en 148 et mort en 246, est l'objet
d'un article du dictionnaire biographique d'Ibn Khallikàn (i, 507) ; le
Kitâb el-Aghâni (xvm, p. 29) parle très longuement de ce poète.
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lieu la montagne de Thabîr(i), peu s'en faut que pareille
indignité ne fasse trembler la terre ! Mais le prince généreuse-
ment s'occupe de ses affaires et pardonne, ou peut-être laisse -
t-il dire le poète, tandis que lui-même agit.
FTabîb lui ayant reproché de vouloir causer la mort
de Di c bîl, Bekr se défendit dans la/pièce que voici :
[T'awîl] H'âbîb m'a reproché ces attaques, me disant que
ma langue est dangereuse et distille un poison mortel. Mais
bien que je m'exprime en vers, je suis pourtant juste et équi-
table dans ce que j'ai dit de cet homme.
En cette même année moururent Moh'ammed ben el-
H'asan, connu sous le nom d'Ibn Warcid (?), originaire
de Kast'iliya, auteur d'un récit de voyage et élève de
plusieurs juristes, — ainsi que Moh'ammed ben Yezîd
Fârisi, originaire de K'ayrawàn, élève de Soh'noûn et de
Moh'ammed, fils de ce dernier.
En 297 (19 septembre 909), au commencement de rao-
h'arrem, les Be.noû KMled, tribu berbère, livrèrent
El-Yasa c ben Midràr, ce qui leur permit de solliciter et
d'obtenir leur grâce d'Aboù c Abd Allah. c Obeyd Allah,
après avoir confié la ville de Sidjilmâssa à Ibrahim ben
Ghâleb Mezâti, assisté de cinq cents cavaliers kotâmiens,
b partit pour l'ifrik'iyya à la tête de ses troupes.
Au mois de çafar (octobre-novembre 909) furent exé-
cutés à K'ayrawân [P. 153] Ibrahim ben Moh'ammed
D'obbi, surnommé Ibn el-Bardhoûn, et Abou Bekr ben
Hodheyl, deux juristes qui avaient quelque connaissance
des traditions et des belles-lettres et qui s'occupaient
principalement de diverses branches de la science (reli-
(t) Montagne entre la Mekke et 'Arafa.
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- 213 -
gieuse). Moh'ammed Kelà e i et ses disciples professaient
le rite [hanéfite] des Irakiens, qui, plus élastique dans son
mode d'interprétation, était toléré par les Chi c ites; ils
dénoncèrent ces deux savants à Makht'oûm AboûVAb-
bâs comme ayant déblatéré contre la dynastie et mis
Aboû Bekr, c Omar et c Othmàn sur la même ligne qu' c Ali
ben Aboû Tâleb, et ce chef les jeta en prison. Ibn Aboû
Khinzir reçut ensuite l'ordre de les exécuter après avoir
préalablement infligé cinq cents coups de fouet à Ibrahim
ben el-Bardhoûn, contre qui avaient été faites les dénon-
ciations les plus acharnées. Ibn Aboû Khinzir, par suite
d'une erreur, prit l'un pour l'autre et fit flageller Ibn
Hodheyl avant de le mettre à mort, mais cette aggrava-
tion de peine fut épargnée à Ibn el-Bardhoûn. Les deux
cadavres, entièrement nus, furent traînes dans la grande
rue de K'ayrawân,puis crucifiés. Aboû c Abd Allah, quand
il fut informé de ces faits par son frère, lui adressa de
très vifs reproches : « Cet acte, lui écrivait-il, n'a pu que
nous faire tort dans le pays et auprès des habitants, et
cela à propos de faits pour lesquels nous avons besoin
d'une indulgente bonté M 1 ). »
Tentant un mouvement contre Aboû c Abd Allah, Mo-
h'ammed ben Khazer ben Çilât Zenâti marcha contre
Tâhert b dans l'intention de s'en emparer, d'en chasser
Dawwâs ben Çoùlât et de couper la roule à Aboû c Abd
Allah, qui avait, à la tête de ses troupes, quitté Sidjil-
mâssa b. Il s'était pour cela secrètement entendu avec
les Benoû Delloûs( 2 ) habitants de Tâhert, b qui s'étaient
(1) A résume ces détails en quatre lignes.
(2) Ce nom, qui m'est d'ailleurs inconnu, est écrit peu nettement
dans le ras et peut aussi se lire Dâoûs.
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- 214 -
adressés à lui ; mais ceux-ci furent dénoncés [P. 154] au
gouverneur Dawwâs, qui les emprisonna dans la forte-
resse de Berk'adjâna, autrement nommée Tâhert l'an-
cienne b (*). L'attaque de Moh'ammed ben Khazer le rendit
maitre d'une partie des faubourgs de la ville, et Dawwâs
s'enfuit auprès d'Ibn H'amma, maître du fort (de ce nom).
Alors les habitants de Berk'adjâna se jetèrent sur les
Benou Delloûs internés chez eux et les massacrèrent,
tandis que d'autre part les habitants de Tâhert repous-
saient les attaques de Moh'ammed ben Khazer, qui périt
dans le combat, et alors Dawwâs, qu'ils informèrent de
ce résultat, les rejoignit.
e Obeyd Allah, après avoir laissé à Sidjilmâssa une
garnison de deux millet cavaliers Kotâmiens comman-
dés par Ibrahim* ben Ghâleb Mezâti, était parti avec
Aboû c Abd Allah pour PIfrik'iyya, traînant à sa suite les
Benoû Midrâr et leur famille enchaînés. Il était arrivé à
la ville d'Arba< 3 ) quand il apprit la révolte de Moh'am-
med ben Khazer; des troupes marchèrent contre ce chef,
qui s'enfuit alors dans la région des sables M ; il fit
exécuter El-Yasa c ben Midrâr, alors malade.
Le lundi 3 rebi c I (19 novembre 909), les habitants de
Sidjilmâssa se soulevèrent contre leur gouverneur Ibra-
him ben Ghâleb Mezâti, le massacrèrent, lui et la garni-
(1) Il est parlé de l'ancienne Tâhert ou Berk'adjâna (du nom d'une
peuplade berbère) dans Bekri (p. 159) et dans Yakoubi (p, 104 et 131).
Fournel a conservé la mauvaise leçon du Bayân, plus tard corrigée
par Dozy, et lu zafadjâna (it, 96).
(2) Plus haut, il a été dit cinq cents.
(3) Arba est la capitale du Zâb (Yakoubi, p. 89 et 90 ; Berbères, i,
322, et Table géog., s. v. Erba).
(4) Quelques lignes plus haut, notre auteur a raconté la mort d'Ibn
Khazer.
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- 215 -
son chi e ite et kotàmienne W, et mirent à leur tête Wàsoûl,
fils de leur ancien émir Ibn Midrâr.
Histoire de Sidjilmâssa, depuis ses débats jusqu'à l'année
où nous sommes parvenus.
Aboû'l-K'àsim Semghortn ben Wàsoûl Miknâsi était
propriétaire de nombreux troupeaux, qu'il menait fré-
quemment pâturer sur remplacement où fut plus tard
bâtie Sidjilmâssa, et qui était alors un endroit inhabité
servant de centre commercial aux tribus berbères des
environs. [P. 155] Puis des Çofrites vinrent y habiter sous
la tente et auprès d'Aboû'l-K'âsim ; ils commencèrent à y
élever des constructions vers 140 (24 mai 757), puis ils
choisirent pour chef le nègre c Isa ben Yezîd; mais cer-
tains de ses procédés leur ayant déplu, ils se saisirent de
lui, l'enchaînèrent et l'attachèrent à un arbre, au sommet
d'une montagne, où ils le laissèrent mourir (*). Celui qui
devint alors leur chef fut Aboû'l-K'àsim Semghoûn pré-
cité, fils de Wàsoûl selon les uns, et d'Ibn Médian selon
les autres^, qui resta au pouvoir jusqu'à sa mort, sur-
venue en 168 (23 juillet 784).
Elyâs ben Àboû'l K'âsim, nommé Aboû'l-Wezir, rem-
plaça son père ; mais au bout de deux ans il fut supplanté
par son frère, qui se révolta contre lui.
(1) A résume tous ces détails en quatre lignes.
(2) La mort cT'Isaben Yezid {var. MezyedetDjeriz), eut lieu en 155
(Ibn el-Athir, Annales, p. 120 ; Berbères, i, 261, où se trouve une
notice assez développée de cette petite dynastie; cf. Fournel, i, 351
et 508 ; Bekri, 160 et 330 ; suprà, p. 91 ; Bayan, intr., p. 114).
(3) Maslan était le père de Wàsoûl, à en croire Ibn Khaldoûn (l. I.)
qui place la mort de Semgboûn en l'année 167. La date de 168 est
aussi donnée par Ibn el-Athir {Annales, p. 133).
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•"^.WW
V
- 216 -
El-Yasa c ben Semghoûnben Médian Miknàsi, surnommé
El-Montaçir, le remplaça en 170 (2 juillet 786). C'était un
homme orgueilleux et tenace, qui subjugua et dompta
complètement les tribus berbères qui lui étaient hostiles.
II professait les doctrines çofrites, préleva le quint sur
les mines de Der c a et acquit une grande puissance.
Sidjilmâssa avait alors des demeures bâties, mais n'était
pas entourée de murailles. El-Yasa c , dont le pouvoir était
devenu considérable, en fit élever dont la partie inférieure
était en pierres et la partie supérieure en briques crues.
Cela se fit, dit-on, exclusivement à ses frais, et c'est
dans cette ville qu'il fixa sa résidence. Il mourut en 208
(15 mai 823), après y avoir régné trente-quatre ans
environ (*).
Il eut pour successeur son fils, Midrâr ben El-Yasa c
el-Montaçir ben Semghoûn, duquel El-Yasa c il a été parlé.
Le gouvernement de ce prince dura jusqu'aux difficultés
qui surgirent entre ses deux fils, Meymoûn, dit Ibn Orwa
d'après le nom de sa mère, fille du prince de Tâhert
c Abd er-Rah'mân ben Rostem, et Ibn Bak'iya< 2 ); après
trois années de lutte entre ces deux princes qui se dispu-
taient le pouvoir, Meyinoûn l'emporta, [P. 156] grâce à
la préférence que son père avait pour lui, et il put
chasser de Sidjilmâssa son frère Ibn Bak'iya. Meymoûn
recueillit donc le pouvoir que son père abdiqua en sa
faveur ; mais les habitants de Sidjilmâssa se soulevèrent,
(4) Il faudrait, d'après ce qui est dit plus haut, lire « trente-huit»,
si l'avènement d'El-Yasa' date de 170; mais'Ibn Khaldoùn (/. J., i,
262), lit « 174 ». Plus haut, p. 120, la mort d'El-Yasa' est placée sous
l'année 207. Cf. Ibn el-Athir, p. 198.
(2) Ce nom se lit aussi autrement ; M. de Slane a lu en dernier lieu
Ibn Thakiya, dans Bekri, p. 333.
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— 217 —
demandant que l'abdication de Midrâr eût lieu en faveur
d'Ibn Bak'iya. Comme ce dernier refusait de régner au
préjudice de son père, on replaça celui-ci, qui avait déjà
abdiqué, sur le trône. La population, apprenant ensuite
que Midrâr rappelait son fils Méymoûn avec les popula-
tions du Der c a qui lui obéissaient, assiégea Midrâr, le
déposa et confia le pouvoir à Ibn Bak'iya,qui régna sans
interruption jusqu'à sa mort, survenue en 263 (23 sep-
tembre 876). Son père Midrâr mourut sous son règne (*).
En çafar 270 (août-septembre 883) monta sur le trône
El-Yasa c ben Meymoûn ben Midrâr ben El-Yasa c ben
Semghoûn ben Médian, qui prit, à l'imitation d'un de ses
aïeux, le surnom d'El-Montaçir. C'est lui qui emprisonna
à Sidjilmâssa c Obeyd Allah quand il sut que le Chi'ite
travaillait en sa faveur; puis il s'enfuit lorsque ce dernier
s'avança d'Ifrik'iyya contre lui, et 'Obeyd Allah, sortant
alors de sa prison de Sidjilmâssa, prit le pouvoir en
mains, puis battit et tua ( 2 ) El-Yasa c en 296 (29 septem-
bre 908). Avec ce prince, dont le règne avait duré vingt-
sept ans, finit la dynastie des Benoû Midrâr, qui avait
gouverné pendant cent soixante ans environ Sidjilmâssa
et la région qui en dépendait. Le Chi c ite nomma alors
dans cette ville un gouverneur qui fut massacré au bout
de cinquante jours par les habitants révoltés (3).
(1) En 253, et après un règne de 45 ans (Berbères, i, 263). Dans la
période de 263 à 270, dont notre texte ne parle pas, ce fut Moh'ammcd,
iils d'Ibn Bakiya, qui régna (ilnd.).
(2) Une version rapportée plus haut (p. 212) le représente comme
ayant pu fuir d'abord, et avoir été livré en moharrem 297 par les
fienoû Khàled.
(3) Cf. ci-dessus, p. 214; ci-dessous, p. 214 du texte arabe; Wttsten-
^Id, p. 36.
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218 -
Arrivée à Rak'k'âda d"Obeyd Allah ; renseignements sur loi
et sur sa généalogie.
'Obeyd Allah arriva donc à Rak'k'âda en cetle année
[297], en compagnie de son fils Aboû'l-K'àsim, b du
chambellan Dja c far ben c Ali et d'Aboû'l-H'asan T'ayyib
ben Ismâ'il, connu sous le nom [P. 157] d'El-H'âd'in b. Il
fut reçu par les juristes et les notables de K'ayrawân,
qui, en lui présentant leurs vœux et leurs félicitations,
lui exprimèrent leur joie de vivre sous son règne et lui
demandèrent de confirmer le sauf-conduit qu'ils avaient
obtenu. Il leur répondit qu'ils n'avaient rien à craindre
pour leur vie ni pour leurs enfants, sans mentionner
leurs biens, b et comme quelques-uns, revenant à la
charge, parlèrent aussi de ceux-ci, il se détourna b.
Aussi les gens réfléchis conçurent-ils dès lors des crain-
tes. Il fit son entrée à Rak'k'âda b portant un vêtement
de soie grège noirâtre et un lurban de même, et monté
sur un cheval roux ; derrière lui s'avançait son fils
Aboû'l-K'àsim, monté sur un cheval alezan, vêtu de soie
grège couleur safran, avec un turban de même; devant
c Obeyd Allah s'avançait, sur un cheval bai brun, Aboû
c Abd Allah, avec un vêtement violet foncé, recouvrant
une tunique de lin, coiffé d'un turban enroulé d'une
étoffe iskenderâni (alexandrine), tenant à la main un
mouchoir qui lui servait à essuyer son visage couvert
de sueur et de poussière; le peuple l'entourait, et une
foule nombreuse le précédait en lui adressant des salutsô.
c Obeyd Allah descendit dans le château dit Eç-Çah'n 0), et
(1) Ci-dessus, p. 206.
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- 219 -
son fils, dans le palais d'Aboû'l- Fath\ Le nouveau prince
prit le surnom de Mahdi.
a Sa généalogie est l'objet de controverses (*); lui-même
prétendait être c Obeyd Allah ben Moh'ammed ben Ismâ c îl
ben Dja c far ben c Ali ben el-Hasan ben c Ali ben Aboû
Tâleb ; cette opinion est aussi celle d'El-Hakam el-
Mostançir billâh l'Omeyyade [d'Espagne, 350 à 366 H.].
Mais les autres disent que c'est un imposteur, que sa
prétendue généalogie alide manque de base et qu'El-
K'âsim ben T'abât'aba r Alide* 2 ) s'est exprimé ainsi:
« Je le jure par le Dieu unique, 'Obeyd Allah le chi c ite n'est
pas de notre famille et n'a avec nous aucun rapport de
parenté ». Selon Mok'àtil, c Obeyd Allah est le fils de
Moh'ammed ben c Abd er-Rah'mân Baçri. Le kâdi Aboû
Bekr [Moh'ammed] ben et-Tayyib Bâk'illânif 3 ) a, dans
le Kechfel-esrâr vca-heik el-estâr, déshonoré son origine
et la fait remonter aux Karmates, ajoutant que c'est
Aboû e Abd Allah qui a reconstitué leurs croyances au
profit des Obeydites, et qui leur a fourni [P. 158] cette
généalogie. Un chroniqueur avance que Dja c far ben c Ali
avait une esclave que séduisit un Karmate, ou, selon
d'autres, un juif à qui elle donna de l'argent; une pas-
sion réciproque les poussant l'un vers l'autre, elle tua
Dja c far, et plus tard naquit de leurs relations l'aïeul
d' c Obeyd Allah. Ceux qui ignorent cette dernière version
le disent Alide ; ceux qui la connaissent et qui savent ses
(1) Cf. Ibn el-Athir, trad., p. 272; Istibrar, trad. fi\, p. 167; ci-
dnssus, p. 163 et ci-dessous, p. 292 du texte arabe.
(2) Probablement le chérît Alide Aboù'l-K asim T'abàt'abà, dont
Ibn el-Athir mentionne la mort sous Tannée 418 (texte, t. ix, p. 256)
(3) Théologien ach'arito -f 403 (Ibn el-Athir, Annales, p. 273; ms
851 d'Alger, f. 24).
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— 220 —
prétentions, le regardent comme un faussaire. Dieu sait
mieux la vérité! Tels sont les termes dans lesquels Ibn
el-K'atYân parle de cette généalogie a.
Le Mahdi fit graver sur son sceau ces mots (Koran,
X, 36) : Quel est le plus digne d'être suivi, de celui qui
dirige vers la vérité ou de celui qui ne dirige qu étant lui-
même dirigé? Qu est-ce qui vous fait savoir comment
juger? Il prit comme chambellans Aboû'l-Fad'l Dja'far
ben c Ali, Aboû Ali'med DjViar ben r Obeyd, Aboîfl-
H'asan Tayyib ben Ismâ^il surnommé El-H'àd'in, Aboû
Sa c id c Othmàn ben Sa c id surnommé Moslim Sidjilmâssi;
comme secrétaires, Aboû'l-Yeser Ibrahim ben Moh'am-
med Baghdâdi Cheybàni ; préposa au trésor public Aboû
Dja c far Khazeri; au bureau du kharâdj, Aboû'l-K'àsim
ben el-K'adîm ; à la monnaie, Aboû Bekr le philosophe,
connu sous le nom d'Ibn el-K'amoûdi ; aux gratifications,
c Abdoûn ben H'abâsa ; nomma kâdi de RakVâda Aflah*
ben Haroûn Meloûsi; confirma comme gouverneur du
canton de K'ayrawàn, El-H'asan ben Aboû Khinzird), et
comme kâdi du même lieu, MerwezH 2 *. b Par ses ordres
on fit disparaître des mosquées, des réservoirs, des
palais et des ponts les noms de ceux qui les avaient
élevés, et il les remplaça par le sien b. Le nouveau
prince étala au grand jour ses déplorables croyances
chi'ites, b en prononçant des injures contre les Compa-
gnons du Prophète ainsi que contre ses femmes, n'excep-.
(1) Cf. Wiïstenfeld, p. 40 ; Fournel, n, 99 ; Ibn cl-Athir, p. 303.
(2) Dès le vendredi qui suivit son arrivée, il fut tenu, sous la pré-
sidence d'un homme appelé le C/térif, une séance publique pour
inviter, de gré ou de force, la population à embrasser les doctrines
professées par les nouveau- venus (Bibars, ap. Relig. des Druzes, i,
p. cclxxiv ; Ibn cl-Athir, p. 302 ; Mokaffa, ms 2144 de Paris, f. 220).
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— â2l —
tant de ceux-là qu v Ali ben Aboû T aleb, El-Mik'dâd ben
el-Aswad, 'Ammâr ben Yàsir, Selmân Fàrisi et Aboû
Dherr Ghifàri, les seuls, prétendait-il, qui n'eussent pas
apostasie après la mort de Mahomet. [P. 159] Merwezi
interdit aux juristes de donner aucune consultation en
contradiction avec ce qu'il disait, être la doctrine de
Dja c far ben Moh'ammed, par exemple l'inexistence du
parjure au cas où le divorce définitif est donné comme
sanction à un serment, l'exclusive participation des filles
aux héritages, et autres points trop longs à énumérer.
Les poètes louèrent c Obeyd Allah d'une impiété dont
il proclama lui-même le caractère licite, et Ton trouve
dans un poème de Moh'ammed el-Bedil, secrétaire d'Aboû
K'od'â c a, des vers tels que ceux-ci :
[Basîf] A Rak'k'âda est descendu le Messie, là se trouvent
Adam et Noé, aussi bien qu'Ah'med le prophète élu et le
bélier destiné au sacrifice ; là réside la divinité ornée de ses
hauts attributs et en dehors de qui il n'y a rien que du
venu*).
Cependant le prince irrité blâma très vivement le
poète et lui fil honte de son œuvre.
Les Kotàma, dans les premiers temps qu'ils occupè-
rent rifrik'iyya, employaient comme formule de ser-
ment «par le droit de celui qui connaît les choses cachées
et le témoignage de notre seigneur, le Mahdi résidant à
Rak'k'âda! » Alors l'un des jeunes gens de K'ayrawân
écrivit ces deux vers que des camarades firent adroi-
(1) Ces vers se retrouvent aussi dans Elmaciu (ap. Religion des
Druzes, intr., 396), et dans Ibn el-Athir, {Annales, p. 372), celui-ci les
attribue à Ibn Hàni, à tort d'après M. de Goeje (Mém. sur les Car-
mathes, 167).
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- 22â —
tement parvenir par une main inconnue à c Obeyd Allah:
[Modjtatth] La tyrannie nous pouvons la supporter, mais
non l'impiété ni la sottise. Toi, qui te targues de connaître
les choses cachées, qui donc a écrit ceci ?(•>
Ce billet vexa profondément le Mahdi, qui en fit secrè-
tement chercher l'auteur, mais ses investigations n'abou-
tirent à aucun résultat.
Dans le pays des Kotâma, Babàb se souleva cette
année-là et réunit sous ses drapeaux de nombreuses tri-
bus berbères. c Obeyd Allah envoya à ceux de cette région
qui lui restèrent fidèles Tordre de combattre les insur-
gés, dont la plupart furent massacrés tandis que Babàb
était fait prisonnier, et il fut donné à K'ayrawân lecture
d'une lettre annonçant cette victoire. La tribu des Zenàta
retourna vers Tâhert et y assiégea Dawwâs ben Çoûlât,
ce qui força c Obeyd Allah à envoyer des troupes contre
eux ; le général qui les commandait et qui était appelé
le grand cheykh (*), battit les Zenàta et leur fit subir de
fortes perles.
A la fête de la Rupture du jeûne, Aboû'l-K'âsim se
rendit, accompagné d'Aboû c Abd Allah Chi e i et d'officiers
Kotàmiens au moçalla de Rak'k'àda et y fit la prière
devant le peuple, ainsi que la khotba. [P. 160]. Cette fête
était la première qu'il célébrait en If rik'iyya en y faisant
la prière, et c Obeyd Allah fit, à ce propos, lire dans les
chaires de K'ayrawàn et des cantons qui en dépendent,
un message émanant de lui b.
(1) On dit aussi que ces vers furent insérés dans un placet présenté
au khalife Fatimide Hàkem {Druses, intr. p. 392).
(2) C'est-à-dire Aboû Moùsa Hàroùn ben Yoùnos (Moka /fa).
1
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- 223 -
Aboû e Abd Allah Chi e i se rendit au Maghreb b avec
plusieurs officiers et missionnaires Kotâmiens pour y
mettre un terme aux troubles et à rinsécurïté des rou-
tes, résultats du soulèvement des tribus berbères contre
les administrateurs de ce pays b. II y conquit diverses
villes dont les habitants furent ou tués ou réduits en
esclavage ; b les nombreux messages par lesquels il
annonça ses diverses victoires furent lus dans [les mos-
quées d'] Ifrik'iyyaW.
Alors mourut Djebala ben H'ammoûd ben Djebala
ÇadafiW, client d^Olhmân ben c Afïân; juriste et ascète,
il avait compté parmi les principaux disciples de Soh'-
noûn, s'était retiré de la vie mondaine et avait quitté son
père du vivant même de celui-ci, qui était au service du
prince et avait de la fortune ; plus tard, il renonça à la
succession paternelle, qui était d'environ 8,000 mithkâL
Alors aussi moururent le juriste Di c àma ben Moham-
med, l'un des principaux élèves de Sohnoûn, qui avait
été kâdi en Sicile sous les Aghlabides, — le kâdi Mo-
hammed ben c Abdoûn — Ahmed ben Mohammed ben el-
Aghlab Temîmi — et c Abd Allah ben Aboû'l-Minhâl.
Le jour de la fêle des victimes, Aboû'l-K'àsim fit la
prière en public et prononça la khotba, faits que rapporta
un message d' c Obeyd Allah, dont il fut donné lecture à
K'ayrawàn ( 3 >.
(1) C'est d'après notre texte qu'il est parlé de ces événements dans
FourncJ (h, 99) et Wûstenfeld (p. 40).
(2) Je lis Çadafiy d'accord avec Ibn Farho£n, qui fait mourir ce
savant en 299 (ms ar. 5032 de Paris, f. 51), et avec le Mokaffa de Ma-
krizi ; voir aussi les mss d'Alger 851 f. 8, et 844, f. 28.
(3) Peut-être ce renseignement fait-il double emploi avec quelque
chose d'analogue qui est dit quelques lignes plus haut.
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— 224 —
En cette année encore moururent Moh'ammed ben Khâ-
lid K'aysi, connu sous le nom d'Ibn et-T'arari, et l'un
des principaux élèves de Soh'noûn, — ainsi qù'Aboû's-
Someyda c , versé dans les belles-lettres et grammairien.
A Rak'k'âda, fut mis à mort le médecin Ah'med ben
Yahya ben T'ayyib, qui était aussi juriste de l'école ira-
kienne (hanéfite) b.
Le vendredi 26 dhoû'l-h'iddja de cette année (5 sep-
tembre 910), Aboû c Abd Allah Chi c i, arrivé à Ténès b et
descendu au lieu dit Et-Thawr b, rassembla les prin-
cipaux Kotâma, s'entretint avec eux d' c Obeyd Allah
]P. 161] et chercha, de concert avec ses auditeurs, un
moyen de le déposer : « Ses actes, dit- il, ne ressemblent
en rien à ce que devraient être ceux du Mahdi, en faveur
de qui j'ai fait de la propagande. Je crains de m'être
trompé à son sujet et d'avoir été victime de la même illu-
sion qu'Abraham, qui crut voir son maître dans la pre-
mière étoile dont l'éclat perça l'obscurité de la nuit. Il
faut donc que vous aussi bien que moi nous le mettions à
l'épreuve et que nous cherchions sur sa personne les
signes que doit porter l'Imâm b et qui sont connus des
syndics des chérifs. D'après la tradition, en effet, leur
affirma-t-il, le vrai Mahdi doit porter ces mots écrits
entre les omoplates : « Mahdi envoyé de Dieu » tout
comme le Prophète avait au même endroit le sceau de
la prophétie; il doit faire des miracles évidents et pou-
voir imprimer son cachet sur la pierre ( J ) b. » Le résultat
de cette conférence fut que lui et plusieurs Kotâmiens
convinrent de tenter cette épreuve après leur retour à
(i)
Cf. sur cette expression la note des Annales, p. 305.
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- 225 -
RakVàda, et Gharaweyh ben Yoûsof s'entendit égale-
ment avec eux à ce propos.
En 298 (8 septembre 910), Aboû c Abd AUàh pénétra en
pays berbère et y porta la guerre chez les Çadîna et les
Zenâta, où il se livra au meurtre et au pillage, réduisit
les enfants en esclavage et livra plusieurs villes aux
flammes, b Le récit de ces victoires, envoyé à e Obeyd
Allah, fut, par ordre de ce prince, lu publiquement b, et
le vainqueur retourna à RakVàda b après avoir passé de
nombreux mois en Maghreb. Ce fut après son retour que
b Gharaweyh ben Yoûsof informa e Obeyd Allah des pro-
pos tenus sur son compte à Ténès par Aboû c Abd Allah
et de l'entente intervenue avec plusieurs Kotâmiens à
l'effet de le déposer. Aussi c Obeyd Allah se vit-il alors
forcé de se tenir sur ses gardes pour déjouer le complot^).
En cette année, Aboû Dja'far Baghdàdi fut chargé du
bureau des recherches conjointement avec c Imrân ben
Aboû Khâlid ben Aboû Selâm.
Alors moururent, en fait de juristes médinois et élèves
de Soh'noûn, Yah'ya ben c Awn [P. 162] ben Yoûsof et
'Abd Allah ben el-Welid, dit Ibn el-Fondoki(?), ce dernier,
particulièrement connu pour ses vertus et sa réserve. Le
dimanche 16 djomâda I (19 janvier 911) mourut Aboû'l-
Yeser Ibrahim ben Moh'ammed CheybAni Baghdàdi,
surnommé Er-Riyâd'i, qui fut inhumé à la porte de Sâlem.
C'était un homme fin, lettré, habile dans la correspon-
dance et la poésie, auteur de bons livres. Il se rendit
une fois en Espagne auprès de l'imâm Moh'ammed ben
f Abd er-Rah'mân, à qui il présenta une lettre de son
invention et attribuée par lui aux Syriens. Le prince le
(1) Cf. Ibn el-Athir, Annales, p. 304.
15
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- 226 -
reçut, bien) lui donna Thospitalité et le traita largement
et généreusement, mais il n'ignorait pas que la lettre était
supposée. Quand Aboû'l-Yeser voulut s'en aller, il lui fut
remis une lettre scellée et constituant une soi-disant
réponse au message des Syriens; après avoir franchi la
mer, il en rompit le sceau pour prendre connaissance
du contenu, mais il ne trouva qu'un feuillet blanc au
haut duquel figuraient les seuls mots : « Au nom de Dieu
clément et -miséricordieux ». Il dut alors reconnaître
que sa tromperie n'avait pas réussi et que les cadeaux
qu'il emportait étaient de simples témoignages de libé-
ralité et de faveur, ce qui lui donna une haute idée des
princes et des hommes d'Espagne. Il ébruita cette affaire,
qui provoqua une admiration générale. Aboû'l-Yeser,
après avoir servi en qualité de secrétaire la dynastie
Aghlabide tant qu'elle dura, entra en la même qualité au
service d' c Obeyd Allah et y mourut. Il est auteur de plu-
sieurs bons ouvrages sur des sujets divers : un Mosned
sur les traditions, le Sirâdj el-hoda, sur le Koran, le
Lak'W el-merdjân f l'opuscule El- Wah'ida wa'l-mou'nisa,
le K'ot'b el-adab, etc.
En cette année, c Obeyd Allah nomma secrétaire, en
remplacement d'Aboû'l-Yeser, Aboù Dja c far Moh'ammed
ben Ah'med ben Ah'med ben Haroûn Baghdâdi, à qui il
accorda sa faveur particulière et aux services de qui il
recourut pour ce qui touchait l'affaire d'Aboû c Abd Allah,
d'Aboû'l- c Abbâs et des Kotàmiens ; ce fonctionnaire fut
pour lui de bon conseil et d'une grande utilité, b C'était
un homme fin et très intelligent arrivé à l'époque de
l'imàm c Abd Allah (*) en Espagne, [P. 163] où il se rendit
(1) C'est-à-dire 'Abd Allah ben Mohammed, Omeyyade d'Espagne,
H- 300 H.
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- 227 -
populaire et fréquenta les littérateurs ; plus tard, il
n'oublia pas ses anciens camarades de Cordoue qui,
quand ils se rendaient en pèlerinage en passant dans le
pays où il s'était fixé, trouvaient auprès de lui préve-
nances et bon accueil b.
En la même année, les Hawwâra de [la région de]
Tripoli se révoltèrent et mirent à leur tête Aboû Hâroûn
Hawwâri; des Zenâta, des Lemâya (*) et autres tribus
berbères marchèrent contre Tripoli, devant laquelle ils
mirent le siège. c Obeyd Allah envoya contre eux Aboû
Zâki Temmâm ben Mo f â'rik' Adjàbi (-), qui songeait,
comme Aboû f Abd Allah, à trahir et à déposer le Mahdi
et que celui-ci voulait éloigner, b pour ainsi ne pas lui
laisser deviner son projet de se débarrasser d'Aboû c Abd
j{Ulâh. Ce général, à qui furent confiées des forces consi-
dérables, dispersa les rebelles à la suite de plusieurs
combats et en tua un grand nombre, dont il envoya les
tètes et les oreilles ornées de leurs pendants à Rak'k'âda,
où il en fut fait une exposition publique b.
'Obeyd Allah fait mettre à mort Aboû 'Abd Allah et Aboû Zâki
Alors c Obeyd Allah, b conformément à la résolution
qu'il avait prise et à son plan de faire exécuter Aboû Zâki
Temmâm ben Mo'àrik Adjâbi d'abord, puis Aboû c Abd
Allah, envoya l'ordre par écrit à Mâk'enoûn ben Debbâra
Adjâbi, gouverneur de Tripoli b, de mettre à mort le pre-
mier de ces chefs. Ce gouverneur, qui était l'oncle de la
victime désignée, l'envoya chercher et lui montra l'ordre
(1) LemsA lit Lawàta.
(2) II faut probablement lire addjâni (supra, p. 209).
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- 228 -
qu'il venait de recevoir. Après l'avoir lu, Aboû Zâki se
borna à dire : « Exécute, mon oncle, les ordres qui te sont
envoyés! » On lui trancha donc le cou, et la nouvelle en
fut sur le champ envoyée par pigeon à Rak'k'âda. [P. 164]
Cette exécution eut lieu le mardi 1 er dhoû'l-hiddja 298 (*).
Dès qif c Obeyd Allah sut que la première partie de son
projet était réalisée, il ordonna à Gharaweyh ben Yoûsol
Meloûsi et à Djebr ben Nomàsibt 2 ) Mîli de se tenir en
embuscade derrière le Kaçr eç-Çah'n, pour en sortir
quand ils verraient passer Aboû e Abd Allah et son frère
AboiYl- f Abbàs, et les massacrer à coups de lance. Ces
chefs s'étant apostés avec quelques Kotâmiens, e Obeyd
Allah envoya chercher les deux frères pour qu'ils vins-
sent, comme d'habitude, partager son repas. Ils furent
attaqués à l'endroit convenu, et alors Aboû c Abd Allah
s'écria: « Gharaweyh, mon fils! épargne-moi »; mais
l'autre lui répondit: « Je te tue d'après les ordres de
celui à qui tu m'as commandé d'obéir ; a car tu as renoncé
au pouvoir dont tu -lui as préparé l'acquisition ! a » et le
frappant de sa propre main, d'un coup de pique il
l'étendit raide mort. Aboû'l-'Abbâs reçut pour sa part
dix-neuf coups de lance. A la suite de ces meurtres,
accomplis au moment où le soleil commençait à décliner,
le mardi 1 er dhoû'l-h'iddjat 3 ), les deux cadavres, aban-
(1) C'est-à-dire le 31 juillet 911 ; mais Fournel (n, 106) conteste cette
date et fixe l'exécution d'Aboù Zàki, en partie d'après Ibn Khallikân,
au 19 février de cette année.
(2) Ce nom est écrit par Wûstenfeld, sous la forme qu'il a dans le
Mokaffa, Djebr ben el-K'àsim (p. 44), et Ibn Khaldoûn (Berb., n, 522)
appelle ce second meurtrier H'obacha ben Yoûsof. Cf. infra, p. 237;
Fournel, n, 107.
(3) 31 juillet 911 ; sur cette date, cf. Fournel, n, 106; Wûstenfeld,
p. 44. Makrizi donne la date du 15 djomâda II 298 = 17 février 911
{Moka/fa, ms 2144 de Paris, f. 221 v«\). Aboû 'Abd Allah aurait encore
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— 229 —
donnés près du canal connu sous le nom d'Ël-Bah % r, y
restèrent jusqu'après l'heure de midi, puis le Mahdi les
fit inhumer dans les jardins et prononça ces paroles :
« O Aboû c Abd Allah, puisse Dieu avoir pitié de toi et
récompenser dans l'autre vie les peines que tu t'es
autrefois données! Quant à toi, Aboû'l-'Abbâs, puisse
Dieu te refuser toute miséricorde, car c'est toi qui as
détourné ton frère du droit chemin et qui l'as mené à sa
perte ! » Puis il récita les versets (Koran, xliii, 35-36) :
« A celui qui se détournera des dires du Miséricordieux
nous lui amènerons un démon qui s'attachera à lui et le
détournera de la droite voie, .et cet homme se croira
bien dirigé ». Voici en quels termes il fit parler de cette
affaire aux chiites orientaux : « Après les saluts d'usage;
vous n'ignorez pas le mérite des services rendus par
Aboû c Abd Allah et par AboûVAbbâs à la cause de
l'Islam; mais Satan les a fait glisser dans la voie de
l'erreur, et le glaive m'a servi de moyen de purification.
' Je vous salue ».
à Des gens dignes de foi rapportent qu'Aboù c Abd
Allah s'étant un jour endormi en présence de ses com-
pagnons, [P. 165] parmi lesquels plusieurs missionnaires
kotàmiens, mit à découvert, par suite d'un mouvement
qu'il fit tout endormi, ses parties naturelles. Les assis-
tants s'entreregardèrent, mais aucun ne s'avança poul-
ies lui couvrir, sauf Gharaweyh ben Yoùsof, qui tira la
couverture sur lui. Quand, à son réveil, Aboû c Abd
Allah demanda qui avait caché sa nudité et qu'il sut que
c'était Gharaweyh : « C'est lui, s'écria- t-il, qui me tuera ! »
vécu en 323, d'après Bekri (p. 182) ; il n'y a là qu'un lapsus certain,
mais qui a échappé à l'attention de son savant traducteur.
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72"*r
— 230 —
Gharaweyh se mit alors à pleurer, lui demandant de le
faire tuer à l'instant: « Non, répondit-il, cela n'est pas
possible, mais, et j'en, prends Dieu à témoin, c'est toi qui
me tueras ». Et la prédiction se réalisa b.
Pendant quelques jours, c Obeyd Allah ne se laissa pas
voir aux Kotâma, puis il recouvra sa confiance en eux,
et il les laissa de nouveau pénétrer auprès de sa per
sonne, mais en prenant la précaution de ne pas les rece-
voir par groupes. Il s'occupa ensuite d'en faire exécuter
quelques-uns et employa pour les faire disparaître diffé-
rents genres de mort.
En cette même année,. Si ben Doûk'àn et Redjâ ben
Aboû K'inna marchèrent avec des forces considérables
contre les Lawàta, chez qui ils portèrent le meurtre et
le pillage et dont ils emmenèrent les enfants en captivité.
c Obeyd Allah fit lire la nouvelle de ses succès à K'ayra-
wàn et dans la région.
En 299 (28 août 911), ce prince envoya vers l'Occident
plusieurs de ses officiers à la tête de nombreux soldats v
pour combattre les Zenâta. Une grande bataille s'enga-
gea au lieu dit Felek MedikW, et les Zenàta y perdirent
un nombre de guerriers incalculable.
La ville de Tâhert fut conquise la même année. A la
suite de la révolte des habitants contre leur gouverneur
Dawwâs et de leur projet de le massacrer, cet officier se
réfugia dans l'ancienne Tâhert, où il organisa la résis-
tance et où la plupart des siens, au nombre d'environ
mille cavaliers, périrent. [Les habitants de Tâhert] appe-
lèrent alors Moh'ammed ben Khazer pour le mettre à
leur tête, allèrent à sa rencontre avec la mère et la famille
(1) On no trouve pas ailleurs le nom de cette localité.
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- 231 -
ainsi que la plus grande partie des armes de Dawwâs, et
l'installèrent dans la ville ; mais ensuite une scission
s'opéra entre eux et lui, de sorte qu'il s'éloigna et rentra
chez lui. c Obeyd Allah envoya alors contre Tàhert "|P. 166J
des forces d'une importance hors ligne, qui, arrivées sous
les murs de cette ville le vendredi 30 moharrem (27 sep-
tembre 911), commencèrent par l'attaquer pendant trois
jours, puis y pénétrèrent par la ruse le mardi 4 çafar
(l or octobre) : les hommes, au nombre de huit mille, fu-
rent massacrés, les femmes et les enfants réduits en
captivité, la ville pillée et incendiée. f Obeyd Allah mit à
la tète de cette [province] Meçâla ben H'aboûs ben Me-
nàzil ben Behloûl Miknâsi. Dâwwàs ben Çoûlàt partit
pour Rak'k'Ada, et le Mahdt le fit exécuter quelque temps
après (*).
h En cette année, il y eut à K'ayrawàn des tremblements
de terre ; des chutes de constructions et des effronde-
ments se produisirent à Elbâs, localité du Sàhel 6(2).
Il y eut à K'ayrawàn une affaire provoquée par les Ko-
tàma b le mardi 20 cha'bànWet par suite de laquelle
plus de mille d'entre eux furent massacrés dans les rues
et marchés de la ville h. Ils réclamaient d v Obeyd Allah
l'autorisation de se livrer au pillage à K'ayrawàn, et il
(1) La prise et la mise à sac de Tàhert sont regardées par Fournel
(ir, 109) ot Wûstenfeld (p. 45) comme la suite des opérations qui
avaient abouti à la victoire de Felek Medik. — En ce qui a trait au
gouvernement de Tàhert par Dawwàs,voir Berbères (n, 523), et cf. i,
244), où il parait y avoir une confusion (cf. Fournel, n, 116).
(2) Ces tremblements de terre sont aussi mentionnés par Ibn el-
Athir, p. 308. Quant à la localité d'Elbas, elle m'est inconnue.
(3) 11 avril 912, mais cf. Fournel, n, 110. On lit le 29 chabàn dans
Wûstenfeld (p 46), ce qui n'est probablement qu'une faute d'impres-
sion.
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\
- 232 -
tâchait de réfréner leurs appétits et d'en rétarder la
satisfaction. [En attendant] ils violentaient et maltrai-
taient les habitants, si bien que ceux-ci, exaspérés,
finirent un jour par se soulever à propos d'un acte de
violence exercé par un Kotâmien du djond sur un mar-
chand de la ville. L'agresseur ayant été repoussé, ses
camarades dégainèrent et voulurent mettre les boutiques
au pillage; mais alors les boutiquiers des soûks se
mirent à crier aux armes, si bien que plus de mille Kotâ-
miens furent massacrés. Le gouverneur de la ville,
Ah'med ben Aboû Khinzir, monta alors à cheval pour
ramener le calme et fit disparaître les cadavres des vic-
times en les jetant dans les égouts.
Alors les Kotâma résidant dans les environs de Rak'-
k'àda ne sortirent plus de chez eux, mais, cessant d'obéir
à e Obeyd Allah, ils mirent à leur tête [P. 167] un jeune
homme, K'âdoù ben Mo c àrik', connu sous le nom d'El-
Mâwat'it 1 ); ils firent de lui la kibla vers laquelle ils se
tournaient pour prier, écrivirent un livre contenant les
préceptes divins tels qu'ils lui avaient [soi-disant] été
révélés (*) et présentèrent leur chef comme étant le Mahdi
attendu. Ce prétendant devint maître de tout le Zàb et
acquit une puissance véritable, de sorte qu' c Obeyd Allah
fit marcher contre lui plusieurs de ses officiers, b dont
l'un, Çoûlàt ben Djonda, se joignit, avec environ deux
cents hommes, à celui qu'il devait combattre b. Alors le
(1) Variantes, Màriti et Mâroùti. Le nom de ce prétendant n est
donné ni par Ibn el-Athir, ni par Ibn Khaldoùn, ni par Makrizi ; le
premier de ces chroniqueurs place cette révolte en Tannée 298.
(2) 11 semble que- le texte doit ici être corrigé et complété, et qu'on
doit ajouter, avec les deux premiers auteurs cités, « prétendirent
qu'Aboû 'Abd Allah était encore en vie».
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- 233 -
propre fils du prince, Aboû'l-K'àsim, fut envoyé par son
père b chez les Kotàma pour y combattre El-Mâwat'i, et
partit à cet effet de Rak'k'àda le samedi 25 ramad'ân
(15 mai 902) 6. Il conquit Constantine et d'autres villes du
pays des Kotàma, et il livra plusieurs combats à son
adversaire. 11 fut abandonné par plusieurs de ses officiers
qui rejoignirent El-Mâwat'i, mais il leur promit le pardon
et usa de procédés assez gracieux pour les ramener.
On exécuta à K'ayrawàn un groupe d'individus accusés
de sympathie pour Aboû c Abd Allah, qui avait voulu se
défaire du Mahdi ; parmi eux figuraient Moh'ammed ben
Aboû Sa c id Mili, préposé au marché (çdhib es-soûk'), c Abd
Allah ben Moh'ammed, surnommé lbn el-K'adim, Mo-
h'ammed ben Aboû Reddjâl Bâghà'i, Aboul-Wahab ben
c Amr ben Zoràra c Abderi, ainsi que plusieurs membres et
[anciens] officiers de la famille Aghlabide.
Il" fut aussi procédé à l'exécution d'Aboû Ibrahim, dit
lbn el-Bidjàwi Korachi Fihri, qui s'était révolté avec les
Tunisiens contre Ibrahim ben Ah'med ben el-Aghlab W .—
En cette année aussi naquit Aboû't-T'âhir Ismà c îl ben
Aboû'l-K'âsim (*) ben c Obeyd Allah, qui gouverna l'Hri-
k'iyya pendant sept ans b. Alors aussi mourut Ziyàdet
Allah ben c Abd Allah ben Ibrahim ben Ah'rqed ben el-
Aghlab, qui avait fui d'Ifrik'iyya pour se diriger vers
l'Egypte, et qui fut enterré à Jérusalem, a Quand il partit
de K'ayrawàn en emmenant ses femmes, ses richesses et
un millier de Slaves, une de ses jeunes esclaves, pour se
faire emmener aussi, lui chanta ces vers :
(1) Il s'agit, je crois, do la révolte de 280 (voir p. 162).
(2) Le texte porte par erreur « ben Aboû't-T'âhir », ce qu'a corrigé
Wûstenfeld, p. 86, n. 1.
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- 234 -
[P. 168 ; Monsarih'] Je n'ai pas oublié la station que nous
fîmes au jour de notre séparation, alors qu'elle avait les
paupières noyées de larmes, ni ce qu'elle me dit lorsque les
chevaux se mirent en marche : « Tu m'abandonnes, seigneur,
et tu pars ! » (*)
D'après Tabari, il fit décharger une bête de somme
pour y faire monter celle qui se plaignait ainsi ; mais
'd'après- e Arib, le prince, bien que touché jusqu'aux
larmes, était trop absorbé par des préoccupations plus
graves, et il dut la laisser. Arrivé en Egypte, il resta huit
jours auprès cT c Isa Noûcheri, gouverneur de ce pays,
puis se rendit à Er-Rak'k'a ; mais rentrée de Baghdâd
lui fut interdite, et Tordre lui fut donné de regagner
l'Egypte. Il mourut empoisonné par un de ses escla-
ves ( 2 ) a.
h En cette année mourut, à l'âge de 87 ans, le juriste
médinois, versé dans la lexicographie, la grammaire et
les beautés de la langue, f Abd AUâh ben Moh'ammed
Temimi, connu sous le nom cTEl-Beydi, descendant
(PAbbâd ben KethirWé.
En 300 (17 août 912), Tripoli se révolta contre c Obeyd
Allah ( 4 >. Le gouverneur qu'y avait nommé ce prince,
(1) Des troïs vers cités p. 201, les deux premiers seulement sont ici
répétés, avec deux variantes.
(2) On n'est d'accord ni sur le lieu ni sur la date de la mort du der-
nier Aghlabide ; voir les textes réunis par Fournel (n, 82).
(3) Qui fut l'ifh des maitres du kàdi Aboû Mohriz Mohammed ben
' Abd Allah Kinâni (lbn el- Athir. vi, 23 ; Fr. hist. ar., 266et 374) ; 1 e nom
de ce dernier est orthographié de même par lbn Farhoùn (f. 133 v.
du ms 5032 de Paris) ; cf. ci-dessus, p. 131.
(4) C'est en 299 qu'Ibn el-Athir (p. 308) fait commencer la révolte
de Tripoli et il place en djoniàda II 300 le départ d'Aboû'l-Kasim à la
tête des troupes chargées de réduire cette ville, tandis que notre auteur,
un peu plus bas, le fixe au 2 djomàda I. Tidjàni assigne à cette expé-
dition la date do 303 V. As., 1853, i, p. 142),
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- 235 —
Màk'enoûn ben Debbâra Adjâbi, laissa à ses cousins
kotàmiens toute liberté de maltraiter le peuple et même
de violenter les femmes. La masse alors se souleva, fit
main basse sur les Kotâma qu'on put trouver et les
massacra, de sorte que Mâk'enoûn s'enfuit. Tripoli ferma
ses portes, les Kotàma qui se trouvaient dans la ville
furent massacrés et Moh'ammed ben lsh'àk', connu sous
le nom d'Ibn el-K'arlin, fut choisi comme chef. Mâk'enoûn
s'était réfugié auprès d' c Obeyd Allah, dont un corps d'ar-
mée marcha contre les insurgés et les combattit pendant
plusieurs mois.
Aboû'l-K'àsim le Chi c ite revint du pays des Kotàma à
Rak'k'âda, traînant à sa suite Màwat'i et les siens
réduits en captivité. Les vaincus furent promenés dans
les rues de K'ayrawàn montés sur des chameaux; b ils
portaient les longs bonnets d'ignominie ornés de cornes
[P. 169] et étaient, accompagnés de bouffons, b puis ils
furent exécutés à Rak'k'âda.
b En la même année, une révolte éclata en Sicile contre
lés gouverneurs El-H'asan et c Ali, l'un et l'autre fils
d'Ahmed ben Aboû Khinzîr, qui furent chassés et dont
les hôtels furent livrés au pillage. Les habitants vou-
lurent prendre pour chef Ah'med ben Ziyadet Allah ben
K'orhob, qui, repoussant leurs offres, s'enfuit et alla se
cacher dans une caverne. Alors les principaux du pays
se rendirent en corps auprès de lui et le prièrent de
prendre le pouvoir, eux-mêmes s'engageant par acte
écrit à ne pas l'abandonner. Il accepta et écrivit alors au
khalife de Baghdàd El-Mok'tadir qu'il reconnaissait sa
suzeraineté et détenait le pouvoir en son nom en Sicile.
Le khalife lui fit parvenir l'investiture demandée et lui
envoya des étendards et des vêtements de couleur noire,
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- 236 -
ainsi qu'un collier d'or. Ah'med ben Ziyàdet Allah, que
cet envoi remplit de joie, manifesta sa résolution et son
zèle à soutenir les intérêts du khalife b (*).
En la même année, Aboû'l-K'âsim ben 'Obeyd Allah
marcha contre Tripoli b et quitta à cet effet Rak'k'âda le
dimanche 2 djomâda I W ; f Obeyd Allah expédia aussi
quinze navires de guerre, qui furent, à leur arrivée
devant Tripoli, combattus par la flotte de cette ville et
livrés aux flammes, tandis que ceux qui les montaient
étaient massacrés. Aboû'l-K'âsim, parti par terre, infli-
gea d'abord une leçon aux Hawwâra, puis campa sous
les murs de la ville b, dont il entama un siège si rigoureux
que Ton y mangea les morts. Il reçut alors des offres de
soumission qu'il accepta, mais en refusant tout quartier
à trois individus b qui devaient être remis à sa discrétion,
Mohammed ben Ish'âk' K'orachi, Moh'ammed ben -Naçr
et un nommé El-Hawh'ah'aW. Après avoir fait son entrée
dans la ville et en avoir pris possession, il ramena ses
troupes à Rak'k'àda en se faisant précéder des trois
personnages cités, qui, après avoir été promenés dans
les rues de K'ayrawàn, montés sur des chameaux et
porteurs des bonnets (d'ignominie) ô, furent exécutés.
Aboû'l-K'âsim fit aussi exécuter à Tripoli ceux des
Aghlabides et de leurs officiers qu'il y trouva.
c Obeyd Allah partit de Rak;kâda [P. 170] et se dirigea
vers Tunis, Carthage et la région du littoral, à la recher-
che d'un emplacement où il pût établir sa capitale. Son
(1) Cet alinéa est traduit dans Amari, Bibl. Ar. Sic, n, 22. Sur cette
révolte, cf. lbn el-Athir, p. 309; Fournel, n, 113.
(2J Voir la note 4 de la p. 234.
(3) Ce nom, probablement altéré, est transcrit « H'oweydj » par
Wûstenfeld, p. 48,
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choix s'arrêta sur la presqu'île de Djemma (*), et il y fit
commencer la construction de la ville qui devait être
Mehdiyya.
b Aboû Dja c far Moh'ammed ben Ah'med ben Hàroûn
Baghdâdi fut nommé au bureau des postes, fonctions
qu'il occupa jusqu'à sa mort.
Moh'ammed ben Aboû Ayyoûb, connu sous le nom de
d'Aboû'l- c Aha, figurait parmi ceux qu'on accusait de
préparer secrètement un soulèvement contre c Obeyd
Allah. Il se cacha, ce qui fut cause qu'on démolit plu-
sieurs maisons [pour le chercher, mais en vain] ; puis il
reparut en répandant dans la ville deK'ayrawân de bons
conseils adressés à c Obeyd Allah en faveur de celle-ci.
Ce dernier le laissa d'abord faire, puis au bout de quel-
que jours le fit mettre à mort.
Aboû Dja c far ben DjabroûnW, marchand d'origine
espagnole et fixé à K'ayrawàn, qui était çâhibW de la
sainte mosquée et des fondouks avoisinant la prison, fut
l'objet auprès du kàdi Merwezi d'une dénonciation con-
firmée par témoignage et l'accusant d'avoir reçu en dépôt
des valeurs importantes ; il fut mis à la question et tor-
turé jusqu'à ce que la mort s'ensuivît b.
En 301 (6 août 913), H'abâsaW ben Yoûsof, envoyé vers
(1) Variante, H'amma,- Sur la^ondation de Mehdiyya, voir Annales ,
p. 314; Foumel, n, 121; Wustenfeld, p. 48. La ville est décrite
notamment par Bekri (p. 72), Edrisi (p. 126), Ibn Khaldoùn (Berb.,
il, 525), Tidjàni (/. As., 1853, i, p. 358), dans Ylstibçâr, p. 13, etc.
(2) La lecture de ce nom, dépourvu de points diacritiques, est
douteuse ; cf. p. 148.
(3) Ce mot est trop vague pour que j'aie osé le traduire ; Wusten-
feld (p. 49) le rend par «qui avait fait construire une magnifique
mosquée, etc. »
(4) Le Nodjoûm et Ibn Khaldoùn orthographient H'obâcha.
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l'Orient à la tête d'une armée que lui confia c Obeyd Allah,
entra dans la ville de SortW b en lui accordant quartier;
les troupes du djond Abbaside qui y tenaient garnison
s'enfuirent, et une circulaire annonçant ces faits d'armes
fut lue dans les mosquées principales d'Ifrik'iyya ; il
pénétra ensuite b dans la ville d'Adjdâbiyya* 2 ), à laquelle
il accorda également quartier et d'où s'enfuirent les sol-
dats Abbasides ; puis ce fut le tour de Bark'a, b c Obeyd
Allah ayant d'ailleurs soin de fournir à H'abâsa les ren-
forts nécessaires b. Les habitants des villes conquises
étaient mis à mort et torturés, leurs biens confisqués, b
et l'on inventait des prétextes pour chercher querelle
[P. 171] aux gens paisibles: ainsi, lors de la prise de
Bark'a, on trouva quelques hommes qui s'amusaient
avec des pigeons, et Habâsa, sous prétexte que ces
oiseaux leur apportaient des nouvelles des Abbasides,
fit allumer un bûcher autour duquel il rangea ces hom-
mes, leur fit manger des lambeaux rôtis de leur propre
chair, puis les fit précipiter dans le feu. A Bark'a encore,
il appela à s'inscrire tous ceux qui désiraient des grati-
fications et une solde élevée ; un certain nombre ayant
répondu à cette invitation, il ordonna aux officiers ( e arif)
kotâmiens de dresser le signalement personnel des ins-
crits, en ajoutant que chacun d'eux devait en garder un
chez soi. Le lendemain, il convoqua les enrôlés pour
toucher les sommes promises et il les fit alors massacrer,
au nombre d'un millier environ, jusqu'au dernier. Sur
leurs cadavres amoncelés, il fit placer un trône où il
(1) Sort ou Çort, au fond de la grande Syrte (Bekri, p. 15 ; Edrisi,
p, 143 ; Istibçâr, trad. fi\, p. 1).
l2) Adjdâbiyya, à 27 lieues S. de Ben-Ghazi, est décrite par Bekri
(p. 14), par Edrisi (p. 157 de la trad.), par Y Istibçâr (trad., p. 58), etc.
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s'assit, et les chefs de la ville, qu'il fit alors introduire,
contemplèrent avec épouvante ce tas des malheureux
assassinés ; trois d'entre eux moururent da peur et de
saisissement. Il se mit alors à les injurier et les menaça
de les faire tous massacrer s'ils ne lui apportaient pas
le. lendemain cent mille mithkâh. Aussi cette somme
lui fut-elle payée b. Des troupes nombreuses furent en-
voyées d'Egypte contre H'abâsa ; une grande bataille
eut lieu, où ce général, b après diverses péripéties b,
mit ses adversaires en déroute, les poursuivit et en tua
beaucoup,
b H'abâsa fit aussi exécuter à Bark'a Hârith et Nizâr,
fils Pun et l'autre de H'ammàl Mezàti, ainsi que plu-
sieurs de leurs enfants et de leurs cousins ; il fit vendre
leurs femmes et confisqua leurs biens. c Obeyd Allah en
effet avait logé chez eux lors de sa venue d'Egypte au
Maghreb et il les accusa de lui avoir volé une charge
d'argent et d'effets ; la réclamation (Ju'il présenta alors
lui valut les insultes de l'un d'eux, qui, s'avançant contre
lui, l'injuria et le souffleta. H'abàsa ne lit en cela qu'exé-
cuter les ordres qu'il avait reçus du prince. Les habitants
de cette ville écrivirent à f Obeyd Allah quels étaient les
procédés de H'abâsa à leur égard : massacre des hom-
mes, captivité des femmes, confiscation des biens. Il
leur répondit en s'excusant, affirmant par serment n'avoir
rien ordonné de ce genre [P. 172J sinon pour les trois
individus cités (*), et il donna à H'abâsa l'ordre de s'éloi-
gner b. Ce général continua donc avec ses troupes de
s'avancer vers l'Egypte, établit son camp au *( 2 )
(1) Plus haut, il n'a été question nommément que des deux fils de
ilammàl Mezàti.
(2) La lecture de deux mots est douteuse : djebel Mahka t
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- 240 -
attaquant les châteaux du voisinage et ne leur laissant
aucun repos tant qu'il ne les avait pas pris et livrés au
massacre et au pillage, tandis que les enfants étaient
réduits en esclavage.
b Aboû'l-K'âsim marche contre l'Egypte b.
En la dite année, Aboû'l-Kâsim ben c Obeyd Allah
quitta Rak'k'âda à la tête de forces considérables et
s'avança contre l'Egypte (*).
Moh'ammed ben Ah'med ben Ziyâdet Allah ben K'or-
hob livra aux flammes, dans le port de Lamt'a( 2 ), la flotte
d' c Obeyd Allah. El-H'asan ben Ah'med ben 'Aboû Khin-
zir, qui la commandait, fut égorgé de la propre main de
Moh'ammed ben K'orhob, qui lui coupa ensuite les pieds
et les mains, fit environ six cents prisonniers b et incen-
dia tous les navires b, c Obeyd Allah, quand il apprit ces
événements, b et dans la croyance que sa flotte existait
encore b, envoya des secours, mais Ibn K'orhob combat-
tit et mit en fuite les nouveau-venus, dont les bagages
et approvisionnements tombèrent entre ses mains ( 3 ).
b A K'ayrawân mourut Aboû Bekr Moh'ammed ben
el-H'asan Baçri Korachi. A K'açr et-T'oûb, couvent for-
tifié (ribâf) du voisinage de Sousse, mourut l'ascète Aboû
(1) La campagne du fils (T'Obeyd Allah semble donc être indépen-
dante de celle de Habàsa, qui vient d'être racontée. Plus tard, sous
l'aiyiée 302, ces deux chefs semblent marcher ensemble ; cf. Ibn el-
Athîr, trad. ïi\, p. 312, et le Nortjoûm.u, 181 et 193.
(2) Au sud de Monastir ; c'est la Leptis parva de l'antiquité. Edrist
et Bekri mentionnent cette localité.
(3) Ce paragraphe figure dans la Biblioteca, d'Àmari (n, 23) ; cf.
Fournel, n, 114.
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- 241 -
Yoûnos, à l'enterrement de qui les habitants de K'ayra-
wàn se rendirent b.
En 302 (26 juillet 914), Aboû'l-K'âsim, qu'accompagnait
le général H'abâsa, entra à Alexandrie, qu'il trouva
déserte, les habitants s'étant embarqués avec leurs biens
les plus facilement transportables et ayant abandonné
leurs autres meubles, dont les vainqueurs s'emparèrent.
Aboû'l-K'âsim s'avança alors dans le Fayyoûm, [P. 173]
où il établit son camp jusqu'à ce que le page (fêta)
Mounis arrivât de l'Irak pour le combattre. Habàsa
abandonna alors l'Egypte et se retira au Maghreb, parce
qu'Aboû'l-Kâsim lui avait envoyé du Fayyoûm Aboû
Feridoun, général qui devait le remplacer dans son^
commandement, tandis que lui-même irait rejoindre
Aboû'l-Kâsim au Fayyoûm. Irrité de cette mesure et
s'écriant que, quand il était près de rester vainqueur,
Abôû Ferîdoun allait recueillir le bénéfice et la gloire de
ses faits d'armes, H'abâsa s'enfuit à cheval du côté du
Maghreb à la tête d'une trentaine de ses cousins aussi à
cheval. Une dépêche d'Aboû'l-Kâsim, adressée aux gou-
verneurs [des provinces situées le long] de la route W
leur ordonna de faire bonne garde b et de le prendre s'il
passait à leur portée ; en outre il informa aussi son père
c Obeyd Allah. A l'arrivée de Mounis en Egypte, le lundi
15 ramad'ân (2 avril 915) b, Aboû'l-K'âsim quitta le
Fayyoûm et se dirigea vers l'Ifrîk'iyyaW, en emportant
ce qu'il avait de moins lourd en fait de choses précieuses,
(1) ^ J*J\ JU-ft peut-être, les gens chargés de veiller à la sûreté
des roules. Rapprochez pettc expression de L ^—>Ja3\ J^-> de Zer-
kechi (texte, p. 109, trad. fr. t p. 201).
(2) A la suite de quatre sanglants engagements, au dire d'ibn el-
Athir, (trad., p. 313 ; Wustenfeld, p. 50).
16
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- Ihà -
de vêtements et d'armes. Les troupes égyptiennes, qui
serraient de près l'arrière-garde, lui enlevèrent ses
tentes et une grande quantité d'armes et autres objets.
b Quant à H'abâsa, il gagna d'abord la région de Bark'a,
et delà Nefzâwa b; mais il était serré de- près, b et ses
compagnons l'ayant abandonné, il fut pris et enchainé, b
puis mené à c Obeyd Allah, qui le jeta en prison lui et sa
famille.
Gharaweyh se prépara secrètement à fuir b de Tàhert
b, car il avait appris l'histoire b et la fuite de H'abâsa,
lequel, dit-on, lui avait écrit et espérait le rejoindre
[P. 174] et trouver de l'aide auprès de lui. La capture de
H'abâsa fit prendre peur à Gharaweyh b, qui s'enfuit en
emportant ses richesses, mais qui fut pris et tué b dans
l'Aurès b. Sa lête fut envoyée à c Obeyd Allah, qui, b en
apprenant la complicité du défunt el de H'abâsa b, donna
Tordre d'exécuter celui-ci et tous ses proches. On les
tira donc de prison et on les décapita, après quoi toutes
ces. tètes, chacune portant un écriteau suspendu aux
oreilles et indiquant le nom de celui à qui elle avait
appartenu, furent présentées à c Obeyd Allah, qui les
examina toutes,, y compris celles de H'abâsa et de Gha-
raweyh, et qui s'écria : « Etrange retour des choses de
ce monde ! Ces têtes, pour qui l'Orient et l'Occident
étaient trop petits, les voilà toutes réunies dans ce
panier! » b II les fit jeter secrètement dans la grande
mosquée d'Alexandrie (*).
Alors mourut le juriste Sa c id ben Moh'ammed ben
(1) C'est à K'ayrawàn qu'Ibn el-Athîr place la révolte cT'Aroûba en
302. Si ce chef s'était trouvé à Tàhert, ainsi que le dit le Bayan> son
mouvement vers l'Aurès n'aurait pas été une fuite, mais une tenta-
tive de jonction avec H'abâsa.
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- 243 -
Çabih' Ghassàni, compagnon et disciple de Soh'noûn ben
Sa c id 6.
Lorsqu'Aboû'l-K'âsim revenant d'Egypte avait passé
dans le voisinage de Bark'a, les habitants de cette ville
lui avaient apporté leurs salutations, et il leur avait dit
qu'il était à la poursuite de H'abâsa pour le punir des
mauvais traitements qu'il leur avait infligés ; il leur
avait ordonné de réparer les brèches des murailles de
leur ville et leur avait donné des Kotamiens pour chefs.
Mais quand il se fut éloigné et qu'on sut dans quelles
circonstances il avait quitté l'Egypte, une émeute éclata
contre les chefs kotamiens, qui furent massacrés. Aboû'l-
K'âsim arriva du Fayyoûm à Rak'k'Ada, le dimanche
10 dhoûl-kVda (26 mai 915).
En 303 (16 juillet 915), b mourut Ziyâdet Allah ben
c Abd Allah ben Ibrahim ben el-Aghlab, à Ramla, lais-
sant comme fortune, au dire de ceux qui étaient auprès
de lui, mille dinars frappés à son nomW b. Il y eut en.
Ifrik'iyya et dans les régions voisines une violente épidé-
mie, qui emporta, [P. 175] parmi les Koreychides habi-
tant K'ayrawân, Aboû'l-Moç c ab ben Zorâra c Abderi.
Cette année vit encore mourir : le kàdi Djemmâs ben
Merwân ben Semmâk Hamadâni, juriste pieux et cons-
ciencieux; Moh'ammed ben c Obâda Soûsi; Khalaf ben
Mo'ammer ben Mançoûr, juriste irakien (hanéfite), qui
avait reçu les leçons de son père, élève d'Asad ben el-
Forât;il avait, dès rentrée des Chiites en If rîk'iyya, adopté
leurs doctrines pour mettre ainsi à l'abri des investiga-
tions des nouveaux maîtres son fils, qui s'était approprié
(1) On a vu ci-dessus (p. 233), la mort du dernier Aghlabide
fixée à l'année 299.
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* -"JUM 11 !
- 244 ^
des valeurs lorsque Ziyâdet Allah s'était' enfui de Rak'-
k'âda. Son père, Mo'ammer ben Mançoûr, qui avait été
élève d'Ibn Ferroûkh et aussi d'Asad ben el- Forât, dont
l'enseignement était le plus fidèlement rapporté par lui,
disait que l'usage des boissons enivrantes est permis,
que l'abus seul en est interdit. — Alors aussi mourut
dans la torture, à Rak'k'âda, le kâdi Moh'ammed ben
c Omar Merwezi, qui fut inhumé de nuit au Bâb Sàlem.
On rechercha ses biens auprès des habitants de K'ayra-
wân, dont plusieurs, chefs, hommes distingués et mar-
chands, subirent à ce propos la torture.
- b c Obeyd Allah envoya contre Bark'a des troupes
commandées par Aboû Medini ben Ferroûkh LahîçH 1 ) b.
Il nomma directeur du«kharâdj d'Ifrik'iyya le kâdi Aboû
Mo c ammer e Imrân ben Ah'med b ben c Abd Allah ben
Aboû Moh'riz, qui eut ensuite à procéder à la répar-
tition (de l'impôt) sur les propriétés rurales b. Après les
avoir toutes recensées, et relevé les produits annuels
maximum et minimum de la dîme, il divisa le total par
deux, et chaque propriété fut taxée au chiffre ainsi
obtenu.
Des troubles surgirent en Sicile contre Ibn K'orhob, b
dont une partie de la population était d'accord pour
demander le renvoi et écrivit à c Obeyd Allah. En vain le
gouverneur menacé recourut aux cajoleries [P. 176] et
rappela à ses adversaires les serments qu'ils lui avaient
prêtés 6, la guerre civile éclata, et Ibn K'orhob n'eut
pour le soutenir qu'une partie de la population. Il voulut
alors passer en Espagne et fréta à cet effet des bâtiments
(1) Ici comme ailleurs, je conserve la lecture d'Ibn Khaldoûn
Lahîçiy et non LahîcTi.
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- 245 —
qu'il remplit d'une foule d'objets divers ; mais la popu-
lation empêcha la réalisation de son projet, livra au
pillage le contenu de ces navires et emprisonna le gou-
verneur, son fils et son kâdi b connu sous le nom d'Ibn
el-Khâmi. Tous les trois furent enchaînés 6 et envoyés
à c Obeyd Allah, avec une lettre demandant un gouver-
neur et un kâdi, b mais où il était dit aussi que ni soldats
ni secours n'étaient nécessaires b; les Siciliens y ajou-
taient une condition qui irrita ce souverain et les excita
contre eux, au point de lui faire, comme on le verra plus
loin, envoyer une expédition contre euxW.
En.ô moharrem b 304 (juillet 916), Ibn K'orhob et ses
compagnons arrivèrent b enchaînés à Sousse, où se trou-
vait b c Obeyd Allah. Celui-ci fit comparaître l'ex-gou-
verneur devant lui et lui demanda pourquoi il s'était
révolté et avait méconnu les droils de la dynastie ; à
quoi le prisonnier répondit qu'il avait été élevé au
pouvoir malgré lui et qu'il en avait été précipité de
même. f Obeyd Allah emmena ses prisonniers à Rak'-
k'àda, b où, après avoir subi la flagellation, ils eurent
les pieds et les mains coupés près du tombeau d'El-
H'asan ben Aboû Khinzir, à la porte de Sàlem, puis cru-
cifiés sur place.
En rebi e I (septembre 916^, les murs de Mehdiyya
furent terminés et l'on y plaça les portes b.
c Obeyd Allah envoya en Sicile des troupes et des
navires b commandés par Aboû Sa c id connu sous le nom
d'Ed-D'ayf b, qui, pendant plusieurs mois, tint les
rebelles bloqués et en tua un grand nombre. [P. 177] Les
(1) Ce paragraphe, de même que le suivant, figurent dans la
Biblioteca d'Amari (n, 24) ; cf. Founiel, u, 124.
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- 246 -
Kotàma, lancés sur les femmes et les enfants qu'ils trou-
vèrent dans les faubourgs de la ville, assouvirent sur
eux leurs passions et violèrent même les vierges, b Aboû
Sa c id annonça ses succès à c Obeyd Allah, qui lui envoya
(tes renforts considérables en bâtiments et en soldats b.
Les SicUiens alors demandèrent quartier b en s'offrant à
livrer les (principaux) complices de lçur rébellion b ; leur
demande fut entendue et la ville fut démantelée ; b les
'armes, les chevaux et les esclaves furent livrés, une
contribution de guerre leur fut imposée et Aboû Sa c id
embarqua, pour les envoyer à c Obeyd Allah, les coupa-
bles qui lui furent remis, mais ils furent engloutis par la
mer. Avant de reprendre le chemin de K'ayrawân b, il
nomma au gouvernement de la Sicile Sâlim ben Aboû
Ràchid, avec qui il laissa une troupe de Kotàma (*).
b Aboû Medini, qui avait été envoyé contre Bark'a,
conquit cette ville après un siège de dix-huit mois où la
plupart des habitants avaient été fauchés dans les com-
bats. Le vainqueur en fit périr toute une troupe dans les
flammes, confisqua tous les biens et envoya un groupe
de prisonniers à c Obeyd Allah, qui les fit exécuter.
Cette année-là moururent le kàdi Moh'ammed ben
Aswad ben Gho'ayb Çadini, le juriste Meymoùn ben
c Omar et l'ascète Moh'ammed ben Ah'med Çadafi b.
Meçàla ben H'aboûs* 2 ) s'avança de Tâhert contre Sa c id
ben Çàlih' ben Sa c id ben Idris, prince de Nàkoûr M, et lui
livra de nombreux combats.
(\) Ce paragraphe se retrouve dans la Biblioteca (n, 26).
(2) Ibn Khaldoùn le cite comme étant l'un des officiers les plus
capables d' Obeyd Allah (Bey hères, i, 259 et 266; Dozy, Histoire des
Mus. d'Esp.y m, 38).
(3) Cette orthographe établit la prononefation Nakour, et non
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En 305 (23 juin 917), le dit Meçâla, qui était au service
d' r Obeyd Allah, s'empara de Nàkoûr et y lua Sa'id ben
Çâlih', le jeudi 3 moharrem (25 juin) ; la ville fut pillée,
les femmes et les enfants réduits en esclavage. (P. 178)
Il retourna alors à Tàhert et accompagna l'annonce de
sa victoire à f Obeyd Allah des têtes «du chef vaincu et de
ses partisans, têtes qui furent promenées dans les rues
de K'ayrawân. Les fils de [Sa c id ben] Çàlih' échappèrent
à la mort en se réfugiant en Espagne, b confiants dans
la générosité, dont le bruit était arrivé jusqu'à eux, du
Prince des croyants En-Nàçir ( c Abd er-Rah'màn), et dans
les bons procédés dont il usait à l'égard de ceux qui
recouraient à sa protection b. Ils abordèrent à Malaga,
où l'ordre du prince était arrivé de les recevoir et de les
traiter libéralement : b il leur envoya des vêtements de
toute sorte ainsi que tout ce dont ils pouvaient avoir
besoin, et leur offrit soit de venir à la cour soit de rester
où ils étaient ; ils choisirent, malgré son noble et géné-
reux accueil, ce dernier parti b. Meçàla était retourné à
Tàhert après avoir laissé le commandement de Nàkoûr
au nommé Dheloûi ; mais celui-ci fut abandonné par ses
troupes, b et ne resta qu'avec des chi'ites débandés b.
Alors Çâlih' ben Sa c id ben Çàlih' revint de Malaga et,
après l'avoir massacré lui et les siens, reprit possession
de Nàkoûr, d'où il adressa à En-Nàçir des cadeaux con-
sistant en chevaux et en chameaux 0).
Nokour ainsi que ce nom a été écrit dans la traduction de Bekri et
ci-dessus.
il) Sur ces événements et sur les Edrisides, voir Dozy, Mus. d'Esp.,
m, 33; Bekri, 209 et 268; Berbère*, ir, 145 et 559; Mibçar, p. 45;
Wiistenfeld, 52 ; Fournel, n, 127.
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— 248 -
Récit sommaire de ce qui concerne les chefs de la ville de Nâkoûr
depuis sa fondation jusqu'à l'époque où nous sommes parvenus.
Çàlih' ben Mançoûr, connu sous le nom de a Vertueux
serviteur de Dieu » (el^abd eç-çâlih y ) t arrivé au Maghreb
lors de la première conquête, du temps d'El-Welid ben
c Abd el-Melik, s'établit chez les Benoû TimsàmânW, et
ce fut entre ses mains que les Berbères de cette région,
qui étaient des Çanhàdja et des Ghomâra, embrassèrent
Tislamisme. Mais ensuite la plupart, à qui l'observation
des préceptes de leur nouvelle religion paraissait trop
pénible, apostasièrent et choisirent pour chef [P. 179] un
nommé Dâwoûd, connu sous le nom d'El-Mezidi W et
originaire de Nefza, en même temps qu'ils chassèrent
Çâlih'. Plus tard, Dieu restaura sa croyance chez ces
populations, qui, se repentant de leur infidélité, mirent
à mort Dàwoûd Mezidi et rappelèrent Çâlih'. Cet état de
choses dura jusqu'à ce que ce dernier mourût à Timsâ-
mân laissant trois fils, El-Mo e taçim et Idrîs, issus d'une
Çanhàdjienne, et c Abd eç-Çamad. Le premier fut choisi
pour remplacer son père et mourut peu de temps après.
La confiance populaire appela ensuite Idrîs au pouvoir,
et après la mort de ce dernier il fut remplacé par Sa c id
ben Idris, qui bâtit la ville de Nâkoûr, à cinq journées
de Zawàgha, ville appartenant à El-H'asan ben Aboû'l-
e Aych. Elle est munie de quatre portes, le Bàb Soley-
mân, le Bàb Béni Ouryàghal, le Bàb el-Moçalla et le Bàb
el-Yehoûd ; elle renferme une mosquée principale de
(1) Ce nom se retrouve à plusieurs reprises dans Bckri (pp. 209, 212,
227 et 228), ainsi que dans Ibn Khaldoùn, mais pour désigner une
localité.
12) Dans Bekri (p. 212), on lit Er-Rondi.
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1 i - 'ff i , * ' - '7 J F^ T^r
- 249 -
vastes, dimensions et où le bois de cèdre est le plus em-
ployé, de nombreux bains, des marchés animés et éten-
dus ; elle est située entre deux rivières, dont Tune, le
Nâkoûr, lui a donné son nom M. En 244 (18 avril 858), les
Madjoûs y pénétrèrent en maîtres, et ceux-là seuls des
habitants dont Dieu permit la fuite purent échapper; les
vainqueurs en sortirent après y avoir séjourné huit
jours. Elle est à cinq milles de la mer. Les descendants
de Bernés attaquèrent Sa c id ben Idris, mais Dieu lui
donna la victoire et lui permit de les mettre en fuite;
leur chef fut tué et les survivants rentrèrent dans le
devoir.
Sa c id mourut après trente-sept ans de règne et eut
pour successeur son fils, Çâlih' ben Sa c id ben Idris
ben Çàlih' ben Mançoûr. Il laissait encore d'autres fils,
Mançoûr, H'ammàd, Çàlih', Ziyàdet Allah, Er-Rechid,
c Abd er-Rah'mân le martyr, Mo c àwiya, c Olhmàn, c Abd
Allah et Idris. c Abd er-Rah'màn, qui était un juriste
malékite, fit quatre fois le pèlerinage et franchit la mer
pour faire la guerre sainte en Espagne ; tous ses compa-
gnons furent massacrés par le rebelle Ibn H'afçoûn,
mais lui-même put se réfugier à Murcie ; il trouva
ensuite la mort du martyr dans l'expédition commandée
par le général Aboû'l- c Abbâs( 2 ).
Çâlih' eut à se défendre contre la révolte de son frère
Idris, soutenu par les Benoû Ouryàghal etlesKeznàya( 3 ).
[P. 180] Il fut mis en déroute dans une rencontre qui eut
(1) La seconde est le Ghis, d'après Bekri (p. 210).
(2) Ah'med ben Moh'ammed, plus connu sous le nom d'Ibn Aboù
'Abda (Bekri, p. 214, n. 2 ; Dozy, Mus. d'Esp., n, 308 et s,).
(3) Ou Guezennàya, comme écrit M. de Slane.
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— 250 -
lieu dans la montagne des DjeznâyaM, et Idris,. après
avoir mis son camp au pillage, s'avança sur Nâkoûr, où
il espérait pénétrer. Mais les habitants se défendirent
jusqua ce que Çâlih, arrivé avec ses fidèles, pût y péné-
trer au milieu de la nuit et à l'insu-de son frère, qui
campait sous les murs de la ville et cherchait à s'en
emparer. Le lendemain, Idris à cheval et ignorant la
présence de son frère, fut introduit dans la ville, puis
les pages de Çâlih', le faisant descendre de sa monture,
le menèrent à pied auprès du souverain légitime, qui le
fit d'abord emprisonner; puis, sur le conseil de K'âsim
Ousnàni( 2 ), il le fit exécuter par son page c Asloûn.
Les Miknâsa eurent des velléités de résistance et gar-
dèrent par devers eux le produit des impôts auxquels
ils étaient soumis. Çâlih* leur écrivit alors une lettre de
menaces, qu'il scella et déposa dans une musette qu'il
attacha à son âne; puis il fit partir celui-ci avec un
homme de confiance qui avait ordre, lorsqu'il serait au
milieu des Miknâsa, d'abandonner cet animal avec ce
qu'il portait et de s'en revenir. Les Miknâsa, qui trouvè-
rent l'âne de Çâlih', lurent le message dont il était por-
teur, majs ils persistèrent tout d'abord dans leurs dispo-
sitions ; puis ils se décidèrent à réunir les sommes dues,
couvrirent lane d'un caparaçon, et le ramenant à Çàliti'
en même temps que l'argent, lui demandèrent et obtin-
rent leur pardon. Çâlih' ben Sa c id mourut après un règne
de plus de vingt ans M.
(1) Autre Qrthographe de Keznâyx. Bekri, dont le Bayân repro-
duit le récit, dit: « dans la montagne des Keznàya, connue sous le
nom de Kouwiu ».
(2) Ce nom est orthographié de même dans Bekri, mais la correc-
tion Ouchtâti proposée par Dozy est très plausible.
(3) De vingt-huit ans, dit Bekri (p. 217).
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— 251 —
Il eut pour successeur son fils Sa f id ben Çàlih\ qui,
après que le pouvoir fut définitivement établi entre ses
mains, reçut la visite de ses esclaves slaves venant
réclamer leur mise en liberté : « Vous êtes, leur répondit
Sald, notre corps de troupes (djùndj et nos esclaves, et
ne faites pas partie de mon héritage personnel; que
signifie donc cette demande de mise en liberté ? » Mais
ils insistèrent, lui firent violence et, proclamant sa
déchéance, choisirent pour le remplacer son frère c Obeyd
Allah, et son oncle Aboû c Ali er-Rid'à, qu'ils emmenè-
rent l'un et l'autre au palais. Mais Sa c id organisa la
résistance, à l'aide de ceux qui l'entouraient et des fem-
mes, dans la partie supérieure de cet édifice, puis le
peuple se mit aussi de la partie, et les mécontents
furent chassés de la ville et mis en déroute ; pourtant ils
se fortifièrent dans une bourgade, où ils résistèrent pen-
dant sept jours, mais Sa c id finit par l'emporter. Il empri-
sonna son frère f Obeyd Allah ainsi que son oncle Er-
Rid'â, qui était en même temps son parent par alliance,
mais il fit exécuter ceux de ses cousins qui avaient par-
ticipé à la révolte, entre autres El-Aghlab et Abotfl-
Aghlab. Alors Sa'âdet [P. 181] Allah ben Hâroûn, cousin
d'El-Aghlab et qui résidait à Nâkoûr avec Sa c id, repro-
chant à celui-ci d'avoir mis à mort El Aghlab et d'avoir
épargné son oncle et son frère, s'entendit avec les Benoû
Içlàten tout en continuant à résider à Nàkoûr, puis il
quitta la ville avec ses partisans et alla rejoindre cette
tribu M. Sa c id fut battu par les insurgés, qui lui enlevè-
(1) Bekri, qu'a suivi notre auteur et qui est plus explicite, dit que
Sa'id, qui s'était mis en campagne avec Sa'àdet Allah pour combat-
tre les insurgés, fut trahi par son cousin sur le champ de bataille
même.
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- 252 -
vent ses drapeaux et ses tambours, lui tuèrent un millier
de ses clients, puis, de concert avec Sa c àdet Allah,
l'assiégèrent dans Nâkoûr. Mais un revirement de for-
tune permit à Sa c id de reprendre le dessus : il dispersa
ses ennemis, fit prisonnier Meymoûn ben Hàroûn, frère
de Sa'âdet Allah, et après s'être porté à Timsàmân, où
il brûla et ruina les propriétés de son adversaire, il ren-
tra à Nâkoûr. Quant à Sa'âdet Allah, après avoir fait la
paix avec Sa e id, il se rendit chez les Bot'iwa et les Benoû
Ourtedi, avec l'aide desquels il attaqua et battit les
Zenâta, de sorte que toute cette région se soumit à lui.
Il retourna alors habiter Nâkoûr et y vécut en bonne
intelligence avec Sa f id.
c Obeyd Allah Chi c i, à la suite de ses conquêtes, écrivit
aux peuples du Maghreb pour les inviter à reconnaître
son autorité et à embrasser ses doctrines religieuses.
Au bas du message qui fut adressé à Sa c id ben Çâlih\
se trouvait une longue pièce de vers, où on lisait entre
autres:
[T'awll] Si vous marchez droit, je ferai de même pour
votre bien ; si vous vous détournez de moi, je vous jugerai
dignes de mort. Mon glaive vainqueur dominera les vôtres,
j'entrerai sans peine dans votre pays et je le remplirai de
carnage (*).
Sa c id fit répondre par son poète :
[T'awll] J'en atteste le saint Temple de Dieu, tu mens et
ignores la justice, et le Miséricordieux ne reconnaît aucune
(1) Ces vers se retrouvent dans Bekri (p. 219), et dans Ibn Khal-
doûn {Berbères, n, 140). Il en est de même de ceux qui suivent, dont
l'auteur est le Tolédan Ah'mas, et que Dozy à aussi .traduits (Mus.
d'Esp., m, 38).
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- 263 -
valeur à tes dires. Tu n'es qu'un impie et un hypocrite, et tu
offres à ceux qui ignorent la règle traditionnelle quelque
chose digne d'eux. Tout notre zèle est pour la religion de
Moh'ammed, et Dieu n'a mis en toi qu'un zèle méprisable !
c Obeyd Allah envoya alors à Meçàla, son général à
Tâhert, Tordre de marcher contre Nâkoûr et d'attaquer
Sa c îd. Meçâia, parti de Tâhert à la nouvelle lune de
dhoû'l-hiddja de Tannée antérieure à celle où nous
sommes parvenus (25 mai 917), installa son camp à une
journée de marche de Nâkoûr. Sa c id Tattaqua, [P. 182] et
trois jours de combats ne produisirent aucun résultat
définitif. Sa c id avait avec lui Ah'med ben el-'AbbàsW,
chef berbère appartenant à la tribu des Benoû It'ewwou-
fet, qui forma spontanément le projet téméraire d'aller
attaquer Meçâia dans son camp même avec sept cava-
liers seulement; mais sa présence fut signalée, Téveil
fut donné et les huit audacieux furent faits prisonniers.
Meçâia ayant donné Tordre de les décapiter, Ah'med
s'écria qu'on n'exécutait pas un homme comme lui. Invité
par Meçâia à s'expliquer, il lui répondit: « Parce que tu
ne peux espérer venir à bout de Sa c id que par moi ! » Le
général chi c ite le laissa donc vivre et le prit en si grande
faveur qu'il fît de lui son familier; plus tard il lui donna
un corps de troupes avec lequel Ah'med, pénétrant par
un côté qu'il savait mal gardé, tomba dans le camp de
Sa c id, qui ne redoutait rien dans cette direction. Cela
déconcerta ce chef, qui n'avait pas pris de mesures pour
parer à cette attaque et qui voyait les assaillants se suc-
céder les uns aux autres ; se jugeant hors d'état de
résister plus longtemps, il dépêcha à Nâkoûr des messa-
(1) Ce nom est écrit dans Bekri (p. 220) « H'amd Ibn el-'Aïyâch ».
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- 254 -
gers pour faire sortir les habitants du palais et en tirer
leurs effets, puis tout ce monde, y compris Çâlih' ben
Sa c id, Idrîs et El-Mo e taçiru, se retira dans une île du
port de Nâkoûr. Sa'id combattit jusqu'à ce qu'il tomba
mortellement frappé, et son camp devint la proie du
vainqueur, qui entra à Nâkoûr, y tua les hommes et
réduisit en captivité les femmes et les enfants. Un
poète M dit à ce propos :
[Redjez] Après que ce vilain fils de vilain, qui d'ailleurs
n'était soutenu que par une poignée d'ignorante populace,
se fut révolté, il se dit que, abandonné par le Seigneur,
Nâkoûr lui servirait de refuge. Mais la suprême décision du
destin le surprit (et l'enveloppa) de la même manière que
l'incendie ardent qui, provenant de Dieu, a ravagé un terri-
toire depuis longtemps à l'abri. Le vainqueur écrasa la poi-
trine des habitants de cette ville, et la tête de son chef
réduit à l'impuissance figura sur la pique des lances flexi-
bles, garnie de cheveux embroussaillés et flottants, ornée
d'une barbe poussiéreuse et non peignée.
[P. 183] Ceux des enfants de Sa c id qui purent s'échap-
per s'embarquèrent pour Malaga, où ils se fixèrent, à
cause tant de la proximité de cette ville de leur patrie
que de l'espoir qu'ils avaient d'y rentrer un jour. Meçâla
quitta Nâkoûr après un séjour d'environ six mois et y
laissa pour le remplacer Dheloûl, à qui arriva ce que
nous avons dit [et que nous répétons]. Quand les fils de
Sa c id, c'est-à-dire Idris, El-Mo c taçim et Çâlih', qui
étaient à Malaga, apprirent que Dheloûl avait été aban-
(1) C'est-à-dire Aboû Dja'far Ah'med ben el-Merwedhi, ainsi que
nous l'apprend Bekri (p. 222), qui donne aussi les vers cités avec
diverses variantes, reproduites ici pour la plupart.
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- 255 -
donné par les siens â Nâkoûr, ils partirent la même
nuit, mais sur des bâtiments différents, après être con-
venus, tant ils étaient sûrs de leurs sujets, que le pou-
voir appartiendrait au premier débarqué. Dès que la
nouvelle de la présence de Çàlih, qui arriva la nuit
même, se répandit chez les Berbères, ils se précipitèrent
vers lui, l'acclamèrent et lui donnèrent le nom d'El-
Yetim (l'orphelin); après quoi ils se jetèrent sur Dheloûl
et sur ses partisans, et les massacrèrent tous. Çàlih'
informa de l'heureux résultat de sa tentative En-Nâçir
c Abd er-Rah'mân l'Omeyyade, qui lui fit adresser des
approvisionnements de tentes, d'objets d'équipement,
de drapeaux et de tambours. Ainsi se trouva rétabli le
pouvoir de Çâlih' dans le Maghreb, tandis que ses frères
errèrent pendant deux mois sur la mer avant de débar-
quer à Nàkoûr. Cette ville est celle qu'on nomme actuel-
lement EI-Mazemma ou non loin de là M a.
b En rebi* I (août-septembre 917), de cette année, fut
achevée l'installation de la K'âsimiyya, à K'ayrawàn, où
se transportèrent les marchands et les artisans.
En cette année moururent Aboû Dja f far Ah'med ben
Moh'ammed Korachi, connu sous le nom de Maghar-
baniW, descendant d' e Okba ben Nâfi c Fihri," ascète voué
aux exercices religieux, qui avait longtemps reçu l'ensei-
gnement de Soh'noûn et d'autres; ainsi que le kâdi de
Gafça, Mâlek ben c fsa ben Naçr, qui, à deux reprises
formant un total de vingt ans, avait voyagé pour
recueillir les traditions et qui était devenu habile et
(1) A cinq milles au nord de Nàkoûr, dit Bekri, qui ailleurs con-
fond ces deux localités (pp. 209 et 227 ; lbn Haukal, éd. de Goeje,
p. 53; Dozy, Recherches, 3 e éd., n, 279).
(2) Nom d'une lecture douteuse.
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- 2&6 ~.
pénétrant dans cette science. A Rak'k'àda mourut un
Koreychide d'Ifrik'iyya, Aboûl-Fad'l Moh'ammed ben
<Abd es-Selâm ben Isrnâ e il ben c Abd es-Selâm, qui des-
cendait d' c Abd el-Melik ben Merwàn. Il avait, pour
pénétrer auprès de ceux de sa race et rester avec eux,
exercé la charge de percepteur d'impôts à Tripoli et à
Tunis, et avait ainsi pu acquérir [P. 184] sa fortune. Les
Chiites le firent périr dans les tortures.
Les habitants ruraux des divers cantons d'Ifrik'iyya
eurent, cette année-là, à payer une contribution nommée
iacTyt* (ruine?) et que (les vainqueurs) prétendirent être
l'arriéré de l'impôt des métairies ^) b.
En 306 (13 juin 918), le lundi l* r dhoû'1-kVda (4 avril
919), Aboû'l-K'âsim ben ç Obeyd Allah partit pour sa
seconde expédition d'Egypte, pour laquelle il réunit des
forces nombreuses composées de Kotâma ainsi que
d'Arabes et de Berbères d'Ifrik'iyya ( 2 ). b Entre autres
conseillers de son père, il emmena Khalil ben Ish'âk', le
secrétaire Aboû Ghânem, et Menn Allah ben el-H*asan
ben Aboû Khinzir, qu' c Obeyd Allah déplaça de K'ayra-
wân pour l'envoyer avec Aboû'l-K'âsim, tandis qu'il le
remplaçait en qualité de gouverneur de cette dernière
ville par Aboû Sa'id ed-D'ayf.
Un incendie éclata dans le marché (souk) de K'ayra-
wân, dans la nuit du mardi au mercredi 13 dhoû'l-hid-
dja (16 mai 919).
Cette année-là moururent Aboû Sa c id Moh'ammed ben
Moh'ammed ben Soh'noûn, qui avait été élève de son
(1) Tah'sîf parait avoir ici cette signilication ; cf. suprà, p. 244, où
le même mot est employé, et Dozy, Supplément, s. v. ££^ôj .
(2) Sur cette date, cf. Fournel et les auteurs qu'il cite (n, 135).
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- 257 -
père et qui s'adonna entièrement à l'ascétisme et aux
œuvres de piété, — ainsi qu'Aboû'l-Aswad Moûsa ben
c Abd er-Rah'mân ben DjondobW, connu sous le nom de
Moûsa el-K'at't'ân, élève de Moh'ammed ben Soh'noûn.
Du temps d ,e Isa ben Meskîn il occupa, à Tripoli, le poste
de kâdi, que lui enleva Ibrahim ben Ah'med pour l'en-
voyer en prison ; il avait fait (un livre en) douze parties
sur les décisions (ah'kâm) du Koran. A Bark'a mourut
aussi Aboû Medîni ben Ferroûkh Labîci, qui demeurait
dans cette ville en qualité de général chi c ite b.
En 307 (2 juin 919), il y eut en Ifrîk'iyya b et dans les
régions avoisinantes, jusqu'à l'Egypte b, une violente
épidémie et une grande cherté de vivres coïncidant avec
les exactions les plus odieuses des Chi c ites, à qui tous
les prétextes étaient bons pour dépouiller le peuple.
Aboû'l-K'âsim envoya contre Alexandrie Soleymân
ben Kâfi, qui commandait son avant-garde. [P. 185] Ce
général, avecdes troupes considérables, Kotâmaet autres,
surprit les habitants sans défense, et cette population,
en présence de ces nombreux cavaliers et des troupes
qu'amena bientôt Aboû'l-K'âsim, évacua complètement
la ville, que ce dernier livra au pillage. Après avoir
informé son père de ce succès, il fit marcher contre le
Fayyoûm Soleymân ben Kâfi, qui y entra de vive force,
s'y livra au meurtre et au pillage, réduisit les enfants en
captivité, b et y préleva l'impôt foncier^). Des troupes
nouvelles, venant d'Ifrîk'iyya, ne cessaient d'affluer au-
près d'Aboû'l-K'âsim, qui, partant d'Alexandrie à la
(1) On lit ben Hahîb, au lieu de Djondob, dans Ibn Farhoûn (ms
5032 P., f. 135 v°).
(2) Voir l'exposé et l'explication de ces rapides succès dans Four-
nel (il, 136) et Wustenfeld (p. 55).
17
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- 258 -
tête d'une armée innombrable et se dirigeant vers le
Fayyoûm, installa son camp à Ochmoûneyn en redjeb
(novembre-décembre 919). Les céréales qu'il y trouva
encore en gerbes et non emmagasinées furent livrées au
pillage b ; aussi les vivres se firent-ils rares tant en
Egypte b qu'au c#mp, puis une épidémie éclata b f et
beaucoup de gens émigrèrent. b Gomme à ce moment
l'Egypte était dépourvue de djond, le peuple réuni déci-
da, après délibération, de confier le pouvoir à Moh'am-
med ben c Ali Mâderâ'i et à son frère Aboû Zenboûr.
Ceux-ci informèrent secrètement AboiVl-K'àsim de l'ab-
sence du djond et de l'état de faiblesse du pays et mani-
festèrent tout leur empressement à le reconnaître, lui
demandant seulement de ne pas les presser parce qu'ils
avaient à compter avec la masse populaire. Ils comp-
taient qu'il les laisserait tranquilles jusqu'à l'arrivée des
guerriers de Baghdâd. Mâderâ'i écrivit d'ailleurs à El-
Mok'tadir pour lui annoncer que l'envahisseur était
campé dans le pays.
Le page Themel arriva à la tète des bâtiments syriens
au secours d'Alexandrie, dans le port de laquelle se
trouvait une flotte chi'ite; il l'attaqua et la battit le di-
manche 17 chawwàl (11 mars 920). [P. 186] Il fit prison-
niers un certain nombre de Kotâma qui la montaient et
les conduisit à Fostât, où on les promena ignominieuse-
ment par les rues, montés sur des chameaux ; parmi eux
figuraient plusieurs officiers chi c ites bien connus pour
leur bravoure W.
b Alors mourut en Ifrîk'iyya le kâdi Moh'ammed ben
Mah'foûz' Kamoûdi, dont le jugement était médiocre et
(1) Cf. Ibn el-Athir, Annales, p. 316; Fournel, n, 138.
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- 259 -
les sentences injustes b. Ish'âk' ben Aboû'l-Minhâl devint
kàdi à K'ayrawân.
b Sur K'ayrawân souffla un vent qui rendit l'atmos-
phère d'un jaune noirâtre et en fit disparaître pendant
plusieurs jours la transparence, à ce point qu'on ne dis-
tinguait pas celui à côté de qui l'on était assis. A ce
brouillard succéda l'épidémie dont il a été question.
A cette époque moururent Ah'med ben c Ali ben Doû-
dân le juriste, qui avait entrepris un voyage au cours
duquel il reçut les leçons de Yoûnos et de Mozni; — le
juriste Moh'ammed ben Ah'med ben Yah'ya ben Mihrân,
élève de Moh'ammed ben Soh'noûn ; — Fascète et homme
distingué Aboû Soleymàn Dâwoûd ben Mesroûr Ghas-
sâni ; — Moh'ammed ben c Abd Allah, fils du kâdi Ah'med
ben Mohriz. A Tunis mourut le koreychide Moh'ammed
ben Ah'med ben c Abd Allah ben Sa c id ben Khâlid ben
e Obeyd Allah ben c Amr ben c Othmân ben c Affân, sur-
nommé El-Ba c ra, qui était venu de Médine auprès
d'Ibrâhîm ben Ah'med et qui se rendit deux fois en
Espagne b.
A K'ayrawân, on exécuta, après l'avoir flagellé et lui
avoir coupé la langue e Aroûs, muezzin à la mosquée
du juriste Ibn c Ayyâch, à la suite de la déposition de
plusieurs orientaux (Chiites) qu'il n'avait pas, dans
l'appel à la prière, crié : Accourez à l'œuvre excel-
lente, b La victime était un ascète qui gagnait sa vie à
moudre de la farine et à faire des travaux de sparterie.
Entre autres juristes moururent à K'ayrawân c Abd
Allah ben Moh'ammed ben Yah'ya Ro c ayni, élève de
Soh'noûn; Moh'ammed ben Moûsa Temîmi, cheykh ira-
kain (hanéfite); Ish'âk' ben Ibrahim ben Aboû c Açim
Fârisi ; Aboû Dja c far Ah'med ben Mançoûr, client des
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— 260 — •
Benoû Temim, connu sous le nom d'Ibn el-Mokra e a
[P. 187] le blanchisseur, qui avait étudié à la Mekke et
en Egypte. Il mourut également bien des marchands,
des serviteurs du sultan et des médecins, dont la liste
allongerait trop ce livre b.
En 308 (22 mai 920), Meçâla, général d' c Obeyd Allah,
s'avança avec ses troupes dans la direction du Maghreb.
Lorsqu'il approcha de Nakoûr, Çâlih' ben Sa e id quitta
celte ville pour s'installer solidement dans une montagne
non loin de là, b la montagne d'AboûVHoseyn b, et
Meçâla entra à Nakoûr, dont il prit possession. Il en
repartit pour marcher contre Fez, alors occupée par
Yah'ya ben Idrîs ben c Omar ben Idris, avec sa famille et
ses guerriers. Yah'ya tenta de résister, mais après plu-
sieurs jours de combat il fut mis en déroute, et Meçâla
put prendre possession de Fez.
a Voici des vers du poète des (Chi c ites), relatifs à cette
ville :
[Baslf] Je suis entré à Fez, que je désirais vivement (visi-
ter), mais les émanations du fromage m'ont pris aux yeux
et à la tête. Je n'y rentrerai plus de ma vie, me la donnât-
on même, elle et tous ses habitants (*) ! a
b Aboû Sa c id Moûsa ben Ah'med massacra à K'ayra-
wân Ziyâd ben Khalfoûn le médecin, client des Benoû'l-
Aghlab, qui était savant dans son art et y apportait de
brillantes dispositions naturelles. c Obeyd Allah, qui
avait eu besoin de Ziyâd et lui avait accordé sa faveur,
(1) Bekri (p. 266) cite ces vers et leur donne pour auteur Ibrahim
ben Moh'ammed Açili. — Sur cette campagne de Meçâla, voir Bekri,
p. 283 et 285 ; Berbères, u, 145 et 526 ; Fournel, n, 141.
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- 261 -
l'avait mis en garde contre la rancune que lui gardait
Aboû Sa c id par suite d'un différend survenu entre eux,
lui défendant d'aller à K'ayrawàn pendant qu'Aboû Sa f id
y serait. Ziyàd respecta d'abord cette recommandation ;
mais il entra une fois dans la ville pour y passer la nuit,
et Aboû Sa f id, qui était à RakVàda et le faisait surveil-
ler par des espions, envoya des émissaires le massacrer
dans sa maison même b.
c Obeyd Allah alla habiter Mehdiyya avec sa famille et
y transporta ses richesses et son mobilier, le jeudi
[P. 188] 8 chawwàl (19 février 921), â la suite de l'achè-
vement de son palais, de celui de son fils Aboû'l-K'àsim,
des fortifications de la ville et d'une partie des demeures
des grands, et bien qu'il restât encore des travaux à
exécuter, a Les poètes lui adressèrent à ce propos leurs
félicitations et firent des éloges qui frisaient l'infidélité,
comparant Mehdiyya à la Mekke et disant d'autres cho-
ses indignes d'être citées a. b Les pluies violentes qui
tombèrent à K'ayrawàn et à RakVàda ruinèrent les
constructions et forcèrent f Obeyd Allah à précipiter son
déménagement. Les poètes d'Ifrik'iyya firent, à propos
de son installation nouvelle, des poésies dont nous cite-
rons quelques vers pour montrer ce que ce prince jugeait
permis et laissait dire en poésie :
[Wâfir] Tous mes vœux, ô prince magnanime, pour ton
arrivée qui est pour notre époque un sourire ! Tu t'installes
sur un noble sol qu'ont préparé pour toi tes glorieux messa-
gers. Si le temple et ses entours, si les tombeaux qui s'y
trouvent ont' une haute importance, il est au Maghreb une
noble demeure vers laquelle se tournent les faces de ceux
qui prient et qui jeûnent : c'est la sacrée et respectable Meh-
diyya. de même que l'on trouve au Tehâma la ville sacrée.
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- 262 -
Le Mak'àm Ibrahim M peut n'y être pas, tes pieds en foulant
le sol de cette cité font comme s'il y était ; et si le pèlerin va
à la Mekke donner un baiser au coin sacré (rokn), nous
donnons le nôtre aux parois de ton palais ! Un empire vieilli
par le cours du temps ne repose plus que sur des bases hors
d'état de résister à l'épreuve ; mais ton empire à toi, ô Mahdi,
sera toujours jeune, et c'est le temps même qui le servira ;
à toi et à ta race, là où vous êtes le monde est à vous, et il
trouvera un imâm en chacun de vous !
En cette année fut exécuté à K'ayrawân le Koreychide
de la branche de Teym c Ali ben Moh'ammed ben c Abd
Allah ben c Abd er-Rah'mân ben Hàchim ben e Abd el-
c Aziz ben c Abd er-Rah'màn ben Aboû Bekr Çiddik\
L'auteur de sa mort fut Aboû Saîd Moûsa ben Ah'med,
qui le soupçonnait d'avoir écrit à f Obeyd Allah pour le
dénoncer comme coupable d'une entente avec les K'ayra-
wâniens [P. 189] à l'effet de provoquer un soulèvement.
c Obeyd Allah, après avoir jugé le Koreychide, le fit em-
prisonner et étrangler.
Alors moururent Aboû Dja c far Ah'med ben Temim,
officier (autrefois) au service des Aghlabides, — l'ascète
et juriste Sa c id ben H'akmoûn ; — Ibrahim ben Yoûnos,
dit Ibn el-Hassab, client de Moûsa ben Noçayr et sur-
nommé le H'àrith [ben c Obàd] du calcul, qui avait rendu
la justice à K'ayrawân et avait été kâdi à Rak'k'âda; —
les juristes irakains Ah'med ben c Abd er-Rah'màn
Lakhmi, élève de Moh'ammed ben Wahb et d'autres, —
ainsi qu'Ah'med ben c Abdoûn ben Wahb. Citons encore
(1) Le «piédestal d'Abraham», que Ton montre encore de nos jours,
est le quartier de roche qui porte, prétend-on, la marque du pied de
ce patriarche : il s'en servit pour continuer la construction de la Ka'ba
quand le mur eut atteint une certaine hauteur.
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- 263 -
la mort du chaste ascète Er-Rebi* ben Hichàra Temimi i.
En 309 (11 mai 921), Meçâla ben H'aboûs conquit et
pilla la ville de Sidjilmàssa, dont le chef Ah'med ben
Midràr fut tué. Il s'éloigna b après en avoir remis le gou-
vernement à El-Mo c tazzben Moh'ammed ben Midràr b (*).
En cette année, le missionnaire Mounib ben Soleymân
Miknâsi dévoila, du côté de Tàhert, les doctrines orien-
tales et (entre autres choses) le caractère licite de choses
réputées illicites. c Obeyd Allah, dit-on, les avait, lui et
d'autres missionnaires, envoyés de divers côtés avec
mission de propager les nouvelles doctrines ; et quand
ils rencontraient des adeptes bien disposés et fermant
les yeux sur ce qui leur était conseillé, ils développaient
et exposaient la foi nouvelle devant la foule. Quand
donc Mounîb crut avoir trouvé dans la montagne de
Wàncherich un terrain favorable, il appliqua les instruc-
tions d' c Obeyd Allah : un missionnaire, par exemple,
allait trouver la femme de son voisin et avait commerce
avec elle sous les yeux de celui -ci ; puis, en s'en allant, il
disait au mari, en lui crachant à la figure et en le frap-
pant à la nuque : « Supporteras tu tout cela ? » S'il répon-
dait affirmativement, b sa foi était censée complète et b
on le comptait dorénavant parmi les patients W. [P. 190]
Mais le peuple se souleva contre ces missionnaires, et le
meurtre qu'il fit de quelques-uns arrêta les autres W.
Aboûl-K'âsim rentra à Mehdiyya le samedi 1 er redjeb
(1) Cf. Bekri, p. 335; Berbère», n, 259 et 527 ; Fournel, n, 143 ; Wûs-
tenfeld, 58.
(2) Je lis 3o^LoJ\ ^
(3) M. de Goëje admet que Vordalie de patience a pu être prèchée
par un enthousiaste insensé sans cependant faire partie des doctrines
nouvelles (Mém. sur les Carmathes y p. 159).
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- 264 -
(4 novembre 921), de retour de son expédition du Fay-
yoûm, qui avait duré deux ans et huit mois.
c Obeyd Allah fit emprisonner environ deux cents hom-
mes qui avaient publiquement manifesté leurs opinions
chi c ites à K'ayrawàn,à Bàdja et à Tunis, cohabitant avec
des femmes qui leur étaient interdites, mangeant du porc
et buvant du vin en ramad'ân, et cela au su de tout le
monde, grands et petits, si bien que cela fut reproché à
Aboû'l- K'àsim pendant qu'il était dans le Fayyoûm. Ces
faits étant devenus le sujet de toutes les conversations,
'Obeyd Allah écrivit aux gouverneurs qui le représen-
taient dans ces divers endroits d'envoyer par devant lui
les coupables garrotés. 11 les fit jeter en prison, où ils
moururent pour la plupart. Parmi ces hommes, tous bien
connus en Ifrîk'iyya, figurait Ah'med Balawi le marchand
d'esclaves, qui, quand c Obeyd Allah était à Rak'k'àda,
priait en se tournant vers cette ville, bien qu'elle fût à
l'ouest, et qui ensuite se tourna vers Mehdiyya, qui était
à Test, quand ce prince s'y fut transporté, car, disait-il,
«je n'adore pas un être invisible ». b II interpellait c Obeyd
AUàh en lui disant: « Monte donc au ciel ! Combien de
temps veux-tu donc encore rester sur cette terre et con-
tinuer de marcher dans les rues? b». Comme il disait
aussi aux K'ayrawâniens que ce prince connaissait leurs
secrets et leurs pensées, b l'un d'eux s'approcha de lui
pendant qu'il parlait ainsi et lui glissa ces mots dans le
tuyau de l'oreille : « Cet c Obeyd Allah dont tu parles est
un fornicateur issu de l'adultère; qu'il se venge donc s'il
sait ce que je dis! » L'autre poussa un grand cri et lui
répondit: « Malheureux que tu es ! sache que son carac-
tère est doux et que sa vengeance n'est pas immédiate. »
Un autre coupable était Ibrahim ben Ghâzi, qui prenait
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- 265 -
de la nourriture sans se cacher au mois de ramadan
[P. 191] et qui commettait les plus grands péchés; cepen-
dant, sous les Aghlabides, il vivait en ascète, séjournant
au ribâV de Kaçr et-T'oûb, non loin de Sousse, ville dont
les habitants voulurent le choisir pour en faire leur
imam de la prière du vendredi.
La même année, des K'ayrawâniens accompagnés de
leurs f em mes et de leurs enfants se présentèrent à Aboû'l-
Kâsim pour lui exposer secrètement leurs plaintes contre
la violence d'Aboû Sa c ld.et des préposés des corps de
garde, dépeignant leurs injustices et leurs exactions. Ce
prince leur procura une audience de son père, et là ils
renouvelèrent leurs plaintes en présence d'Aboû Sa c id
lui-même. c Obeyd Allah leur jura qu'il ignorait ces ini-
quités et les renvoya avec la promesse de les faire trai-
ter avec justice. Aboû Sa c id reçut Tordre d'amener son
secrétaire et un certain nombre des préposés des corps
de garde, qui furent emprisonnés ; mais le secrétaire fut
relâché b.
Un ordre d' c Obeyd Allah enjoignit aux pèlerins de
prendre, à l'exclusion de toute autre, la route de Meh-
diyya, pour y payer les impôts qu'on exigeait d'eux b
dans les diverses provinces (?). Sous les Aghlabides, les
K'ayrawàniens disaient en proverbe, pour indiquer une
chose impossible : Si tu veux aller en pèlerinage, prends
par Bendoûn, parce que Bendoûn est une bourgade sur
la route de Djemma, tandis que le chemin direct est par
l'Egypte. La défense faite par c Obeyd Allah aux pèlerins
de passer par un autre point que Mehdiyya rendit l'an-
cien proverbe vrai b.
c Obeyd Allah fit exécuter le juriste Aboû c A|i H'asan
ben Mofarredj et le dévot Moh'ammed Chidhoûni, qui
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- 266 -
furent accusés par devant lui d'accorder à certains Com-
pagnons la prééminence sur Ali.
b A Sousse mourut le juriste Aboû'l-Ghoçn Nak'ch,
élève de Soh'noûn, d' f Awn ben Yoûsof et d'autres encore.
Il faut aussi citer la mort du juriste Moh'ammed ben
Haythem ben Soleymân ben H'amdoûn [P. 192] K'aysi,
ainsi que des deux Moh'ammed, fils d' c Abd es-Selâm ben
Ismà c il, descendants d' c Abd el-Melik ben Merwân b.
En 310 (30 avril 922), Meçâla ben H'aboûs vint à Meh-
diyya trouver c Obeyd Allah ; après qu'il y eut séjourné
quelques jours, il fut renvoyé par le prince à Tàhert, b et
partit en cha c bân (novembre-tlécembre 922).
Il fut donné lecture dans la grande mosquée de K'ay-
rawàn d'une dépêche d' c Obeyd Allah relative à un com-
bat survenu à Dhàt el-HomàmM entre Felàh' ben K'a-
moûn et le djond d'Egypte.
Un général d' c Obeyd Allah, Aboû Ma e loûm Fah'loûn
Kotâmi, trouva la mort dans la montagne de l'Aurès, où
il avait été envoyé par le prince. Il exigea des habitants
des sacrifices dépassant leurs forces et leur commanda
de mener leurs familles W à Mehdiyya. Feignant d'obéir,
ils se mirent d'abord en marche ; puis une certaine nuit
ils l'attaquèrent lui et son djond de Kotâma, et ils les
massacrèrent tous.
Nefoûsa se détacha d' c Obeyd Allah et prit pour chef
Aboû Bat't'a, qui recruta bientôt de nouveaux adhérents
et acquit une grande autorité. c Obeyd Allah envoya con-
(1) A trente-huit milles d'Alexandrie (Bekri, p, 7 ; Edrisi, p. 164).
(2) Le sens que j'ai donné à ce mot est celui qu'il a habituellement
en Algérie. Cependant, il signifie aussi fourrage et Wùstenfeld
(p. 61) l'a rendu par « bestiaux. »
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- 267 -
tre lui le missionnaire e Ali ben SelmânM à la tête d'un
fort corps de troupes; mais ce général, battu dans une
attaque de nuit, laissa sur le champ de bataille de nom-
breux soldats, tandis que le reste se débandait et l'aban-
donnait. c AIi gagna Tripoli, et f Obeyd Allah, informé par
lui des événements, envoya à c Ali ben Lok'mân, gou-
verneur de Gabès, Tordre de tuer tous les fuyards qui
passeraient à sa portée ; il en fut ainsi mis à mort un
certain nombre. e Ali ben Selmân put ensuite, grâce aux
secours que lui envoya c Obeyd Allah, entamer résolu-
ment le siège de Nefoûsa.
Le page Mas c oûd, à la tête de vingt galères, fit une
expédition contre les chrétiens ; il conquit Aghâthi (Santa
Agata, en Calabre), en fit les habitants prisonniers et
rentra ensuite à Mehdiyya< 2 ).
En cette année mourut Moh'ammed ben Sellâm ben
Seyyâr Bark'i Hamadàni, qui était versé dans la con-
naissance des doctrines chi'ites, ainsi que le Koreychide
Ah'med ben Yah'ya ben Khàlid Sehmi, qui avait dépassé
quatre-vingt-dix ans ; il avait voyagé (pour étudier) et
avait entendu expliquer le Mosned d'Aboû Sindjar par
l'auteur même b.
[P. 193] a H'asan ben r Ali< 3 ) H'asani, soutenu par les
Berbères, se révolta et marcha sur Fez (qu'il prit). Le
général Kotâmien [Rih'àn ben c Ali ?] qui arriva dans eetle
ville pour y représenter l'autorité d' c Obeyd Allah dut se
retirer et laisser la place à son adversaire. Celui-ci en-
(1) Un peu plus loin on lit : « Ali ben Aboû Selmàn. »
(2) Cet alinéa figure dans la Bihlioteca (n, 27).
(3) Il doit s'agir de Hasan ben Moh'ammed ben el-K'àsimHaddjàm,
ainsi qu'on le voit par Bekri, p. 285. La date de 310 ne parait pas
non plus être exacte. Cf. Fournel, n, 142 et 153 ; infra, p. 220 du texte.
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— 268 -
suite, grâce à une attaque perfide de H'àmid ben H'am-
dân, dut en sortir et fut remplacé par [Moûsa] Ibn Aboû'l-
f Afiya, qui était au service desOmeyyades, et qui y resta
jusqu'à ce qu'il dut se retirer en présence de l'arrivée de
Mesroùr et de Djawher, généraux envoyés par f Obeyd
Allah. Le représentant de celui-ci détint la ville jusqu'à
ce qu'il en fut chassé par les Idrîsides, lesquels à leur
tour en restèrent maîtres jusqu'au jour où une armée
envoyée par En-Nâçir, le prince omeyyade d'Espagne,
s'en empara.
En cette année aussi mourut Aboû Dja c far T'abari [le
célèbre chroniqueur] a.
En 311 (20 avril 923), b le samedi 19 djomàda II (4 octo-
bre 923), c Obeyd Allah révoqua le kàdi de K'ayrawân,
Ish'âk' ben Aboû'l-Minhâl, à qui il fît dire par un messa-
ger: « Cette mesure n'est pas motivée par quelque acte
coupable de ta part, mais seulement par ta douceur et
ton indulgence, b » Il le remplaça par Moh'ammed ben
c Imràn Nef ti, alors kâdi de Tripoli, ville où ce magistrat
avait amassé de grandes richesses provenant tant des
habous que de pots de vins; il les offrit à c Obeyd Allah
et sut ainsi se concilier la faveur du prince.
Le lundi 17 cha c bân (30 novembre 923), c Ali ben Aboû
Selmân infligea aux habitants de Nefoûsa une défaite
qui le rendit maître de leur forteresse; il la ruina, mas-
sacra les hommes et réduisit les enfants en esclavage.
h Le juriste Moh'ammed ben El- c Abbâs Hodheyli,
dépouillé de ses vêtements, reçut la bastonnade dans la
grande mosquée ; frappé à la nuque de coups qui lui
firent saigner la tête, il fut ensuite l'objet d'une procla-
mation criée dans les marchés de K'ayrawàn, à la suite
de la déposition provenant de plusieurs chi'ites qu'il dé-
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blatérait contre le prince et rendait des fetwas d'après
la doctrine malékite.
Mesroûr ben Soleymân ben Kàfi pénétra dans les
oasis du Ça'id d'Egypte, qui sont deux forteresses situées
[P. 194] dans le désert, au milieu des sables, et où com-
mandait KerbàziW au nom du souverain d'Egypte. Mes-
roûr le battit, fit prisonniers son fils et son neveu et
s'empara du pays. La peste ayant ensuite éclaté parmi
ses troupes, ce général ruina les deux forteresses, arra-
cha les palmiers et se retira à Bark'a.
En cette année, mourut à K'ayrawàn Moh'ammed ben
Cheyba ben H'assân, qui était un homme juste, vertueux
et connaissant la tradition. Cheyba figurait parmi les
officiers entrés en Ifrik'iyya avec Yezid ben H'âtim.
A Tunis mourut Aboû Dja'far Moh'ammed ben Temîm,
ancien officier de Ziyûdet Allah çfui s'était enfui auprès
d'Aboû c Abd Allah le chi c ite et qui entra avec lui en Ifri-
k'iyya. Citons encore la mort d'Aboû'l-Fad'l Ah'med ben
Dja c far ben Moûsa Çomâdih'i b.
En 312 (8 avril 924), Meçâia ben H'aboûs, quittant
Tàhert pour attaquer les Zenâta, conquit leur territoire
où il mit tout à feu et à sang. Mais il (commit l'impru-
dence d') envoyer contre un certain point du territoire
d'Ibn-Khazer une troupe de cavalerie composée de la
plupart de ses guerriers et des principaux de ses offi-
ciers et de ne garder avec lui qu'un petit nombre d'hom-
mes. Ibn Khazer, qui l'apprit, marcha contre lui et lui
livra, le vendredi 19 cha c bân (21 novembre 924) un com-
bat où Meçâia, après une résistance acharnée, succomba
et où les siens furent mis en déroute W.
(1) Cette lecture est douteuse, le signe rendu par 6 étant sans point.
(2) Sur la date de la mort de Meçàla, voir Fournel, n, 144 et 146.
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- 270 -
b Le chambellan Dja c far ben c Obeyd partit avec une
flotte considérable pour tenter une attaque contre les
chrétiens de Sicile ; il hiverna dans ce pays, mais n'eut
pas d'occasion de livrer bataille 60).
En rebî c I (juin-juillet 924) mourut à K'ayrawân le
kâdi Moh'ammed ben c Imrân Neffi, b juge vénal et
commettant toute sorte d'actes défendus b, c Obeyd Allah
confia de nouveau cette charge à Ish'àk ben Aboû'l-
Minhàl, b et inséra ceci dans l'acte de nomination :
« Nous t'avions révoqué à cause de ta douceur et de ton
indulgence, nous te renommons à cause de ta piété et de
ton intégrité. »
En cette année mourut Moh'ammed ben H afç, homme
intelligent, distingué et pieux. Sous les Aghlabides il
avait été imâm [P. 195] chargé des prières nocturnes de
deux rek'a à la grande mosquée de K'ayrawân, puis
imâm à la grande mosquée de Rak'k'âda, où il gagnaity
dix mithkal par mois. Merwezi le fit appeler et lui parla
en ces termes : « Les fonctions d'imâm ne sont exercées
chez nous que par des amis du Prince des croyants;
va donc trouver l'un des missionnaires qui te donnera
l'initiation, et tu garderas ta place. » Il voulait ainsi le
faire devenir chi c ite et l'engager dans la même voie d'in-
fidélité qu'eux. Moh'ammed demanda une journée de
réflexion, ce qui lui fut accordé ; mais le lendemain il
revint dire qu'il lui répugnait d'accepter aucune de leurs
doctrines, et il fut révoqué.
On lut à K'ayrawân et dans la région une circulaire
d' c Obeyd Allah annonçant, à la date du jeudi 8 moh'arrem
(1) Cet alinéa figure dans la Biblioteca d'Amari, n, 27.
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- 271 -
(15 avril 924), la conquête des oasis car Mesroûr ben
Soleyrnân. ben Kàfi b.
En 313 (28 mars 925), le chambellan Aboû Ah'med
Dja c far ben c Obeyd dirigea contre la Sicile une expédi-
tion où il fît de nombreuses conquêtes, entre autres la
ville de Wàri(Oria), où il massacra six mille combattants
et fit dix mille prisonniers, b Parmi eux figurait un
patrice qui se racheta, lui et la ville, moyennant cinq
mille mithkâl. Dja c far alors regagna la Sicile (musul-
mane) et arriva (à Palerme) le 25 rebi c II (20 juillet 925).
Il envoya la nouvelle de ses victoires à c Obeyd Allah,
b puis regagna Mehdiyya où il remit au prince tout le
butin qu'il avait fait. Un de ses officiers raconta qu'étant
entré chez le prince, il y avait vu de nombreuses pier-
reries, du brocard précieux et de l'or, ce qui lui fit dire
qu'il n'avait jamais assisté à un pareil déploiement *de
richesses : « Tout cela, lui dit c Obeyd Allah, provient du
butin fait à Oria. » Mais cet homme voulant faire l'éloge
de Dja c far, reprit : « Seigneur, celui qui t'a livré ces dé-
pouilles est l'homme sûr par excellence 1 — Par Dieu !
repartit aussitôt c Obeyd Allah, du chameau, il ne m'a
remis que les deux oreilles ! b »( ! ).
Ah'med ben Bah'r ben c Ali ben Çâlih', connu sous le
nom d'Ibn AkhoûW Kirâm, fut nommé au bureau des
réclamations [P. 196] à K'ayrawàn b et prit possession de
son poste le 11 djomâda II (2 septembre 925).
A Sousse mourut le juriste Moh'ammed ben Best'âm
ben Redjâ D'abbU 3 ), qui avait fait un voyage d'études et
(1) Ce paragraphe figure dans la Biblioteca, n, 27. Cf. Fournel, n,
150; lbn el-Athîr, Annales, p. 317.
(2) Variante Aboû.
(3) Il est parlé de lui par lbn Farhoûn (ms 5032 de Paris, f, 107 v.).
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— 2?2 —
écouté les leçons d'Ibn e Abd el-H'akam et d'autres. Citons
aussi la mort d' e Abd el- e Aziz ben Cheyba, qui avait aussi
fait un voyage d'études au cours duquel il assista aux
leçons de Bondâr, d'Aboû Moûsa er-Raman (?) et d'Aboû
H'afç K'allâs. A défaut d'autres héritiers, ce fut e Obeyd
Allah qui recueillit sa succession, où figurait une mos-
quée attenante à sa demeure et à son fondouk. Le cura-
teur aux successions fit fermer à e Obeyd Allah les portes
de la mosquée, mais lui remit l'habitation et le fondouk b.
c Obeyd Allah fit commencer par c Ali ben H'amdoûn
Djodhâmi, surnommé Ibn el-Andalosi, la construction de
la ville de Mesila qu'il appela Moh'ammediyya, au milieu
du territoire des Benoû Berzàl et des Benoû Kahlân,
et non loin des Hawwâra< 2 >. Elle était -située sur une
rivière et avait une double muraille tout à côté de
laquelle se trouvait un canal (alimenté par) cette rivière.
b En 314 (18 mars 926), 'Obeyd Allah enleva le gouver-
nement de K'ayrawân à son page Nesîm et l'interna à
Mehdiyya, où il fut emprisonné chez le page Djawdher
tandis que ses biens étaient confisqués, car cet homme
était emporté et prompt à la bastonnade. Cette place fut
donnée au page Çâbir, client d'Ibn K'orhob b.
Ibn Khazer marcha contre Tâhert, mais ses attaques
furent repoussées et il dut fuir. e Obeyd Allah lança à sa
poursuite Moûsa ben Moh'ammed Kotâmi avec plusieurs
autres officiers, b A l'arrivée de ceux-ci à T'obna b, Mo-
(1) Il est appelé 'Ali ben Ah'mcd ben Hanidàn par Dbehebi, ms
1636 du Brit. Muséum., f. 86.
(2) Sur la fondation de cette ville, voir Ibn el-Athir, p, 318 ; Four-
nel, ii, 147 ; Wûstenfeld, 65, et aussi Bekri, 143 ; Istibçar, trad. fr.,
p. 107 ; IbnKhaldoûn, n, 527 ; Edrisi, 99. - Il faut, si je ne me trompe,
lire « Benoû Kemlàn » avec Ibn Khaldoùn et Ibn el-Athir.
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- 273 -
h'ammed ben Khazer gagna le désert, laissant à Wâdi
Marmara (*) son frère c Abd Allah et ses principaux
guerriers. L'attaque des troupes chi e ites détermina un
violent combat [P. 197], où l'avantage resta à Ibn Khazer,
b de sorte qu' c Obeyd Allah envoya contre lui Ish'âk' ben
Khalifa b. Alors les Lemàya et les tribus berbères qui
leur étaient voisines se prononcèrent contre les Chi'ites
et demandèrent à Ibn Khazer de les appuyer, b e Obeyd
Allah répondit à la demande de secours que lui adressa
Ish'âk' par l'envoi d'un renfort considérable, qui fut
battu par les Berbères. Moh'ammed ben Khazer, qu'ils
informèrent de leur succès b, leur donna pour chef son
frère e Abd Allah, qui les mena à de nombreux combats
contre les troupes chi'itesi 2 ).
b A Mehdiyya mourut subitement le chanteur Mounis
Baghdâdi, client de Moûsa ben Boghâ b.
En 315 (7 mars 927), le jeudi 9 çafar (14 avril), Aboû'l-
Kâsim ben c Obeyd Allah quitta Mehdiyya pour marcher
contre le Maghreb. Il prit la route de K'ayrawân, b puis
il campa à Laribus, où il attendit quelques jours que ses
troupes fussent rassemblées b ; il se dirigea alors sur
Bâghûya, puis marcha vers le territoire des Kotâma et
arriva à une montagne où se trouvaient les Benoû Berzàl
b et un groupe des Meklâta 6. Ils lui opposèrent de la
résistance, mais il vint à bout d'eux et s'avança alors vers
Medghara < 3 ), puis vers Soûk' Ibrahim < 4 >, et l'intensité du
(1) Le texte porte « Mez'mâma ». Les Mat'màt'a, qu'on retrouve
maintenant dans la Tunisie méridionale, habitaient alors de ce côté,
comme le fait remarquer Dozy, et ainsi que le dit par exemple
Bekri, pp. 158 et 208.
(2) Fournel, n, 155; Wûstenfeld, 63.
(3) Probablement Milyâna, ainsi désignée du nom de la tribu qui y
habitait (de Goeje, Jakubii descr. el-Maghribi, p. 98 ; Fournel, n, 160).
(4) Sur les bords du Chélif, voir notamment Jakubi, p. 99.
18
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froid aussi bien que la quantité de boue le retinrent dans
cette région plus d'un mois, b L'un des principaux guer-
riers d'Obeyd Allah a ratonté qu'il était un jour assis
auprès de ce prince avec d'autreà de ses serviteurs et de
ses compagnons, alors que le manque de nouvelles
d'Aboû'l-K'àsim autorisait des conjectures fâcheuses.
Tout à coup une lettre de lui arriva pendant qu'ils étaient
là, et son père, après l'avoir lue, se mit à pleurer ; nous
craignions quelque malheur et nous allions aussi nous
mettre à pleurer, quand c Obeyd Allah prit la parole : «
grand Dieu ! tu sais qu'en envoyant mon fils au Maghreb
je n'ai cherché qu'à t'être agréable, à propager ta religion
et à abattre tes ennemis, car ce n'est pas sans douleur que
je me sépare de lui un seul jour; » puis se tournant vers
nous : « Mon fils et votre maître m'informe [P. 198] par
cette lettre qu'il a dû séjourner un mois tout entier dans*
le même campement, où la pluie n'a pas cessé de tomber
chaque jour du matin jusqu'au soir 6, et qu'il a dû fran-
chir à pied de nombreuses montagnes, trop abruptes
pour permettre l'emploi du cheval, ne prenant comme
nourriture quotidienne qu'un œuf ou quelque chose
d'analogue, tant les mouches étaient nombreuses au
camp. »
b Le page Çâbir, à la tête de quarante-quatre bâtiments,
dirigea contre les chrétiens de Sicile une expédition qui
réussit ; il y fit des prisonniers et tua un certain nombre
d'hommes W.
Par ordre d'*Obeyd Allah, on décapita dans la Ramla
(1) Cet alinéa ligure dans la Biblioteca (n, 28). Sur cette expédition
et celle de 316, cf. Ibn el-Athir, p. 320; Fournel, ir, 161 et 162. — Ou
trouve aussi le nom de Çâbir écrit Çâ'in et Çârib.
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— 2Î5 —
de Mehdiyya (*) le missionnaire Mo'alla ben Moh'ammed
Meloûsi, qu'Aboû'l-K'àsim lui avait envoyé chargé de
chaînes du Maghreb.
On tua chez les Maçmoûda du Sahel, dans les environs
de Tanger, l'imposteur H'âmim ben Menn Allah. Il s'était
donné comme prophète dans la montagne qui porte
son nom, et de nombreux Berbères idolâtres avaient
répondu à son appel et reconnu son caractère d'apôtre.
Il leur avait présentée jeûner le jeudi, et l'infraction à
cette règle était punie d'une amende de cinq bœufs ; de
jeûner le lundi, et l'infraction à ce jeûne coûtait deux
bœufs, et d'autres sottises analogues (*). On a fait sur lui
des vers dont voici quelques-uns :
[T'awil] Ils ont faussement prétendu que H'âmim leur a
été envoyé porteur d'une religion à la clarté évidente et
lumineuse. « Vous mentez, leur ai-je dit, et puisse Dieu
rompre votre ligue! Cet homme n'est qu'un débauché issu
de la fornication, et si H'âmîm est un apôtre, je serai le pre-
mier à ne pas croire à celui de qui il tient sa mission ! Ils
tiennent d'une vieille fourbe et astucieuse (3), plus habile en
sortilèges que nul autre magicien, des paroles de mensonge
dont Satan a ourdi la tramer ils veulent les tenir cachées,,
mais Dieu dévoile tous les secrets (*). »
(1) C'est-à-dire dans l'espace sablonneux, qui a retendue d'un jet de
flèche, entre Mehdiyya et Zawila (Edrisi, p. 128).
(2) Voir Bekri (p. 229), où l'on trouve plus de détails et où il est parlé
du jeûne partiel du mercredi, et non du lundi; Istibçàr, p. 79 ; trad.,
p. 143 ; H. des Berb., n, 143 et 492.
(3) Allusion au rôle important joué auprès de H'âmim par sa tante
Tànkit, et aussi par sa sœur Daddjoû.
(4) Ces vers ont pour auteur 'Abd Allah ben Moh'ammed el-Mek-
foûf ou 'Abd Allah el-Kaôf. Sur les variantes qu'ils présentent, voir
la p. 14a de la trad. de VIstibçàr,
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- 276 -
b Celte année-là, mourut en Ifrik'iyya Moh'ammed ben
Selmoûn el-K'at't'ân, [P. 199] qui avait pendant long-
temps suivi les leçons des disciples de Soh'noûn. H'âtim
ben e Abd er-Rah'màn ben H'àtira, qui, après avoir
voyagé en Irak et reçu les leçons de Soh'noûn, pratiquait
le commerce et était un homme juste, mourut égale-
ment b.
En 316 (24 février 928), Aboû'l-K'àsim marcha contre
les tribus berbères du Maghreb étudia camper sous les
murs du fort de Bark'aM appelé Aghrar, le mardi 16
moh'arrem (11 mars 928). Il en commença l'attaque, puis
fît miner les fortifications, qui s'écroulèrent en enseve-
lissant un grand nombre des assiégés et des assaillants.
Ceux-là, voyant qu'ils allaient avoir le dessous, incen-
dièrent leurs richesses, coupèrent les jarrets de leurs
montures et de leurs bêtes de somme et combattirent
jusqu'à la mort; un certain nombre furent faits prison-
niers et la place fut livrée au pillage. Les Hawwâra et
les Letnâya reconnurent alors l'autorité des Chi c ites, et
Aboû'l-K'âsim leur accorda l'amnistie. Il se dirigea
ensuite vers Tàhert, où il séjourna un mois environ, b
puis poussa vers Tâmghale.tW, d'où il surveilla pendant
deux mois Ibn Khazer, qui était alors dans la localité
nommée Awren b. Il regagna ensuite T'obna, d"où il
repartit pour Mehdiyya, mais sans s'être mesuré avec
Ibn Khazer. Son départ, dit-on, fut provoqué par une
lettre de son fils K'âsim, lui annonçant qu'on parlait du
projet d' c Obeyd Allah de faire reconnaître (pour son
(1) Peut-être faut-il lire Bark'âna (Fournel, n, 162).
(2) Bekri cite deux fois la localité de ce uora ou à peu près (p. 157
et 319 ; Jakubi, p. 93; ci-dessous p. 207 du texte arabe.
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— 277 —
héritier) son fils Aboû e Ali Ah'med, qui avait dit la
prière à la fête de la Rupture du jeûne et à celle des
Victimes, et l'agitation où le mit cette nouvelle déter-
mina son départ pour Mehdiyya (*).
b Çâbir fit, cette année -là, une expédition dirigée de
Sicile contre le pays chrétien: Il se rendit maître du lieu
dit les Cavernes, ainsi que du château-fort d'El-H'asab.
Après avoir mis la main sur ce que renfermaient ces
deux places, il marcha sur Salir (Salerne), dont les habi-
tants achetèrent la paix à prix d'argent et de pièces de
brocard. Il s'avança ensuite contre Naples, qui acheta
également la paix contre une rançon en argent et en
vêtements; après quoi il rentra en Sicile W.
Cette année-là moururent le juriste de K'ayrawàn
Moh'ammed ben Ah'med ben Aboû Zàhir, [P. 200] et e Abd
Allah connu sous le nom d' e Ayni, qui s'adonnait aux exer-
cices de piété. Alors aussi le prix des vivres commença
à monter fort haut à K'ayrawàn b.
a A la même époque se manifestèrent les premiers
symptômes de l'agitation provoquée par Aboû Yezid
Makhled ben Keydâd ZenâtK 3 ). Cet homme embrassa les
doctrines nekkarites, déclara licites le meurtre des mu-
sulmans et l'usage de leurs femmes, outre qu'il s'expri-
mait en termes outrageants contre c Ali ben Aboû T'àleb.
D'abord instituteur à Tok'yoûs, mais bien résolu à tenter
un soulèvement, il demandait compte aux habitants du
(1) Cf. le récit des Berbères, n, 527; Fournel, n, 163.
(2) Cet alinéa figure dans la Biblioteca d'Amari (n, 28).
(3) C'est aussi à Tannée 316 qu'Ibn el-Athir (voir p. 325 et la note)
place les débuts d\Aboû Yezid. Cf. Istit>çar, p. 174 ; la Chronique
d'Abou Zakaria (trad. Masqueray, p. 226) en fournit une version
ibadite.
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— 278 -
voisinage de la plupart de leurs actes et intervenait
auprès des collecteurs d'impôts. Cette année-là, il se
brouilla tout à fait avec le gouverneur de Tok'yoûs, que,
sur son conseil, les habitants mirent à mort. Effrayé
cependant des conséquences de cet acte, il entreprit le
pèlerinage ; mais à son arrivée à Tripoli, un ordre
d' c Obeyd Allah était parvenu dans cette ville, enjoignant
de rechercher un certain nombre de Berbères, ce qui le
décida à fuir avec un adhérent de ses erreurs, Aboû
c Ammâr el-A c ma, qui raccompagnait, et à regagner
Tok'yoûs; puis un ordre d ,e Obeyd Allah le visant person-
nellement fut cause qu'il prit la fuite et se tint toujours
caché jusqu'au jour où plus tard il releva la tête a.
En 317 (13 février 929) il y eut à K'ayrawân et dans la
région une violente épidémie, et la disette y sévit b à ce
point que le kafîz de blé, mesure de Cordoue, se vendit
un dinar monnaie d'or b,
Moh'arnmed ben Khazer conquit le Zâb et s'empara de
Djemila W.
Les Benoû Moh'ammed, des Benoû Idris < 2 ), fondèrent
la ville nommée H'adjar en-Nesr.
Moûsa ben AboûVAfiya marcha contre la ville de
Nakoûr, où commandait alors El-Mo'ayyed ben e Abd el-
Bedi c ben Idrîs ben Çâlih' ben Mançoûr ; à la suite d'un
siège il se rendit maître de cette ville, qu'il pilla et livra
à la fureur de la soldatesque, puis qu'il démantela; quant
(1) Je ne retrouve pas ailleurs le nom de cette ville.
(2) Les Benoù-Mohammed sont ceux des frères d'El-Haddjàm qui,
après la mort de celui-ci, se rallièrent autour d'Ibrahim ben Moh'am-
med ben el-Kàsim {Berb., h, 568). Sur Hadjar en-Nesr et sa fondation,
cf. Berbères, 1. 1., et 145 ; Bekri, 258 et 287; Edrisi, p. 203; Ibn Hau-
kal, p. 56; Fournel, n, 165 ; Dozy, Mus. d'Esp., m, 126.
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- 279 —
à El-Mo'ayyed, il fut mis à mort M. Ce général marcha
ensuite contre les Benoû Moh'ammed ben Soleymàn ben
e Abd Allah, Idrisides dont le chef était alors El-H'asan
ben e Isa, connu sous le nom d'Ibn [P. 201] Aboû'l- e Aych,
qui était maître de Djeràwa, la ville la plus importante
de la région. Il mit le siège devant cette ville, et il était
près de s'en emparer quand Ibn Aboû'l- c Aych, devant
rimminence du danger, s'enfuit dans la nuit avec ses
femmes, ses enfants et ceux qui s'attachèrent à son sort
pour se réfugier dans le port de Djerâwa, connu sous le
nom d'Akâs, a qui est aujourd'hui, je crois, le lieu
dénommé Tikîsâs aW ; puis il s'embarqua, gagna les îles
de la Moloûya (»), puis Tile d'Archgoùl, que sa forte
position garantit de toute attaque, et il s'y fortifia,
entouré de tout son monde. Moûsa ben Aboû'l-'Afiya
parcourut tout ce pays à la tête de son armée : il prit les
villes de Terbiya (*) et d'Archgoùl, tous les Benoû Mo-
h'ammed ben Soleymàn s'enfuirent devant lui et le lais-
sèrent libre maître de la région, d'où il expulsa les
officiers des Benoû (sic) Khazer et les fonctionnaires
qu'ils y avaient installés, de sorte que les contrées qui
s'étendent de Tàhert jusqu'au Soûs el-Akça lui obéirent.
b Le page Çàbir, qui entreprit alors sa troisième expé-
dition (contre les chrétiens), était accompagné de quatre
(1) Sur ces événements, voir plus bas; Bekri, 180, 182 et 224; Ber-
bères, i, 141, 268, et il, 570 ; Fournel, n, 167 et 170.
(2) Je ne retrouve pas ailleurs le nom de Akàs ; Bekri (p. 245) parle
de Tik'isàs (sic), mais donne Tafcrk'ennit pour port à Djeràwa (pp. 204
et 318).
(S) C/est-à-dire les iles Zaffarines (Bekri, p. 207).
(4) Variante, Merîna. Je ne connais ni Tun ni l'autre de ces noms,
qui, si je ne me trompe, ne se trouvent pas ailleurs.
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- 280 -
bâtiments seulement quand il rencontra la flotte du
Stratège, qui en comptait sept et qui fut mise en déroute.
Çâbir conquit la ville de Teriolo, où il fit de nombreux
prisonniers, et se retira ensuite à MehdiyyaW.
Alors mourut à K'ayrawân le juriste Ah'med ben Naçr
ben Ziyâd, qui avait suivi les leçons de Moh'ammed ben
Soh'noûn, dlbn c Abdoûs et de Yoûsof ben Yah'ya Mo-
ghâmi( 2 ); il était versé dans la science de la controverse,
et citait de nombreuses autorités ; c'était un homme au
cœur pur et de doctrine correcte. « Un jour, raconte
Moh'ammed ben H'ârith, que j'assistais à une réunion
où, sous sa direction, plusieurs personnes discutaient
diverses questions de droit, je vis entrer Moh'ammed
ben [P. 202] c Abd Allah ben Meserra K'ort'obi^, qui se
rendait alors en pèlerinage, et qui, après avoir salué,
s'assit quelque temps en promenant ses regards sur les
visages de ceux qui prenaient la parole. Bien que je ne
connusse pas son nom, je ne doutais pas qu'il ne fût un
savant. Ah'med ben Naçr, s'étant enfin levé, lui dit :
« Jeune homme, c'est aujourd'hui seulement que tu es
venu ici; as-tu quelque chose à dire ? » Moh'ammed ben
Meserra lui répondit en termes choisis et éloquents qu'il
était venu s'éclairer auprès de lui et recourir à sa
science. Ah'med ben Naçr lui répliqua aussi en termes
choisis, puis il se retira et nous le suivîmes ».
(1 ) Cet alinéa se retrouve dans la Biblioteca, h, 29, où on lit Termoli ;
j'ai lu Teriolo avec La cronaca sicuîo saracena di Cambridge, Pa-
ïenne, 1890, p. 75.
(2) Moghàm est une localité peu éloignée de Tolède et dont parle
Edrisi, p. 228. Le Lobb el-lobâb en fixe la prononciation.
(3) Ce personnage, aux doctrines peu orthodoxes et qui mourut en
319, est l'objet d'une courte notice de Dhabbi {Desiderium qucercn-
tis... éd. Codera, n* 163).
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— 281 —
Alors aussi mourut Moh'ammed ben Moh'ammed ben
Khàlid K'aysi, connu sous le nom d'Et-T'arzH 1 ), qui avait
été préposé aux réclamations à K'ayrawàn. Quand Ibra-
him ben Ahmed voulut lui donner ce poste, il s'excusa
de ne pouvoir l'accepter à cause de sa timidité, de sa
douceur de caractère et de son insuffisante connaissance
du droit : « Ta timidité et ta douceur, lui répondit Ibra-
him, disparaîtront par l'habitude du commandement; et
pour suppléer à ton insuffisance juridique, recours aux
juristes de profession ! » Il le nomma donc, et il ne se
trouva pas à K'ayrawàn de plus sévère dépositaire de
l'autorité que lui b.
En 318 (2 février 930), H omeyd ben Yeçel < 2 > s'avança,
sans y être autorisé par c Obeyd Allah, de Mehdiyya sur
Tâhert et éleva le fort des BenoûBesouhà b&); il renvoya
H'ammâd ben H'âchim dans son pays, s'unit à lui par
les femmes et le remit sur un pied d'amitié avec Seyyâr
ben e Abd el-Wahhàb b. Alors arriva une lettre d' c Obeyd
Allah enjoignant à Yeçel ben H'aboûs de renvoyer sur le
champ H'omeyd à Mehdiyya. Celui-ci dut donc effectuer
son retour, mais c Obeyd Allah ne le punit d'aucune
manière.
b Les pluies étant survenues à K'ayrawàn, remirent
les choses en ordre : le prix des vivres, qui, par sa cherté,
avait fort éprouvé le peuple, s'abaissa ; la famine et
l'épidémie disparurent b.
A Mehdiyya mourut Hichâm ben er-Rebi c Temîmi, qui
était un homme de bien b et de talent. Comme f Obevd
(1) Orthographié T'arari à la page 224.
(2) On trouve aussi ce nom écrit Içlî et Içlften (Bekri, 288 ; Ber-
bères, i, 268, et il, 528.
(3) Lecture douteuse.
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— 282 -
Allah l'avait fait châtier et fouetter à cause d'Ibn el-
K'odeym, ses dernières volontés furent qu'on ne l'enterrât
pas à Mehdiyya, et son corps fut en conséquence emmené
et inhumé à K'ayrawân b.
[P. 203] Description de la ville de Djerâwa.
En dehors des murailles, qui étaient de briques crues,
on trouvait des sources saumâtres, mais à l'intérieur il
y avait de nombreux puits qui fournissaient de bonne
eau potable, et à l'entour il y avait des faubourgs qui
s'étendaient dans toutes les directions. Elle était pour-
vue d'une kaçba destinée à la défendre, renfermait cinq
établissements de bains, avait une mosquée principale
à cinq nefs, et fut édifiée en 257 (28 novembre 870) par
Aboû'l- c Aych c Isa ben IdrîsW. Ce prince eut pour suc-
cesseur, en 291 (23 novembre 903), son filsEl-Hasan ben
Aboù'l- c Aych, qui, en 319 (23 janvier 931), quitta la ville
pour se rendre au château d'El-Mak'çoûra W, mais qui y
revint en 323 (10 décembre 931) pour ensuite se trans-
porter à Tlemcen en 325 (18 novembre 936V Djerâwa,
qui comptait quatre portes, était entourée d'une banlieue
propre à la culture des céréales et à l'élevage des
bestiaux. Du côté de la mer se trouvaient les villages de
Medghara, dans la montagne des Benoû Iznàten< 3 >, à
l'est les Benoû Ifren, tribu Zenatienne, et à l'ouest les
tribus berbères de Zawàgha et autres.
(1) Bekri donne la date de 259, (p. 317) ; cf. ci-dessus, p. 71 et 279.
Djerâwa, à six milles de la mer, était une ville florissante et peuplée,
(Ibn Haukal, p. 63).
(2) Ce lieu m'est inconnu ; cf. Fournol, h, 176.
(3) M. de Gœje (Jaqubi, p. 92) veut corriger ce mot par Irniyân,
mais je ne crois pas que cela soit nécessaire.
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- 283 —
Quant à Tàhert, elle doit sa fondation à e Abd er-
Rah'rnàn ben Rostem ben Behrâm, client d ,f Othmân ben
«Affân. Il servait de lieutenant à Aboû'l-KhatYàb* 1 ) lors
de la conquête d'Ifrik'iyya par celui-ci, et lors de rentrée
d'Ibn el Ach c ath à K'ayrawàn, il s'enfuit vers l'ouest
avec ce qu'il put emmener sans trop de peine des siens et
de ses biens. Les Ibâd'ites se rallièrent ensuite à lui et l'on
résolut de fonder une ville qui leur servit de centre ; on
s'installa sur l'emplacement de Tàhert, qui était alors
un marais boisé situé entre trois rivières, on y édifia une
mosquée à quatre nefs et le peuple y éleva des habita-
tions. Cela se passait en 161 [8 octobre 777). Il y avait eu
là autrefois une ville qu' c Abd er-Rah'màn ben Rostem
releva, et il y resta jusqu'à sa mort, survenue en 168
(23 juHlet 184). Ces faits ont été précédemment racontés.
Histoire de Tàhert, depuis sa fondation, sous les Rostemides et
antres.
<Abd er-Rah'màn ben Rostem, le premier de ces prin-
ces, y régna sept ans. Il eut rP. 204] pour successeur son
fils e Abd el-Wàrith ( 2 ) qui régna quarante ans et mourut
en 208 (15 mai 823). Vint ensuite le fils de celui-ci, Aboù
Sa c id Aflah' ben c Abd el-Wàrith, mort en 250 (18 février
864), qui fut remplacé par son fils Aboû Bekr ben Aflah'
ben e Abd el-Wàrith, dont les affaires se gâtèrent et qui
fut expulsé par la population de Tàhert, puis rappelé, et
(1) C'est-à-dire *Abd el-A'la ben es-Sarah', voir Ibn el-Athir,
Annales, p. 61 ; Berbères, i, 373 ; Bekri, 160 ; ci-dessus, p. 79 et s.
(2) Partout ailleurs on lit 'Abd el-Wahhàb ; voir de Gœje, Jaqubi,
p. 101, o:'i la liste de ces princes est discutée ; cf. Chron. d'Aboû
Zakaria, p. 49 et s.
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- 284 -
qui mourut dans cette ville. Il fut remplacé par son frère
Aboû'l-Yak'z'ân Moh'ammed ben Aflah', qui régna vingt-
sept ans et mourut en 281 (12 mars 894). A celui-ci suc-
céda Aboû H'âtim Yoûsof ben Aboû'l-Yak'z'àn, contre
qui, au bout d'un an, la population se souleva et qui,
s'étant retiré dans le château de Lawâta, livra de vifs
combats à ses anciens sujets. Ceux-ci choisirent pour
mettre à leur tête Ya'k'oûb ben Aflah' ben f Abd el-
Wârith ben c Abd er-Rah'màn ben Rostem, que le peu-
ple déposa au bout de quatre ans et remplaça par Aboû
H'âtim ben Aboû'l-Yak'z'ân, qui fut tué après six ans de
règne en 294 (21 octobre 906) par les fils de son frère.
Yak'z'àn ben Aboû'l-Yak'z'ân, qui monta alors sur le
trône, fut tué avec plusieurs membres de sa famille en
chawwâl 296 (22 juin 909), à la suite d'événements trop
longs à raconter, par Aboû e Abd Allah Chii, et avec lui
finit la dynastie des Rostemides à Tàhert.
Celui qui gouvernait cette ville à l'époque dés Chi'ites
était Aboû H'omeyd Dawwâs Lahiçi, nommé à ce poste
par Aboû c Abd Allah lors de son départ de cette ville
pour Sidjilmâssa, et qui y était depuis six mois lorsqu'il
vainquit, en 299 (28 août 911), les troupes d'Ifrik'iyya qui
vinrent l'y attaquer* 1 ). Meçàla ben H'aboûs Miknàsi la
gouverna ensuite pendant treize ans, jusqu'en cha c bàn
312 (novembre 924), où il fut tué par Moh'ammed ben
Khazer Zenâti. Après lui, son frère Yeçelben H'aboûs la
gouverna jusqu'en 319 (23 janvier 931), date de sa mort.
[P. 205] Il fut remplacé par Aboû Màlik ben Yaghmorâsen
ben Aboû Choh'ma Lahiçi, qui en fut chassé par le soulè-
vement des habitants en 323 (10 décembre 934). Le choix
(1) Cf. suprà, p. 214 et 231.
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~ 285 -
du peuple se porta alors sur AboiVl-K'àsim el-Ah'dab
(le bossu) fils de Meçàla ben H'aboûs. Il ne régnait que
depuis un an quand Meysoûr, lors de son départ du
Maghreb pour Tlfrik'iyya, s'empara de la ville à la suite
de combats et le tua. Le vainqueur nomma à sa place
Dâwoûd ben Ibrahim f Adjisi, qui fut chassé de son gou-
vernement par H'omeyd ben Yeçil en djomâda II 333
(18 janvier 945), du temps d'Aboû Yezed Makhled ben
Keydâd Ifreni. En la même année 333 et à la suite de
faits trop longs à raconter, H'omeyd ben Yeçel quitta
Tâhert pour passer en Espagne, et Ismâ'il le Chi'ite, après
avoir établi son camp dans cette ville, y nomma gouver-
neur le page Meysoûr. Mais les habitants, mécontents
de la mauvaise administration de celui-ci, se mutinèrent
et Moh'ammed ben Khazer Zenâti, son fils El-Kheyr et
leurs partisans Zenâtiens, se rendant à l'appel qui leur
fut adressé, arrivèrent en grand nombre à Tâhert. Trompé
par les allures de ceux-ci, car ils se donnaient comme
venant à son secours, Meysoûr sortit à leur rencontre et
fut fait prisonnier par trahison, de sorte que les Benoû
Khazer et les Zenâta pénétrèrent à Tâhert et descendirent
à l'hôtel du gouvernement. Puis les affaires se gâtèrent,
et le Zenâtien Ya c la ben Moh'ammed Ifreni se rendit
maître de la vilte et le resta (*) jusqu'à l'arrivée du géné-
ral chiite Djawher, en 349 (2 mars 960).
Tâhert avait une ceinture formée de jardins où se
cultivaient toutes sortes de fruits et où les arbres abon-
daient, mais il y fait très froid et il y pleut beaucoup. Un
(1) Sur les circonstances et la date de la chute de Ya'la, voir Ibn
el-Athir, Annales, p. 359 et s. : Berb., n, 542 ; Fournel, n, 320 et 322 ;
ci-dessous, p, 230 du texte arabe, etc. La date de 349 ne parait pas
être exacte.
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-• 286 -.
homme d'esprit de cette ville, à qui Ton demandait
combien on y comptait de mois d'hiver, répondit qu'il y
en avait treize. Voici le début d'un poème qui a un
Tâhertien pour auteur :
[T'awil] Avec la passion, l'oisiveté est une occupation, la
vie un meurtre; avec elle, un jour c'est un an, une portion
est un tout ; [P. 206] avec elle générosité c'est avarice, modé-
ration c'est excès, proximité c'est éloignement, avance c'est
retard. Puisse Dieu verser sur Tâhert, objet de mes désirs,
et sur Soweyk'a et celui qui l'habite, assez d'eau pour en
faire disparaître la stérilité ! On dirait que nous n'avons pas été
réunis dans cette demeure et qu'entre nous il n'y ait eu nulle,
nulle jonction ! Mais la vie se poursuivant et la discorde étant
survenue,, les pluies du départ, et combien abondantes ! sont
successivement tombées. Salut à celle qui, au jour de la
séparation, n'a pu me dire adieu, mais qui était aussi triste
que la mère privée de ses enfants ! Ce n'était pas du coin de
l'œil qu'elle laissait échapper quelques pleurs, c'était sa vie
elle-même qui s'enfuyait rapidement.
Voici encore des vers écrits à propos de la réalisation
des décrets divins relatifs à sa destruction et à son éva-
cuation par ses habitants et ses chefs :
[T'awil] O mes deux amis, détournQz-vous vers des traces
de ruines et saluez les débris de ce qui fut puissant et qui
est devenu poussière ; approchez-vous des traces qu'a laissées
Tâhert, traces effacées par les pluies matinales et vespérales,
si bien que ces restes n'abritent plus personne. Ainsi le
voulait le destin, qui l'a fait périr avec d'autres.
Cette ancienne Tâhert est celle que détruisit El-Kheyr
ben Moh'ammed ben Khazer Zenâti a.
b En cette année mourut à K'ayrawân le Koreychide
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-. 287 -
Aboû'l-H'asan Mott'alibi Ah'med ben Moh'ammed ben
c Abd Allah ben Dja c far ben c Ali ben Zeyd ben Rokâna
ben c Abdoûd ben H'âchim ben c Abd el-Mott'aleb, le mer-
credi 14 djomâda I (13 juin 930). Il accompagnait c Obeyd
Allah à Sidjilmàssa avant que celui-ci conquit K'ayra-
wân, et vers la fin de sa vie il jouissait dans cette ville
d'une haute considération. [P. 207] Citons aussi la mort
du juriste Moh'ammed ben c 01hmân Khorâsâni, chargé
des actes judiciaires à K'ayrawân; il suivait la doctrine
des gens de Koûfa et n'était pas de ceux qui affirment
la création du Koran; il avait suivi à Miçr les leçons de
Yoûnos ben c Abd el-A f la b.
En 319 (23 janvier 931), Moûsa ben Aboû'i- c Afiya écri-
vit de la côte africaine au Prince des croyants c Abd er-
Rah'mân en-Nâçir, qui régnait en Espagne, pour lui
demander son amitié et offrir de le reconnaître, en ajou
tant qu'il lui concilierait celles des populations de la
côte qu'il avait pour voisines. Le prince accepta cette
offre avec un vif plaisir, y répondit par des envois de
vêtements d'honneur et d'argent, et par ses secours sou-
tint ce chef, qui cherchait à combattre Jbn Aboû'l^Aych
et d'autres. A partir de là, on dut compter avec l'autorité
de Moûsa b sur la côte africaine; le concours de nom-
breuses tribus berbères lui fut acquis b, et il se rendit
maître de la ville de Djerâwa, d'où il chassa El-H'asan
ben AboûVAych ben Idris l'Alide, qui eut avec lui de
nombreux combats et rencontres (*). a Celui-ci bâtit un fort
inexpugnable sur une montagne située à quatre milles
(1) On retrouve ce commencement de paragraphe dans le t. n du
Bayân, p. 219. Sur ces événements, cf. Berbères, ir, 141, 146, 492,
526, 529.
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- 288 -
de Djerâwa W, au centre des villages habités par les
Medghara, les Benoû Ifren et autres tribus. Ce chef et
ses fils possédaient encore la ville de Tlemcen et son
territoire, où habitaient des populations telles que les
Zawâgha, les Nefza et d'autres encore. Bekr ben FTam-
màd dit à ce proposa) :
[Kâmil] Demande aux Zawâgha de quels coups de sabre et
de lance il a frappé l'éblouissante rangée (de leurs armes) ;
demande aux Nefza comment il a violé leur territoire jus-
qu'alors intact, tandis que ses chevaux faisaient des lances
flexibles leur pâture. Son épée a frappé et abattu les Meghîla,
il a abreuvé Djerâwa d'une infusion de coloquinte.
De Djerâwa à Tàhert il y a trois journées de marche ;
de Djerâwa au fort de Tàmeghalet W, habité par les Benoû
Demmer, qui sont des Zenâta, on en compte deux. Tlem-
cen, dit-on, est la capitale du Maghreb moyen, et ce dire,
qu'a consigné Bekri, est confirmé par de nombreux infor-
mateurs M. On lit ce qui suit dans le Livre de Roger:
« [P. 208] Entre Tlemcen et Tâhert, dit-il, habitent les
Benoû Merîn et toutes les tribus Zenâta, parmi lesquelles
les Toudjin, les Maghrâwa, les Benoû Râchid, les Ourtîd,
etc. La plupart sont cavaliers et emploient le cheval
comme monture ; ils ont des connaissances étendues et
(1) A quatre milles vers le sud, dans le djebel Memâloû (Bekri,
p. 317). Peut-être y a-t-il ici une confusion, puisque, sous Tannée 317,
nous avons vu que H'asan ben AboûVAych dut se réfugier à Arch-
goul.
(2) Bekri rapporte aussi les vers qui suivent (p. 318).
(3) On retrouve ce nom sous l'orthographe Tamaghîlt dans Bekri
(p. 319), que notre auteur a en partie copié ; cf. ci-dessus, p. 276.
(4) J'ai conservé au mot ,j;.Uà.\ le sens que lui donnent Dozy et de
Goeje. Il semble pourtant ici signifier plutôt chroniqueur, narrateur.
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- 289 -
se montrent intelligents et sagaces, notamment dans Fart
de deviner l'avenir à l'aide des omoplates de mouton. Ils
descendent de Djânâ. Les Zenàta sont parfaitement con-
vaincus qu'ils sont de race arabe pure, mais qu'ils se sont
berbériséspar le voisinage des Berbères et des alliances
qu'ils ont contractées avec eux. On 'a dit aussi qu'ils
descendent de Ber ben K'ays ben Elyâs ben Mod'arWa. »
En cette année eut lieu la conquête de la ville de Ceuta,
située en Afrique, a sur la mer du Détroit (de Gibraltar),
" soutien de la porte des deuxMaghrebs, clef de la porte
des deux machrek (pays orientaux) ; c'est, dit-on, le con-
fluent des deux mers, la capitale du continent et de la
mer, la perle appliquée entre le poumon et la gorge. du
monde. "
c Obeyd Allah ben Yah'ya ben Idrîs, s'adressant à En-
Nâçir, parle ainsi de cette conquête :
[T'awll] Elle a dû s'incliner devant ton épée, et des yeux qui
depuis longtemps devaient détourner leurs regards se sont
trouvés rafraîchis. Les désirs qu'excitait sa proximité ne pou-
vaient être satisfaits, ses charmes étaient comme inexistants;
mais des talismans auxquels ne pourrait résister le plus
indomptable serpent ont fait céder ses voûtes inébranlables.
La puissance d'un prince que Dieu protège et aux étendards
victorieux recouvre, gloire au Tout-Puissant, un éclat (nou-
veau) ; voici venu pour elle le temps du triomphe, voici qu'à
Ceuta jusqu'à la camomille en donne l'heureuse nouvelle ! a
En-Nàçir éleva des fortifications autour de cette ville,
lui donna une garnison qu'il forma de ceux de ses officiers
(1) Ce passage reproduit, en l'abrégeant un peu, le texte d'Edrisi
(p. 88 du texte arabe, 101 et 102 de la trad. Dozy et de Goeje) ; une
note des traducteurs propose, au lieu de « Ourlid », la lecture Our-
tenîd ou Ournîd. Cf. ci-dessus, p. 72.
19
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— 290 —
et de ses soldats qu'il accepta à cet effet, et en fit ainsi la
clef du littoral africain, ou, comme dit c Arîb, « la porte
par où y entrer, la mise sous séquestre des ports de cette
région ». La khotba y fut dite [P. 209] au nom de ce prince
le vendredi 3 nebî r I (25 mars 931) de la dite année W.
c Obeyd Allah apprit à Mehdiyya que Moûsa ben Aboû'1 -
c Afiya et les habitants de Ceuta avaient fait leur soumis-
sion à c Abd er-Rah'mân ben Moh'ammed en-Nâçir et
qu'un navire avait été envoyé dans le port de Djerâwa à
l'adresse de Moûsa. El-H'asan ben AboûVAych fit une
descente dans ce bâtiment et enleva le chargement:
Moûsa eut beau lui écrire, à lui aussi bien qu'à son
kâdi et aux principaux de son entourage, les démar-
ches de ceux-ci auprès de H'asan n'aboutirent pas et
Moûsa ne put recouvrer les objets qui lui étaient des-
tinés, b II marcha alors contre Çâ c ( 2 ), d'où il chassa c Amir
ben Aboû'l- c Aych, mais en accordant l'amnistie aux
habitants. Il s'avança ensuite contre les Zawâgha ; mais
Ibn AboûVAych ayant marché contre -lui, il< 3 ) se retira
sans combattre lorsqu'il vit la force qu'il avait devant
lui b. Moûsa incendia les environs de Djerâwa et par-
courut pendant plusieurs jours le pays à la tête de ses
troupes. Puis il s'engagea entre Moûsa et H'asan une
correspondance, qui eut pour résultat de provoquer chez
(1) Cf. Bayân, n, 220 et 240, où la conquête de Ceuta est racontée
de la même manière. Les faits sont exposés autrement par Ibn Khal-
doûn {Berbères, n, 136 et H6) ; voir Bekri, p. 238; Fournel, n, 172;
Wûstenfeld, p. 67.
(2) Çà est le nom d'un affluent de la Molouya et d'une localité
située sur cette rivière, à trois journées de Tlemcen, dans la direc-
tion de Fez (Edrisi, pp. 91 et 92).
(3) Je crois que cet il doit désigner Moûsa, et j'ai traduit en con-
séquence; Wûstenfeld (p. 68) l'entend de H'asan.
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— 2Ôi —
celui-ci le désir de la paix, et l'accord se rétablit entre
eux, moyennant la restitution par H'asan de ce qu'il
avait enlevé, b Moûsa regagna alors son pays; mais il
marcha ensuite contre Oûzek'k'oûr, et les habitants des
places fortes (k'oloû*) de DjâraW réclamèrent contre lui
le secours de H'asan. Celui-ci leur envoya des cavaliers,
qui firent des incursions sur le territoire de Moûsa, y
enlevèrent de nombreux chameaux lui appartenant et
donnèrent à H'asan sa part de butin, ce qui eut pour
résultat de rallumer la guerre entre ces deux chefs.
Alors les habitants de Djeràwa ayant écrit à Moûsa pour
lui promettre l'entrée de la ville, celui-ci marcha avec
ses partisans de leur côté, et cette ville lui ouvrit ses
portes et se soumit. Il se dirigea ensuite vers Ei-Man-
çoûr( 2 ), dont une partie seulement accepta l'offre d'am-
nistie qu'il leur adressa; il resta vainqueur des autres,
dont il tua un certain nombre. On dit qu'il y fit prison-
niers les enfants et la femme koreychide de H'asan,
[P. 210] et qu'il s'empara de ses chevaux et de ses
armes ; après avoir livré la ville aux flammes, il rega-
gna son camp, mais renvoya la femme de H'asan auprès
des siens, sous la garde de gens sûrs de Djerâwa b. La
nouvelle de ces événements impressionna vivement et
inquiéta c Obeyd Allah, qui envoya aux tribus du Maghreb
des lettres destinées à ranimer leurs sentiments d'obéis-
sance et leur promettant secours et assistance.
Ceuta est une ville très ancienne, située sur le bord de
la mer Roûmi, c'est-à-dire sur le détroit où cette mer
(1) Le nom de cette localité figure à plusieurs reprises dans Bekri
(voir la table s. v. Golouê Djàra).
(2)* Je suppose qu'il s'agit des Benoû Mançoûr, tribu çanhâdjienne
qui habitait de ce côté (Edrisi, 69 ; Bekri, 187).
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- m -
communique avec l'Océan (*). Bâtie sur une langue de
terre que la mer entoure de partout, sauf d'un côté bien
resserré, les habitants, s'ils le voulaient, pourraient y
creuser un canal où pénétrerait la mer par les deux bouts ;
c'est donc une presqu'île, et c'est l'eau de la mer qui sert à
alimenter les bains. Elle a pour habitants des Arabes et
des Berbères, et les sciences y ont toujours été cultivées.
Elle est dominée par une montagne* 2 ) qui fait saillie en
pleine mer et en de certains points de laquelle on recueille
des rubis de petit volume mais très purs ; dans la mer
même, on se livre à la pêche du corail. L'origine du nom
de la ville est controversée. Il lui a, disent les uns, été
donné à cause de son isolement en mer, car on dit en
arabe tailler (sabata) une chaussure, synonyme de cou-
per (k'altfa) ; mais selon d'autres, un nommé Sebt, des-
cendant de Sâm ben Noûh' (Sem fils de Noé), ayant eu
des raisons pour quitter l'Orient, s'enfonça vers l'Occi-
dent, et, arrivé à l'emplacement de cette ville, il le choisit
pour y habiter.
* Voici la tradition rapportée par nos maîtres sur l'auto-
rité de Wahbben MeserraH'adjari. Ils entendirent en 400
Aboû c Abd Allah Moh'ammed ben r Ali leur raconter
d'après le dit Wahb, qui le tenait d'Ibn Wad'd'àh' et, en
remontant successivement par Soh'noûn, par Ibn el-K'â-
sim, par Mâlik, par Nâfi c et par Ibn c Omar, du Prophète
lui-même, qu'il y a au fond du Maghreb une ville nommée
Sebta (Geuta), fondée par un homme vertueux du nom de
Sebt, descendant de Sâm ben Noûh', laquelle tire son
(1) On trouve une description beaucoup plus détaillée de Ceuta dans
Bekri (p. 234), dans VIstibçâr (p. 46) et dans Edrisi (p. 199).
(2) Il faut probablement, avec les auteurs qui viennent d'être cités,
lire « à Test de cette ville se trouve une montagne ».
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- 293 -
nom de celui de son fondateur ; celui-ci a prié Dieu de
lui donner bénédiction et victoire, et le mai qu'on peut
chercher à lui faire est retourné par Dieu même contre le
malveillant. Ibn FTammâda s'exprime ainsi : « D'après
notre maître, le savant Aboû'l-Fad'l [P. 211] c Iyâd' (*),
l'expérience prouve l'authenticité de cette tradition, car
cette ville est toujours restée bien gardée entre les mains
de ceux qui la détenaient, et il est rare que celui qui a
tenté contre elle quelque mauvais coup n'ait pas péri
lui-même. »
Voici ce que raconte El- c Adhari : « Un des rois goths
d'Espagne nommé Toûdoûch (Théodose) franchit la mer
et vint assiéger les Berbères renfermés dans cette ville
de Céuta. Mais ils s'entendirent bien pour lui résister,
profilèrent de sa négligence pour l'attaquer par un point
mal défendu, et un petit nombre seulement des assié-
geants échappa à la mort. Toûdoûch repassa ensuite en
Espagne ( 2 ), et les Berbères continuèrent d'occuper la ville
jusqu'à ce que les chrétiens y revinssent une seconde
fois. Youlyân (Julien) l'occupait quand c Okba ben Nâfi c ,
après avoir envahi et conquis le Maghreb tout entier,
parvint jusqu'à cette ville. Alors Julien, qui était un
homme intelligent et expérimenté, en sortit pour lui offrir
divers présents et tâcher de se le concilier. c Okba lui fit
quartier en effet et le laissa en place ; puis les Arabes y
pénétrèrent par composition. Mais ensuite les Berbères
de Tanger se révoltèrent et expulsèrent de Geuta ceux
qui l'occupaient, après quoi ils ruinèrent la ville, qui,
il) Célèbre savant et jurisconsulte + 544 hég. (<Jat. des mss d'Alger,
n° 540; Cat. des mss arabes de Pans, n° 2106, etc.).
(2) Sur cet événement, voir Dozy, Recherches, 3 e éd., i, 62.
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— 294 -
pendant un certain temps, ne servit que de refuge aux
bêtes sauvages. Elle fut relevée de ses ruines par un
homme des Ghomâra, nommé MâdjeksenM, qui se fit
musulman et qui exerça le pouvoir dans cette ville, où
les Berbères se groupèrent autour de lui. Quand il mou-
rut, son fils c Içâm ben Madjeksen lui succéda; à c Içàm
succéda Moh'ammed< 2 ) ben c Içâm, et à ce dernier Er-
Râd'itë) ben e Içâm, qui se guidait dans son administra-
tion d'après les principes des juristes espagnols. Il y
arriva ensuite des gens de K'alsânaW, qui achetèrent
aux Berbères du terrain où ils élevèrent des habitations
et la portion ruinée des murailles qui forme aujourd'hui
le parapet. Ils reconnaissaient cependant la souveraineté
des Benoû Idris, et cet état de choses dura jusqu'à la
conquête qu'en fit c Abd er-Rah'mân en-Nàçir, dont
le général Farad j ben r Ofeyr( 5 ) y entra le vendredi 2
cha'bân 319 (19 août 921).
Ceux qui y gouvernèrent successivement au nom des
Omeyyades furent Faradj ben c Ofeyr en 319 (23 jan-
vier 931), puis Ah'med ben c Abd eç-Çamad Gharnâti,
ensuite Moh'ammed ben H'izb Allah en 323 (10 décembre
934), qui fut révoqué et remplacé en 326 (7 novembre 937),
par Moh'ammed ben Masiama; il fut à son tour révoqué
eU 6 ) Ibn Masiama en devint le gouverneur jusqu'en 330
(1) Ce nom est écrit Màdjken ^X.a»Lj dans Bekri (p. 237), et
kes dans Ibn Khaldoûn (Berbères, il, 136).
(2) Ecrit respectivement l. I. Modjebber, et Modjir.
(3) Ecrit Er-Rid'a l. L
(4) Il s'agit probablement de la ville de Galchana, voisine de
Xérès (note de M. de Slane ad Bekri, 237).
(5) On lit Nedjàh' ben Ghofeyr dans les Berbères, n, 137.
(6) Il semble bien que le copiste a ici oublié un nom propre.
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- 295 -
(25 septembre 941). Après lui [P. 212] Ibn Mok'àtil la
gouverna jusqu'en chawwâl 332 (mai-juin 944), où il fut
fait prisonnier par les Benoû Moh'ammed, Idrisides qui
le retinrent jusqu'en ramad'ân 333 (avril-mai 945) ; où le
kâdi de Ceuta, Moh'ammed ben Aboû c Isa, étant allé les
trouver, ils consentirent à conclure la paix par son inter-
médiaire : ils relâchèrent Ibn Mok'âtil et expédièrent
des otages à Cordoue, auprès du Prince des croyants
En-Nâçir, qui envoya divers gouverneurs à Ceuta
jusqu'en 346 (3 avril 957) a.
b En cette année [319 = 23 janvier 931], mourut Ah'med
ben Ah'med ben Ziyâd Fârisi, préposé aux actes judi-
ciaires à K'ayrawân. Il avait étudié (sous divers maîtres)
et avait du jugement; il avait servi à c Isa ben Meskin de
secrétaire pour la rédaction des rescrits et des jugements,
et est auteur d'ouvrages traitant des actes judiciaires,
des clauses (qui peuvent y figurer) et dès moments de la
prière.
A Tàhert mourut le gouverneur de cette ville, Yeçel
ben H'aboûs, que les habitants remplacèrent par e Ali
ben MeçâlaM, en informant r Obeyd Allah de leur choix.
Mais le prince désigna pour ce poste H'omeyd ben Yeçel,
qu'il y envoya à la tête d'un fort corps de troupes et qui
y arriva en dhoû'l-hiddja (décembre 931-janvier 932).
Le lundi 9 ramad'ân (24 septembre 931), naquit dans
le palais de Mehdiyya Aboû Temim Ma'add ben Ismâ c il
le Chiite b.
En 320 (12 janvier 932), b H'omeyd ben Yeçel attaqua
Dàwoùd ben Meçâla, Sinân et Aboû H'amlil ben Bernoû;
il leur tua un certain nombre d'hommes et les tint pen-
(1) Cf. suprà p. 284, et Fournel, n, 175.
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- 296 —
dant trois mois assiégés dans le château-fort d'Aboû
H'amlil. On lut du haut des chaires la circulaire d' r Obeyâ
Aliàh relatant ces faits et datée du jeudi 2 djomâda II
(9 juin 932) b.
Moûsa ben Aboal- r Afiya se porta à marches forcées
contre Moh'ammed ben Khazer, émir des Zenâta, qu'il
surprit et mit en déroute en massacrant ses compa-
gnons; après quoi il se retira à Djeràwa. b Le motif de
cette attaque fut une lettre adressée par Moh'ammed à
Moûsa à propos d'Ibn AboûVAych et conçue dans des
termes qui irritèrent Moûsa, car Moh'ammed ne cachait
pas qu'il favorisait Ibn AboûVAych contre Moûsa, qui fit
alors cette expédition (*).
Cette année-là fut révoqué le préposé aux actes judi-
ciaires c Abd Allah ben Selmân, [P. 213] qui jouissait de
la faveur d'Aboû Dja c far Baghdâdi,mais qu'on soupçon-
nait de se livrer à la sodomie et qui fut dénoncé au prince
par c 01ayya ( 2 ), qui était un ami de xe dernier et qui
ajouta : g Ce Baghdâdi ne fait, Seigneur, autre chose que
nuire à notre glorieux gouvernement et chercher à le
saper : il a nommé kâdi et préposé aux actes à Tripoli
un homme qui recherche les jeunes garçons. » En même
temps il lui fit lire les vers d'Ibn c Amir el-Fezâri sur les
jeunes garçons d'Ifrik'iyya sous les Aghlabides, où il est
parlé en termes outrageants de cet Ibn Selmân. Cette
pièce débute ainsi :
[Redjz] Plus d'un parterre revêt la surface terrestre d'un
(1) Voir les observations que fait Fournel (n, 177) à propos de
cette campagne.
(2) Ce mot est, sous cette forme, encore employé dans le Sud de
l'Algérie comme nom propre masculin.
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- 297 -
merveilleux coloris provenant de plantes toutes fraîches,
#*un kâdi, par exemple, qui décide que telles âmes sont
blanches et telles autres rouges.
II y est dit aussi :
Ainsi que la pleine lune au-dessus d'un rameau de saule,
Ibn Selmân brille d'un éclat qui l'emporte sur celui des
(jeunes filles semblables aux) gazelles ; sa beauté est sans
pareille, et on la dirait faite d'or natif.
En conséquence Ibn Sjelmàn fut révoqué et remplacé
comme kàdi de Tripoli par Ahïned ben Bah'r, qui était
alors préposé aux réclamations et à la prière à K'ayra-
wàn, poste pour lequel il avait été choisi par Ish'âk' ben
Aboû'l-Minhâl b.
En cha c bân de cette année (août 932), Moûsa ben
Abotfl- e Afiya reconnut ouvertement la souveraineté du
Prince des croyants En-Nàçir (TOmeyyade), ce qu'il fit
après être entré à Nakoûr Tépée à la main, b en avoir tué
le prince El-Mo'ayyed ben c Abd el-Bedi c ben Çâlih' ben
Sa c id ben IdrisM, et avoir, à la suite du blocus auquel il
soumit les Benoû Moh'ammed dans la montagne [P. 214]
dite H'adjar en-Nesr, conclu, moyennant rançon, la paix
avec eux.
b ATunis mourut Aboû H'abîb Naçr Roûmi, élève d'Ibn
c Abd el-H'akam, dont la mémoire était bien meublée en
ce qui a trait aux questions juridiques b.
En 321 (31 décembre 932) le pouvoir à Sidjilmâssa < 2 )
(1) Il a été question do ces faits plus haut, p. 278.
(2) Voir p. 215 l'histoire de cette ville. Notre auteur a ici mal copié
Bekri (p. 335), qui écrit Semghoù, fait mourir El-Mo l tazz ben Moh'am-
med en 321, et lui donne pour successeur Moh'ammed ben el-Mo'tazz,
lequel mourut en 331 et fut remplacé par Aboû'l-Montaçir {sic, voir
le texte arabe, p. 151, 1. 4) Semghoù.
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- 298 -
échut à Aboû'l-Mançoûr Semghoûl ben el-Mo e tazz ben
Moh'ammed, qui était âgé de treize ans. Au bout de deux
mois, son cousin Moh'ammed ben el-Fath', aussi nommé
El-EminW, se révolta contre lui, resta vainqueur et
expulsa son rival de Sidjilmàssa. Il était sunnite et fit
fleurir la justice, bien que cependant il ait pris en 342
(17 mai 953) le titre A'emir el-mouminîn et le surnom
d'Ech-Chàkir billâh, qui figure sur les monnaies d'or et
d'argent qu'il fit frapper. Telle resta la situation jusqu'au
moment où s'approchèrent les troupes du prince Obeydite
Aboû Temim Ma'add. •
Gouverneurs de Sidjilmàssa à partir de la conquête chi'ite.
El-Mezâti, dont il a été question déjà, fut nommé gou-
verneur de cette ville en 298 (18 septembre 910), mais
les habitants le massacrèrent au bout de cinquante jours^.
Aboû'1-Fath' ben el-Emîn( 3 ) lui succéda, et, au bout de
deux ans et quelques mois, fut remplacé en 300 (17 août
912), par Ah'med ben el-Emin( 4 ), qui resta au pouvoir
jusqu'à ce que, assiégé par Meçâla ben H'aboûs, il fût
mis à mort par son vainqueur, en moharrem 309 (mai-
juin 921). Meçâla institua alors à Sidjilmàssa El-Mo c tazz
ben Moh'ammed, des Benoû Midrâr, qui y resta jusqu'à
sa mort, en 321 (31 décembre 932), et fut remplacé par
Aboû'l-Mançoûr précité* 5 ).
Dans la nuit du lundi au mardi, 15 rebi c I 322 (4 mars
934), mourut le Mahdi c .Obeyd Allah, après un règne de
(1) Dans Bekri, « Moh'ammed ben el-Fath 1 ben el-Emir ». "Cf. Ibn
llaukal, p. 57.
(2) Ci-dessus, p. 212 et 217; Bekri, p. 334.
(3) El-Fath Waçoùl ben el-Emir Meymoùn (Bekri, ibid.).
(4) Ah'med ben el-Emir {ibid.,, p. 335).
(5) Voir n. 1.
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vingt-quatre ans et dix mois et demi (U. Arrivé en Egypte
en 289 (15 décembre 901), sous un costume de marchand,
il se déclara à Sidjilmàssa en dhoû'l-hiddja 296 (août-
septembre 909), fut salué du titre d'Imàm, puis se rendit
à Rak'k'àda en rebi e II 297 (décembre 909-janvier 910);
il fonda Mehdiyya, où il se retira [P. 215] en 308 (22 mai
920). Son départ fut le signal de la décadence de Rak'kâ-
k'àda, dont les habitants s'éloignèrent et dont l'impor-
tance diminua de jour en jour, jusqu'au règne de Ma'add
ben Ismâ c il, époque où en disparurent les derniers
restes.
Rak'k'àda était la capitale des Aghlabides, et Ton
raconte que quiconque y entrait ne cessait de rire, et
cela sans motif. On dit aussi qu'un prince de cette
dynastie avait perdu le sommeil, qu'il recouvra en
arrivant dans cette ville, et que de là vient son nom*.
Ibrahim ben Ah'med s'y fixa et abandonna l'Ancien
château; il y éleva de magnifiques palais, une mosquée
principale, des établissements de bains et d'autres cons-
tructions. Sa fondation remonte à 263 (23 septembre 876),
celle de l'[ Ancien] château à 184 (30 janvier 800). Ibn el-
Aghlab ayant défendu la vente du vin à K'ayrawân tan-
dis qu'il la permettait à Rak'k'àda, on dit à ce propos :
[Monsarih'] O Seigneur des hommes, ô fils d'un autre qui
fut leur Seigneur, toi devant qui se courbent toutes les tètes,
pourquoi déclarer interdit dans notre ville le vin qui est
licite dans le territoire de Rak'k'àda ?(*)
(1) Voir Fournel, n, 181.
(2) Ces vers sont souvent cités, p. ex. dans Bekri, p. 70; dans
Vlstibçar, tr. fi\, p. 13, etc. Plus haut (p. 112), notre auteur a placé
la fondation de l'Ancien château en Tannée 185 ; voir là-dessus
et sur Rak'k'àda, Bekri, L l. ; Ibn el-Athir, p. 157 et la note, etc.
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- 300 —
Mehdiyyà, qui doit son nom au Mahdi c Obeyd Allah
le chi'ite, est située à soixante milles tle K'ayrawân.
Celle-ci était la plus grande de toutes les villes du Ma-
ghreb, la plus peuplée, la plus riche, celle où la vie était
le plus large ; chez les habitants régnait généralement
l'ardeur au bien, l'abstention des choses d'une légalité
douteuse, l'éloignement pour les choses interdites, et
cela dura jusqu'au jour où l'arrivée des Arabes, ainsi que
nous le dirons, l'accabla d'une série de calamités et n'y
laissa plus subsister que des vestiges indistincts, des
traces à peine visibles. On dit qu'elle reverra son an-
cienne splendeur, et à l'époque actuelle, tin du septième
siècle, elle recommence à fleurir.
Le royaume d' c Obeyd Allah comprenait l'Ifrik'iyya,
tout le Maghreb, Tripoli, Barka et la Sicile, toutes régions
où résidaient ses fonctionnaires. Il tenta la conquête de
l'Egypte par son fils et héritier présomptif Aboû'l-K'âsim,
qui était l'aîné de six fils, et au nom de qui les lettres
étaient rédigées, du vivant même d' c Obeyd Allah. Celui-
ci, mort à l'âge de soixante- trois ans, [P. 216] eut donc
pour successeur son fils Aboû'l-K'âsim ben f Obeyd
Allah, dont l'inauguration se fit le jour même de la mort
de son père, 15 rebi c 1 322 (4 mars 934), qui prit le surnom
d'El-K'â'im bi-amr Allah et qui mourut le dimanche 13
chawwâl 334 (17 mai 946) après un règne de douze ans et
sept mois, et à l'âge de cinquante-cinq ans, laissant sept
fils. El-K'â'im eut comme chambellan Dja f far ben c Ali,
et Ibn Aboû'l-Minhâl fut l'un de ses kâdis. Pendant tout
son règne, ce prince sortit à cheval sans se faire accom-
(1) II aurait, d'après Ibn el-Athîr {Annales, p. 319), tenu la mort de
son père cachée pendant un an.
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— 301 —
pagner du parasol. Il suivit d'ailleurs la même voie que
son père, de la mort de qui il témoigna une tristesse
inconnue à un homme de son rang et qu'il garda (long-
temps encore) après sa disparition. Depuis ce moment
jusqu'au jour où lui-même rendit le dernier soupir, il ne
franchit sur une monture la porte de son palais qu'à
deux reprises. Sous son règne, de nombreuses villes
furent conquises sur les chrétiens. Il eut aussi à faire
face à plusieurs soulèvements que Dieu lui permit
d'étouffer. Entre autres rebeHes, Ibn T'âloût Korachi
s'avança avec de nombreux partisans dans la direction
de la province de Tripoli ; mais les habitants de cette
ville résistèrent et lui firent subir des pertes sensibles (*).
Cet imposteur se disait fils du Mahdi et souleva ainsi
avec lui les Berbères ; mais ces tribus, ayant reconnu la
fraude, le massacrèrent et apportèrent elles-mêmes sa
tête à El-K'â'im bi-amr Allah.
Le premier acte d'Aboû'l-K'âsim fut de faire fabri-
quer par tous les gouverneurs de provinces des armes et
toutes sortes d'instruments de guerre. Le page Meysoûr,
qu'il envoya dans le Maghreb avec de nombreux soldats,
poussa jusqu'à Fez et mit en déroute Ibn Aboû'l- c Afiya,
dont il fit le fils prisonnier £). Contre le pays chrétien il
fit partir une flotte confiée à Ya c k'oûb ben Ish'âk', qui
s'empara de Gênes< 3 ). Il nomma Aboû Dja'far Baghdâdi
(1) Cette révolte est mentionnée dans des termes presque identiques
par Ibn el-Athir {l. I.) et par Ibn Khaldoûn {Berbères, n, 528).
(2) Ce qui eut lieu dans les années 322 et 323 (Ibn el-Athir, p. 320 ;
Bekri, 225 et 289; Berbères, n, 529; Fournel, n, 187; Wustenfeld,71 ;
ci-dessous à Tannée 323, etc.).
(3) Y eut-il deux expéditions en pays chrétiens, Tune en 322, l'au-
tre en 323? Voir Amari, Biblioteca, i, 412; n, 29; Ibn el-Athir, p. 320
et les auteurs cités.
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- 302 -
directeur de la poste et du secrétariat, et lui confia le
soin de nombreuses affaires gouvernementales.
En 323 (10 décembre 934), il expédia à Bark'a une
armée commandée par Zeydân, et fit partir ce général
ainsi qu v Amir el-Medjnoûn, Aboû Zorâra et une partie
[P. 217] des troupes kotâmiennes qui étaient à Bark'a,
pour l'Egypte. Les envahisseurs entrèrent à Alexandrie,
et ils firent un grand nombre de prisonniers sur l'armée
de quinze mille cavaliers que-Moh'ammed ben [Toghdj]
el-Ikhchîd fit marcher contre eux M.
En la dite année, mourut El-Fad'l ben r Ali ben Z'afar,
Thomme le plus lettré de son temps, le plus habile en
science (religieuse), en droit et en littérature, en un mot,
parfait.
Comme le Slave Meysoûr était arrivé proche de Fez,
Ah'med ben Bekr ben Aboù Sahl Djodhâmi, qui y com-
mandait, sortit pour le combattre, mais il fut fait prison-
nier par trahison et envoyé à Mehdiyya. Les habitants
de cette ville choisirent alors pour les commander
H'asan ben K'âsim Lawâti, et tinrent tête pendant sept
mois à Meysoûr, dont les efforts contre eux échouèrent.
Celui-ci alors assiégea Ibn Aboû'MAfiya, et réclama à
cet effet l'aide des Benoû Idris, à qui il montra des
égards et dont il ne méconnut pas les droits. Alors Ibn
Aboû'l- e Afiya, fuyant devant eux, gagna le désert, et tout
ce qui appartenait aux Benoû'l-'Afiya passa aux Benoû
Idris. Le pouvoir chez ces derniers était exercé par les
Benoû Mohammed ben el-Kâsim, qui étaient au nombre
de trois, H'asan, K'annoûn et Ibrahim, ce dernier connu
(1) Sur cette campagne, voir Ibn el-Athîr, p. 320 et la note 3.
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- 303 -
sous le nom d'Er-RehoûniW. K'annoûn, dont le nom était
El-K'àsim, résidait ordinairement dans la ville de Çakh-
rat en-Nesr.
Histoire des Idrîsides ; pourquoi ils pénétrèrent dans le Maghreb
et y fondèrent Fez ; chefs Idrîsides et antres qui ont gouverné
cette ville jusqu'à présent.
El- c Adhari et d'autres racontent qu'Idrls et Soleymân,
l'un et l'autre fils d' c Abd Allah ben H'asan ben el-H'asan
ben c Ali ben Aboû T'âleb, échappèrent au désastre de
Fakhkh ( 2 ), sous le règne d'Aboû Dja c far el-Mançoûr. De
leurs quatre autres frères, Moh'ammed, Ibrahim, e Isa et
Yah'ya, le premier gagna [P. 218] le Hidjâz, où il fut tué;
le second se révolta à Baçra, dans l'Irak, et fut tué sous
le règne d'El-Mançoûr ; Yah'ya se révolta dans le Deylem
sous le khalifat d'Er-Rechîd, se soumit contre promesse
d'être gracié, et mourut ensuite empoisonné. Idris, qui
se réfugia au Maghreb, s'y vit ensuite rejoindre par di-
vers c Alides descendants d'Aboû T'âleb, savoir, son pro-
pre frère Soleymân ( 3 ), qui s'installa àTlemcen, ainsi que
Dâwoûd ben el-K'âsim ben Ish'âk ben e Abd Allah ben
(1) Le Bayân porte « Er-Rcmoûni », que je n'ai pas hésité à corri-
ger d'après Bekri (p. 290), d'autant plus que Rehoùna est un lieu
voisin de Hadjar en-Nesr. Mais sur ce passage, comparez le texte
arabe de Bekri, p. 129, i. 3, et Jaqubi, Descriptio, p. 123.
(2) L'affaire de Fakhkh, près de la Mekke, est de 169, sous le règne
du khalife Abbàside El-Hàdi (voir le commentaire d'Ibn Badroûn,
p. 224 ; suprà, p. 97 ; Berbères, n, 559, etc.).
(3J Soleymân ben 'Abd Allah, fait prisonnier à Fakhkh, fut décapité
à la Mekke, d'après Mas'oûdi (Prairies d'or, vi, 266). Notre auteur
suit probablement le récit de Nawfeli ap. Bekri, p. 277, et Istibçâr,
trad., p. 149.
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- 304 -
Dja c far ben Aboû T'âlebM; celui-ci regagna ensuite
l'Orient, mais ses enfants restèrent au Maghreb. Idris
ben c Abd Allah, arrivé au Maghreb en 170 (2 juillet 786)
avec son client Râchid,se fixa d'abord dans l'antique ville
d'Oulîli, puis s'installa en 172 (10 juin 788) chez Ish'àk'
[ben Moh'ammed] ben c Abd el-H'amîd. Les tribus ber-
bères le prirent pour chef et lui prêtèrent obéissance, ce
qui fut cause que Hâroûn er-Rechîd, l'ayant appris,
envoya un de ses affidés, nommé EchChemmàkh, avec
mission de l'empoisonner; c'est ce que fit cet homme,
qui s'enfuit ensuite en Orient. A la suite de la mort
d'Idrîs, survenue en 175 (9 mai 791), le commandement
fut exercé par son client Râchid ; puis Kenzi, concubine
berbère du prince défunt, accoucha d'un fils qui reçut le
même nom que son père.
En 187 (29 décembre 902), Idrîs ben Idrîs, qui avait
alors onze ans, ou, selon d'autres, davantage, prit le
pouvoir en mains, et fut reconnu par toutes les tribus
(berbères). [Ce qui devint plus tard] le quartier Kayra-
wanien était alors des marécages boisés autour desquels
s'élevaient des huttes habitées par les Zawàgha. A la
demande de ces populations, il résolut de tâcher d'y
établir une ville, Fez, dont la fondation remonte à 193
(21 octobre 808). Idrîs ben Idris fit une expédition contre
les Nefza et parvint jusqu'à Tlemcen, puis il s'en retourna,
alla jusqu'au Wâdi Nefiset se rendit maître du territoire
des Maçmoûda. Il mourut en 213 (21 mars 828), empoi-
sonné, mais on n'est pas unanime sur son genre de mort.
D'après Ibn H'ammâda, Bekri et d'autres, il laissa douze
fils : Moh'ammed, Ah'med, c Obeyd, Allah, c Isa, Idris,
(1) Bekri, p. 276.
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- 305 -
Dja e far, Yah'ya, H'amza, e Abd Allah, -El-K'âsim, Dàwoûd
et 'Omar.
Moh'ammed ben Idris, qui monta sur le trône, suivit
le conseil de sa grand-mère Kenzi et répartit les diverses
provinces de l'empire entre ses frères: à El-K'âsim il
donna [P. 219] Tanger et ses dépendances, à c Omar les
Çanhâdja d'El-H'abat' et les Ghomâra, à Dàwoûd les
H'awwâra de TàmeliU 1 ), et ainsi de suite pour 'Isa,
Yah'ya et e Abd Allah; les autres, trop jeunes, furent
laissés de côté. Alors e Isa s'étant soustrait à son autorité,
Moh'ammed écrivit à leur frère El-K'âsim de l'attaquer,
mais il essuya un refus ; au contraire, c Omar, qui avait
reçu le même ordre, s'empressa de prêter aide à Mo-
h'ammed, car des dissensions l'avaient auparavant sé-
paré d' e Isa. 'Omar mourut dans le pays des Çanhâdja, t
et son corps fut ramené à Fez ; c'est de lui que descendent
les H'ammoûdites. Moh'ammed ben Idrîs étant ensuite
mort, ce fut Yah'ya ben [Yah'ya ben] Moh'ammed ben
Idris qui lui succéda. Le nouveau prince répartit aussi
les diverses provinces entre ses oncles, tant paternels
que maternels ; il donna à H'oseyn le sud, de la ville de
Fez à Aghmât; à Dàwoûd l'est de Fez, (c'est-à-dire) les
Miknâsa, les Hawwâra et les Çadina ; à El-K'âsim l'ouest
de Fez, c'est-à-dire les Leh'âta( 2 ) et les Kotâma, tandis
que Yah'ya lui-même se désintéressait des devoirs de
souverain qui lui incombaient. Alors chacun de ses frè-
res se conduisit en prince indépendant et attira à soi les
Berbères, leur disant : a Nous sommes tous fils d'un
(f) Chez Bekrî (p. 280) « de Taselmet ». Sur ce partage, voir Four-
nel, i, 498 ; Jakubi, Description p. 127.
(2) Ce nom parait corrompu : on peut songer à lire Lehàha ou
Lemàya ? (Dozy).
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-~ 306 «
même père, et vous voye^ comment notre frère Yah'ya
laisse aller son pouvoir à vau-l'eau. » Aussi les.Berbères
leur reconnurent- ils de plèinsv pouvoirs, pendant que
Yah'ya s'adonnait entièrement â la boisson et aux fem-
mes. On raconte qu'il entra un jour au bain pour y pour-
suivre une femme 0). Enfin la désaffection de la popula-
tion de Féz fut cause de sa perte, et il s'enfuit dans le
quartier des Andalous( 2 ), où il mourut. Sa femme était
la fille d ,c Ali ben c Omar, aïeul des HammoûditesW.
Ce fut c Ali ben c Omar ben Idris qui lui succéda, car
quand Yah'ya fut perdu, son beau-père, le dit c Ali, étant
arrivé, pénétra dans le quartier des Kayrawaniens et y
exerça l'autorité souveraine, de sorte que le pouvoir
passa des mains des fils de Moh'ammed ben Idrîs à
.celle des fils de e Omar ben Idris. Il eut à résister au
soulèvement d' c Abd er-Rezzâk, Khàredjite-Çofrite de
Medyoûna qui, à la suite de nombreux combats, le mit
en fuite et s'empara de Fez( 4 ). c Ali dut passer chez les
Awreba, et ce fut c Abd er-Rezzâk qui devint maître du
quartier des Andalous, mais non [P. 220] du quartier des
K'ayrawânien?. En effet, les habitants de ce dernier firent
venir Yah'ya ben el-K'âsim ben Idrîs, connu sous le nom
d'El- c Addâm( 5 ), et le mirent à leur tète. Ce prince conquit
(1) Qui était juive et s'appelait Hanna (Bekri, 289).
(2) J'ai lu Crr ^uJjô , *\ ÏjsXa avec Bekri (texte, p. 125, 1. 1). *
(3) C'est 'Obeyd Allah ben 'Omar (ou 'Omar ben Idris lui-même,
suprà, p. 305, et Bekri, p. 281), qui est l'aïeul des Hammoûdites. En
outre, j'ai (d'après Bekri, p. 282, et de Goeje, Jaqubi, 123), corrigé le
texte, qui fait d"Ali le gendre de Yah'ya.
(4) Ce rebelle était Espagnol d'origine et se révolta dans la monta-
gne de Medyoûna, au sud de Fez (Békri, 282).
(5) Ce nom est écrit de bien des manières, relevées dans/une note de
la traduction do Bekri, p. 283.
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- 307 -
ensuite le quartier des Andalous et en chassa c Àbd er-
Rezzâk, faits dont le récit trop long. Yah'ya régna donc
sur Fez, les régions, les cantons, les tribus et les forts du
voisinage jusqu'en 292 (12 novembre 904), où il fut tué
par Rebî e ben Soleymân.
Son successeur fut Yah'ya ben ldrts ben c Omar ben
Idris ben Idris. En effet, après la mort de Yah'ya ben
el-K'âsim, ce fut ce Yah ya ben Idrls qui s'avança vers Fez
et qui y recueillit le pouvoir, de sorte que l'autorité
revint ainsi pendant quinze ans aux mains des descen-
dants d ,e Omar ben Idris, jusqu'à Tannée 307(2 juin 919),
où arriva Meçâla ben H'aboûs. Celui-ci, venu pour la
première fois dans le Maghreb en 305 (23 juin 917), avait
commencé par accorder bienfaits et honneurs à Moûsa
ben Aboû*l- e Afiya et lui avait confié le gouvernement des
territoires conquis par lui; mais Yatfya ben Idris, prince
de Fez, avait dirigé ses forces contre Moûsa et anéanti
ses espérances. Revenu en 307 (2 juin 919), Meçâla resta
dans le pays pendant cinq ansW. Ibn Aboû'l-'Afiya cher-
cha à nuire à Yatfya et à le perdre dans l'esprit de Meçâla,
employant les anciens liens d'amitié qui l'unissaient à
celui-ci pour satisfaire l'inimitié qu'il nourrissait contre
Yah'ya. Meçâla se décida à s'assurer de la personne de
ce dernier, et comme, après avoir déjà tenté à cet effet
diverses ruses, il le vit venir dans son camp, il se saisit
de lui par trahison ; il lui enleva tout ce qu'il possédjait et
lui ordonna en outre de retirer de Fez et de lui présenter,
à lui Meçâla, les richesses qu'il détenait dans cette ville.
Un agent de Meçâla fut installé à Fez, et ce général se
(1) Meçâla vint pour la première fois au Maghreb en 304 ou en 305,
puis y revint en 310 (Bekri, pp. 220 et 284).
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— 308 —
retira ensuite, laissant Moûsa dans le Maghreb en qualité
d'émir (*).
En 310 (30 avril 922) m se révolta H'asan ben Moh'am-
med ben el-K'àsim ben Idris ben Idrîs, surnommé El-
H'addjâm, qui infligea notamment à Moûsa une sanglante
défaite dans une rencontre à laquelle participèrent les
chefs berbères et telle que le Maghreb n'en avait pas vu
de pareille [P. 221] depuis l'arrivée d'Idris l'ancien :
environ deux mille Berbères restèrent sur le terrain, et
Moûsa y perdit un fils du nom de Minhal. H'asan resta
alors pendant environ deux ans le maître de Fez et de
ses dépendances; après quoi les habitants de la ville se
soulevèrent traîtreusement contre lui et prirent comme
chef H'âmid ben H'amdân Hamadâni, connu sous le
nom d'El-Loûzi, du nom de Loûza( 3 ), localité d'Ifrîk'iyya
d'où il était originaire. H'âmid jeta Hasan ben Moh'am-
med en prison et rappela Moûsa ben Aboû'l- c Afiya, qui
vint avec ses troupes reprendre possession de Fez.
Moûsa voulait faire exécuter H'asan, qui avait été cause
de la mort de son fils Minhal ; mais H'âmid l'en détourna
en lui représentant les inconvénients d'une exécution
(1) Sur la manière dont finit Yah'ya ben Idris, il y a trois versions
(Bekri, p. 283 et 285 ; Fourneî, n, 248).
(2) Le texte porte 313, date que Dozy a corrigée en s'appuyant sur le
Kartâs et sur ce qu'on a vu plus haut, p. 267. D'après Bekri (p. 285),
El-Haddjàm chassa RnYàn Kotàmi de Fez en 316, et y resta deux ans.
Sa mort serait donc survenue en 318. Mais d'après Ibn Khaldoûn(Zter-
béres, i, 267 ; n, 145 et 568), le mouvement tenté par ce chef est de 313,
sans indication de la période pendant laquelle il exerça le pouvoir.
Cf. Fournel, n, 142 et 153, qui a eu le tort de reprendre Dozy à pro-
pos des renvois de celui-ci, et d'accorder la moindre autorité à la
traduction du Kartâs par Beaumier»
(3) Loûz est le nom d'une localité près de Belezma (Bekri, 123); mais
il y a un Kaçr el-Loùza entre Mehdiyya et Sfax (Edrisi, 150).
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— 309 —
publique, et le poison fut employé. D'après une autre
version, H'àmid l'ayant emmené sur les murailles,
H'asan en tomba et se cassa le pied ; il arriva jusqu'au
quartier des Andalous, où il mourut. Moûsa resta donc
maître de Fez et du Maghreb, par suite de la mort de
H'asan ben [Moh'ammed] el-H'addjâm.
Le surnom donné à ce dernier lui venait de ce que,
dans un combat contre ses cousins, il frappa d'un coup
de lance un premier adversaire à l'endroit où l'on pra-
tique la saignée, puis un second, puis un troisième, tou-
jours à la même place. Son oncle Ah'med dit alors de
lui : « Mon neveu est devenu H'addjàm (ventouseur) »,
et ce nom lui resta. Lui-môme a dit :
[T'awîl] Si Ton m'appelle H'addjàm, ce n'est pas que je
pratique la saignée, c'est que je frappe à l'endroit où l'on
saigne (*).
Moûsa, redevenu maître de Fez, fît exécuter c Abd
Allah ben Tha c leba ben Moh'ârib Azdi, ainsi que son
frère Mohammed ; mais leur père, Tha c leba ben Moh'â-
rib, s'enfuit à Cordoue* 2 ). Moûsa, projetant également la
mort de H'âmid, grâce à qui il était rentré à Fez, celui-
ci s'enfuit à Mehdiyya. Il chassa des endroits qu'ils habi-
taient tous les Benoû Idris, qui furent forcés de se retirer
dans la ville de Hadjar en-Nesr, fort inexpugnable dont
la construction est due à Ibrahim ben Moh'ammed ben
el-K'âsim [P. 222] ben Idrîs. Moûsa voulait les assiéger,
(1) Ce vers et les détails qui précédent se retrouvent encore ailleurs
(Bckrt, p. 286 ; Kartàs, texte, pp. 49 et 50 ; Berbères, n. 568).
"(2) Selon Bekri (p. 287), *Al)d Allah ben Tha'leba et ses deux fils
Moh'ammed et Yoùsof furent exécutés par ordre de Moûsa, tandis que
son troisième fils Mohàrib s'enfuit ou à Gordoue ou à Mehdiyya.
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— 310 —
mais les principaux chefs de la population du Maghreb
blâmèrent son projet : « Déjà, lui dirent-ils, tu lés as
expulsés et réduits à la pauvreté ; voudrais-tu donc, toi
Berbère, la mort de tous les Idrîsides ? » Ces reproches
l'arrêtèrent . et il s'éloigna avec ses troupes, laissant
cependant pour les surveiller l'un de ses officiers, Aboû
K'amhMi), q U j établit son camp à proximité et les serra
de près. Moûsa avait confié la garde de Fez à son fils
Medyen, qui y resta jusqu'à l'arrivée de H'omeyd ben
Yeçâb*), lequel, étant entré dans le Gharb, nomma à Fez
H'âmid ben H'amdân : en effet, Medyen, à l'annonce de
l'approche de H'omeyd et de H'âmid, s'était enfui de
cette ville ( 3 ). Alors les Idrisides, réunissant leurs forces
contre (Aboù K'amh'), l'officier de Moûsa, le mirent en
déroute et pillèrent, en 317 (13 février 929), la plus
grande partie de son camp. Ensuite survint à Fez la
révolte d'Ah'med ben Bekr [ben c Abd -er-Rahmàn] ben
Aboû Sahl Djodhâmi, qui mit à mort H'âmid ben H'am-
dân et envoya sa tête ainsi que celle de son fils à Moûsa
ben Aboû'l- c Afiya ; celui-ci les fit porter l'une et l'autre à
Gordoue par Sa e id ez-ZerràdW. Quant à H'omeyd ben
Yeçâl, qui avait, sans l'ordre du prinee Obeydite, quitté
le Gharb en y laissant Moûsa, il fut, pour cette raison,
(1) Ou Aboù'1-Fath' Tesoùli d'après le Kartâs (texte, p. 51) et Ibn
Khaldoûn {Berbères, i, 268).
(2) Nommé ci-dessus Homeyd ben Yeçel ; son arrivée à Fez eut lieu
en 321 d'après Bekri (p. 288), date qui est en contradiction avec celle
de 317, que notre auteur donne aussitôt après et qui doit être fausse.
(3) Il faut corriger le C^oyb, correction malheureuse de Dozy
(p. 222 1. 8) en «^yb, ce que montrent et le contexte et le texte de
Bekri (p. 128, l.*6).
(4) Appelé Sa'id ben ez-Zerràd par Bekri (p. 289).Voir Fournel, H, 187.
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~ 311 -
emprisonné à son arrivée en îfrik'iyya; il parvint cepenr
dant à s'enfuir en Espagne. En effet, les sympathies de
Moûsa étaient pour le prince Omeyyade régnant à
Cordoue.
En 324(29 novembre 935) c Ali ben H'amdoûn, connu
sous le nom d'Ibn el-Andalosi, ruinai) la ville [d'Adena,
proche de celle] de Mesila, située à deux étapes de
Tobna et dans le voisinage de laquelle était la ville
ancienne nommée Er-Rommâniyya. Elle est dominée
par la montagne de TAurès, longue de sept journées de
«îarche et renfermant de nombreux chàteaux-forts habi^
tés par lesHawwàra, qui professent les doctrines khàred-
jites. C'est datis ces montagnes qu'habitait la Kâhina, et
c'est là aussi qu'Aboû Yezîd Makhled ben Keydàd se
révolta [P. 223] contre Aboû'l-K'âsim Chi c i.
En 325 (18 novembre 936), Aboû'l-K'àsim ben f Obeyd
Allah nomma en Sicile AboiïVAbbâs Khalii ben Ish'âk',
qui agit dans ce pays comme nul n'avait fait avant lui ni
ne fit depuis: il fît mourir les musulmans tant en les
affamant qu'en les exécutant, si bien qu'ils s'enfuirent en
pays chrétien et que la plupart abjurèrent. Il resta en
Sicile quatre ans et en partit en 329 (5 octobre 940). Plus
tard,. dans une réunion où figuraient plusieurs per-
sonnages importants et où la conversation portait sur
des sujets divers, on vint à parler du temps qu'il avait
passé en Sicile, et alors, se vantant de sa cruauté, il dit:
« J'y ai tué, disent ceux qui exagèrent, un million d'hom-
mes, ou, d'après ceux qui sont au-dessus de la vérité,
(1) Le texte est certainement corrompu. En consultantBékri(pp.320
et 321 , trad., 144, texte), on voit qu'en 324 Ibn el-Audalosi ruina Adena,
qui est à deux journées :de Tobna. Je propose donc de lire <^— oy^c
ilx-uJL\ ^LoJoo [^J>j-Àl 23 >l]. •
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— 312 .—
six cent mille; mais je le jure, ajouta-t-il, la vérité est
qu'il y en a plus (que ce dernier nombre). » Alors Aboû
e Abd Allah el-Mo'addib (l'instituteur) lui dit : « Aboû'l-
e Abbàs, il te suffit d'en avoir tué un seul I » c Obeyd Allah
l'avait employé dans l'administration des districts, le pré-
lèvement des impôts et l'examen des comptes des bu-
reaux et des gouverneurs; mais certains propos lui étant
revenus sur son compte, il lui adressa un blâme et le
prit en aversion, si bien qu'il se serait débarrassé de lui
sans l'intervention d'Aboû'l-Kâsim, le fils d' c Obeyd
Allah W. Voici des vers de Khalil qui montrent jusqu'à
quel point il était inféodé à c Obeyd Allah :
[Kâmil] C'est l'imàm qui a établi pour les musulmans la
tradition de son aïeul, de même que moi je l'ai suivie ; c'est
lui qui a vivifié les préceptes religieux de son parent, qui
en a dressé les livres et les prescriptions relatives aux choses
licites et illicites.
L'émir Aboû'l-Kâsim ben c Obeyd Allah* 2 ) avait en 313
(28 mars 925) fait édifier la ville de Mesila par Ibn el-
Andalosi, à qui il en confia ensuite le gouvernement et
qui y resta jusqu'à ce qu'il périt dans le soulèvement
d'Aboû Yezîd Makhled ben Keydâd en 326 (7 novembre
937). Dja c far, fils d'Ibn el-Andalosi, continua d'y demeu-
rer et devint émir du Zàb tout entier, qu'il quitta en 360
(3 novembre #70) lors de la guerre soulevée par Ziri( 3) .
(1) Ce commencement du paragraphe figure dans Amari, Biblio-
teca t ii, 29. Comparez Ibn cl-Athir, p. 321 ; Fournel, n, 213.
(2) Lisez : L'émir 'Obeyd Allah », voir euprà, p. 272.
(3) Il est parlé de la révolte de Dja'far dans Yffist. des Berbères,
n, 554.
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- 313 -
Les Chi c ites donnent à Mesila le nom de Moh'amme-
diyya : ainsi El-MerwezH 1 * a dit:
[Sari 4 ] Ensuite vers la ville favorisée de Moh'ammediyya,
à qui la crainte de Dieu servit de fondement.
[P. 224] Quant à la ville d'Achir, la construction en est
due à Ziri ben Mennâd Çanhâdji, ainsi que le prouvent
les vers d' e Abd el-Melik ben c Aychoûn :
[Redjez] Toi qui t'enquiers de nos combats (2) et d'Achir,
siège de l'infidélité, demeure du libertinage, habitée par des
gens injustes, bâtie pour l'impiété et le mensonge, sache
qu'elle a été édifiée par Zlri, sur qui soit la malédiction de
Dieu!
Elle fut détruite postérieurement à 440 (15 juin 1048)
par Yoûsof ben H'ammàd Çanhâdji, qui la livra au
pillage.
En 327 (28 octobre 938), dans le Maghreb extrême
(ak'ça) appelé aujourd'hui Maghreb rapproché (adncr),
c'est-à-dire dans le pays de Tâdelâ et de Tàmesnâ, se
souleva, après la mort de son père, Aboû'l-Ançâr ben
Aboû c Ofeyr Berghawâti, qui avait commencé par faire
des promesses de fidélité. Nous en reparlerons.
Quant à Aboû Yezîd Ifreni ZenâtK 3 ), il s'appelle Makh-
led ben Keydâd ben Sa c d AUâh ben Moghîth ben Kermàn
ben Makhled ben c Othmân ben Ourîmet ben Tabak'-
(1) Le nom de ce poète est écrit Ahmed ben Mohammed el-Merou-
di, dans Bekri (p. 143), qui cite quatre vers de la pièce qui suit.
(2) Dans Bekri (p. 144), où se retrouvent ces vers, on lit : « Toi qui
t'enquiers de notre pays d'Occident. »
(3) Voir Iim el-Atbir, p. 324, et ci- dessus, p. 277.
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- 314 -
râsen ben Semîdàn ben Ifren, lequel Ifren était père dé
la Kâhina. Tous les Zenâta tirent leur origine deDjànà
ben Yah'ya.. .
Ibn H'ammâdat 1 ) raconte qu'Aboû'I-K'âsim. Chi c i, à la
suite de la mort de son père c Obeyd Allah, manifesta
publiquement ses croyances, fit injurier les gens de la
Caverne et du Manteau <*) et lancer d'autres accusations
de mensonge contre le saint Livre de Dieu ; quiconque
s'occupait de théologie était châtié et puni de mort, et
les musulmans lurent soumis à de terribles épreuves.
Alors Aboû Yezid descendit des montagnes de l'Aurès
en appelant les populations à embrasser la doctrine qu'il
disait être la vraie ; bien qu'elles ne la connussent pas,
elles espéraient trouver en lui le bien et le maintien dé
la foi traditionnelle. Il se souleva donc contre les Chi c iles
et pénétra en If rîk'iyya, où il détruisit les villes, ravagea
le territoire et fit des massacres sans nombre.
En 332 (3 septembre 943), Aboù'l-R'àsim Chi c i dut fuir
de Rak'k'âda pour se retirer à Mehdiyya, tant étaient
grands les succès d'Aboû Yezid .Celui-ci, qui était un imâm
des Ibâd'ites nakkarites du Maghreb, avait étudié, ditEr-
Rak'ik', sous [Aboû] c Ammâr el-A c ma, employait l'âne
comme monture et portait le titre de Cheykh des croyants
(1) Cet auteur, qui a été cité antérieurement, ne parait pas être le
même qu'Ibn Hammàd, à en juger d'après le récit de ce dernier tra-
duit dans le J- As. 1852, t. n, 472. Au surplus, nous savons qu'un Ibri
H'ammàda Bernesi a vécu postérieurement au célèbre kàdi Aboù'l-
Fad'l 'Iyâd\ de qui il cite un ££.U'J\ £*^-, chronique traitant de
l'Espagne et du Maghreb, et qui n'est peut-être autre chose que le
Crt^j^ t^ du même 4 Iyâd* (ms 2106 de Paris, f. 354, v).
(2) C'est-à-dire le Prophète et sa famille, par allusion à la caverne
où il se réfugia avec Aboû Bekr et au manteau dont il couvrit sa fille,
son gendre et ses deux petits-fils, .
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— 315 ->
Çcheykh el-mouminîn). [P. 225] « Alors, dit Ibn Sa'doûn,
Dieu suscita contre Aboû'l-K'âsim le khâredjite Makh-
led ben Keydàd, qui le vainquit et livra ses guerriers à
la mort. Il était soutenu par les musulmans, les juristes et
les gens voués à la dévotion, » qu'Ibn SaMoûn énumère
tous dans son livre, « qui marchèrent avec lui contre
l'ennemi commun. Il s'avança contre K'ayrawàn, où il
entra en çafar de cette année (octobre 943), fit montre
devant les habitants d'[opinions] correctes et employa
la formule « que Dieu leur fasse miséricorde », en par-
lant d'Aboïl Bekr et d' c Omar; enfin il appela le peuple
à la guerre sainte contre les Chi c ites et ordonna d'étudier
(et d'appliquer) la doctrine malékite. Lés juristes et les
gens de bien se répandirent dans les marchés en pronon-
çant les'prières pour le Prophète, pour ses Compagnons
et pour ses femmes. Les insurgés plantèrent alors
leurs étendards auprès de la grande mosquée. Le ven-
dredi ils se réunirent dans ce temple, montés et armés,
en compagnie d'Aboû Yezid et précédés d'étendards et de
tambours. Entre autres, deux étendards jaunes portaient
l'un les formules « au nom de Dieu » et « Moh'ammed
est 1 apôtre de Dieu » ; l'autre « Une aide venant de Dieu et
une victoire prochaine [seront réalisées] par le cheykh
Aboû Yezid ; ô grand Dieu, secours ton ami contre ceux
qui injurient tes amis ! » Un autre étendard portait :
« Combattez les chefs de l'impiété, etc. » (Koran, ix, 12);
on lisait sur un autre : « Combattez-les, Dieu les châtiera
par vos mains, les couvrira d'opprobre et vous viendra en
aide » (ib. t ix, 14) ; un autre encore portait, à la suite de
Au nom de Dieu, etc., « Moh'ammed est l'apôtre de Dieu ;
Aboû Bekr le véridique ; c Omar le diviseur». Enfin le
septième portait ; « Il n'y a de divinité qu'Allah ; Mob'am-
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- 316 -
med est l'apôtre de Dieu. Si vous ne le secourez pas,
Dieu l'a secouru lorsque les infidèles l'ont fait sortir lui
second, alors que, se trouvant avec son compagnon dans
la caverne, il lui disait : « Ne te chagrine pas, Dieu est
avec nous » (Koran, ix, 40).
« Quand tout le peuple fut réuni, l'imâm monta en
chaire, prononça une khoiba enflammée et appela le peu-
ple à la guerre sainte, en lui dépeignant les récom-
penses qu'elle devait lui procurer. Il termina en mau-
dissant c Obeyd Allah et son fils, et le peuple, sortant
à sa suite, marcha à la guerre, si bien qu'Aboû Yezid,
toujours le plus fort, vainqueur de ses adversaires et
les envoyant à la mort, resta mai Ire de la presque tota-
lité de l'Ifrîk'iyya. [P. 226] Quand Aboû Yezîd se vit
maître du souverain pouvoir ou à peu près, que le Chi c ite
ne comptait plus ou que peu s'en fallait, il dit à ses
soldats de laisser dans les rencontres les K'ayrawâ-
niéns à découvert, de façon que l'ennemi tombant sur ces
derniers et les épargnant eux-mêmes, on se trouvât
débarrassé de ces auxiliaires sans avoir à les tuer. IL
voulait ainsi ne pas endosser aux yeux de la foule
l'odieux de leur mort, car son intention était de se débar-
rasser d'eux dans la conviction où il était que, après la
mort des cheykhs et des chefs religieux de K'ayrawàn, il
resterait maître de ceux qui les suivaient et les amène-
rait à suivre ses doctrines. C'est ainsi que périrent ceux
des hommes de bien et des juristes de K'ayrawàn dont
Dieu voulait la félicité par le martyre; mais alors la
masse, saisie de regret et voyant que tous les amis de
Dieu étaient morts en martyrs, se sépara fort irritée
d'Aboû Yezîd. Quant à Aboû'l-K'àsim, il était serré des
plus près quand il mourut. »
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^ 317 -»
En 333 (23 août 944), Aboû Yezîd tua le page Mey-
sera ( 4 ), général d'Aboû'l-K'âsim. Cette année vit de nom-
breuses rencontres entre ce dernier et Aboû Yezîd,
notamment l'affaire célèbre du Wâdi'1-Malh', où Aboû'l-
Kâsim perdit un nombre d'Jhommes incalculable.
Aboû'l-K'âsim el-K'â'im bi-amr Allah, fils d ,f Obeyd
Allah, mourut en 334, le dimanche 13 chawwâl (17 mai
946), après un règne de douze ans.
Règne d'Ismà'tl ben Aboûl-K'&sim ben 'Obeyd Allah.
Ce prince, dont le langage était choisi et éloquent,
naquit à Mehdiyya en 302 (26 juillet 914) et monta sur le
trône à l'âge de trente-deux ans; porteur du prénom
d'Aboû't-T'âhir et du surnom d'El-Mançoûr, il avait été
proclamé héritier présomptif au mois de ramad'ân et
reconnu comme tel dans les prônes prononcés du haut
des chaires en Ifrîk'iyya.
En 335 (10 août 946), Aboû Yezid s'avança vers Meh-
diyya, puis se porta sur Sousse, dont les habitants
l'accueillirent les armes à la main, ce qui a fait dire (*):
[P. 227 ; Wâfir] Il a marché sur Sousse et l'a audacieu-
sement attaquée, mais cette ville avait Dieu pour protecteur.
Sousse est pour le royaume un rempart devant lequel s'in-
clinent villes et places fortes. Maudits ceux qui l'attaquent,
comme furent maudits K'oreyz'a et Nad'îr ! Le Créateur de
(1) Ce nom est aussi écrit Meysoûr. Wâdi'1-Malh' est situé entre
Tomàdjir et Mehdiyya (Bekri, p. 73 ) cf. lbn el-Athir, p. 331 ; Fournel,
n, 242).
(2) Des six vers cités par Bekri (p. 86) et attribués par lui à Ahmed
ben Beledj (?), nous avons ici les quatre premiers, avec une variante
inacceptable dans le second hémistiche.
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- - 318 rr^
toutes choses a, dans la confusion universelle, employé
Sousse pour exalter la vraie foi.
Aboû Yezid s'en éloigna donc, retourna vers Mehdiyya
et fit de tels progrès, qu'il vint cogner de sa lance la porte
de cette ville. Un fantassin pénétra alors dans le palais
et y trouva Ismâ e il jouant avec une anguille dans le
réservoir : « Tu joues, dit-il au prince, pendant qu'Aboû
Yezid plante sa lance dans la porte ! — Tu es sûr qu'il
Ta fait ? — Je l'affirme. — 11 n'y reviendra pardieu ! plua
jamais, car son heure est arrivée ; c'est là ce que nous
avons trouvé dans nos livres. » Et aussitôt il fit monter
ses troupes à cheval pour attaquer le rébelle (').
En 336(22 juillet 947), AboûVTàhir el-Mançoûr décida
la fondation de Cabra, dont il traça le plan et qu'il
appela El-Mançoûriyya. D'après El -Bekri, Mehdiyya
resta la capitale des Benoû 'Obeyd, jusqu'à ce qu'Aboû't-
T'âhir, l'un d'entre eux, se rendit à K'ayrawàn après
qu'il eut tué Aboû Yezid (*). Il bâtit alors la ville de Cabra,
dont il fit sa résidence, et la plupart des faubourgs de
Mehdiyya se vidèrent et tombèrent en ruines, [d'autant
plus que] ce prince transporta à Cabra le marché de
K'ayrawàn. Située à environ un demi-mille de cette der-
nière, elle comptait quatre ( 3 ) portes. De Mehdiyya à
(1) Sur cet incident et la date qui lui est assignée, cf. la note de
Fournel, n, 274.
(2) Le texte de Bekri n'est pas reproduit littéralement: notamment
dans ce passage, le célèbre géographe dit qu'El-Mançoûr se rendit
en 334 à K'ayrawàn pour combattre Aboû Yezid (qui en effet ne lut
tué qu'en ,336), et il place sous Tannée 337 la fondation de Cabra
(Bekri, pp. 64 et 76; cf. Fournel, il, 283).
(3) Bekri (p. 64) dit cinq portes, et il en donne les noms; lbn
H'ammàd dit aussi quatre (/. asiat., déç. 1852, p. 479).
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— 319 -
Sellak't'aW, il y avait huit milles, et c'est de ce dernier
endroit que partit Aboû Yezîd pour mettre le siège
devant Mehdiyya ; son camp était à Ternoût'. On lit dans
les livres de prédictions: « Quand le Khâredjite aura
attaché ses chevaux à Ternoût', il n'y aura plus rien de
sûr pour les gens du littoral ; habitants du littoral, gare
au camp d'Ibn Keydâd !»
Bâdja eut aussi; à subir des pertes, tant en morts
qu'en prisonniers, du fait d'Aboû Yeztd, ce qui a fait dire :
[Redjez] Ensuite il fit du mal à Bâdja, dont il chassa et
dispersa les habitants (2).
[P. 228] Quand El-Mançoûr fut résolu à marcher contre
lui pour l'attaquer, il distribua la solde à ses troupes et
procéda à des levées ; puis il s'avança, et Aboû Yezid dut
fuir; Ismâ e il le fit poursuivre jusqu'au pays des Kotâmat 3 ),
où l'agitateur vaincu se fortifia dans la montagne dite
H'içn Aboû Yezîd. Il fut pris vivant, mais couvert de
blessures, et El-Mançoûr l'emmena dans une cage de
fer à Mehdiyya, où il le fit exécuter, puis crucifier sur la
porte même qu'Aboû Yezîd avait autrefois cognée de sa
lance. D'après El-K'od'â e i (*), ce rebelle mourut en môh'ar-
rem 336 (juillet-août 947); il fut écorché, bourré de coton
et mis en croix dans cet état. D'après Ibn H'ammâda,
(1) Voir Bekri (p. 76, n. 2. et p. 198) ; Edrisi ne compte que six
milles entre Mehdiyya et SellakVa.
(2) Ce vers est extrait d'un poème satirique dirigé contre Aboû
Yezid (Bekri, p. 138).
(3) On lit ailleurs Kiyàna, qui est probablement la bonne leçon
(Ibn el-Athir, p. 346).
. (4) Le kâdi Moh'ammed ben Selàma, -f 454 H., est auteur des
f Oyoûn el-me'ârif, bref résumé historique où Ton retrouve en effet
le renseignement qui suit (ms 1491 de Paris, f. 116 v°).
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— 320 —
El-Mançoûr, à la suite de sa victoire sur Aboû Yezîd, se
dirigea sur K'ayrawân, où il fit son entrée dans cette
môme année, fit exécuter certains parents du vaincu et
mettre' d'autres à la torture; les supplices auxquels il
les soumit durèrent tant qu'il vécut. Au dire d'El-K'od'â'i,
ce fut en 337 (10 juillet 948) qu'El-Mançoûr s'installa à
Mançoûriyya.
En 339 (19 juin 950), Aboû't-T'àhir el-Mançoûr se trans-
porta en Orient et remit en place la Pierre noire, à l'an-
gle du saint Temple de Dieu, alors qu'El-Mot'i* était
depuis cinq ans sur le trône. Elle en avait été enlevée
par Soleymân ben el-H'asan K'armatt, que Dieu mau-
disse ! en 317 (13 février 929), sous le règne d'El-Mok'ta-
dir l'Abbaside; l'hérétique avait lait perpétrer ce sacri-
lège par la main de Dja c far ben Aboû e Iladj. Les frères
de Soleymân, après la mort de celui-ci, renvoyèrent la
Pierre, qui lut remise en place en la dite année par la
main de H'oseyn ben el-Merwezi Kinâni, après une
interruption de vingt-deux ans environ. Elle était tout
entière, à l'exception de la face externe, d'un blanc écla-
tant du temps d'ibn ez-Zobeyr; elle devint noire au
cours des temps par le sang provenant des holocaustes
dont la noircirent les infidèles et par leurs attouche-
ments. Ed-Dhi'bi raconte avoir assisté aux deux opéra-
tions, de l'enlèvement et de la remise en place M.
En 340(8 juin 951), Aboû't-T'àhir Ismâ c îl [P. 229] dési-
gna son fils Aboû Temîm Ma c add comme héritier présomp-
tif. Il alla à Djeloûla en partie de plaisir et en revint
(1) Ibn el-Athir. (texte, vm, 365} ne mentionne pas la coopération
d'El-Mançoûr à la remise en place de la Pierre noire ; voir d'ailleurs
de Goeje, Carmathes, pp. 100 et 158»
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-- 321 -
malade, et ce fut dans cet état de santé qu'il prononça la
prière de la Rupture du jeûne.
Le dernier jour de chawwâl 341 (18 mars 953) mourut
ce prince, fils d'Aboû'l-K'âsim el-K'â'im ben f Obeyd
Allah le Mahdi, à l'âge de trente-neuf ans, après un
règne de sept ans et quinze jours ( l >. Il avait eu pour
chambellan Dja c far ben c Ali.
Règne de Ma'add el-Mo'izz li-dîn Allah ben Ismâ'îl.
AboûTemim Ma c add, surnommé El-Mo c izz li-din Allah
et fils d'Ismâ c il ben Aboû'l-K'âsim ben c Obeyd Allah, né
à Mehdiyya en ramad'ân 319 (septembre-octobre 931),
monta sur le trône à l'âge de vingt-deux ans et fut le
premier Obeydite qui régna en Egypte. Après la mort
de Kâfoûr Ikhchîdi, émir de ce dernier pays, Mo c izz y
envoya son général Aboû'l-H'asan Djawher, qui avait fait
partie de la garde de son père Ismâ c il. Chrétien d'ori-
gine, Djawher avait été importé par l'eunuque Çàbir et
était passé ensuite entre les mains de l'eunuque Khafif,
qui l'offrit à El-Mançoûr Ismâ c il II s'était distingué au
service de celui-ci, et fut envoyé par El-Mo c izz avec une
armée en Egypte, dont il conquit la capitale, le mardi 17
cha r bàn (6 juillet); les chefs Ikhchîdites s'enfuirent en
Syrie, et la prière fut dite au nom d'El-Mo c izz, le ven-
dredi 20 cha c bân 358 (9 juillet 969), dans la Vieille mos-
quée (el-Djâmi c el^atlk"), par Aboû Moh'ammed Chim
chât'K 2 ) ; la prière fut aussi dite en son nom à la Mekke,
(1) On trouvera le récit des circonstances de sa mort dans Ibn el-
Athir, p. 356 ; Wûstenfeld, p. 95, etc.
(2) J'ai rétabli la lecture exacte de ce nom, telle qu'elle est fixée
par le Lobb el-Lobâh, et qu'elle figure d'ailleurs dans lbn el-Athir
(p. 336).
21
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- 322 -
lors du pèlerinage de la même année, et à Médine ce fut
Aboû Moslim c Alewi qui 's'acquitta de cette fonction.
Dja ff far ben Felâh se rendit en Syrie et s'empara de la
personne d'El-H'oseyn ben c Abd Allah, qu'il envoya à
Djawher ; [P. 230] celui-ci l'expédia dans un convoi qui
comprenait en outre plusieurs Ikhchidites ainsi que des
présents, et qui, conduit par son fils Dja c far, arriva au-
près d'El-Mo c izz, en llrîk'iyya, en redjeb 359 (mai-juin
970).
En 342 (17 mai 953), le kbatib de K'ayrawân étant
mort en chaire d'une attaque de paralysie, la khotba fut
achevée par le juriste Aboû Sofyân.
En 344(26 avril 955), il naquit à El-Mo c izz un fils, qu'il
nomma Nizâr.
En 346 ('3 avril 957), arriva à Ceuta un gouverneur
nommé par le khalife d'Espagne EinNàçir c Abd er-RalV-
mân, avec mission de fortifier cette ville et d'en recons-
truire les murailles; cet officier, se conformant à Tordre
du prince, les édifia en tuf U).
En 317 (24 mars 958), Djawher, général d'Aboû Temîm
el-Mo c izz, arriva dans le Gharb; il s'empara d'abord de
Fez, puis marcha vers Tetuan ; il arriva alors à la pénin-
sule qui constitue Ceuta (^:u~> ^r^)> et ses efforts
devant cette place étant restés infructueux, il se dirigea
sur Sidjilmàssa. Moh'ammed ben el-Emîn( 2 ) el-Fath',
prince de cette ville, prit la fuite devant lui et se fortifia
dans un forU 3 ), à douze milles de Sidjilmàssa, où il era-
(1) Dans le t. n du Bayân (p. 234 et s.), il est plus longuement
parlé des rapports de l'Espagne avec l'Afrique à cette époque ; voir
aussi Founiel (u, 315).
(2) Ou « ebEmir », d'après Bekri (suprà, p. 298); cf. Ibn Haukal,
p, 57.
(3) Que Bekri (p. 335) appelle Tàseâjàlt, nom que portait aussi la
K'al'at H'awwâra, ou Calaa de THillil actuel.
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- 323 -
mena sa famille et ses biens, ainsi qu'une partie de ses
adhérents. Nous avons dit déjà quelque chose de ce
prince, qui portait le surnom d'Ech-Châkir billàh. Sidjil-
mâssa était occupée par Djawher. Or, Moh'ammed ben
el-Fath , sortit du fort avec un très petit nombre des
siens pour se renseigner incognito; reconnu par une
troupe de Medghara, il fut pris par trahison et emmené
par ces gens à Djawher, qui le fit exécuter en redjeb
(septembre-octobre 958). Ce général, après un séjour
d'environ un an dans le Gharb, regagna rifrik'iyyaM.
En la même année arriva à Cordoue, fuyant devant
Djawher, El-H'asan ben K'annoûn Tldrîside. Les Benoû
Moh'ammed ben el-K'âsim, qui étaient de la famille
d'Idris ben Idris, s'étaient d'abord entendus pour déman-
teler Tetuan ; mais après avoir exécuté ce projet, ils en
eurent du regret et recommencèrent à la reconstruire.
Les habitants de Geuta, à qui cette reconstruction faisait
tort, leur cherchèrent querelle, et alors c Abd er-Rah'-
màn en-Nâçir envoya des troupes commandées par
Ahmed ben Ya c la pour mettre les Benoû Moh'ammed à
la raison, en même temps qu'il écrivait à H'orneyd ben
Yeçâl, prince de Tikîsâs et de la région, de prêter
main-forte à son général. [P. 231] En présence de ces
deux armées réunies, les Benoû Moh'ammed durent cé-
der, et ils envoyèrent à Cordoue leurs enfants comme
otages.
(1) II est peu vraisemblable que Djawher ait attaqué Ceula et les
villes de la côte avant Sidjilmàssa. D'ailleurs, c'est en 347 que notre
auteur a plus haut fait arriver Djawher dans le Gharb (voir Four-
nel, ii, 320 et 322). C'est à 347 aussi que Bekri (p. 336) fixe la date de
la prise de Sidjilmàssa, de mémo qulbn Khaldoûn (Berbères, i, 264).
Voir encore Ibn el-Athir, p. 360.
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- 324-
En 348^13 mars 959), c Abd er-Rah'màn en-Nàçir reçut
du gouverneur commandant à Ceuta une lettre l'infor-
mant du succès remporté sur Djawher, le général chiite.
En 349 (2 mars 960), El-Mo c izz fit intimer par le kàdiles
ordres suivants aux imams et aux crieurs des mosquées:
dans Tappel à la prière, on devait ne dire que accourez à
V œuvre excellente) prononcer en tête de chaque sourate
du Koran au nom du Dieu clément et miséricordieux en
faisant deux salutations; répéter à cinq reprises dans
les- funérailles Dieu est grand) ne pas retarder la prière
de l'après-midi, ni dire au point du jour la dernière prière
de la nuit; enfin les femmes ne devaient pas crier lors
des funérailles, ni les aveugles réciter, sauf lors de
l'inhumation, le Koran sur les tombes.
En 350 (19 février 961), mourut à Cordoue, où il était
en qualité d'otage, H'oseyn ben Ah'med ben Ibrahim ben
Moh'ammed ben IdrisH'asani. Les deux fils qu'il laissa,
Moh'ammed et H'oseyn, continuèrent de résider à Cor-
doue jusqu'au khalifat d'El-H'akam, qui les renvoya
vivre auprès de leurs frères dans le Gharb, où ils arri-
vèrent, en redjeb 354 (juillet 965).
En 351 (8 février 962), les chrétiens conquirent et gar-
dèrent les deux villes d'El-Meçiça et de T'arsoûs.
En 352 (29 janvier 963), au mois de chawwâl (octobre-
novembre 963), arriva auprès d'El-H'akam el-Mostançir
billâh un ambassadeur du nom d'Aboû Çâlih' Zemmoûr
Berghawâti, envoyé par Aboû Mançoûr c lsa ben Aboû'l-
AnçârC 1 ), émir des Berghawâta. c Isa ben Dâwoûd Mes-
(1) Appelé par lbn el-Athir (trad., p. 379) « 'Abs ben Oumm el-
Ançar ». Comparez ci-dessus, p. 57, et les auteurs cités., ainsi que le
Kartàs, p. 82. L'arrivée de cet ambassadeur est aussi rappelée dans
le Bayân, h, 250.
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- 325 —
t'âsH 4 ), qui lui servait d'interprète arabe, donna à El-
H'akam les renseignements que lui demanda ce prince
sur l'origine et les croyances des Bergbawàta. D'après
les renseignements fournis par Zemmoûr, le père de
leurs princes est Tarif, descendant de Chim c oûn (Si-
méon), fils de Jacob, fils d'Isaac. Tarif figurait parmi
les partisans de Meysera, prince du Magbreb dont il a
été parlé, et à la suite de la mort de celui-ci et de la
dispersion de ses compagnons, il s'installa dans la
région de Tâmesnâ. [P. 232] Les Berbères le prirent pour
leur chef et il les gouverna; il professait la religion mu-
sulmane, et la presqu'île de Tarif tire son nom de lui. Il
resta à leur tète jusqu'à sa mort et laissa quatre fils,
dont l'un, Çàlih' ben Tarif, né en 110 (15 avril 728), lui
succéda. Celui-ci se donna comme prophète, prit le nom
de Çâlih* el-mou'mintnW, et transmit à son fils Elyâs la
croyance nouvelle qu'il avait instituée, en lui recom-
mandant de ne la dévoiler que quand, devenu assez puis-
sant, il pourrait faire de la propagande et mettre à mort
ceux qui lui feraient de l'opposition ; il lui recommanda
aussi de rechercher l'amitié du prince régnant en Espa-
gne, et il partit pour l'Orient, prétendant qu'il reviendrait
sous le règne de son septième successeur, qu'il était le
grand Mahdi qui doit apparaître à la fin des temps pour
combattre l'Antéchrist, qu'il remplirait la terre d'autant
de justice qu'elle avait été remplie d'iniquité, faisant
enfin sur ce sujet un long discours qu'il attribuait au
prophète Moûsa (Moïse), au devin Satih'( 3 ) et à d'autres.
(1) Settàsi chez Bekri.
(2) A qui le Koran fait allusion (S. lxvi, v. 4).
(3) Célèbre devin qui vivait encore lors de la naissance du Pro-
phète (Desvergers, Vie de Mohammed, p. 202).
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- 326 —
Son successeur fut Elyâs ben Çâlih'ben Tarif, qui pro-
fessa [extérieurement] l'islamisme et respecta les lois de
la pureté ; il régna cinquante ans et mourut en laissant
plusieurs enfants. Il fut remplacé par son fils, Yoûnos
ben Elyâs, qui avait voyagé en Orient et qui, le premier
de sa famille, avait été en pèlerinage. Il enseigna publi-
quement la religion de son aïeul, invita les populations à
l'embrasser et massacra ceux qui ne répondirent pas à
son appel, si bien qu'il laissa désertes huit cents des
localités habitées par les Berbères et tua, dit-on, environ
7,700 hommes. Il mourut après quarante ans de règne,
et l'autorité ne passa pas aux mains de ses fils. En effet,
ce fut Aboû e Ofeyr Moh'ammed ben Mo c âdh (*) ben El-
Yasa e ben Çàlih* ben Tarif qui s'empara du pouvoir. Il
pratiqua la religion de ses ancêtres et acquit une très
grande puissance. Il livra aux Berbères diverses ba-
tailles restées célèbres, notamment celle de Tâma c zà( 2 ),
où le massacre se poursuivit pendant trois jours, et
celle de Beht, dont on ne put venir à bout de compter
les morts. Aboû c Ofeyr, qui avait quarante-quatre fem-
mes-,.laissa un nombre d'enfants proportionné et mourut
après [P. 233] vingt-sept ( 3 ) ans de règne.
Il eut pour successeur, à la fin du troisième siècle,
son fils Aboû'l-Ançâr c Abd Allah ben Aboû c Ofeyr, qui
était un homme généreux, aimable, scrupuleux obser-
vateur de sa parole et des traités, protecteur de ses
voisins et rendant largement les cadeaux qu'on lui fai-
sait. Il avait le nez camus et portait une longue barbe;
(1) Dans Bekri (p. 305), « Aboù Ghofeyr Yah'med ben Mo'àd ».
(2) Chez le même, Timghasen.
(3) Bekri dit « vingt-neuf ».
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— 327 -
le teint de son visage était très coloré, et il avait le
corps très blanc ; comme costume, il portait les pantalons
larges et le manteau (milKafa), mais non la tunique
(kamîç) ; le turban ne lui servait de coiffure que pour le
combat, car nul de son peuple ne le porte, et on ne
le voit chez eux que sur la tête des étrangers. Chaque
année, il faisait des levées comme s'il préparait quelque
expédition contre les tribus voisines, qui s'empressaient
de lui faire des présents, de sorte qu'alors il ne bougeait
pas. Son règne fut tranquille et dura environ quarante-
deux ans.
Il eut pour successeur son fils Aboû Mançoûr c Isa ben
Aboû'l-Ançâr, qui députa en 352 (29 janvier 96o) le dit
Zemmoûr au prince Omeyyade El-Mostançir billâh, et
dont voici la généalogie- c Isa ben Aboû'l-Ançâr c Abd
Allah ben Aboû c Ofeyr Moh'ammed ben Mo c àdh ben El-
Yasa c ben Çàlih' ben Tarif. Monté sur le trône à vingt-
deux ans, il marcha sur les traces de son père, pratiqua
la même religion et acquit une gratnde puissance. Son
père, en mourant, lui avait recommandé de cultiver
l'amitié du prince régnant en Espagne, « car, lui dit-il,
tu es le septième prince de notre maison et j'espère que
tu verras revenir ton aïeul Çâlih', ainsi qu'il l'a promis. »
Ici s'arrêtent les renseignements que j'ai résumés
d'après le récit de Zemmoûr.
D'après Aboû'l- c Abbâs [Fad'l ben Mofad'd'el] Madh-
h'idji, Yoûnos, l'instaurateur de la religion des Bergha-
wâta, tirait son origine de Chidhoûna (Sidonia, en
Espagne), dans la région du Wàdi Berbât'd), et s'était
(1) On retrouve le nom de cette rivière dans Edrisi (p. 214), ainsi
que dans le Bayân (n, 39, 1. 5) ; cf. Bekri, p. 308, note ; Istibçâr,
p. 157.
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—■ 328 —
rendu en Orient en 201 (29 juillet 816) avec c Abbâs ben
Nâçih', Zeydben Sinân Zenâti, adhérent (çâhib) des Wâ-
çiliya, Barghoûth ben Sa f id Tirâri, l'aïeul des Benoû
c Abd er-Rezzâk, lesquels sont connus sous le nom de
Benoû Wekîl et qui sont çofrites, Mennâd, prince de la
K'al c a Mennâdiyya, autrement nommée K'al e at H'ammâd,
ainsi qu'un autre dont le nom m'échappe. Quatre de ces
hommes se distinguèrent par leurs connaissances dans
les sciences religieuses. Yoûnos, continue-t-il, qui était
le chef des Berghawâta, prétendit avoir reçu le don de
prophétie; il absorbait une boisson (*) pour se fortifier
la mémoire et retenait en effet tout ce qu'il entendait ; il
étudia [P. 234] l'astrologie et la divination et s'appliqua
à la controverse ; après quoi il alla s'installer chez les
Berbères. Se rendant compte de leur ignorance, il leur
prédisait des choses dont l'astrologie lui révélait la réa-
lisation et qui arrivaient comme il l'avait dit ou à peu
près. Il acquit ainsi une grande influence, et alors, bien
convaincu de leur inintelligence et de leur ignorance, il
leur exposa son système de religion et s'attribua le
caractère de prophète. Il donna à ses adhérents le nom
de Berbât'i, que leur prononciation transforma en Ber-
ghawâti. Yoûnos avait d'ailleurs fait périr un grand
nombre de Berbères, si bien que les autres en vinrent à
lui obéir et à embrasser sa religion.
Voici des vers extraits d'une longue kaçîda de Sa c id
ben Hichâm Maçmoûdi sur la bataille de Beht :
[Wâfir] Femme ! ne pars pas encore ; reste et dis-nous,
raconte-nous des détails certains. Les Berbères, égarés et per-
dus, sont frustrés dans leurs espoirs ; puissent-ils ne plus
(1) Dans Bekri, « la boisson qui sert à fortilier, etc. ».
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- 329 -
s'abreuver d'une çau limpide ! « Le Prophète, disent-ils, c'est
Aboû Ghofeyr » ; puisse Dieu couvrir d'opprobre la mère de
ces menteurs ! N'as-tu pas vu et entendu la journée de Beht
et les gémissements poussés sur les traces de leurs coursiers
par des femmes éplorées, les unes hurlant à cause des en-
fants qu'elles avaient perdus, les autres ne pouvant retenir
le fruit de leurs entrailles? Là [au jugement dernier] se trou-
veront Yoûnos et les fils de ses fils, tout près de leur perte
et toujours orgueilleux (i). Ce n'est pas maintenant [leur dira-
t-on] qu'il faut vous convertir, c'était au temps où vous étiez
les adhérents de Meysera !
Par le mot motamayyisir, il entend les Meyâsara ou
adhérents de Meysera. Les doctrines erronées dont il
est question consistent en ce que ces gens reconnaissent
le caractère de prophète à Çâlih' ben Tarif et affirment
que les paroles qu'il rédigea pour eux sont une révéla-
tion divine au sujet de laquelle ils n'ont pas le moindre
doute. Il leur imposa de jeûner pendant le mois de redjeb
et de manger en ramad'ân, de faire cinq prières chaque
jour et autant chaque nuit, de faire le sacrifice le onze
de moh'arrem, de faire les ablutions purificatrices en se
lavant le nombril et les flancs, en se nettoyant les par-
ties génitales, en se rinçant la bouche, en se lavant la
face, en s'humectant et se frottant la nuque, en se lavant
les avant-bras et les épaules, en s'humectant à trois
reprises la tète [P. 235] et les oreilles, puis en se lavant
les pieds à partir des genoux. Une partie de leur prière
(1) Ce vers présente dans notre texte une variante que j'ai tenté de
rendre; mais la leçon qu'où trouve dans Bekri (texte, p. 138, trad.,
p. 308) et dans Ibn Khaldoûn {Berbère*, u, 128) est préférable. Ces
deux derniers textes donnent d'ailleurs dix vers de cette pièce, au
lieu de sept.
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- 330 -
se faisait sans prosternation, une autre à la mode musul-
mane ; ils faisaient trois prosternations à la suite Tune
de l'autre, levaient la figure et les mains à un demi-
empan du sol, récitaient la moitié de leur Koran pen-
dant qu'ils étaient debout et l'autre moitié étant incli-
nés, faisaient la salutation en leur langue par ces mots :
o Dieu est au-dessus de nous ; rien de ce qui est sur la
terre et dans les cieux ne lui est inconnu » ; puis ils
répétaient vingt-cinq fois les mots MoWor bâkoch^>qy\\
veulent dire le (grand par excellence) est Dieà et disent
A isem enW bâkoch, c'est-à-dire aie nom de Dieu, et
d'autres formules. Un homme peut épouser toutes les
femmes qu'il peut [nourrir], les répudie et les reprend à
sa guise. Le voleur dont la faute est prouvée par son
aveu et par des témoignages est puni de mort ; le forni-
cateur est puni de mort ; le menteur, qu'ils appellent le
trompeur, est banni. Le prix du sang est de cent têtes de
gros bétail. La tète de< 3 ) tous les animaux est illicite ; le
poisson ne devient licite que s'il est égorgé ; le coq et
les œufs passent pour illicites, et l'usage de la poule, à
moins de nécessité, pour blâmable. Il n'y a ni appel à la
prière ni réappel (ik'âma), le coq seul leur indiquant par
ses chants les heures de la prière, ce qui est cause de la
défense de manger. la chair de det animal. Ils se font
bénir en recevant (dans leurs mains) la salive de leur
(prophète). Des plus savants dans la science des astres,
ils étaient aussi, tant hommes que femmes, des plus
(1) Le mot inokor est vocalisé dans le ms, qui lit Bakoch, tandis
que les mss de Bekri présentent tous la leçon Yakoch.
(2) Dans Bekri, a bisem en Yacoch.
(3) J'ai introduit ces trois mots, qui manquent dans notre texte,
d'après Bekri.
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— 331 -
beaux. Le Koran que Çâlih' composa à leur usage comp-
tait quatre-vingts sourates, donl la plupart portaient un
nom de prophète : ainsi la première était celle d'Ayyoûb
(Job), et il y avait celle de Yoûnos (Jonas) et d'autres
encore portant des noms de prophètes; il y avait aussi
celles de Pharaon, du Coq, des Sauterelles, du Chameau,
de Hàroût et Mâroût, du Jugement dernier, des Phéno-
mènes terrestres; cette dernière renferme une science
[P. 236] très cbnsidérée à leurs yeuxW. En 352(29 jan-
vier 963), beaucoup de tribus continuaient encore de sui-
vre cette doctrine.
Revenons-en maintenant à la suite de notre chroni-
que. El-H'akam (Mostançir ben c Abd er-Rah'màn), qui
devint en 350 (19 février 961) khalife d'Espagne, était
obéi de tout le Maghreb, et ce fut lui qui fit achever en
351 (8 février 962) la construction des murs de Ceuta.
En 353 (18 janvier 964), un rescrit adressé par ce prince
aux habitants de Ceuta les dispensa de toutes les rede-
vances gouvernementales et de toutes les charges réga-
liennes. Ibn H'ammâda dit avoir vu entre les mains -du
kâdi c Iyâd' ce rescrit daté de çafar 353 (février-mars
964), où il était dit: « Et ce qui, dans la répartition géné-
rale ( 2 ), lui incombait en fait de charges alimentaires ré-
galiennes est reporté sur l'Aljarafe de Séville^). »
(1) On lit dans Bekri ^-dx«.J\ p\sô\ « chapitre qui, selon eux, ren-
ferme la science la plus sublime » (texte, p. 140, 1. 12 ; trad., p. 313).
Le Kartâs donne la même leçon (p. 84, 1. 3) ; cf, Istibçàr, trad.,
p. 161.
(2) Tak'sît''. sur ce mot, cf. pp. 244 et 256.
(3) Ech-Gharaf, l'Aljarafe des Espagnols, est une région de 40
milles de long sur 12 de large, qui s'étend entre Séville, Niébla et
l'Océan (Edrisi, p. 208 et 215).
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- 332 -
En 354 (6 janvier 965), mourut un personnage trop
célèbre pour qu'il soit besoin d'en parler, Aboû'l-T'ayyib
Motenebbi, qui, né à Koûfa en 303, était par suite âgé de
cinquante et un ans* 1 ).
En 357 (6 décembre 967 j, mourut à Miçr Kâfoûr
VoustâdW.
En 358 (24 novembre 968), à la suite de la mort de
Kâfoûr Ikhchidi, émir d'Egypte, Aboû Temim el-Mo c izz
envoya contre Miçr son général Aboû'l-Hasan Djawher,
qui la conquit au mois de cha c bàn (juin-juillet 969).
En redjeb 359 (mai-juin 970), Djawher fit parvenir à
El-Mo c izz de nombreux présents conduits par son fils
Dja'far.
En 360 (3 novembre 970), le Karmate El-H'asan ben
Ah'med arriva à Damas et fit exécuter Dja c farben Felâh'.
A la suite de la conquête de Damas, les Karmates s'avan-
cèrent vers Ramla( 3 ).
Le 22 chawwâl 361 (4 août 972), El-Mo c izz partit de
Mançoûriyya pour l'Orient, laissant Aboû'l-Fotoûh' pour
le remplacer en Ifrik'iyya.
[P. 237] Débuts de la dynastie Çanhâdjienne en Ifrik'iyya ; gouverne-
ment d v Aboû'l-Fotoûh' Toûsof ben Ztrl benHennâd Çanhâdji (*).
Lors de son départ pour l'Orient, EI-Mo c izz se fit rem-
placer par lui en Ifrik'iyya et fit écrire par les secrétaires
(1) Il s'agit du poète moderne le plus goùlc par les Arabes, voir
Ibn Khallikàn, i, 102, etc.
(2) D'autres le font mourir en 356, voir Fournel, n, 342.
(3) Sur ces événements on trouve des détails dans lbn el-Athir
(texte, vin, 451); voir aussi Wùstenfeld, p. 112, et les auteurs cités
par Fournel, n, 351.
(4) Plus connu sous le nom de Bologgin (voir Bçrbères, n,9; lbn
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aux gouverneurs et employés des finances qu'ils eussent
à obéir entièrement à Aboû'l-Fotoûh', tandis que lui-
même, se transportant à Miçr, en fit sa capitale, de sorte
que ce chef devint l'émir de rifrîk'iyya et du Maghreb
tout entier. Quand, raconte El-K'od'à'i, Aboû Temîm fut
arrivé à Alexandrie, le kâdi de Miçr, ses témoins instru-
mentantes et les principaux de la ville se portèrent à sa
rencontre pour le saluer et lui présenter leurs vœux et
leurs prières, et le 7 ramad'ànW ce prince s'installa
dans le palais dit d'EI-Mo c izz.
En djomâda I 363 (27 janvier-lfr février 974), le Kar-
mate arriva à Et-Tawâh'in [près de Ramla, en Palestine] ;
il tut mis en fuite au mois de cha'bân (avril-mai).
En 365, le vendredi 11 rebî c II (17 novembre 975), mou-
rut Aboû Temîm El-Mo c izz lidîn Allah, après un règne
de vingt-trois ans cinq mois et quelques jours, dont il
avait passé à Miçr deux ans et sept mois* 2 ).
Son successeur au trône d'Egypte fut Aboû'l-Mançoûr
el- c Aziz billâh Nizâr ben Aboû Temîm Ma c add, né à
Mehdiyya en moh'arrem 344 (avril-mai 955) et proclamé
héritier présomptif à Miçr, le 10 rebi c I 365 (16 novembre
975). On tint cachée la mort deson père et on leproclama
aussitôt Prince des croyants. Nous avons en partie ra-
conté ce qui le concerne dans l'histoire de l'Orient, en
parlant des princes d'Egypte.
Khallikân, i, 267; Ibn el-Athir, trad., p. 370). Un récit, qui parait
légendaire, des circonstances dans lesquelles le choix du Fatimidc
s'arrêta sur Bologgin est rapporté par Tidjàni («/. As. 1852, n, p. 81),
et ci-dessous, p. 305 du texte araj^e.
(1) Ou 11 juin 973 ; mais d'autres disent deux jours plus tôt (Four-
nel, il, 366).
_ (2) On n'est pas d'accord sur la date de la mort de ce prince, voir
les auteurs cités ibid., 366 et 367.
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— 334 —
En djomâda II 365 (comm. 4 février 976), Aboû'l-
Fotoûh' envoya àEl- c Azîz billàh des cadeaux qu'il accom-
pagna, et l'émir d'Ifrik'iyya retourna ensuite à Rak'k'âda.
Les habitants de K'ayrawân se portèrent au-devant de
lui ; il leur fit très bon accueil et les hébergea somptueu-
sement. [P. 238] Aboû'l-Fotoûh* se résolut après cela à se
transporter au Fah'ç Aboû Çâlih' (*), et les kàdis et les
cheykhs allèrent lui porter leurs adieux le 27 redjeb
(1 er avril 976) de la dite année.
En dhoû'l-hiddja (août 976), il ordonna au secrétaire
c Abd Allah ben Moh'ammed( 2 ), qu'il avait nommé gouver-
neur d'Ifrik'iyya, de préparer à Mehdiyyaune flotte bien
armée et munie de bons équipages. En conséquence,
c Abd Allah se rendit en cette ville et fit faire partout des
levées de matelots ; à K'ayrawân même, on mit la main
sur ceux qui étaient restés dans cette ville, et l'on en remplit
les prisons. Cette dernière mesure effraya tout le monde,
à ce point que ni grands ni petits ne sortirent plus de
chez eux et que, si quelqu'un venait à mourir, c'étaient
les femmes seules qui sortaient le cadavre.
Le 1 er moharrem 366 (29 août 976), la flotte appareilla
de Mehdiyya, mais les vents étant contraires, elle ne put
avancer, épuisa ses provisions et se trouva à court d'eau;
alors les matelots se rapprochèrent du continent et s'en-
fuirent après avoir pillé les approvisionnements et les
armes des bâtiments. c Abd Allah les fit chercher partout
où ils s'étaient réfugiés, et ceux qui furent pris furent
exécutés M,
(1) Localité proche de ZaghwAn (ci-dessus p. 118).
(2) Noweyri nous fournit sur ce personnage des détails qu'a repro-
duits M. de Slane {Berb., n, 13).
(3) S'agit-il là d'un projet d'attaque des pays chrétiens ? Rien ne
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- 335 -
En la même année, Ziyâdet Allah ben el-K'odeym
mourut dans la prison où le retenait le secrétaire f Abd
Allah ben Moh'ammed, qui, dit-on, le lit périr dans les
supplices (*)..
Ce fonctionnaire, qui avait à administrer l'Ifrîk'iyya et
K'ayrawân, fit convoquer toute la population, se saisit
d'environ six cents des plus riches et frappa chacun
d'une contribution déterminée, exigeant de l'un dix mille
dinars comme de tel autre un seul dinar. Il réunit ainsi
des sommes considérables qui furent prélevées dans les
divers cantons et au paiement desquels n'échappèrent
que les juristes, les gouverneurs, les lettrés et les amis
du prince. K'ayrawân à elle seule paya plus de quatre
cent mille dinars, argent comptant. On continua ainsi
ces exigences jusqu'à l'arrivée d'Egypte d'un ordre en-
joignant à Aboû'l-Fotoûh de les arrêter. Alors <Abd
Allah, vers la fin de chawwâl (vers le 20 mai 977), relâcha
les gens qu'il détenait encore.
[P. 239] Le 24 djomâda II 367 (7 février 978), c Abd
Allah, obéissant à Tordre que lui en donna Aboû'l-
Fotoûh, envoya de Mançoûriyya en Egypte, à l'adresse
d'El- e Aziz billàh, tout l'argent ainsi recueilli contenu
dans des sacs étiquetés au nom de celui qui l'avait
déboursé. Quand ces sommes y furent parvenues, El-
e Aziz en fit restituer une part à leurs propriétaires.
En la même année, El- c Azîz ajouta aux provinces gou-
vernées par Aboû'l-Fotoûh, celle de Tripoli et dépen-
l'indiquc. Toujours est-il qu'Amari n'a pas inséré ce passage dans sa
Bihlioteca.
(1) Comparez Ibn el-Athir, Annales, p. 373. Aboù Mod'ar Ziyàdet
Allah ben el-Kodeym était chargé de la perception des impôts sur les
biens meubles (Berbères, n, 550).
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- 336 -
dances. Cet émir y nomma Yah'ya ben Khalifa Milyâni,
qu'il révoqua au bout de quelques mois.
Khazroûn ben Felfoul ben Khazer Zenâti marcha avec
des forces considérables contre Sidjilmâssa, d'où [Aboû
Mohammed] El-Mo c tazz sortit pour lui livrer bataille. Ce
dernier fut tué le 25 ramadïm (6 mai 978) à la suite d'un
combat acharné. Khazroûn envoya sa tête en Espagne et
soumit Sidjilmâssa, où il fit un riche bulin. Cette con-
quête ajouta encore aux forces des Zenâta et de leurs
adhérents W.
En la même année, Aboû'l-Fotoûh' marcha contre
Ceuta, devant laquelle il mit le siège. Pour lui faire plai-
sir,. Ibn Aboû 'Amir lui envoya la tête de Dja c far fils
d' c Ali ben H'amdoûn connu sous le nom d'ibn el-Anda-
losi, qu'il avait fait exécuter. Le récit de cette exécution
sera fait dans l'histoire d'Espagne lorsqu'il sera parlé
d'ibn Aboû c Amir( 2 ).
En 368 (8 août 978), El- c Aziz marcha d'Egypte contre
la Syrie et établit son camp à Ramla ; il était à la tête
de forces considérables où il y avait mille étendards et
cinq cents tambours. L'année précédente, son général
Djawher avait attaqué la Syrie, mais il avait été battu
par Aftekîn le Turc et avait dû rentrer en Egypte avec
des troupes débandées. El- c Aziz se mit donc en personne
en campagne, et Aftekîn, qui vint l'attaquer à Ramla, fut
battu à la suite de divers combats importants < 3 ) ; ce géné-
(1) Comparez Ibn Khaldoûn (Berbères, i, 265; ni, 255), où la prise
de Sidjilmâssa est fixée à Tannée 366.
(2) Le hàdjib El-Mançoùr ne fit qu'obéir à sa propre ambition en
se débarrassant de Dja'far ben 'Ali, d'après le récit même du Bayan,
il, 298.
(3) On peut, sur ces événements, consulter entre autres Wûsten--
feld, l. I p. 136. La mort d'Aftekin est de 370 ou 372.
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- 337 -
rai fut même fait prisonnier et amené la corde au coti
à El- e Aziz, qui l'emmena en Egypte et le gracia. Aftekîn
mourut quelque temps après.
En la même année, [P. 240] Aboû'l-Fotoûh', parti d'Ifrî-
kiyya le mercredi 24 cha c bân 368 (26 mars 979), s'avança
dans le Gharb et s'en rendit maître. [Ce fut au cours de
cette expédition qu'Jil rasa la ville de Baçra et ne laissa
subsister aucune trace de cette ville, qui existait depuis
longtemps et avait été très florissante. Suivi de ses nom-
breux guerriers, il commença par conquérir Fez, Sidjil-
mâssa et tout le pays d'El-Habat', expulsant de partout
les gouverneurs OmeyyadesW. Poursuivant toujours les
Zenâta, il arriva devant Ceuta, où ils s'étaient réfugiés,
et dont il espérait aussi faire la conquête; mais il se
rendit compte que, tant à cause de sa situation que de
ses fortifications, il ne pourrait en venir à bout qu'avec
l'aide de navires. Ce fut la seule ville du Maghreb qui
lui échappa. Il dirigea alors ses attaques contre Baçra,
qui était des plus florissantes grâce à ses nombreux habi-
tants tant espagnols que berbères. Après l'avoir prise, il
la fit ruiner et livra au pillage des troupes et des tribus
tous les biens et richesses quelconques qui s'y trouvaient,
de sorte que rien n'indiqua plus sa prospérité antérieure.
Il ne reste plus maintenant aucune trace de cette ville
ancienne, dont nous avons parlé déjà* 2 ). Le vainqueur
marcha ensuite sur Açila.
Açila est une ville moderne ( 3 ) dont la fondation eut
(1) Bologgin conquit successivement Fez et Sidjilmâssa, commença
le siège de Ceuta et ruina Baçra, ainsi que l'expose Ibn Khaldoùn
(m, 256; il, 11), qui place cette campagne sous Tannée 369.
(2) Ci dessus, p. 129.
(3) Zilis, devenue Açila, est au contraire une ville ancienne (Bekri,
22
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- 338 -
lieu dans les circonstances suivantes. Les Madjoûs
(Normands) descendirent sur le littoral, où il y avait,
prétendaient-ils, des biens et des trésors qu'y avaient
' laissés pour eux les anciens habitants chassés du pays
par toutes les tribus réunies. Quand ils débarquèrent,
ils tinrent aux Berbères qui se rassemblaient pour les
attaquer le langage que voici : « Nous ne venons pas eu
agresseurs, car nous ne cherchons que des trésors nous
appartenant, qui se trouvent dans cet emplacement ;
écartez-vous pendant que nous les tirerions de terre, et
nous vous en donnerons votre part. » Ces paroles con-
vainquirent les Berbères, qui se retirèrent à quelque
distance, et les nouveau-venus, commençant leurs
fouilles, retirèrent de la terre une grande quantité de
millet corrompu; mais alors les Berbères, [P. 241] s'ima-
ginant que c'était de l'or, accoururent précipitamment,
et les étrangers s'enfuirent vers leurs navires. En ne
trouvant que du millet, les Berbères furent saisis de
regret et rappelèrent les chercheurs pour qu'ils vinssent
exhumer les richesses promises ; mais ceux-ci refusèrent
en invoquant la violation de la convention conclue entre
eux, et ils se dirigèrent vers l'Espagne, où ils opérèrent
une descente à Séville, ainsi qu'il sera dit dans l'histoire
d'Espagne (*). L'emplacement d'Açila devint alors un
ribât' (couvent fortifié), où l'on se succédait de partout, et
où un grand marché se tenait trois fois par an, en rama-
254, n.), et ci-dessous, p. 339. Le récit concernant les Madjous est
sans doute extrait du même géographe, qui fixe la date de ce débar-
quement à l'année 229.
(1) Bayân, n, p. 89. Voir aussi Dozy, Recherches, 3 e éd., H, 252;
Ibn el-Athîr, Annales, p. 220.
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- 339 -
dan, â l'époque des fêtes (*) et le jour à'achoûrâ (10 mo-
harrem). Voici ce que j'extrais, en l'abrégeant, du Kitâb
el-mesâlik wa'l-memâlik, de Moh'ammed ben Yoûsof
K'arawi^: « Parmi les villes anciennes qu'on rencon-
tre sur le littoral de la mer du Gharb, figure Açîla, située
dans une plaine et qui fut habitée dès l'antiquité.
Elle fut ensuite envahie par la mer, mais fut plus tard
rebâtie dans les circonstances suivantes. Les Madjoûs
en visitèrent ie port deux fois : d'abord pour y chercher
les richesses et les trésors qui s'y trouvaient, disaient-
ils, et ce fut alors que les Berbères songèrent à les com-
battre — ce que j'ai raconté plus haut — ; plus tard, ils
y furent jetés par la tempête et nombre de leurs bâti-
ments se brisèrent à la côte, si bien que ce lieu prit la
dénomination de Bâb el-madjoûs. Cet emplacement appar-
tenait aux tribus des Lawàta, mais ce furent les Kotâma
qui commencèrent les constructions en y édifiant une
mosquée, puis les Lawàta à leur tour en édifièrent une
autre. Ce lieu commençant ainsi à être connu, des cons-
tructions s'y élevèrent peu à peu et les marchands des
villes y apportèrent leurs diverses marchandises à des
dates fixées pour les marchés où l'on trafiquait de la
poudre d'or. »
Le premier prince qui s'y rendit fut El-K'âsim ben
Idrîs, qui y établit son autorité et au nom de qui la prière
y fut dite jusqu'à la fin de sa vie. Celui qui y régna en-
(1) Le mot ,<£>!}£ du texte a embarrassé Dozy (Supplément, etc.,
s. v.); on voit par le passage correspondant de Bekri (p. 112 du
texte, 255 de la trad.), qu'il s'agit du 10 de dhoû'l-hiddja.
(2) C'est-à-dire Mohammed el-Warràk, originaire de K'ayrawàn ;
il s'agit du géographe si souvent cité par Bekri; voir ci-dessus, p. 188.
Le récit qui suit n'est pas entièrement identique à celui de Bekri.
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— - 340 -
suite et qui en resta maitre jusqu'à sa mort fut le fils du
précédent, Ibrahim ben el-K'âsim, qui entretint avec
'Omar ben. H'afçoûn, qui s'était révolté à Bubastro, en
Espagne, des relations par lettres et par messagers, dans
un sens hostile au khalife omeyyade de Cordoue. Il eut
pour successeur son fils H'oseyn ben Ibrahim ben .el-
K'âsim, [P. 242] dont le règne fut troublé et l'autorité mé-
connue. Pendant vingt- cinq ans, il resta (le chef) des
tribus Lawâta, tandis que son frère Ahïned, connu sous
le nom d'Aboû'l-Odhneyn, gouvernait les Kotâma. Leur
frère c Isa ben Ibrahim ben el-K'âsim était alors chef de
Baçra et le resta jusqu'à ce qu'il périt sous les coups
d'Aboû*l- c Aych ETannoûn, des Benoû Idris. Ah'med
Aboû'l-Odhneyn se remaria avec la veuve d' e Isa et suc-
céda à son autorité; mais il fut, dit-on, empoisonné par
cette, femme. Les Kotâma ainsi que Baçra furent alors
administrés par Yah'ya ben Ibrahim ben el-K'âsim, connu
sous le nom d'Ibn Barhoûya (*) ; mais la mésintelligence
qui survint entre lui et les Kotâma fut cause de l'entrée
des Benoû Moh'ammed dans là région où se trouve entre
autres le pays des Kotâma et des Hawwâra. Ces peuples
alors se réunirent sous les drapeaux (^ de H'asan ben
Moh'ammed, connu sous le nom d'El-H'addjâm, et El-
K'âsim ben H'oseyn ben Ibrahim ben el-K'âsim ben Idris,
prince d'Açîla, périt.
Les Benoû Moh'ammed, Idrîsides, entrèrent dans cette
ville, que H'asan el-H'addjâm s'attribua à l'exclusion de
(1) Bekri (p. 256 et cf. 285) nomme ces princes dans Tordre de suc-
cession que voici : El-K'âsim ben Idris, Ibrahim ben el-K'àsira,
H'oseyn ben Ibrahim, El-K'àsim ben Hoseyn, H'asan el-Haddjàm ;
après quoi Açila fut enlevée aux Idrisides par Ibn Aboû'l-'Afiya.
[2) Dozy donne à ce verbe le sens de : demander secours.
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4
ses cousins. Il confia le soin de l'administration à l'un
de ses familiers, H'addjâdj ben Yoûsof, dont la conduite
ne mérite que des éloges et qui était encore en place
quand il mourut. Alors un des habitants, Moh'ammed
ben c Abd el-Wàrith, rechercha [et obtint] cette situation,
mais il agit tyranniquement. On dit qu'il découvrit un
trésor dans la demeure qu'il occupait à Açîla, et le bruit
de sa découverte étant parvenu aux oreilles de H'asan
el-H'addjâm, celui-ci poussé par la convoitise le destitua
et le remplaça par un habitant de la ville, Ibrahim ben
el-Ghall Miknâsi, de qui il avait reçu de l'argent. Mais à
peine Ibrahim était-il installé que Moh'ammed ben c Abd
el-Wârith se rendit auprès de H'asan et lui versa une
forte somme qui amena sa réintégration ; ce fut alors au
tour d'Ibrâhîm d'aller trouver H'asan et de se faire
renommera prix d'argent. Ce chassé -croisé dura envi-
ron deux ans, mais Moh'ammed finit par l'emporter
définitivement. On l'appela « le rat du bassin », par allusion
au trésor qu'il y avait découvert; il finit par tout donner
à H'asan, [P. 243] dont il voyait la convoitise, grâce à
quoi pendant quelque temps tout marcha bien entre eux.
Mais ensuite H'asan lui enleva cette place pour la rendre
à Ibrahim ben el-Ghall, qui la garda jusqu'au moment où,
Ibn Aboû'l- c Afiya ayant entrepris le siège du château dit
H'adjar en-Nesr contre les Benoû Moh'ammed, les habi-
tants d'Açila se rendirent auprès de lui pour lui deman-
der un gouverneur de son choix, et il nomma Sa c id ben
ech-Cheykh Ichbili. Ibrahim bon el-Ghall s'enfuit alors
du côté de Medyen ben Moûsa ben Aboû'l- c Afiya, à qui il
envoya une députation chargée de présents et dont il
embrassa le parti, de sorte qu'il fut nommé (de nouveau)
à Açila. Son administration fut sage et le peuple n'eut
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- 342 -
qu'à se louer de sa douceur. IH 1 ) se retira à Tesoûl après
avoir laissé à un de ses compagnons, Aboû K'amh', le
soin de poursuivre la guerre contre les Benoû Moh'am-
med. Celui-ci les serra de trèsprèset les assiégés étaient
réduits à la dernière extrémité quand ils firent une sor-
tie nocturne qui fit fuir Aboû K'amh' et qui laissa son
camp entre leurs mains. Les tribus kotâmiennes se
groupèrent alors dans une place-forte située dans cette
région, mais les Benoû Moh'ammed les y attaquèrent, et
à la suite de divers combats ils y firent irruption et mas-
sacrèrent tous ceux qui s'y trouvaient. Cette victoire fut
la première que remportèrent les Benoû Moh'ammed
ben Idris H'asani.
Les habitants d'Açîla, quand ils en eurent connais-
sance, écrivirent cette nouvelle à Ibn Aboû'l- c Afiya en
332( 2 ), lors de l'expédition de Meysoûr au Maghreb. La
réponse de Moûsa fut qu'ils eussent à se fortifier dans
leur ville, et il envoya aux diverses tribus des Kotâma,
des Lawâta, des Hawwâra et des Çanhâdja Tordre d'ai-
der à la construction, si bien que, tout ce monde se par-
tageant la besogne, les murailles jurent élevées en six
mois, et alors les chefs des tribus, aussi bien qu'une
(}) D'après ce qu'on a vu ci-dessus (p. 310 et Bekri, p. 287), il sem-
ble qu'il y ait ici une lacune de deux ou trois mots, car cet il doit
désigner Moûsa ben Aboû'l-'Afiya, et la construction de la phrase
arabe ne permet pas facilement de le rapporter à Medyen.
(2) Telle est la date qu'a imprimée Dozy en chiffres, alors que,
selon l'usage général, le ms doit l'écrire en toutes lettres, observation
que j'ai eu déjà l'occasion de faire {Hist. des Almohades d H Ahd el-
\Vàhid Merrakechi, trad. p. 273; ci-dessus, pp. 42 et 62). Il a dû se
tromper et intervertir uu chiiïre, de façon à transformer 323 en 332,
car la première date est la vraie {supra, pp. 301 et 302 ; Bekri, 289 ;
quelques lignes plus, bas, il est dit que les Benoû Moh'ammed entrent
à Açila en 326).
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— 343 -
foule très nombreuse, se réfugièrent dans l'intérieur '
d'Açîla. Ils y furent attaqués par les Benoû Moh'ammed
à la tête de leurs troupes, et, à la suite d'un combat très
important, ils réclamèrent l'aide d'Ibn Aboû'l- c Afiya.
Celui-ci se récusa, disant qu'ils devaient s'adresser à
leur maître et chef commun, au Prince des croyants.
Suivant ce conseil, ils écrivirent à c Abd er-Rah'mân en-
Nâçir, à qui obéissait la ville de Ceuta, lequel leur
envoya des archers des plus habiles. A cette nouvelle,
les Benoû Moh'ammed recrutèrent des troupes plus
nombreuses et attaquèrent [de nouveau] Açila, à laquelle
ils livrèrent une série de combats pendant quarante
jours. Les principaux habitants prirent peur [P. 244] et
passèrent en Espagne; les Benoû Moh'ammed firent en
326 (7 novembre 9^7) leur entrée dans cette ville, dont
ils prirent possession ; ils pardonnèrent aux habitants
qui s'y trouvaient encore, et alors ceux qui avaient fui
en Espagne revinrent.
Dans les environs de cette place, vers- le sud, il y a des
tribus Lawàta, dont les Benoû Ziyâd, branche des Haw-
wâra, sont séparés par une haute colline de sable. Ibra-
him ben Moh'ammed A'çîli a dit dans un poème :
[Wâfïr] Des nuages auxquels l'eau ne fait pas défaut
arrosent l'occident du territoire des Benoû Ziyâd. .Puisse
l'aisance toujours régner chez un peuple qui a une colline
de sable pour*vis-à-vis du côté de l'Orient !
A l'ouest de cette ville, se trouvent les Hawwâra du
littoral (U.
(1) Ces-renseignements figurent aussi dans Bekri (p. 256)
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— 344 -
Gouverneurs successifs de Baçra.
Baçra, dont la fondation remonte à la même époque
que celle d'Açîla, est située à huit milles de la montagne
de Çarçar, où les eaux et les fruits abondent et qu'habi-
tent les Maçmoûda. Celui qui le premier en devint le
prince et qui le resta une quarantaine d'années fut Ibra-
him ben el-K'âsim ben Idrîs. Il eut pour successeur son
fils c Isa ben Ibrahim ; puis son frère Ah'med ben Ibra-
him, puis Barhoûn ben f Isa ben Ibrahim ; vint ensuite
Ah'med ben el-K'âsim ben Moh'ammed ben el-K'âsim
ben Idris, puis Barhoûn ben f Isa pour une seconde fois ;
après lui Sa c id, page d'El-Moz'affer, institué par Me^âlâ
ben H'aboûs; H'asan ben Moh'ammed el-H'addjâm ;
Moh'ammed ben Yah'ya ben el-K'âsim, fils d'El-Djoût'i;
f Isa ben Ah'med, connu sous le nom d'Aboû'l- c Aych ;
Ah'med ben el-K'âsim, pour la seconde fois; ensuite
deux gouverneurs représentant Ibn Aboû'l-'Afiya ; puis
Aboû'l- r Aych ben Ah'med pour la troisième fois, et enfin
Ah'med ben Aboû'1-Aych jusqu'en 347 (24 mars 958)(*).
Il y avait une ville de KorU 2 ) située dans la montagne
qui porte encore aujourd'hui le même nom ; elle servait
de résidence à Ah'med ben el-K'âsim et fut ruinée par
les Benoû Moh'ammed. C'est de cet Ah'med que Bekr
ben H'ammâd parle en ces termes :
*[P. 245 ; Kâmil] La bienfaisance, la virilité et la générosité
se rencontrent à la fois chez Ahmed des Benoû'l-K'âsim. Si
les tribus font sonner bien haut leurs origines, tu peux, toi,
(1) Cette liste ne se retrouve pas dans Bekri.
(2) Edrisi orthographie K'ort le nom de cette ville, dont il est parlé
par Bekri (p. 252), par Ibn Haukal (texte, p. 55) et par Vlstibçâr
(p. 139 delà trad. fr.).
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- 345 -
te vanter des vertus de Moh'amined, de Fatime, de Dja'far
dont le nom a si vite volet 1 ) au sommet de la gloire, d u Ali
pareil au sabre affilé et tranchant. Tous mes désirs m'atti-
rent vers toi, mais l'aigle lui-même ne peut s'élever qu'à
l'aide de ses ailes. Envoie-moi une monture qui me permette
de m'élever, et peut-être alors arriverai-je le premier auprès
de toi, car tu n'ignores pas que tu ne peux te faire aimer que
par des dons de vêtements et d'argent ! ~
Le prince lui fit parvenir une magnifique mule et un
cadeau d'importance, et le poète lui adressa de nom-
breuses louanges.
Il y avait sur le Wâdi Wargha ( 2 ) une forteresse impor-
tante habitée parles Berbères. UnArabe-sédentaire qui
alla demeurer auprès d'eux a parlé de lui-même en ces
termes :
[Tawîl] N'est-il pas revenu aux habitants de cette ville
que je suis à Wargha un étranger égaré chez des hommes
qui font usage d'une langue inconnue ? Si je parle, on me
demande ce que je veux dire ! Entre les joues, ils ont des
pôles [ils sont camus].
Il y avait proche de Wargha une autre forteresse,
Soûk c Ok'k'âcha, appartenant à l'Idriside Moh'ammed
(1) Texte *lxkJ\ ; je crois que ce qualificatif fut aussi Tune des épi-
thètes appliquées à Dja'far (jadik, dont il est ici question ; cependant
il ne figure pas au nombre de celles que rapporte le Nodjoûm (i,
298). ;
(2) Il est parlé de cette rivière dans Bekri (pp. 210, 253 et 260), dans
VIstibçâr (tr ad. pp. 45, 140 et 141), etc. Quant à la forteresse dont il est
ensuite question sans que son nom soit cité, il ne peut s'agir du Kaçr
Kotàma, qui est situé sur le Loccos. II faut remarquer que ce der-
nier chàtçau-fort est assimilé au Kaçr Denhadja par VIstibçâr et par
la table géog. de 17/. des Berb., tandis que Bekri en fait deux places
différentes (p. 250),
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- 346 -
ben H'asan. DjenyàraW, qui appartient aux BenoûH'açîn,
est un fort considérable situé dans la montagne dite
Djebel Achhab, qui est dans le voisinage de Fez et où
Ton trouve de nombreux centres d'habitation. On compte
d'Açîla à Fez, par Baçra, cinq journées de marche, et
Tanger, qui était gouvernée par El-K'âsim ben Idris, est
la ville voisine d'Açila du côté de Test. De Tanger à Fez,
par Açila, il y a six journées. Fez est divisée en deux
quartiers: celui des Espagnols fondé en 192 (5 novem-
bre 807) et celui des K'ayrawâniens, dont la fondation
est postérieure d'un an ( 2 ). Un poète a dit :
fBaslt'] O glorieux quartier Karawite, puisse ton versant
si bien disposé ne jamais manquer d'eau de pluie ! Puisse
Dieu toujours envoyer ses bienfaits sur un sol qui ne con-
naît ni l'idolâtrie ni la fraude !
Après avoir ruiné la ville de Baçra, l'émir d'Ifrik'iyya
Aboû'l-Fotoûh' Yoûsof ben Ziri Çanhâdji [P. 246] s'avan-
ça à la tête de ses troupes vers la contrée des Bergha-
wâta, où régnait Çâlih' ben c Isa ben AboiVl-Ançâr,
homme éloquent et doué du talent poétique, jouissant sur
ses sujets d'une telle autorité qu'ils avaient fait de lui un
prophète et qu'il leur avait donné une religion nouvelle,
les entraînant ainsi dans l'erreur où il était lui-même.
Au cours de cette expédition, il y eut plusieurs rencon-
tres telles qu'on n'avait jamais rien vu de pareil, mais
la victoire resta à AboiVl-Fotoûh, qui avec l'aide de Djeu
(1) Aussi appelé Hannàwa {swprà, p. 130; Bekri,252et260; Istibràr,
p. 138 de la trad.).
(2) Sur la division de Fez en deux quartiers, à quoi il est si souvent
fait allusion, on peut voir notamment Fournel, i, 462, et Ylstiltçàr,
p. 121 de la trad. ; cf. ci-dessus, p. 304 et s,
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~-r '""" ~-
— 347 -
tua son adversaire infidèle ; il fut fait un épouvantable
massacre des Berghawâta en déroute, tandis que leurs
femmes et leurs enfants en quantité innombrable étaient
réduits en esclavage W., Les prisonniers furent envoyés
en Ifrîk'iyya et reçus par le secrétaire c Àbd Allah, repré-
sentant d\Aboû'l-Fotoûh\ accompagné des habitants de
K'ayrawân et de Mançoûriyya. Aboû'l-Fotoûh lui-même
gouvernait le Gharb, de sorte que les rescrits venus
d'Egypte lui étaient adressés par la poste à Fez ou ail-
leurs, et alors il les renvoyait au gouverneur d'Ifrîk'iyya,
si bien qu'il n'en était donné lecture que longtemps après
leur date. Ce général séjourna dans le Gharb après en
avoir fait la conquête de 368 à 373 (978 à 983) ; Ceuta le
regardait avec crainte, mais les Zenâta étaient partout
en fuite.
En 369 (28 juillet 979) mourut Ah'med [ben Ibrahim] ben
Aboû Khâlid, le grand médecin connu sous le nom d'Ibn
el-Djezzâr( 2 ).
En la même année, dans la nuit du (mardi au) mer-
credi 25 rebt c I (20 octobre 979), une vive rougeur se mon-
tra au ciel, et le peuple se précipita en criant dans les
mosquées pour s'y humilier devant Dieu( 3 ). Le lende-
main matin, KebbâbetMaghnîn,filsde Zirî ben Mennâd,
s'échappèrent du palais où les retenait prisonniers leur
frère Aboû'l-Fotoûh' : ils revêtirent des vêtements fémi-
(1) Sur cette campagne, voir Ibn el-Athir, Annales, p. 379; H. des
BerbT,u, 12, ctm, 236, etc.
(2) Il est parlé de ce célèbre médecin par Wiistenfeld (Gesch. d.
av. Aerzte, p. 60) dont l'article est résumé dans une note de Bekri
(p. 102; ; il y est dit qu'lbn el-Djezzàr mourut vers 395, date qiTa
aussi acceptée M. de Gœje, Carmathes, p. 105.
(3) Cf. Ibn el-Athir sous Tannée 367 (Annales, p. 389).
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~ 348 -
nins et sortirent au milieu d'une troupe de femmes qui
étaient venues leur rendre visite. Montant alors sur des
chevaux et saisissant des armes que leurs esclaves
avaient amenés, ils se dirigèrent vers l'Orient et arrivè-
rent à Miçr, où El- r Àziz billâh leur donna l'hospitalité.
Ce prince leur distribua en outre des vêtements d'hon-
neur et des cadeaux, et ils restèrent dans ce pays jusqu'à
la fin de Tannée.
En 370 (16 juillet 980), El- c Azîz les renvoya l'un et
l'autre à leur frère Aboû'l-Fotoûh' Yoûsof, en enjoignant
à celui-ci de leur pardonner et de ne rien entreprendre
[P. 247] contre eux, et son ordre fut obéi.
En la même année, la situation de Ya c k'oûb ben Yoû-
sof ben Killis grandit beaucoup auprès d'El- c Azîz, qui
abaissa et réduisit les Kotàma, en même temps qu'il
confia des commandements aux Turcs et aux Ikhchidites.
Il révoqua Djawher et d'autres vizirs.
En 371, le samedi 8 rebi c I (10 septembre 981), les pri-
sonniers Berghawâta firent leur entrée à Mançoùriyya ;
jamais les habitants d'Ifrîk'iyya n'en avaient vu un
nombre aussi considérable. On les promena dans les
rues de Mançoùriyya et de K'ayrawàn.
En la même année, Bàdîs ben Zirî apporta d'Egypte
un message commandant à Aboû'l-Fotoûh' de choisir [et
d'envoyer à Miçr] mille des plus vaillants cavaliers
choisis parmi ses frères (de race, tels que) chez les
Çanhâdja, H'aboûs, Mâksen et Zâwi, chez les H'ammàma,
les Benoû Ziri, les Benoû H'ammâma ben Mennâd,
Zâwi ben Mennâd, et autres héros de la même valeur.
Du Gharb, où il se trouvait, Aboû'l-Fotoûh' répondit
(1) Cf. Ibu el-Athir {Annales, p. 389),
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T^'
- m -
que les Omeyyadës d'Espagne s'étaient rendus maîtres
du pays du Gharb et que la prière s'y faisait dans les
mosquées à leur nom ; qu'il y était en expédition avec
les héros désignés par le Prince des Croyants et que,
si celui-ci persistait à se les faire envoyer, lui-même
quitterait le Gharb pour les lui conduire. A la suile de •
cette réponse le khalife n'insista pas.
Il y eut à Mehdiyya des tremblements de terre qui
durèrent pendant tout le mois de djomâda I et pendant
les dix jours qui suivirent (1 er novembre-10 décembre
981). Les secousses se répétèrent plusieurs fois par jour
et firent fuir la plupart des habitants, qui abandonnèrent
leurs demeures et ce qu'elles renfermaient.
En 372 (25 juin 982), Aboû'l-K'âsim <Ali ben H'asan
H'asani, émir de Sicile depuis onze ans, fut tué dans une
rencontre avec les Francs. Son fils Djâbir prit le gou-
vernement et le garda un anW.
En 373 (14 juin 983), le secrétaire c Abd Allah ben Mo-
h'ammêd, gouverneur d'Ifrîk'iyya, fit son achat d'escla-
ves nègres : il imposa à chaque chef de canton de four-
nir trente esclaves par exemple, ou un nombre moindre,
et il en fut de même pour chacun des employés du kha-
râdj et des principaux de ses hommes. Il en réunit ainsi
des milliers, qu'il établit à Mançoûriyya.
Il installa la maison de fer qu'il remplit de richesses,
puis une maison de bois qu'il remplit également d'objets
de prix. Il laissa Dja c far ben H'abîb à Mançoûriyya et se
rendit à Mehdiyya, ainsi qu'il le faisait tous les ans.
(1) Cet alinéa figure dans la Biblioteca, n, 30, où on lit Hoseyni&u.
lieu de H'asani. Ibn el-Athîr (p. 389 et s.) parle plus longuement de
ces faits.
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^VW^jWBWÇ*?
- 350 ~
[P. 248] Mort d'Aboû'l-Fotoûh' Yoûsof ben Zîrî ben Mennâd.
En cette année, alors qu'il venait de terminer son mas-
sacre des Berghawàta, mourut Àboû'l-Fotoûh', qui s'éloi-
gnait de Sidjilmâssa et se trouvait au lieu dit Wârken-
foû (i), le dimanche 21 dhoû'l-hiddja (24 mai 984). Ibn
Khazroûn Zenâti avait tenté un coup de main contre
Sidjilmâssa, que gouvernait un officier d'Aboû'l-Fotoûh',
y était entré et l'avait pillée. Cette nouvelle fut cause
qu'Aboû'l-Fotoûh' se remit en marche vers cette ville ;
mais en route il fut pris de colique et mourut au lieu
susdit (2). Il adressa ses dernières recommandations à
l'un de ses intimes, Aboû Za c bel ben Hichâm, qui
informa El-Mançoûr de la mort de son père.
Gouvernement d'Aboû'1-Fath' el-Mançoûr ben Aboû'l-Fotoûh'.
Il commença à exercer le pouvoir au commencement
de l'année 374 (3 juin 984), dans la ville d'Achîr < 3 ), et
mourut le jeudi 5 rebi c 1 386 (27 mars 996), c'est-à- dire au
bout de douze ans; il fut enterré à MançoûriyyaW.
C'était un homme généreux et bienfaisant, décidé et
entreprenant. « J'ai, dit Er-Rak'îk, raconté sa vie, ses
(1) Ce nom est différemment orthographié ; voir là-dessus et sur
la mort de Bologgin Ibn el-Athir, p. 394 ; Berbères, n, 12, et m, 256.
(2) Ibn Khaldoûn place la mort de Bologgin tantôt en 372 tantôt
en 373 (Berbères, n, 12; m, 259); Ibn el-Athîr en fixe la date au
22 dhoù'l-hiddja 373 (p. 394).
(3) Cette ville est décrite ailleurs {Berbères, u, 6 et 489 ; cf. Istibçâr,
trad. p. 105).
(4) Plus loin notre auteur place la mort d'El-Mançoûr au jeudi
3 rebî' I 386, et le fait inhumer dans le nouveau palais du défunt en
dehors de Mançoùriyya.
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- 351 -
combats et ses actes de générosité dans un ouvrage
spécialement consacré aux biographies de son aïeul, de
son père et de lui ». Son surnom était c Oddat el- c Azîz
billâh fils de Yoûsof el- c Aziz billàh.
En 374 (3 juin 984), El-Mançoûr* dès qu'il connut la
mort de son père, fit partir d'Achîr en toute diligence
son frère ItewwoufetW avec ordre de marcher sur K'ay-
rawân et Mançoûriyya pour s'emparer d' c Abd Allah ben
Moh'ammed. Ce personnage était alors à Mehdiyya et
avait comme lieutenants, à Mançoûriyya, Dja e far ben
H'abib, et à K'ayrawân Barhoûn. Itewwoufet les surprit
le mardi 15 moh'arrem (18 juin), au point du jour. Trou-
vant les dépôts fermés et le trésor muni d'une serrure,
[P. 249J il prit les clefs, ouvrit celui-ci ainsi que l'arse-
nal, et il procéda à un partage entre ses. compagnons;
de plus, il donna des montures à ceux des Çanhâdja de
Mançoûriyya qui n'en avaient pas. Après quoi il sortit,
et comme il rencontra dans unej*ug c Abd Allah il se
précipita sur lui, le jeta à bas de son cheval, le dépouilla
de ce qu'il avait et l'emprisonna pendant plusieurs jours.
Mais ensuite un ordre d'El-Mançoûr enjoignit à Itew-
woufet de le relâcher et de ne pas s'emparer de cette
région. <Abd Allah ayant ainsi ressaisi son autorité,
rassembla les kâdis, les principaux cheykhs, etc., de
K'ayrawân et se rendit auprès d'El-Mançoûr pour le
féliciter et en même temps lui présenter leurs condo-
léances. Ce fut à Achîr qu'ils le saluèrent, et El-Man-
çoûr répondit que, malgré le plaisir qu'il avait à les
voir, il regrettait la peine qu'ils avaient prise de se
(1) Le ms porte en plusieurs endroits le signe du redoublement
sur le wâw.
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:?:to*
- 352 -
déplacer; puis il témoigna sa Teconnaissance à 'Abd
Allah, blâma la conduite ditewwoufet à son égard et fît
verser par c Àbd Allah dix mille dinars à ses visiteurs
pour les défrayer ; ceux-ci firent des vœux pour lui et se
- retirèrent. 11 les rappela ensuite et leur dit ceci : « C'est
par Tépée que mon père et mon grand-père ont pris et
dompté les hommes; mais moi je ne les prendrai que
par les bons procédés. Je ne suis pas de ceux qu'on
nomme d'un trait de plume pour les révoquer de même,
car j'ai hérité ce royaume de mes pères et de mes aïeux,
comme ils l'avaient hérité de leurs pères; mais leurs
aïeux étaient des ânes », et il continua longuement sur
ce sujet (*). Il les fit enfin repartir avec c Abd Allah après
une absence qui, aller et retour compris, fut de trente-
cinq jours. '
En . redjeb (novembre-décembre 984), El-Mançoûr
s'étant rendu à Rak'k'âda, le secrétaire c Abd Allah se
porta au-devant de lui avec de nombreux habitants de
K'ayrawân. Le prince les reçut avec de bonnes paroles
et leur fit toute sorte de belles promesses; il reçut des
divers administrateurs des cadeaux et de l'argent, et
notamment d' c Abd Allah des présents splendides. il
commença alors à préparer l'envoi des cadeaux qu'il
destinait à être portés à Miçr par Zerwâl ben Naçr ; on
dit que la valeur en argent des marchandises, des mon-
tures et des chevaux de race qui les constituaient, était
d'un million de dinars. Pendant son séjour à Rak'k'âda,
il se fit faire une selle enrichie de pierres précieuses et
de rubis dont il fit usage pour sortir, porteur du plus
(1) Sur l'avènement d'El-Mançoûr, voir Ibn el-Athir, p. 394; Wiis-
tenfeld, p. 147. •
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- 353 -
brillant costume, lors de la Fête ; yne foule considérable
de Ktayrawàniens se porta au devant de lui. [P. 250] Il
fit la prière dans le Moçalla et le prône fut dit par le kâdi
Ibn el-Koûfi, après quoi le prince rentra .dans son palais.
Dans la nuit du samedi au dimanche 13 rebî c I, il lui était
né un fils qu'il nomma Bâdîs ben el-Mançoûr.
En la même année, ce prince envoya des troupes com-
mandées par son frère Itewwoufet à Fez et à Sidjilmâssa
pour obtenir de ces deux villes, ainsi que des contrées
du Gharb, leur retour à l'obéissance aux Çanhâdja, à
laquelle elles s'étaient soustraites au moment de la mort
d'Aboû'l-Fotoûh'. Sitôt que Zirî ben 'Àt'iya Zenâli, sur-
nommé El-K'arfâs, qui était alors prince de FezW,
appjût la prochaine arrivée d'Itewwoufet, il se précipita
à sa rencontre et lui livra une bataille sérieuse où
Itewwoufet fut mis en déroute. Les Zenâta restés vain-
queurs poursuivirent les Çanhâdja, en tuèrent un grand
nombre et en firent d'autres prisonniers, tandis que le
reste s'enfuit à Tâhert. Deux officiers du vainqueur qui
avaient tourné le dos furent l'un, nommé Ibn Cha c bân,
crucifié à la porte de Fez, l'autre, Ibn c Amil, horrible-
ment supplicié, etZîri ben c Atiya resta maître de Fez et
de la région avoisinanté. Quand El-Mançoûr apprit la
défaite de son frère, il sortit de Mançoûriyya le mer-
credi 13 dhoû'l-hiddja (6 mai 985), pour se rendre dans
le Gharb; il était accompagné d ,c Abd Allah le secrétaire,
qui avait laissé à K'ayrawân, pour l'y remplacer, son
fils Yoûsof. Mais ensuite c Abd Allah reprit l'entière
administration de l'If rîk'iyya ( 2 ), et El-Mançoûr envoya
(1) Sur le caractère de Ziri, voir Dozy, Mus. d'Esp., m, 222.
(2) Le texte porte l^J£ XjJu^ôI àJUjo £&.. ; je crois bien que
23
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- 354 -
à Itewwoufet une autre armée qui le rejoignit à Tâhert,
sans que, après cela, El-Mançoûr entreprît rien contre
les Zenâta.
En 375 (23 mai 985), il fit installer des portes de fer à
la mosquée principale de K'ayrawân et bâtir son grand
palais. En cette année eut lieu, au Kaire, la naissance
d'Aboû c Ali Mançoûr ou, comme disent d'autres, d'El-
Mançoûr ben Nizâr el- c Àzîz billâh, le jeudi 23 rebî c I
(13 août 985).
En 376 (12 mai 986), le missionnaire Aboû'1-Fehm
Khorâsâni fit son apparition et rallia autour de lui de
nombreux Kotâma. Yoûsof , fils d' c Abd Allah le secrétaire,
[P. 351] lui avait d'ailleurs donné de l'argent et des
cavaliers, et ce fut avec ces secours qu'il pénétra dans le
pays des Kotâma, qui répondirent à son appel. Ses affai-
res prospérèrent, il eut une armée composée de cava-
liers et de fantassins et munie d'étendards; il fit battre
monnaie et acquit du pouvoir et de la renommée^).
En la même année, Yoûsof ben c Abd Allah travailla
avec zèle à l'édification du palais de Mançoûriyya des-
tiné à Aboû'1-Fath' el-Mançoûr ; il avait dépensé cent
mille dinars que la construction n'en était pas achevée.
En 377 (2 mai 987), El-Mançoûr vint à Mançoûriyya et
descendit dans le' palais élevé à son intention ; il était
accompagné d' c Abd Allah le secrétaire, de troupes de
son armée et des principaux de ses cousins et de ses
conseillers.
tel est le sens qu'il faut donner à ces mots, bien que cette construc-
tion du verbe soit rare.
(1) AboûM-Fehm Hasan ben Naçraweyh était un dàH porteur des
instructions du Fatimide El-'Aziz ; ce prince redoutait, avec raison,
les velléités d'indépendance du fils de Bologgin {Berbères, n, 14 n. ;
Ibn el- Athir, p. 396 ; Wûstenfeld, p. 148).
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ï?&t^
— 3oo —
En la même année eut lieu l'exécution d' c Abd Allah le
secrétaire et de son fils Yoûsof. c Abd Allah ben Moh'am-
med savait acquis auprès d'El-Mançoûr ben Aboû'l-
Fotoûh' une situation plus grande qu'aucun des proches
de celui-ci, qu'aucun membre de sa famille ou qu'aucun
courtisan: il avait tout dans la main, prélevant l'argent,
donnant les situations et les emplois, administrant et
gouvernant. Aussi était-il jalousé par les principaux
courtisans, et son cousin maternel H'asan mit sous les
yeux d'El-Mançoûr des faits d'un caractère antidynasti-
que, en rappelant (notamment) qu'il était cause de la
rébellion du missionnaire Aboû'1-Fehm chez les Kotàma,
qu'il avait permis à cette affaire en l'amoindrissanrde
prendre de la gravité, et autres accusations d'une impor-
tance exceptionnelle. D'autre part c Abd Allah, plein de
confiance en lui-même, n'usait d'aucun ménagement
envers les descendants de Zîri ni les grands de la cour,
qui, voyant poindre un changement dans les dispositions
du prince à son égard, redoublèrent leurs blâmes et
leurs dénonciations. El-Mançoûr en vint enfin à lui dire :
« Renonce au gouvernement de l'Ifrîk'iyya et borne-toi
à tes fonctions de secrétaire, car tu as dans la main et à
ton entière disposition tous ceux qui exercent quelque
emploi. — La mort plutôt que ma démission! » répartit
le tout-puissant ministre. Le dimanche matin 11 redjeb
(5 novembre 987), celui-ci se rendit dans un pavillon
(dîwânj qu'il avait fait construire, pour y attendre que le
prince sortit à cheval; il s'y occupait à lire une section
du Koran qu'il tenait à la main et qu'il déposa quand on
le prévint de la sortie du prince, puis il monta à cheval
pour aller à sa rencontre, en disant :
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"*?£$:
- 3S6 -
[P. 252; t'awîl] Se fier à ce monde, c'est vouloir prendre
l'eau avec la main : elle fuit entre les doigts.
A rapproche d'El-Mançoûr, il mit pied à terre et le
salua, puis se tenant debout il eut avec lui une longue
conversation dont personne ne sut la teneur exacte, et à
la suile de laquelle El-Mançoûr le frappa de sa lance.
Alors c Abd Allah, ramenant ses manches sur son visage,
se borna à prononcer ces seuls mots : « Pour la religion
de Dieu, pour la religion de son Envoyé! » c Abd Allah,
frère d'El-Mançoûr, lui donna alors entre les épaules un
coup de lance dont il tomba mort. On amena ensuite
sorj fils Yoûsof, qui périt également sous les coups d'El-
Mançoûr et de Mâksen ben Zîrî.
c Abd Allah, quand il était en butte à des mouvements
d'antipathie d'El-Mançoûr, répétait toujours ces vers:
[Tawîl] Je vois que mille constructeurs cèdent devant un
seul démolisseur ; que peut donc un constructeur que suir
vent mille démolisseurs ?
Il disait aussi ceux-ci :
[Kâmil] Il y a un espace de temps que je dois nécessaire-
ment remplir et au bout duquel la mort m'attend. Les lions
eux-mêmes tenteraient de faire de moi leur proie que je
pourrais leur résister tant que le moment ne sera pas venu
pour moi.
A la suite du meurtre d ,<r Abd Allah (*) et de son fils, les
soldats cernèrent la population et la pillèrent, ils exer-
cèrent le brigandage sur les routes et s'emparèrent des
(1) Le meurtre d"Abd Allah ben Molfaramed est placé sous Tan-
néo 376 par Ibn el-Athir {Annales, p. 395 ; cf. Berbères, h, 13).
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•^bftï,-'
- 357 -
voyageurs et des autres personnes qu'ils rencontrèrent ;
ils se dirigèrent vers le Wâdi el-K'aççârin et le Bàb
Toûnis, Tune des portes de K'ayrawân, puis enlevèrent
ce qui se trouvait chez les blanchisseurs, en tuant plu-
sieurs de ceux qui voulaient défendre leurs personnes
et leurs biens ; aussi la fortune des fidèles subit-elle ce
jour-là des pertes considérables. c Abd Allah fut inhumé
dans le lieu dit Içt'abl, sans avoir été ni lavé ni enseveli.
Le jeudi 25 cha c bân de la dite année (20 décembre 987),
El-Mançoûr nomma au commandement général de Tlfri-
k'iyya Yoûsof ben Aboû Moh'ammed, qui était alors
gouverneur de Gafça ; il lui confia les étendards et les
tambours, et lui fit présent de robes d'honneur.
En 378 (20 avril 988), El-Mançoûr à la tête de ses trou-
pes dirigea une expédition contre les KotâmaM. Il passa
par Mila, dont il ordonna la destruction et le démantèle-
ment, en même temps qu'il commanda aux habitants de
se rendre à Bâghâya. Ceux-ci obéirent et se mirent en
route, mais Mâksen ben Zîri à la tête de ses troupes les
rencontra et leur enleva leur argent [P. 253] ainsi que
leurs autres bagages ( 2 ). Au cours de sa route, El-Mançoûr
fit détruire tous les centres habités, châteaux ou demeu-
res qu'il rencontra. Les Kotâma lui résistèrent, mais il
les vainquit, les massacra et les anéantit. Aboû'1-Fehm,
qui s'était réfugié dans une montagne abrupte, fut pris
par les gens envoyés à cet effet ; amené devant son vain-
queur, celui-ci le fit violemment souffleter et lui fit arra-
cher la barbe, si bien qu'il faillit mourir sur le champ.
(1) Ibn el-Athir (p. 396) mentionne assez longuement cette expédi-
tion sous Tannée 377.
(2) Bekri (p. 152) parle aussi de la destruction de Mila qui fut alors
consommée.
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* * '"
- 358 -
Après qu'il eut été ainsi maltraité, El-Mançoûr fit sortir
le malheureux, à qui il restait encore un souffle de vie ;
alors quelques soldats se jetant sur lui regorgèrent, lui
ouvrirent le ventre et en tirèrent le foie qui fut rôti et
mangé. Puis ce fut autour des esclaves noirs d'El-Man-
çoûr de découper la chair pour la manger, de sorte qu'il
ne resta du cadavre que les os dénudés. Gela se passa le
mardi 3 çafar (22 mai 988), et la chute du rebelle entraîna
l'exécution du gouverneur de Mila et d'un certain nom-
bre de Kotâma. Ce peuple lui-même tomba dans l'avilis-
sement et le mépris. Quant à Mîla-, elle resta ruinée pen-
dant quelque temps, mais elle se releva plus tard. A la
suite de sa victoire, El-Mançoûr retourna vers Man-
çoûriyya et K'ayrawân.
En cette année, la rivière pénétra dans Mançoûriyya
même et causa la destruction des maisons.
En 379 (10 avril 989), Sa c îd ben Khazroûn Zenâti se
rendit du Gharb auprès d'El-Mançoûr, qui lui fit des
présents de nature à le satisfaire. Il dit un jour à son visi-
teur : « Connais-tu, ô Sa c id, quelqu'un plus magnanime
que moi ? — Oui, j'en connais ! — Et qui donc ? — Moi. —
Et pourquoi cela ? — Parce que, répondit Sa c id, si toi tu
m'as donné de l'argent, moi je t'ai donné ma vie. » El-
Mançoûr fit de Sa c id le gouverneur de Tobna. Il reçut
ensuite des visites de divers Zenâta, qu'il traita avec
honneur et à qui il fit des générosités. Il maria sa fille à
WarroûbenSa'idd).
En cette année, Aboû'l-Behâr ben Zîri ayant fait défec-
(1) On retrouve les mêmes détails dans Ibn el-Athir (trad. p. 398),
où il est dit qu'une fille de Sa'id épousa un fils d'El-Mançoùr ; de
même, Berbères, m, 259. Sur Sîi'id ben Khazroûn, voir H. des Berb.,
m, 247, 259, 266, 270.
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- 359 -
tion, El-Mançoûr marcha contre lui à TâherU 1 ). Aboû'l-
Behâr s'enfuit vers le Gharb, et les envahisseurs se livrè-
rent dans cette ville au pillage et au meurtre; mais
l'amnistie fut ensuite proclamée. El-Mançoûr, sans pour-
suivre son oncle Aboû'l-Behâr, mit son frère Itewwoufet
à la tête de Tâhert, et lui-même retourna à Achîr.
[P. 254] Aboû'l-Behâr écrivit alors à Ibn Aboû c Amir
(Almanzor d'Espagne) pour lui offrir de se soumettre à
lui et le prier de demander à Zîri ben c At'iya Zenâti,
prince de Fez, dont il était l'allié et l'ami, la permission
pour lui, Aboû'l-Behâr, de résider dans ses états : « Si,
lui répondit Ibn Aboû c Amir, tu as réellement l'intention
que tu dis, envoie-moi ton fils comme otage, et je ferai
ce que tu me demandes. » Aboû'l-Behâr lui envoya alors
son fils en compagnie de Meymoûn, connu sous le nom
d'Ibn ed-Dàbba, son secrétaire ; mais le navire fit nau-
frage, et tous deux périrent. Il lui envoya alors son autre
fils, qui parvint à destination et, par contre, Ibn Aboû
c Amir lui fit parvenir de l'argent et des vêtements, en
même temps qu'il écrivit à Ziri ben c Atiya de lui prêter
aide et secours et de lui permettre de résider auprès de
lui. Sitôt qu'il eut connaissance de ces faits, Aboû'l-
Behâr se rendit à Fez pour s'entendre avec Ziri.
Quant à Yoûsof ben Aboû Moh'animed, que nous avons
dit avoir été nommé gouverneur d'Ifrik'iyya, il ne son-
geait qu'à boire et à manger. Quand arrivait la saison
des roses, il en était toujours entouré, pour boire, ne
se montrant plus qu'elles n'eussent disparu, vivant et
dormant dans ces fleurs, si bien qu'on l'appela le cheykh
(1) Sur la révolte d'Aboii'l-Benàt', voyez Ibn el-Athir, trad. p. 399 ;
Berbères, n, 15 ; m, 240.
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* ~ *£ -^T^T*
- 360 — .
aux roses. Quant aux affaires, il en abandonnait le soin
à Ibn el-Boûni. Avec lui les habitants de la capitale
vivaient en sécurité et en paix, et ceux de la campagne
étaient punis et rançonnés ; il était violent et entêté, en
même temps que généreux et libéral. Chaque année, il
sortait [de la capitale] et allait successivement prélever
les impôts dans les divers cantons et recevoir des ca-
deaux de chaque ville, puis s'en retournait. « Quand, dit
Er-Rak'îk, nous partions en tournée avec Yoûsof ben
Aboû Moh'ammed et qu'il trouvait un endroit dont la
beauté lui plaisait, il y séjournait un ou deux mois [pour
boire], et Aboû'l-H'asan [ben?] el-Boûni prélevait les im-
pôts, recevait les présents et pourvoyait aux besoins de
l'entourage et des troupes de Yoûsof*; il donnait quoti-
diennement cinq mille dirhems aux familiers de Yoûsof,
et Ton dépensait à peu près cette somme pour la cuisine
et les fruits de Yoûsof. »
En cette année, mourut le gouverneur de Sicile r Abd
Allah ben Moh'ammed ben Aboû'l-H'asan, à qui succéda
[P. 255] son fils Yoûsof. Le peuple jouit sous lui du sort
le plus souhaitable; les affaires furent dirigées d'une
main ferme et les pays chrétiens furent domptés. Sa
magnanimité, sa libéralité et sa justice fournirent des
exemples qui font défaut dans bien d'autres paysW.
En 380 (30 mars 990) mourut El-Marçadi( 2 ), préposé au
kharâdj à K'ayrawân. Par l'ordre d'El-Mançoûr, la
situation qu'il laissait vacante fut remplie par deux hom-
mes, Moh'ammed ben c Abd el-K'âhir ben Khalaf et
(1) Ce paragraphe figure dans la Biblioteca, n, 31.
(2) Le nom de Hoseyn ben Khalaf Marçadi se retrouve ailleurs
(Ibn el-Athir, p, 371 ; Berbères, n, 550).
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- 361 -
Selàma ben c Isa, qui siégèrent ainsi simultanément au
bureau du kharâdj de Mançoûriyya.
En 381 (19 m&rs 991) mourut à Miçr le kâ'id Djawher,
qui avait fait la conquête du pays 11 n'y eut pas un poète
de la région qui ne déplorât sa mort et qui ne transmît à
l'Orient et à l'Occident le souvenir de ses victoires.
En la même année, El-Mançoûr se rendit à Mançoûriyya
et pénétra dans son nouveau palais. Le peuple de K'ay-
rawân s'étant porté à sa rencontre, il lui permit de s'ap-
procher, lui parla en termes louangeurs et remplis de
bonnes promesses. On lui dénonça ensuite un de ses
esclaves noirs comme coupable d'avoir prononcé des.
paroles injurieuses contre l'un des Compagnons du Pro-
phète ; il le fit exécuter et crucifier, et il fut fait une pro-
clamation à K'ayrawân pendant l'exhibition qui fut faite
de la tête du coupable.
En 382 (8 mars 992), Aboû Mennâd Bâdis, fils d'El-
Mançoûr, se montrai dans le palais de son père; il dis-
tribua à plusieurs personnes des dons proportionnés à
leur situation.
El-Mançoûr abandonna aux sujets les impôts arriérés.
Il fit arrêter [Ibn] el-BoûnK 2 ) et son fils, et leur demanda
une somme considérable qu'ils refusèrent (voici dans
quelles circonstances). Il comptait tirer d'euxMa quan-
tité d'or dont il s'était vanté devant des hôtes qu'il rece-
vait le jour même où il éleva cette exigence et à qui il
avait ainsi parlé : « Si Ton demandait à un de leurs
esclaves de quoi remplir des maisons d'argent, il y serait
(1) Texte «.^-t ; je crois qu'il est fait ici allusion à la présenta-
tion de Bàdis en qualité d'héritier présomptif.
(2) Il faut probablement ajouter Ibn> ainsi que je l'ai fait; voir à la
page précédente.
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- 362 -
donné satisfaction. » Mais El-Boûni ayant nié la chose,
il fut [arrêté et] égorgé, et Yoûsof ben Aboû Moh'am-
med, gouverneur d'Ifrik'iyya, fut révoqué et remplacé
par le secrétaire Moh'ammed ben Aboû'l-'ArabW.
En cette même année, arriva un rescrit d'El- e Aziz bil-
lâh attribuant la qualité d'héritier présomptif (de son
père) à Aboû Mennâd Bâdis. El-Mançoûr en conçut une
vive satisfaction, et à cette occasion des présents lui
furent adressés de partout.
Sa c id ben Khazroûn étant arrivé deTobna à Mançoû-
riyya, El-Mançoûr se porta au-devant de lui et l'em-
brassa, puis il l'emmena [P. 256] dans son palais où il
lui donna l'hospitalité, et il lui accorda de fortes ^gratifi-
cations. Sa c îd tomba alors malade et mourut-au bout de
quelques jours, le 1 er redjeb (1 er septembre 992). El-Man-
çoûr le fit ensevelir dans soixante-dix linceuls (*).
Du Soudan furent envoyés des cadeaux parmi lesquels
figurait une girafe ( 3 ), dont El-Mançoûr lui-même prit
possession ; il sortit à cet effet de son palais.
Felfoûl ben Sa c id ben Khazroûn vint, à la suite de la
mort de son père, trouver El-Mançoûr, qui lui donna
trente charges d'argent, quatre-vingts coffres (takht) de
vêtements de toute sorte, des chevaux avec des selles
ornées de pierreries et dix étendards dorés et tout
neufs; il le renvoya ensuite à T'obna en qualité d'émir (*).
(1) La nomination d'Ibn Aboù'l-'Arab est de 381, d'après Ibn el-
Athîr, p. 400.
(2) Il mourut en 381, au dire cVIbn el-Athir, p. 398.
(3) La girafe figure maintes fois dans les cadeaux ; voir une note
(p. 281) de la traduction de Zerkechi, Chronique des Almohades et
des Hafcides.
(4) lbn Khaldoùn donne des détails analogues et ajoute que Fel-
foûl épousa une fille d'El-Mançoùr {Berbères, m, 260).
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- 363 -
En 383 (25 février 993), Bàdis ben el-Mançoûr se rendit
à Achir.
El-Mançoûr reçut de son frère Itewwoufet une lettre
lui annonçant l'arrivée auprès de lui de son oncle Aboù'l-
BehârW. Sur la demande qu'en fit El-Mançoûr, Aboû'l-
Behàr se mit en route et arriva à Mançoûriyya dans la
nuit du (dimanche au) lundi 15 cha c bân (4 septembre
993): El-Mançoûr manifesta la joie la plus vive de le
voir, le reçut parfaitement bien et lui fit don de vête-
ments, dé tapis et de jeunes filles esclaves.
En 384 (14 février 994), Aboû Mennâd Bâdis, de retour
de sa première expédition, qui avait eu lieu dans le Gharb,
rentra à Mançoûriyya; il fut reçu par son père, par les
troupes, par le peuple de K'ayrawân, etc.
Des présents arrivèrent d'Egypte conduits par Dja c far
ben H'abîb, qui amenait notamment un énorme éléphant.
En 385 (4 février 995), mourut l'émir c Abd Allah ben
Yoûsof ben Ziri ben Mennâd. Le kàid Yoûsof ben Aboû
Moh'ammed se rendit dans la Mettîdja en qualité de
gouverneur.
En djomâda II (juillet 995), K'âsim ben H'addjâdj
arriva d'Egypte à Mançoûriyya, rapportant les têtes des
chrétiens tués à Alep par Màrek' le Kotâmien.
En 386, le jeudi 3 rebî c I (25 mars 9Q6), mourut Aboû'l-
Fath' el-Mançoûr c Oddat el- c Aziz billâh ben Yoûsof el-
c Aziz billàh ben Ziri ben Mennâd Çanhàdji, après un
règne très heureux. Il fut inhumé dans son nouveau
palais en dehors de Mançoûriyya.
(1) Voir ci-dessus, p, 359.
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— 364 -
[P. 257] Gouvernement d'Aboû Mennâd Bâdls ben Aboû'1-Fath'
ben Aboû'l-Fotoûh' Toûsof ben Zlii ben Mennâd.
A son avènement, les populations d'Ifrîk'iyya vinrent
de toutes parts lui présenter leurs condoléances en
même temps que leurs félicitations. Les Benoû Ziri et
les Benoû H'ammâma avaient formé des projets en con-
tradiction avec les engagements de ceux qui les accom-
pagnaient, mais les esclaves noirs de Bâdis ainsi que
ceux de son père ne leur permirent pas de les réaliser W.
Aboù Beybàch Itewwoufet ben Aboû'l-Fotoûh vint aussi
à Mançoûriyya apporter ses condoléances et ses sou-
haits, puis il retourna à Tobna et dans l'ouest vers la fin
de cha c bân (mi-septembre 996).
En cette année < 2 ), mourut Aboû'l-Mançoûr Nizàr el^
c Aziz billâh TObeydite, souverain d'Egypte : il souffrait
de la pierre et mourut dans la piscine des bains, où il
avait [commis l'imprudence d'Javaler un remède. 11 eut
pour successeur l'héritier présomptif désigné, Aboû c Ali,
surnommé El-H'àkim bi-amr Allah.
Aboû Mennâd avait fait préparer les cadeaux destinés
h l'Egypte, qui étaient, le 6 ramadan (21 septembre), par-
tis de Mançoûriyya pour Rak'k'àda sous la conduite de
Dja c far ben H'abîb. Or El- c Aziz billâh avait adressé à
Aboû Mennâd un rescrit lui ordonnant d'envoyer en
Egypte le kâdi Moh'ammed ben c Abd Allah ben Hâchim,
qui était malade à l'arrivée de cet ordre. Aboû Mennâd
(1) Ibn cl-Athir (trad., p. 402) fait allusion égalemerit à cette ten-
tative.
(2) A la lin de ramadan, ou mi-octobre 996 ; on trouve des détails
sur la mort de ce prince dans Wûstenfeld, p. 158.
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V)P>
- 365 -
voulant le faire partir avec les cadeaux et le kàdi s'excu-
sant à cause de son état de santé, l'émir lui envoya, le
3 dhoûl-kVda (16 novembre), Moh'ammed ben Aboû'l-
c Arab et d'autres personnages de la cour, tandis que les
troupes se tenaient au Bàb Aboû'r-Rebi c , car on croyait
que la population de K'ayrawân interviendrait pour em-
pêcher son départ. On fit irruption chez lui et on l'enleva
sur les tapis où il étaitVetenu par la maladie et avec les
vêtements d'intérieur dont il était couvert lorsqu'on le
surprit. Ce fut dans cet état qu'on l'emporta, tandis que
la foule considérable qui stationnait devant sa demeure,
sans d'ailleurs proférer une parole, lui fit la conduite
jusqu'à Rak'k'âda ; il était suivi d'un esclave chrétien
qui le soutenait, ainsi que de ses enfants [P. 258] et de
ses parents. Toute la population était affligée de .son
départ et laissait paraître les signes de la tristesse qu'elle
éprouvait, multipliant ses prières et le comblant de
louanges. On apprit ensuite la nouvelle de la mort d'El-
c Aziz billâh, et Aboû Mennâd fit ramener le kàdi à sa
demeure en lui faisant rendre de grands honneurs.
La mort d'Aboû Moh'ammed ben Aboû Zeyd remonte
à cette année (*).
En 387 (13 janvier 997), la nouvelle de la mort d'El-
f Aziz billâh fut confirmée de plusieurs côtés. Ce fut alors
que le kàdi, toujours malade, fut ramené chez lui ; la
considération dont il jouissait aux yeux de la population
s'accrut encore.
En çafar (février-mars 997), Aboû Mennàd confia le
gouvernement d'Achîr à H'ammâd ben Abôû'l-Fotoûh'
(1) Il s'agit de l'auteur de la Risâla ou compendium de droit reli-
gieux et civil qui a été longtemps en grand honneur chez les Malé-
kites (Catalogue des mss arabes d'Alger, n 0i 1037 et s.).
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- 366 —
Yoûsof ben Zîrî ben Mennâd, qui partit pour rejoindre
son poste après avoir reçu quantité de chevaux et de
vêtements magnifiques. Plus tard, le gouvernement de
H'ammâd prit de l'extension, il eul de nombreuses trou-
pes et acquit une grande situation (*).
En rebî c II (avril-mai), le kâdi El-Bâhiri étant venu
d'Egypte à Mançoûriyya, Aboû Mennâd se porta au-
devant de lui avec ses troupes ef tous ses conseillers et
lui rendit des honneurs que ne connaissait pas celui à
qui ils étaient adressés. Ce messager était porteur de
deux rescrits dont il fut donné lecture dans la grande
mosquée à K'ayrawân et à Mançoûriyya : l'un était la
nomination d'Aboû Mennâd, à qui était octroyé le sur-
nom de Naçir ed-Dawla ; l'autre annonçait la mort d'El-
c Azte billâh et l'avènement au khalifat d'El-H'âkim bi-
amr Allah, et renfermait la réponse à la notification de
la mort d'El-Mançoûr c Oddat el- c Aziz billâh. Il en appor-
tait encore un troisième relatif à la reconnaissance que
devaient faire Bâdîs et tous les Benoû Mennâd de la
souveraineté d'El-H'âkim. En conséquence Bâdis tint
une audience à laquelle furent convoqués tous les chefs
çanhâdjiens et où il reçut leur serment. Le kâdi etchérif
El-Bâhiri retourna alors en Egypte, après avoir reçu
une forte somme d'Aboû Mennâd.
En cette année, Naçîr ed-Dawla (Bâdis), couvert de
magnifiques vêtements et en grand appareil, se rendit
au Moçalla, précédé de l'éléphant (dont il a été parlé),
de deux girafes et de chameaux d'un blanc éblouissant;
jamais le peuple n'avait vu pareille chose.
En 388 (2 janvier 998), Naçir ed-Dawla reçut d'Egypte
(1) Voyez Ibn el-Athîr, trad., p. 402.
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- 367 —
des cadeaux, consistant en un joyau précieux et en riches
vêtements; il sortit pour les recevoir et rentra à Man-
çoûriyya en s'en faisant précéder.
A Miçr eut lieu entre les Turcs et les Kotâma un
combat où ceux-ci eurent le dessous W.
En 389 (22 décembre 998), Ziri ben e At'iya, [P. 259]
prince de Fez et des parties avoisinantes du Maghreb,
alla camper devant Tâhert, dont il commença le siège.
Itevvwoufet ben Yoûsof ben Ziri, qui gouvernait cette
dernière ville, envoya une demande de secours à son
neveu l'émir dTfrik'iyya, qui lui adressa Molvammed
ben AboûVArab.
Déroute de l'armée d'Ifrîk'iyya ; succès remporté par Zlrî ben
'At'iya et les Zenâta sur les Çanhâdja.
A l'arrivée de la lettre d'Itewwoufet, Bâdîs Naçir
ed-Dawla donna au secrétaire Moh'ammed ben Aboû'l-
c Arab (*) Tordre de marcher contre les Zenâta. Les trou-
pes qu'il lui confia partirent en pompe le 15 çafar (4 fé-
vrier 999) et arrivèrent à Achîr, où se trouvait comme
gouverneur H'ammâd ben Yoûsof ben Zirî, qui disposait
d'une armée importante. Après y avoir fait un court sé-
jour, Ibn el- c Arab en repartit renforcé par H'ammâd et
par ses troupes r et opéra à Tâhert, le l or djomâda I (19
avril), sa jonction avec Itewwoufet, dont les forces éga-
lement étaient considérables. Ils marchèrent contre Ziri
ben c At'iya, qui était campé à deux journées de Tâhert,
(1) Sur les troubles occasionnés alors au Kaire par les Kotàma,
voir Wiistenfeld, p. 168.
(2) lbn el-Athir l'appelle nâ'ih, ou vice-roi ; sur cette campagne,
voir d'ailleurs le récit de ce chroniqueur, Annales, p, 402.
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- 368 -
au lieu dit Emsâr, et une lutte sanglante s'engagea. Le
gros de l'armée de H'ammâd était constitué par les
Outelkâti (*), que ce général avait traités sans ménage-
ment* 2 ) et qui, au plus fort de la mêlée, se débandèrent
et tournèrent le dos, en quoi ils furent suivis par toutes
les troupes d'Ifrîk'iyya. Les. efforts d'Ibn AboiVl- c Arab
pour les rallier restèrent vains, et la fuite, devenue géné-
rale, ramena ces troupes jusqu'à Achîr; elles avaient
abandonné leur camp, leurs tentes et leur contenu, leurs
armes, etc., et toutes ces richesses tombèrent entre les
mains de Zirî ben c At'iya et de ses frères. Le massacre
fut grand, mais il fut aussi fait de nombreux prisonniers
à qui le vainqueur fit de belles promesses, et qui, relâ-
chés par lui quand il fut entré à Tâhert, regagnèrent
[P. 2601 Achîr. C'est dans cette ville que restèrent Aboû'l-
c Arab, H'ammâd et Itewwoufet, tandis que Ziri se tint
près de Tâhert. Cette défaite, survenue le samedi 4 djo-
mâda I (22 avril), fut connue à Mançoûriyya le 19 du
même mois.
Naçîr ed-Dawla partit alors de cette ville le samedi
2 djomâda II (20 mai) pour marcher contre Zîrî ben
'At'iya et arriva d'abord à T'obna. Il fit demander Fel-
foul ben Sa c id ben Khazroûn Zenâti, gouverneur de la
ville, qui, pris de peur, se fit excuser et lui demanda un
rescrit l'investissant du gouvernement de T'obna. Bâdis
lui ayant envoyé cette pièce et ayant continué sa marche
(1) Dans le passage correspondant de 17/. des Berb. (ni, 260), on
lit a Tologgana », avec cette note de M. de Slane : « Gomme il s'agit
ici de la tribu sanhadjienne descendue de Tiklat, il faut probable-
ment lire Tokollata ou Tiklata ». Cf. lbn el-Athir, p. 416, n. 2;
Bayân, texte, pp. 276 et 278.
(2) p^gSj.à* A **\ dit le texte. D'après lbn el-Athir, l'avarice de
H'ammàd avait indisposé ses troupes.
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- .%9 -
en avant, Felfoul, sitôt qu'il le vit éloigné, tomba sur
une région voisine, en ravagea les environs, se livra à la
dévastation et au pillage, puis alla mettre le siège
devant Bàghaya, dont il ravagea et pilla aussi tous les
environs. Cependant Bâdis, qui poursuivait son mouve-
ment en avant, arriva à Achir ; quand il fut à Mesila, Zirî
ben c At'iya quitta Tàhert, tandis que Bâdis marchait ré-
solument vers lui ; mais la nouvelle que Zirî se dirigeait
vers Fez fit rétrograder Bàdis vers Tahert et Achir ( j ),
tandis qu'Itewwoufet confiait la première de ces villes
à son fils Ayyoùb, assisté de quatre mille cavaliers.
Bàdis ayant alors été informé des actes de Felfoûl, en-
voya contre lui des troupes d'avant-garde qu'il suivit
bientôt, emmenant avec lui AboiVl-Behàr ben Zirî. Il
était à Mesila, où il célébra la fête de la Rupture du
jeûne, quand Aboù'l-Behâr y apprit que ses frères Mà-
ksen, Zâwî et Maghnin avaient soulevé des troubles à
Achir et s'étaient saisis de la personne d'Itewwoufet, ce
qui le détermina à s'enfuir avec ses fils, ses femmes et
ses conseillers ( 2 ).
Bâdis, parti le 3 chawwâl (16 septembre) pour Tlfrî-
k'iyya, apprit à Belezma que Felfoul ben SaMd continuait
sa marche vers K'ayrawàn; lui-même se rendit à Bà-
ghaya, dont les habitants lui dirent leurs efforts [P. 261]
pour résister à Felfoul, qui les avait tenus assiégés qua-
rante-cinq jours. Il en partit pour se remettre à la
recherche de Felfoul, avec qui il se rencontra le 10 dhoû'l-
k ada (22 octobre), et engagea une bataille formidable^).
(1) Cela ferait supposer, si le texte est exact, que Bàdis avait donc
dépassé Tàhert.
(2) Comparez les versions d'Ibn Khaldoûn (h, 16 ; m, 261) et d'Ibn
el-Athir (trad. p. 404).
(3) Au lieu dit Wàdi Aghlàn, d'après ïbn el-Athir (trad. p. 404).
24
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Son ennemi, qui avait avec lui une quantité innombrable
de Berbères, s'enfuit, autant que je puis le savoir, dans
la montagne dite Djebel el-H'annâch ; les Çanhâdja et
les esclaves noirs, qui avaient d'abord commencé à le
poursuivre, revinrent sur leurs pas quand ils virent qu'il
ne s'arrêtait pas, et mirent son camp au pillage. Sept
mille Zenâta environ mordirent la poussière ce jour là.
Naçir ed-Dawla envoya à K'ayrawân une lettre relatant
sa victoire.
En 390 (12 décembre 999), Naçir ed-Dawla se mit en
campagne pour rechercher Felfoul, qui, se voyant hors
d'état de lui tenir tête, s'enfuit vers les sables tandis
que ses partisans se dispersaient. Alors Bâdls retourna
en Ifrik'iyya, accompagné d'Aboû'l-Behâr ben Zîri, qui
s'était excusé des méfaits commis par ses frères et avait
obtenu son pardon. Felfoûl alors retourna à Tripoli.
Bâdis, toujours poursuivant sa marche, était à K'açr
el-Ifrik'H 1 ) quand il apprit que les Benoû Ziri avaient,
par peur de lui, repris le chemin du Gharb, et que ceux
d'entre eux qui restaient avec Felfoul se réduisaient à
Mâksen et à son fils Moh'sin. Il rentra alors à Mançoû-
riyya,.sa capitale.
Le 1 er redjeb (6 juin 1000), il s'avança jusqu'à Rak'k'ada
pour aller combattre Zirî ben 'At'iya, émir du Gharb,
qui s'était, d'après les nouvelles reçues, rendu à Achir ;
mais il apprit alors le départ du chef zenâtien pour le
Gharb, et il retourna à Mançoûriyya.
En 391 (31 novembre 1000), Naçir ed-Dawla se mit une
seconde fois en campagne pour rechercher Felfoul ;
(1) A une journée de Teyfàch, sur la route qui mène à Mesila
(Edrisi, 140; Bekri, 130).
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- 371 -
mais une lettre de Yoûsof- ben e Amir, gouverneur de
Gabès, fit savoir que Felfoul s'était rendu d'auprès de
Gabès à Tripoli le 24 redjeb (20 juin); qu'à son arrivée
près de ce dernier endroit Fotoûh' ben c Ali et un groupe
de Tripolitains étaient sortis à sa rencontre et l'avaient
fait entrer dans la ville. A partir de ce moment il se fixa
en cet endroit.
Postérieurement au 3 ramad'ân, FFammâd ben Yoûsof
el- c Azîz billâh envoya un message annonçant qu'il avait
marché contre son oncle Mâksen ben Ziri et ses parti-
sans et que, à la suite de plusieurs sanglantes rencon-
tres, il avait tué Mâksen, son fils Moh'sin et Bâdîs.
[P. 262] Neuf jours après la mort violente de Mâksen,
c'est-à-dire le 12 ramadan, mourut Zirî ben 'At'iya
Zenâti, prince de Fez et du Gharb tout entier.
Renseignements sur les Zenâta et leur règne dans le Gharb
jusqu'à l'apparition des Almoravides.
Les Zenâta tenaient pour les Omeyyades, car autre-
fois leur aïeul Khazer ben ÇoùlâtM avait accompli son
exode et était allé se convertir entre les mains d' c Oth-
mân ben c Affân. Entre eux et les Çanhâdja, qui tenaient
au contraire pour les Obeydites, il y eut de nombreux
combats. Celui qui commandait dans le Gharb était Ziri
ben c At'iya Khazeri Maghrâwi, qui était maitre de Fez et
d'autres villes, et qui devint à cette époque émir de tous
les Zenâta. Il reconnaissait la dynastie omeyyade, alors
représentée par Hichâm el-Mo'ayyed (de Cordoue), dont
(1) Au dire d'Ibn Khaldoùn {Berbères, m, 227 et 233), ce lut Cou-
lât ben Wezmar qui se rendit à Médine auprès d**Othmân ben
'Affàn.
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' "T-" T,,i1 ?^
- Tri -
toute l'autorité était exercée par son chambellan Ibn
Aboû c Amir, et faisait la guerre aux Çanhâdja, émirs
cPIfrik'iyya, qui étaient les ennemis du prince Omeyyade.
Au rapport d'Ibn H'ammâda, il s'était rendu à Cor-
doue et s'y était rencontré en 379 (10 avril 989) avec Ibn
Aboû c Amir ; à partir de cette année il fut au Maghreb
son serviteur et son allié, malgré l'étendue de son royau-
me et la renommée dont il jouissait au loin, jusqu'à la
mésintelligence qui éclata entre eux en 387 (13 janvier
997J. Il y eut alors entre lui et El-Moz'afïer des guerres
trop longues à raconter. Voici ce que dit Ibn H'ayyân :
« Zirî ben 'At'iya Maghrâwi rompit avec Ibn Aboû c Amir
après lui avoir témoigné une grande amitié et une sérieuse
fidélité ; il lança contre Ibn Aboû c Amir des coups protec-
teurs de la royauté de Hichâm, il s'affligea de la géné-
rosité (hichâm) d'El-Mo'ayyed( j ) et de la prépotence
d'Ibn Aboû c Amir (*). Celui-ci alors fit marcher contre lui
de nombreux guerriers confiés à son page Wàd'ih', le
Maghreb vit d'importants combats se livrer; puis il en-
voya son propre fils c Abd el-Melik, et lui-même se ren-
dit à Algéziras pour de là expédier des renforts en offi-
ciers et en troupes. c Abd el-Melik partit de Tanger pour
livrer à Ziri [P. 263] des batailles sans analogues dans
les guerres passées et d'où résultèrent la fuite de Ziri
et l'anéantissement de ses guerriers et de sa situation ;
ce ne futque couvert de blessures qu'il, put s'enfuir, et le
pouvoir d' c Abd el-Melik ben Aboû c Amir s'étendit sur le
(1) L'auteur parait bien jouer sur le double sens que peut présenter
le mot hichâm, comme nom commun et comme nom propre, du fai-
ble Hichâm el-Mo'ayyed.
(2) Voir H. des Berb., m, 243 ; Bayân, n, 302 ; Dozy, //. des Mus.
d'Esp., m, 222 et s.
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— 373 —
Gharb et les régions voisines jusqu'à Sidjilmâssa, sur
TJemcen et sur Tàhert. Après quoi il retourna en Espagne
en 389 (22 décembre 998), laissant pour gouverner ce
pays Wâd'ih Meghâri. Celui-ci, après un séjour de quel-
que temps à Fez, regagna l'Espagne, laissant dans cette
ville c Abd Allah ben Aboû r Amir, neveu d'El-MançoûrW ;
après lui, il y eut Ismâ c il ben el-Boûri, puis AboiVl-
Ah'waç Ma e n< 1 )ben c Abd el- f Azîz, qui y resta jusqu'à la
mort de Moh'ammed ben Aboû c Amir. Le fils (et succes-
seur) de celui-ci, c Abd el-Melik el-Moz'affer, la remit à
El-Mo c izz ben Ziri ben e At'iya, en la fidélité et la pru-
dence de qui il avait une pleine confiance, en 397 (26
septembre 1006;, sous la condition qu\EUMo c izz apporte-
rait chaque année à Cordoue une certaine quantité de
chevaux et d'armes et en prenant en outre, à titre d'otage,
son fils Mo'annecerW . El-Mo c izz garda la fidélité promise
et son fils resta à Cordoue jusqu'au moment où éclatè-
rent les troubles qui firent disparaître la famille 'Ami-
ride. Alors Mo c annecer retourna auprès de son père, qui
continua de rester fidèle aux Omeyyades d'Espagne
jusqu'à sa mort, survenue après le début des troubles. Il
légua à son fils H'ammâma le royaume de Fez et dépen-
dances (*). »
(1) Notre texte indique explicitement qu"Abd Allah était neveu du
puissant ministre; dans YH. des Berb. (m, 246), l'amphibologie causée
par remploi d'un pronom a fait dire au savant traducteur qu''Obeyd
Allah {sic) était le neveu de Wàd'hY.
(2) Megguen {ibid); l'édition de Boulak du texte dlbn Khaldoûn.
(t. vu, p. 33) lit aussi « Ma'n ».
(3) La teneur du diplôme conféré à cette occasion à El-Mo'izz est
reproduit dans YH. des Berb. (ni, 248) ; il est daté dedhoù'l-ka'da 396
(août 1006).
(4) El-Mo'izz mourut en 417; Hammàraa, son successeur, est fils
d'El-Mo'izz ben 'Attya et non d'El-Mo'izz bon Ziri, à ce qu'aftirine
expressément Ibn Khaldoûn {l. J., p. 251).
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r-; \23?
- 374 -
Ce sont là des faits que raconte aussi El-Warràk' dans
des termes suffisamment explicites : a Après la mort de
Ziri ben c At'iya en 391 (30 novembre 1000), ses cousins le
remplacèrent par son fils El-Mo c izz » ; puis il raconte la
demande d'investiture adressée par El-Mo c izz à El-
Moz'affer ben Aboù e Amir, qui lui envoya ce qu'il récla-
mait et lui confia le gouvernement de Maghreb moyen-
nant la fourniture (annuelle) de chevaux, d'armes, etc.,
et la livraison par El-Mo c izz de ses deux fils H'ammàma
et Mo c annecer à titre d'otages. Il dit ensuite que, à la mort
d'El-Moz'affer, son frère c Abd er-Rah'mân devint cham-
bellan de Hichâm el-Mo'ayyed ; qu'à cette nouvelle
El-Mo c izz ben Ziri s'occupa de réunir les magnifiques
cadeaux qu'il lui destinait, sept cents chevaux, de nom-
breuses charges de boucliers en peau d'antilope, une
grande quantité d'argent, d'armes et de tous les plus
beaux produits du Maghreb. [P. 264] Ces cadeaux furent
portés à Cordoue par deux de ses jeunes cousins, de
nombreux cheykhs des tribus et les principaux de Fez.
Cela fit grand plaisir à c Abd er-Rah'mân, qui en témoi-
gna sa reconnaissance à El-Mo c izz en lui renvoyant ses
deux fils après leur avoir fait des cadeaux de vêtements
et procuré toute satisfaction. Il envoya à El-Mo c izz le
renouvellement de son investiture en qualité de gouver-
verneur du Maghreb tout entier moins Sidjilmâssa,
dont il avait antérieurement donné le gouvernement
au page Wàd'ih'. Celui-ci avait concédé cette ville à
Wânoûdin ben Khazroùn Ifreni et à son cousin Ziri
ben Felfoul, moyennant une somme d'argent et un nom-
bre déterminé de chevaux et de boucliers, en outre
d'une somme d'argent à payer annuellement et la remise
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- 375 -
du fils de chacun d'eux à titre d'otages (*). El-Mo c izz ben
Zirî exécuta les conditions que lui avait imposées c Abd
er-Rah'màn ben Aboû c Amir et resta émir du Maghreb
jusqu'à la chute de la maison c Amiride ; puis la famille
Omeyyade s'éteignit, les divisions firent tomber les
affaires d'Espagne dans le désarroi, les musulmans se
séparèrent les uns des autres pour former des factions
qui se massacraient et se pillaient entre elles. La situa-
tion au Maghreb devint la même, et les partis entre-
prirent des expéditions incessamment renouvelées les
uns contre les autres. El-Mo c izz ben Ziri sut pourtant
habilement se maintenir jusqu'à sa mort, survenue en
416(3 mars 1025) W.
Il eut pour successeur son fils Aboû'l- c At't'àf H'am-
mâma ben el-Mo c izz ben Ziri. ben At'iya, qui était bien
partagé sous le rapport des connaissances, des belles-
lettres et de l'habileté administrative. Fez resta sous son
règne le séjour de la paix et de l'aisance, et les poètes
espagnols s'y rendaient. Il y eut cependant beaucoup de
guerres sous ce prince, qui mourut en 433 (30 août
1041) 0).
Il fut remplacé par son fils Donnas ben H'ammàma,
dont les cousins s'insurgèrent. L'autorité alla toujours
diminuant et la dynastie s'affaiblissant, si bien que Fez
vit deux émirs, un dans chacun des deux quartiers
( e adwa), se faisant la guerre. Il se passa alors des choses
si honteuses qu'on ne peut honnêtement les raconter,
car le récit de tout ce qui se passe à la fin des dynasties
(1) Voir Berbères, m, 250 et 257.
(2) Nous avons vu plus haut qu'Ilm Khaldoîin donne la date de 417.
(3) Ibn Khaldoùn (p. 251 et 252) nous dit quelque chose de ces
guerres et fait mourir ce prince en 431.
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— 376 -
ne peut que faire rougir M. Alors surgirent du désert les
Lamtoûna(Almoravides), qui s'emparèrent du pays des
Maçmoùda et les dépouillèrent au profit de leurs princes
et des règles de justice qu'ils apportèrent.
c Abd Allah ben YâsînW [P. 265] pénétra dans la ville
d'Aghmàt et dans le territoire voisin, et les Zenâta, pris
de peur, quittèrent la région orientale où ils étaient
installés. Mais après la mort violente d ,<r Abd Allah ben
Yâsîn( 3 ), ils retournèrent au Maghreb et y mirent à mort
tous ceux dont ils soupçonnaient les sympalhies pour les
gens voilés [les Almoravides]. Puis les habitants du dé-
sert vinrent les attaquer, et Aboû Bekr ben c Omar fit
marcher contre les cheykhs des tribus (son cousin) Yoû-
sof ben Tàchefin, qui fit de grandes conquêtes.
Dans l'entretemps eut lieu à Ceuta la terrible disette
bien connue, en 444 (2 mai 1052) [lacune] Fonce se ven-
dit un dirhem h'andoûsi. El-Fotoûh' ben Mo'annecer
Zenâti revint d'Orient, et l'armée de Fez [qui était la
sienne] fut battue en 454 (14 janvier 1062). En la même
année, les Miknâsa et les Lawâta furent battus par un
général d' c Aboû Bekr ben e Omar Lemtoûnî.
En 454 (14 janvier 1062), Bologgîn ben Moh'ammed ben
H'ammâd Çanhâdji mit tout le Gharb à ses pieds grâce
aux nombreux soldats qu'il mena à cette conquête.
(1) Doûnàs régna jusqu'en 451 et eut pour successeur sou fils El-
FotoîùV, qui eut à combattre son propre frère et le tua en 453.
Mo'annecer ben Hammàd régna eusuite, périt en combattant les Al-
moravides en 460 et fut remplacé par son fils Temim, qui fut le der-
nier prince Maghrawi et mourut en 462 (Ibn Khaldpùn, l. /.).
(2) 'Abd Allah ben Yàsin est le père spirituel des Almoravides et
fut tué en 450 (voir Berb., n, 68 et 86 ; Annales d'Ibn el-Athir, p. 463).
(3) Ibn Yàsin mit à la tète de ses partisans YahVa ben 'Omar, qui
mourut en 447 et fut remplacé par son frère Aboû Bekr ben 'Omar.
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- 377 -
En 459 (21 novembre 1066), Ibrahim ben Melih' Kez-
nà'i W pénétra à Fez, d'où il chassa vers Test Mo'anne-
cer ben H'ammàd ; puis celui-ci y rentrant y massacra
tous ceux qu'il soupçonnait de sympathies pour les
Almoravides, mais Yoûsof revint, à son tour dans le
Maghreb et Mo c annecer dut s'enfuir. Yoûsof massacra
les Sedrâta et se rendit maitre de Fez, de même que de
la plus grande partie du Maghreb. Tel est le récit d'Aboû
Merwàn c Abd el-Melik ben Moûsa el-Warrâk' dans son
El-Mik'bâs fi akhbâr Fâs (2).
Yoûsof Keznâ'i, prince de Miknàsa, mourut en 412
(16 avril 1021) ; Toûlâlâ mourut à El-K'al c a, et son fils
Mahdi lui succéda la même année; Ibn AboiVl c Afiya
Ibrahim mourut en 450 (27 février 1058) et eut pour suc-
cesseur son fils c Abd Allah. Les Benoû AboiVl- e Afiya
étaient maîtres de Tesoûl, de (la région de) la Moloûya
et de Nakoûr ou El-Mazemma ; c Abd Allah, qui mourut
en 460 (10 novembre 1067), eut pour successeur son fils
Mohammed ben c Abd Àllâh ben Ibrahim ben Moûsa ben
Aboû'l- c Afiya.
, Quant à Tlemcen et au Zàb, ils étaient dans les mains
de Ya e la Zenâti < 3 ),. qui mourut [P. 266J à cette date ou à
peu près, et à qui ses fils succédèrent. Quant aux régions
du Maghreb par delà le Zâb, les Abbassides n'en furent
(1) Le nom de ce chef ne se retrouve pas dans Ibn Khaldoûn. Il
s'agit probablement ici des faits que cet auteur place un peu plus
tard, en 459 et 460 (ih. ni, 253).
(2) Ce chroniqueur, dont le nom a été déjà cité, est un de ceux qui
ont été souvent mis à contribution par le Kartâs, qui l'appelle Mo-
hammed Lben] 4 Abd el-Melik ben Mahmoud (p. 10 du texte arabe ;
pp. 14 et 364 de la trad. lat). Il est probable que l'ouvrage ici cité est
celui qui figure sous le titre de Mikyas, dans 17/. de* Berb., n, 137.
(3) Sur Jes Benoù Ya'la, voir VHist. des Berb., ni, 269.
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— 378 -
jamais les maîtres. Tlemcen et les districts voisins
obéissaient [autrefois] à Moh'ammed ben Soleymân ben
c Abd Allah ben H'asan ben el -H'asan ben c Ali( 1 ), parmi
les descendants de qui figure Aboû'l- c Aych c Isa ben Idris
ben Moh'ammed, dont il a été question déjà. A Fez et
dans les districts voisins, il y avait des.Chi c ites d'abord,
mais ensuite le gouvernement en échut à Idris ben c Abd
Allah ben H'asan ben el-H'asan ben c Ali. A Tâmesnâ
se trouvaient les descendants de Çâliir ben Tarif aux
doctrines erronées. Quant à Sidjilmàssa, ce fut là que
s'établit Isa ben Sam c oûn, chef des Çofrites.
Telle était sans conteste la situation dans ces divers
pays; on n'est pas d'accord au contraire sur l'Ifrik'iyya,
où dominait, dit-on, le rebelle c Abd er-Rah'mân ben
H'abib, ni sur l'Espagne, dont Yoûsof Fihri était Ternir.
Revenons-en maintenant à l'ordre chronologique. En
392 (19 novembre 1001), mourut Aboû T'àlib, cheykh
et porte- parole des MoHazelites, à l'âge de 69 ans. En la
même année, Yah'ya ben f Ali ben el-Andalosi quitta
l'Egypte à la tête d'une armée et arriva le vendredi
9 rebi f I (25 janvier 1002) à Tripoli, dont le gouverneur
était alors Zeydân Çak'alli ( 2 ). Mais les affaires militaires
se trouvèrent au-dessus de la portée de l'intelligence et
de la capacité administrative de Yah'ya, de sorte qu'il
(1) Vers le commencement du III siècle (i/>., m, 229).
(2) Autrement écrit AboiVI-Fad'l Rcydàu (jaklabi (Wiïslenfeld,
p. 173, et Chrestomotkie de Sacy, i, 139). La mosquée du K a ire qui
portait sou nom, et qui est également citée dans la Itel. des Druze»
(intr., p. 434), ne figure pas dans la liste des monuineuts de cette
catégorie que Makrizi décrit dans le Khitat. On trouve d'ailleurs les
deux noms propres Reydàn et Zeydàn (voir Bekri, p. 32 et 125;
is'odjoùm, n, 411 ; Ibn Farhoùn, f. 57 v°; ras 884 d'Alger, f. 30, etc.).
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- 379 -
rejoignit Felloul, qui ne lui ménagea pas son méprisa).
En ramad'àn (juillet-août), mourut El-Mançoûr ben
Aboû c Amir, ce dont il sera parlé en son lieu.
En 393 (9 novembre 1002), Yah'ya ben c Alî ben el-An-
dalosi, Felfoûl ben Sa c id et FotoiW ben c Ali arrivèrent
devant Gabès, où ils bloquèrent c At'iya ben Dja c far. A
cette époque, c'est-à-dire le^ lundi 14 cha'bàn (17 juin
1003), vingt archers arrivèrent à Gabès; mais Felfoul,
qui en eut connaissance, les fit prendre et décapiter.
[P. 267] Ces chefs étant ensuite retournés à Tripoli,
Yah'ya ben c Ali, en présence de l'incertitude de sa situa-
tion et de l'impossibilité de trouver de quoi subvenir aux
besoins de ses soldats, retourna en Egypte avec ceux
qui lui restaient, non sans que Felfoul et les siens eus-
sent pris, par achat ou par violence, ce qui leur plut des
moulures de ceux qui battaient en retraite. Quand ce
général rentra en Egypte, le khalife El-H'âkim voulut
d'abord le punir; mais ensuite il accueillit ses excuses
et lui pardonnât 2 ).
En 394 (29 octobre 1003), El-Hakim fit exécuter à
Miçr son astrologue El-Bekri. II ( ;< ) était faible d'intelli-
gence et peu sensé, mais avait des connaissances dans la
(rédaction des) jugements* 4 ). Il fit également mettre à
(1) Ce paragraphe figure dans la Bilrtioleca (h, 31). On a vu plus
haut comment Felfoul s'était soustrait à l'obéissance de Bàdis; voir
aussi lbn el-Alhir, trad., p. 404.
(2) Wûstenfcld a passé ces événements sous silence.
(3) Cet il se rapporte grammaticalement à Bekri.
(4) Texte bUôiJb -^> ^J ^fcj . Je suis tenté de croire que le
dernier mot a le sens, ignoré des dictionnaires, de ^l5^.^b et qu'il
faut entendre ainsi : « avait des connaissances dans l'art de dresser
des thèmes astrologiques. » .
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- 380 ~
mort, puis brûler un grand nombre des principaux de ses
conseillers. Il punit aussi du dernier supplice celui qui
est connu sous le nom d'Ibn Kharit'a, ainsi que l'astro-
logue Ibn el-Ghâzi.
En 395 (17 octobre '1004), l'Ifrik'iyya fut désolée par
une effroyable famine, qui mit à nu celui qui était cou-
vert, tua le pauvre et ruina le riche; les vivres, d'abord
très chers, manquèrent ensuite ; les nomades quittèrent
leurs séjours habituels, la plupart des demeures se vidè-
rent et restèrent sans héritiers. A cela se joignirent les
épidémies et la peste, qui enlevèrent la majeure partie
des habitants sans distinction entre le riche et l'indigent.
Les fonctionnaires ne faisaient plus autre chose que soi-
gner ou visiter les malades, préparer les derniers devoirs
à rendre aux morts, suivre des funérailles ou revenir
d'une inhumation. On entassait les malades au Bàb
Salem, et Ton CFeusait des sillons dans chacun desquels
on jetait une centaine de cadavres ou davantage. Dans
toutes les classes de la population, savants, marchands,
femmes et enfants, le nombre des morts fut tel que Dieu
seul pourrait les compter. A K'ayrawân les mosquées
étaient vides, les fours publics et les bains déserts; les
habitants brûlaient les portes de leurs demeures et les
poutres des terrasses, et plus d'un, citadin ou nomade,
gagna la Sicile. Le malade devait payer une grenade
deux dirhems, et un poulet en coûtait trente ; les noma-
des, dit- on, s'etitredévorèrent. Tel est le tableau que
trace [P. 268] Aboû Ish'âk' er-Rak'ik.
En 306 (7 octobre 1005), l'abondance de la récolte en
Ifrîk'iyya fit baisser le prix des vivres, et les épidémies
cessèrent.
A Bark'a éclata l'insurrection d'El-Welid ben Hi-
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*ïir
- 381 -
chàmW, qui prétendait descendre d'El-Moghîra et appar-
tenir ainsi à la famille Omeyyade. Ce fut en 395 qu'il
commença à lever la tête. Il était instituteur à Bar-
k'a, et comme il crut trouver Ta un terrain favorable-
ment préparé, il se donna aux habitants comme étant
lui-même de cette ville et leur révéla qu'il était dépo-
sitaire de traditions et d'une science [religieuse spé-
ciale], qu'il était appelé à gouverner l'Egypte et à
envoyer les oppresseurs à la mort. Soutenu d'abord par
un groupe de Lawâta et de Zenàta qui le prirent comme
imam et se rallièrent à lui, il vit ensuite tous les Berbè-
res accourir à lui, et il mit le siège devant Bark'a, qu'il
prit en redjeb 395 (avril-mai 1005). En 396 (7 octobre
1005), son autorité s'était affermie, et El-Hàkim envoya
contre lui des troupes qui furent battues après un combat
sanglant et dont le général fut tué.
En cette même année mourut Moh'ammed ben Aboû'l-
c Arab, gouverneur d'ifrîk'iyya.
El-H'âkim fit exécuter et brûler son kâdK 2 ), pour le
châtier de ce qu'il dissipait le bien des orphelins.
En 397 (26 septembre 1006), la situation de l'insurgé
de Bark'a, El-Welid ben Hichâm, était de plus en plus
forte, et le nombre de ses troupes et de ses adhérents
était considérable. El-H'âkim eut alors recours à la ruse
pour venir à bout de lui. Il lui fît écrire par ses princi-
paux conseillers et officiers, qui lui déclarèrent partager
sa doctrine religieuse et se dirent prêts à embrasser sa
cause quand il serait proche. Ces messages répétés ins-
(1) Plus connu peut-être sous son surnom d'Aboû Rekwa (voir Ibn
el-Athir, ix, 139; Chrestomathie de Sacy, i, 99 et 159; Wustenfeld,
181, etc.).
(2) Hoseyn ben No'màn [Chrest. de Sacy, i, 99).
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-ÇW»
~- 38*2 -
pirèrent confiance au rebelle, qui s'avança vers l'Egypte
avec toutes les tribus berbères qui le soutenaient. Alors
lés troupes égyptiennes l'attaquèrent et le battirent, et il
se réfugia dans le Soudan. Il lut ensuite fait prisonnier
et amené à Miçr sur un chameau, puis promené squs un
accoutrement ignominieux dans les rues de la ville. Il
périt dans d'affreux supplices à la mi-chawwàl (3 juillet
1007).
El-K'âsim ben Moh'ammed ben Aboû'l- e Arab, qui
succéda à son père comme gouverneur d'Ifrik'iyya, con-
firma ses conseillers dans les grades qu'ils avaient et
leur demanda leur concours.
En 398 (16 septembre 1007) mourut le préposé aux ré-
clamations en Ifrîk'iyya, Moh'ammed ben e Abd Allah,
dont la sévérité avait durement châtié les novateurs
religieux et les méchants, que, sans exciter aucun blâme,
il avait fait flageller ou exécuter» ou à qui il avait fait
couper les mains et les pieds.
[P. 269] En 399 (4 septembre 1008), les enfants de
Moh'ammed ben Aboû'l- c Arab s'enfuirent de Mançoû-
riyya pour aller rejoindre à Tripoli Felfoûl ben Sa c îd
ben Khazroûn Zenâti. Le gouverneur de Gabès, qui
avait reçu de Naçîr ed-Da\via Tordre de leur couper la
route, s'empara de deux d'entre eux, c Ali et Yoûsof,
qu'il fit exécuter et dont il envoya les têtes à Mançoû-
riyya le 30 moh'arrem (3 octobre 1008). El-K'âsim, qui
revint ensuite, obtint son pardon.
En 400 (24 août 1009), Felfoûl mourut de maladie à
Tripoli et eut pour successeur Warroû, à qui les Zenâta
obéirent. Aboû Mennâd Naçîr ed-Dawla avec une nom-
breuse armée se mit en marche pour attaquer les Zenâta
et arriva sous les murs de Tripoli le lundi 7 cha c bàn
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- 383 -
(25 mars 1010). Les habitants, joyeux et manifestant
leur plaisir par les prières qu'ils adressaient au ciel, se
portèrent au-devant de lui ; on dressa des tentes de bro-
cart et de magnifiques pavillons où il s'installa. Mais un
ouragan survint qui démolit, déchira et emporta toutes
les tentes; le prince alors entra dans le palais de Fel-
foûl. Il reçut des messagers envoyés par Warroû ben
Sa c id, frère de Felfoûl, qui venaient lui demander grâce
et pardon; il accéda à leur demande et fit dresser un
acte le constatante. A la suite de ce succès, il retourna
à Mançoûriyya. En-No c aym ben Kennoûn se rendit en
cette ville accompagné d'un certain nombre d'hommes;
le prince leur fit des cadeaux, les traita le mieux du
monde et fit délivrer à En-No c aym des étendards, des
tambours, des bêtes de charge et des selles ; puis il le
renvoya dans lç pays qu'il lui donna avec K'ast'iliya pour
capitale, et En-No c aym y résida en qualité de prince
avec tambours, étendards et corps de troupes.
En 401 (14 août 1010), mourut à K'ayrawân c Azm ben
Ziri ben Mennâd. Le kàïd Dja c far ben H'abib mourut
aussi à celte date.
El-H'àkim bi-amr Allah fit exécuter simultanément
El-H'oseyn ben Djawher, le généralissime, et son parent
par alliance, kâdi de Miçr, c Abd el- c Aziz ben Moh'am-
med ben en-No c mân ( 2 ).
En chawwàl (mai-juin 1011), [Hassan ben Mofarredj]
Ibn Djerrâh' se sépara d'El-H'âkim et fît inviter par ses
envoyés l'émir de la Mekke à se révolter également.
(1) Selon Ibn Khaldoûn (ni, 264), Warroû reçut le gouvernement
de Nefzàwa, qu'il abandonna en 401 pour se révolter contre Bàdis.
(2) Le 12 du mois de djomàda II, à ce que dit Makrizi (Chrest. de
Sacy, i, 104; cf. Wïistenfeld, 192).
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- 384 -
C'est ce que fit celui-ci, qui se fit appeler Prince des
croyants, [P. 270] et qui fut suivi dans sa révolte par les
habitants de la Mekke et par ses cousins. Cette situation
dura tout le reste de Tannée (*).
Les Egyptiens, Maghrébins et autres qui étaient partis
pour la glorieuse ville de la Mekke durent revenir, car
en arrivant à K'olzoùm ils apprirent la conduite d'Ibn
Djerrâh' et d'Aboû'l-Fotoûh' el-H'asan ben Dja'far ben
Moh'ammed, et alors aucun d'eux n'alla en pèlerinage,
non plus que ne le firent ceux qui venaient de Syrie,
d'Irak, de Khorâsân ou d'ailleurs, sauf, cependant, ceux
du Yémen. Beaucoup de ceux qui vivaient à la Mekke à
l'ombre du saint Temple s'enfuirent.
En 402 (3 août 1011), arriva à Mançoûriyya Khazroùn
ben Sa c id ben Khazroùn Zenâti, qui était le frère de
Felfoul. A la suite de dissensions survenues entre lui et
son frère Warroû, il vint trouver Naçir ed-Dawia, qui le
reçut très bien et qui donna également une hospilalité
très large à environ soixante-dix cavaliers zenâtiens
dont son visiteur était accompagné. Quelques jours plus
tard, le prince lui donna la ville de. . . (*), où Khazroùn
se rendit avec étendards et tambours.
En 403 (22 juillet 1012) arriva à Mehdiyya un navire
apportant de magnifiques cadeaux envoyés par El-H'â-
kim à Bâdis et à son fils Mançoiïr (sic) c Aziz ed-dawla.
El-Mançoûr se rendit avec étendards et tambours, et
(1) Sur ces événements, on peut consulter Makrizi, ap. Chrestom. y
i, 104 et 186; Ibn el-Athir, ix, 86; Wïistenfeld, 193. Le chérif de la
Mekke s'appelait Aboù'l-Fotouh' el-H'asan ben Dja'far, nom que notre
auteur rappelle presque immédiatement.
(2) Le nom de la ville ne figure pas dans le ms, mais on voit par
Ibn Khaldoûn (m, 264) qu'il s'agit de Nefzâwa.
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- 385 -
accompagné des habitants de K'ayrawân, au Château
maritime pour les recevoir. El-H'âkim envoya en même
temps des rescrits ajoutant Barka et ses dépendances
aux territoires dont Naçir ed-Dawla était déjà investi.
Le savant juriste Aboû'l-H'asan K'âbesK 1 ) mourut
cette année-là.
Naçîr ed-Dawla enleva à Yoûsof ben Aboû H'aboûs
Çanhâdji le soin de veiller aux troupes, etc.
En Syrie eut lieu la mort de Mofarredj ben el-Djerrâh',
dont les enfants prirent la place.
El-H'asan ben Dja c far, dont nous avons déjà dit qu'il
s'était révolté à la Mekke et y avait fait dire la prière en
son honneur sous le nom de « Er-Ràchid billâh, Prince
des croyants », reconnut l'autorité d'El-H'âkim. Se repen-
tant de ses actes antérieurs, il monta en chaire et fît
amende honorable pour les prétentions qu'il avait émi-
ses. Il envoya à ce propos une lettre à El-H'àkim bi-amr
Allah, qui reçut ses excuses, lui envoya [P. 271] de fortes
sommes d'argent et prévint la population qu'elle pouvait
se rendre à la Mekke en emportant les vivres et les pro-
visions nécessaires.
c Abd Allah ben el-Welid ben el-Moghîra fomenta une
insurrection en lfrîk'iyya. Ce personnage, qui d'abord
s'était caché et s'occupait d'enseignement, prétendit
ensuite au pouvoir ; mais il fut pris, emmené à K'ayra-
wân et promené dans les rues de la ville, lui ainsi qu'un
de ses compagnons, à dos de chameau; après quoi on
les décapita et crucifia. On trouva sur lui un portefeuille
renfermant plusieurs lettres de sa main, adressées à des
(1) Il s'appelle 'Ali ben Moh'ammed ben Khalaf (n° 851 du Cat.
des mss d'Alger, f. 24 v°; ms 1546 de Paris, f° 182).
25
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2^m,
- 386 — '
cheykhs de tribus et ainsi conçues: « De la part d' c Abd
Allah AboûW Moh'ammed en-Nàçir li-dîn Allah, Prince
des croyants, à un tel » ; après quoi il disait que ses
affaires se termineraient et se réaliseraient grâce aux
Kotâma, et que son correspondant eût à venir à sa ren-
contre le 1 er çafar 404, date où devait finir le pouvoir
des Çanhâdja. Mais ce furent, nous l'avons dit, ceux-ci
qui s'emparèrent de luK 2 ).
En 404 (12 juillet 1013), El-H'âkim annonça par rescrit
à Naçir ed-Dawla que dès à présent il attribuait la qua-
lité d'héritier présomptif à son cousin AboiVl-K'âsim
c Abd er-Rah'mân (») ben Elyâs. Cette pièce fut lue dans
la grande mosquée à K'ayrawân et à Mançoûriyya, et le
nom d' c Abd er-Rah'mân fut joint à celui d'El-Hâkim sur
les étendards et sur la monnaie. L'imporlance de la
décision qui venait d'être prise fit dire à Naçîr ed-Dawla :
« Si l'i m à m savait montrer de l'adresse, je lui écrirais
de ne pas ainsi substituer son cousin à son fils ».
En 405 (l or juillet 1014), Naçir ed-Dawla fit partir à
t'adresse d'El-H'âkim des cadeaux magnifiques, qu'il
accompagna avec étendards et tambours à leur départ
de Mançoûriyya, et qui, arrivés à Mehdiyya, furent em-
barqués et confiés à Ya c la ben Farad j. 11 y figurait cent
chevaux, ainsi que leurs selles enrichies de pierreries et
formant dix -huit colis en caisses; dix-huit charges de
soie grège, de martre zibeline (semmoûr), et de précieu-
ses marchandises tissées d'or et provenant de Sousse;
vingt jeunes femmes esclaves, dix Slaves, etc. La prin-
^1) 1! faut probablement lire ben.
(2) Ibn Khaldoùn passe cette révolte sous silence.
(3) On lit 'Abd er-Rahim dans Makrizi (l. I., 103), et c'est cette lec-
ture aussi qu'a adoptée Wûstenfeld (p. 199).
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- 38? —
cesse Oumm Mellàl, sœur de Naçir ed-Dawla, envoyait
également des cadeaux à la sœur d'El-H'àkim. Mais ce
riche envoi tomba du côté de Bark'a dans les mains des
Arabes, et Ya c la ben Faradj s'enfuit en abandonnant
tout.
On cria à K'ayrawàn une proclamation enjoignant à
tous les Çanhâdja qui y habitaient de se transporter
[P. 272] à Mançoûriyya. Une proclamation postérieure
prescrivit la fermeture des boutiques et des fondouks de
K'ayrawân, et l'exécution de cette mesure ne laissa plus
ouvertes dans la ville que quelques boutiques faisant
partie des biens de main-morte, si bien qu'on paya à
Mançoûriyya deux cents dirhems la location d'une bou-
tique destinée à la vente du lin, prix dont il n'avait
jamais été question à K'ayrawân. Ce fut là la cause de
sa ruine.
El-irâkim avait donné à El-Mançoûr ben Naçlr ed-
Dawla le surnom d ,<r Aziz ed-Dawla, et* il avait été fait
lecture du rescrit relatif à cette question Naçîr ed-Dawla
voulait donc élever son fils en conséquence et lui don-
ner à gouverner des cantons où il eût à se faire servir
par des gens qui seraient ses adhérents et ses créa-
tures. Or il avait reçu d'ibrâhîm ben Seyf el- c Aziz billâh
des félicitations dont il soupçonnait la sincérité et qu'il
voulut mettre à l'épreuve. 11 écrivit donc à H'ammâd de
remettre le canton d'Aboû Za c bel, [c'est-à-dire] K'açr
el-Ifriki et la ville de Constantine, au lieutenant de
l'héritier présomptif c Aziz ed-Dawla. A HichàmO) ben
(1) Ce nom est orthographié Hàchim dans Ibn el-Athir (p. 413),
dont il faut comparer le récit. Plus bas on trouve à deux reprises In
forme Hâchim, j'ignore si c'est par erreur ou d'après le ms.
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v^^p
.- 388 -
Dja c far, à qui il avait donné des vêtements d'honneur et
concédé les étendards et les tambours, il ordonna de se
rendre dans cette région, ce qui fit que Hichâm partit en
emmenant des trésors et des approvisionnements consi-
dérables. Naçîr ed-Dawla demanda en outre conseil à
Ibrahim ben Seyf el- c Aziz billâh sur le choix à faire de la
personne chargée de présenter sa lettre à H'amrnâd.
Ibrahim s'offrit avec le plus grand empressement à por-
ter ce message, en ajoutant : « Notre Maître ne trouvera
nul esclave plus empressé que moi à se mettre à son ser-
vice. » Il se chargea donc de la chose en s'engageant par
des actes authentiques à ne mettre au plus que vingt
jours, aller et retour compris. Alors des gens du proche
entourage de Naçir ed-Dawla lui conseillèrent de s'assu-
rer de la personne d'Ibrahim et de ne lui laisser faire le
voyage qu'il projetait que quand lui, Naçîr, saurait ce
qu'étaient l'obéissance et l'empressement de Hammàd,
frère d'Ibrâhîm.
Mais Naçir dit à Ibrahim : « Va trouver ton frère ; si
tu as dit vrai et que tu remplisses tes promesses, tant
mieux; sinon, faites l'un et l'autre comme vous l'enten-
drez. » Alors Ibrahim partit en chawwâl (mars-avril
1015) en emmenant son argent, ses hommes (de con-
fiance) et tous ses trésors, sans que personne y mit obs-
tacle de la part de Naçir ; et pourtant ce départ, où il se
faisait accompagner de ses hommes (de confiance) et de
tous ses bagages, prouvait le contraire de ce qu'il avait
annoncé. Hichâm ben Dja'far, qui était d'abord parti
avec lui, s'aperçut ensuite [P. 273] que la trahison l'atten-
dait lorsqu'il serait à proximité de H'ammàd : il invoqua
donc la nécessité de quelque affaire qu'il avait laissée en
suspens à Bâdja et tourna de ce côté, en promettant de
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rççy
- 389 -
revenir promptement. Ce fut ainsi que Dieu le fit échap-
per à la trahison (qui le guettait). Ibrahim, arrivé à
TàmediU 1 ), écrivit à son frère H'ammâd, qui vint avec"
des troupes nombreuses se joindre à lui, et alors l'un
et l'autre se proclamèrent en insurrection.
A cette nouvelle, Naçir ed-Dawla se transporta à la
fin de dhoû'l-hiddja (mi-juin 1015) à Rak'k'âda, où il dis-
tribua la solde à ses troupes; il envoya sa famille, ses
bagages, sa sœur la princesse Oumm Mellâl, ses enfants
et ses esclaves à Mehdiyya. Le sept du mois < 2 ), il se mit en
route et fit arrêter Yoûsof ben Aboû H'aboûs et ses frè-
res. 11 ne s'était pas passé un jour que Naçir ed-Dawla
ne lui eût renouvelé les témoignages de considération
et ne lui eût fait du bien ; il ne recevait pas du khalife
un cheval ou un vêtement qu'il ne le lui donnât plutôt
que de le garder pour lui-même, sans parler des pro-
priétés et des terres qu'il lui avait concédées dans tous les
cantons d'Ifrik'iyya ; en un mot, toujours il l'avait élevé
eu considération et en renommée, si bien que Yoûsof
avait reçu plus de dignités qu'aucun grand ou petit, était
monté plus haut qu'aucun proche ou parent. Or il proje-
tait — Dieu sait ce qu'il en est — une attaque contre
Naçir ed-Dawla, et méditait cette affaire depuis quelque
temps; mais Dieu, loin de le favoriser, trompa ses mé-
chantes pensées et retourna sa vilenie contre lui-même.
Naçir ed-Dawla, sachant positivement ce qui se tramait,
fit arrêter son ancien favori, et grâce à cet acte de
(1) Localité située à deux journées de Laribus (Bekri, 130; Edrisi,
137).
(?) Il ne faut pas songer à lire le 27, bien qu'il vienne d'être parlé
des derniers jours du mois, puisqu'un peu plus bas il est question du
J0 du même mois.
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-, 390 -
vigueur Dieu énerva les ruses des ennemis du prince,
déçut leurs espérances et dérouta leurs projets coupa-
bles.
Naçir ed-Dawla marcha alors avec ses troupes, le
lendemain de la Fête des Victimes, contre H'ammâd.
Au commencement de moharrem 406 (fin juin 1015),
c Azm et Felfoul, l'un et l'autre fils de H'assoûn ben Sen-
noûn, Mâksen ben Bologgin et f Adnân ben Ma c çem
vinrent le trouver avec une troupe de cavaliers apparte-
nant à l'armée de H'ammâd. Naçir ed-Dawla leur donna
des vêtements d'honneur et les traita bien; puis [P. 274]
continuant toujours d'avancer, il arriva à Tàmedit, où il
reçut la nouvelle de la mort de son fils El-Mançoûr
f Aziz ed-Dawla, qui, lors de son départ pour Mehdiyya,
avait été pris par la fièvre et atteint de la petile vérole,
dont il était mort au bout de dix-sept jours. Cette mala-
die lui avait été cachée jusqu'alors, parce qu'on craignait,
comme il était en route pour combattre son ennemi, que
l'affliction qu'il ressentirait ne nuisit aux intérêts de
l'Etat. Quand Ibrahim et H'ammâd connurent cette mort,
ils firent connaître au père du jeune prince que celui à
raison de qui il avait adressé la demande que l'on sait
était mort. Mais ce message ne troubla pas autrement
Naçir ed-Dawla, qui écrivit à la princesse (sa fçmme)
pour l'informa de la nouvelle qui lui était transmise;
elle lui confirma la chose en lui adressant ses condo-
léances et lui décrivant l'excellent état de santé d'El-
Mo f izz. II supporta le choc avec une patience et une rési-
gnation merveilleuses: il tint une audience publique
pour recevoir les compliments de condoléances, et quand
il voyait quelqu'un trop affligé et pleurant, c'était lui qui
le réconfortait et le consolait. Sa contenance combla de
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— 391 —
joie ses amis et consterna ses envieux et ses ennemis.
Il repartit de Tàmedit le 6 çafar (25 juillet) et parvint
à Moh'ammediyya,* autrement dite Mesila, dont les habi-
tants se portèrent au-devant de lui en adressant au ciel
des vœux en sa faveur pour manifester leur reconnais-
sance de la justice et de la sécurité qu'ils lui devaient, de
la protection dont il les couvrait contre l'injustice et les
agressions. Après s'y être arrêté six jours, il repartit,
franchit le Ghélif et continua d'avancer jusqu'à ce qu'il se
trouvât à proximité des troupes de H'ammàd et des ban-
des qu'il avait levées chez les Zenàta et les autres peu-
plades au-delà de cette rivière. II eut soin d'ailleurs, pour
la nuit, de prendre toutes les précautions nécessaires
pour se bien garder. Le lendemain matin, il se mit à la
tête de ses troupes, passa devant elles et les rangea
en ordre de bataille, chacun de ses officiers occupant
le centre du groupe qu'il commandait ; les deux armées
étaient alors si rapprochées qu'elles étaient en vue l'une
de l'autre. Ce fut H'ammàd qui fut mis en déroute et
son camp fut livré au pillage* 1 ). On prétend que (rien
que) les boucliers pris étaient au nombre de dix mille.
L'empressement mis par les troupes de Naçir à enlever
les dépouilles de toute sorte permit à H'ammàd, qu'a-
bandonnèrent les siens, de s'échapper. Le butin et les
richesses qu'on enleva ainsi étaient en nombre et en
valeur incalculables. [P. 275] On trouva deux billets
constatant qu'un certain officier avait un coffre contenant
50,700 dinars et 1,005,000 dirhems, plus cinquante cais-
(1) Il y eut bien bataille le 1 er djomàda 1 (16 octobre), ainsi qu'on
le voit par Ibn el-Athir, et non une simple débandade comme il
somble résulter de la traduction d'Ibn Khaldoùn (u, 45) el, dans une
certaine mesure, de notre texte même.
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— 392 —
ses renfermant diverses marchandises, et cela non com-
pris ce que renfermaient la tente et les magasins de
H'ammâd. Voici ce que raconte Aboù Ish'àk' : « Un
homme qui poussait un mulet devant soi fut fouillé sous
nos yeux par nos serviteurs, et on trouva dans le rem-
bourrage et la laine du bat huit mille dinars ; or il y eut
des faits innombrables de ce genre. Cette somme me fut
présentée après notre départ alors que nous étions déjà
sortis de la rivière, bien qu'à grand'peine ; mais la dou-
ceur de la prise et la certitude du salut nous firent ou-
blier ces fatigues. »
[Basir] Il n'est pas sorti de ma mémoire ce jour où, auprès
du Chélif, se présenta un spectacle effrayant et auquel les
prunelles se contractaient : les chevaux, traversant les tètes,
plongeaient dans des flots de sang, y formant un sillon d'un
rouge d'aurore ; dans les ténèbres et les nuées de poussière
brillait l'éclat des sabres semblables aux étoiles qui surgis-
sent successivement de l'obscurité de la nuit tombante. On
y voyait Bâdis marqué du signe des braves et aussi recon-
naissable et visible que le soleil au firmament : si sa main
gorgée et vaillante eût débordé, ses ennemis eussent été bien
près d'être submergés. Le turban rouge qui orne son front
fait de lui une lune qui se lève dans la riibescence du soleil
couchant. La mort elle-même eût-elle pris corps que, si on
lui avait annoncé l'apparition d'Ibn Mennâd, la peur l'eût fait
retomber sans vie à la vue de cette aurore !
Le lundi matin, 2 djomâda I (17 octobre), Naçir ed-
Dawla fit rechercher H'ammâd ben Bâdis ben Seyf el-
c Azîz billàh, mais il s'était enfermé dans le château-fort
(la Kal'at Hammâd) avec son frère. Après y avoir séjourné
trois jours pour se reposer et laisser reposer leurs com-
pagnons ainsi que leurs montures, Ibrahim annonça à
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- 393 -
son frère qu'il n'avait ni assez de vivres ni assez de sel
[pour continuer la résistance]. H'ammâd partit alors
avec lui et avec tous ses compagnons, et arriva, ayant
toujours Naçir ed-Dawla à ses trousses, à la ville de
DekmaW, dont il avait précédemment châtié les habi-
tants. Ceux-ci se mirent à pousser des cris contre son
arrière-garde ; il se défendit Fépée à la main et en tua
environ trois cents. Alors intervint Ah'med ben Aboii
Tawba, [P. 276] juriste de la ville, qui apaisa ses compa
triotes et avertit H'ammâd d'avoir à redouter la colère
divine: a Prince, lui dit-il, tu fuis devant les grandes
niasses et tu tournes le dos aux armées qui te résistent;
ton pouvoir et ta force ne s'exercent que sur le prison-
nier qui est devant toi sans personne pour le soutenir ! »
A ces paroles H'ammâd répondit en faisant décapiter
l'audacieux. Alors s'avança un pieux vieillard de la
ville, qui parla ainsi : « H'ammâd, crains Dieu; (moi
qui te le dis) j'ai fait deux fois le pèlerinage. — Eh bien,
répondit-il, je vais par surcroit te donner le martyre ! »
et il le fil aussi décapiter. Après lui s'avancèrent quel-
ques marchands ambulants : « Nous sommes, dirent -ils,
étrangers et nous ignorons la faute qu'ont commise
contre toi les habitants de cette ville. — Mettez-vous
tous ensemble, et je vous le dirai ! » Ces marchands se
réunirent et parmi eux se glissèrent quelques autres qui
voulaient aussi sauver leur vie; mais il leur fit couper le
cou à tous. Après quoi il enleva tous les vivres et tout le
sel de la ville et rentra dans son château-fort.
Le jour de la fuite de H'ammâd, Naçir ed-Dawla se fit
(1) Je corrige le texte, qui écrit ce nom Zekrna, d'après Ibn el-
Athir, p. 414 ; on prononce aussi Dekkama (Bekri, 131 ; Edrisi, 141).
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- 394 -
amener Bekkâr ben Djelâla OutelkâtiW, qu'il avait anté-
rieurement fait prisonnier et qui avait souvent tenu des
propos malsonnants sur celui qui l'avait alors en son
pouvoir. Sous les yeux de Yoûsof ben Aboû H'aboûs,
qui était aussi prisonnier, il fit raser la barbe de Bekkâr,
puis en fit faire autant à Yoûsof, leur infligeant ainsi un
châtiment exemplaire aux yeux du monde. « Quand, dit
Er-Rak'ik', nous vîmes Yoûsof rasé, nous nous mîmes à
dire à voix basse : « Nous espérions que Yoûsof aurait la
vie sauve, car les princes ont l'habitude de pardonner
après avoir puni; mais après ce châtiment infamant
nous le jugeons bien perdu ! » Naçir nous jeta un coup
dœil et nous demanda ce que nous disions : « Vous avez
deviné », dit-il, quand nous lui eûmes répondu à voix
basse. Trois jours après 11 le fit revenir, et après lui
avoir énuméré toutes ses méchancetés et toutes ses infa-
mies, il lui fit couper le nez et les oreilles, puis le ren-
voya; il le fit ensuite revenir, lui fit amputer les deux
mains et le renvoya dans sa prison, où le misérable pas-
sa la nuit baigné dans son sang. Un des geôliers raconta
qu'il l'avait entendu prier son frère de l'égorger pour en
finir, [P. 277] car il craignait d'être encore torturé le len-
demain sous les yeux de ses ennemis; mais comme son
frère lui répondit d'attendre patiemment la réalisation
des décrets divins, il demanda à un gardien de le pren-
dre par le bras pour le mener satisfaire un besoin, et
pendant que son guide l'attendait, il se précipita le front
sur une colonne avec une telle violence que les yeux lui
sortirent de la tête et que la cervelle jaillit; il tomba
mort sur le coup. »
(l) Sur l'orthographe de cet ethnique, voir Ibn el-Athir, p. 416;
suprà, p. 368.
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- 395 -
Naçir ed-Dawla s'éloigna alors du Chélif. Er-Rak^k'
s'exprime ainsi : « Parmi les choses curieuses que nous
avons entendu dire de cette station auprès du Chélif,
citons qu'un grand cheykh berbère nous a dit qu'on
l'appelle la station des épreuves ; puis il se mit à nTénu-
mérer ceux des principaux chefs Zenâta qui avaient pris
la fuite ou avaient été tués ; mais nous étions en cours
de roule et je ne pus écrire (ce qu'il me disait). Il finit
en disant que le derniçr de ceux qui y moururent fut
Ziri ben c At'iya, le dernier de ceux qui s'enfuirent fut
H'ammâd ; que Yoûsof ben Aboû H'aboûs y fut mis à
mort et qu'on porta à son frère son cadavre, qui était
jeté en travers sur une bête de somme et dont les deux
pieds restaient visibles. Il le fit inhumer en cet endroit. »
A la suite d% la mort, survenue en chawwàl (mars-
avril 1016), de Warroû ben Sa c id, les Zenàta se divisè-
rent: une partie obéit à Khalifa ben Warroû, une autre
à son cousin Khazroûn, et Dieu les affligea de discordes ( f ).
Mort de Naçîr ed-Dawla Bâdîs.
Le mardi 29 dhoù'l-k'a c da (9 mai 1016), il fit procéder
au recensement (des troupes), et chaque officier sortit à
la tête du détachement qu'il avait sous ses ordres. Le
prince, qui se tenait assis dans le pavillon, donna à
Ayyoùb ben Itewwoufet Tordre de parcourir les rangs et
de faire le compte des guerriers, et attendit la fin de celte
opération. Ayyoùb lui fournit alors les renseignements
nécessaires, qui le remplirent de satisfaction et à la
(1) Voir Ibn el-Athir, p. 415. VHist. des Berb. (m, 265) place la
mort de Warroû en l'année 405,
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»* ^-F^ï
— 396 —
suite desquels il regagna son palais. Le soir il monta
à cheval parfaitement heureux et ayant la plus belle
apparence. Des joutes furent organisées sous ses yeux,
et lui-même ne brandissait pas une lance qu'il ne la rom-
pit, après quoi il en reprenait une autre. Il retourna au
palais plus plein d'espoir, plus gai et plus animé que
jamais; il-se mit à manger et à boire avec ses familiers
et ses proches, qui remarquèrent en lui une gaîté [P. 278]
inconnue, puis vers le milieu de la nuit du (mardi au)
mercredi 30 dhoû'l-ka c da, il était mort. Des messagers
furent aussitôt dépêchés à H'abib-ben Aboû Sa c id, à Bà-
dîs ben H'ammâmaW et à Ayyoûb ben Itewwoufet pour
les prévenir de l'événement, sans en rien dire à tous les
Çanhàdja ni aux autres, et ces chefs se retirèrent pour
tenir la chose secrète jusqu'à ce qu'ils se missent d'accord.
Lé matin, les chefs militaires se présentèrent comme de
coutume pour saluer le prince, car ils étaient sans nou-
velles, tandis que le projet des autres était [pour expli-
quer son absence] d'annoncer au peuple qu'il avait pris
médecine; les initiés firent, en outre, prévenir tous les
officiers d'arriver chacun avec leurs hommes, car ils ve-
naient d'apprendre que H'ammâd était près d'attaquer le
camp. Or ils ignoraient que la nouvelle de la mort du
sultan était partie de Moh'ammediyya, dont les habitants
avaient fermé les portes et étaient montés sur les mu-
railles [tout prêts à se défendre]. Ainsi fut connue la
nouvelle qu'ils furent impuissants à tenir secrète et qui
se répandit aussi vite que si elle eût fait l'objet d'une
proclamation. Les soldats troublés s'agitaient dans la
crainte de quelque désaccord, et on résolut par suite de
(1) Dans Jbn el-Athir, trad., p. 415, on Ut« ben Aboû Hamroàma ».
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.— 397 —
choisir Kerâma, qui leur fit prêter serment et fit envoyer
des lettres clans quelques endroits. Mais alors les escla-
ves noirs de Naçir ed-Dawla et tous ceux de son entou-
rage qui faisaient cause commune avec eux manifestè-
rent leur mécontentement, disant que s'ils avaient choisi
Kerâma, ce n'était que pour commander aux troupes et
veiller aux biens en attendant que tout fût remis à celui
qui y avait droit, El-Mo f izz ben Naçir ed-Dawla. Toute
la nuit, il y eut entre eux des allées et venues, et ils
s'engagèrent par serment à (soutenir) l'accession au trône
d'El-Mo c izz. Toutes leurs dispositions étant prises, ils en
publièrent le résultat le samedi 3 dhoû'l-hiddja (lSmai)^),
et" alors les divers corps de troupes vinrent successive-
ment prêter serment. On tomba d'accord pour envoyer
Keràma faire à Achir des levées de Çanhâdja et d'Outel-
kâta qu'il ramènerait à Moh'ammediyya. Après quoi les
troupes partirent en emportant le catafalque de Naçir
ed-Dawla.
Avènement et règne d'El-Mo'izz ben Bâdls Naçir ed-Dawla.
Ce prince fut proclamé à Mehdiyya le dit samedi de
406(13 mai 1016), à l'âge de huit ans et quatre mois( 2 ); la
prestation de serment eut lieu en cette ville le 21 dhoû'l-
hiddja, après l'arrivée de l'annonce (officielle; de la mort
de son père. Mançoûr ben Rechîk, le kâdi de K'ayrawân
(1) Cette date parait erronée, puisque Naçir ed-Dawla était mort
trois jours auparavant. Quelques lignes plus bas, il est dit que la
prostation de serment eut lieu le 21 dhoiVl-hiddja, et ensuite que les
troupes partirent de Moh'ammediyya le 10 du même mois.
(2) Ibn el-Athir le fait plus âgé de deux mois et quelques jours.
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- 398 -
et de Mohammed iyya, ainsi que les cheykhs et les Çan-
hâdjites présents à Mehdiyya allèrent présenter à* la
princesse Ouram Mellâl, qui se trouvait alors dans
cette dernière ville, leurs condoléances à l'occasion de
la mort de son frère. El-Mo c izz fît une sortie avec éten-
dards et tambours, et le peuple tout entier lui porta ses
félicitations, lui prêta serment, offrit ses compliments
de condoléance et adressa au ciel des vœux en sa faveur ;
après quoi il rentra au palais, et la population y pénétra
ensuite pour féliciter la princesse de l'avènement de son
neveu ; et alors les gens de K'ayrawân et de Man-
çoûriyya se retirèrent. El-Mo c izz resta à Mehdiyya, se
rendant chaque jour à cheval au Pavillon de la^ paix
(ICobbat es-selâm), où le peuple mangeait sous ses yeux,
purs il rentrait au palais.
Le samedi correspondant au jour de la Fête des Victi-
mes (10 dhoû'l-hiddja), les troupes partirent de Moh'am-
mediyya, après avoir mis le feu aux constructions, aux
maisons et aux enclos, le catafalque précédant les éten-
dards et les tambours, H'ammâd si*rveillait de loin ces
troupes qui s'écoulaient comme un fleuve devant le
catafalque, et il adressa ces réflexions à son frère et à
ses familiers : « Voilà comment ces gens servent les
princes ! Moi je suis venu en Ifrik'iyya avec trente mille
cavaliers dont il n'y avait pas un qui n'eût été l'objet de
mes bons procédés ou de mes largesses; et puis je suis
retourné à El-K'al f a n'ayant plus avec moi que moins de
six cents de ces hommes, et c'est en eux qu'il me faut
espérer de l'aide. Et celui-là, qui est mort, on lui obéit
comme s'il était vivant ! » L'armée arriva à Mehdiyya le
22 dhoû'l-hiddja. Les troupes paradèrent à la porte de
la ville, et El-Mo c izz, à cheval et sans bouger, vit jus-
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ç.T *-
- 399 -<
qu'au bout toutes ces troupes descendre, détachement
par détachement, pour le saluer.
En 407 (9 juin 1016), El-Mo c izz ben Bâdis quitta Meh-
•diyya et fit le vendredi 15 moh'arrem(23 juin) une magni-
fique entrée à Mançoûriyya ; étendards et tambours le
précédaient, et il descendit en grande pompe dans son
palais, au milieu de l'allégresse universelle.
Il y avait à K'ayrawân, dans le quartier nommé Derb
el-Mo'allaW, des gens qui y cachaient leurs croyances
chi ç ites pour éviter d'être molestés. La populace se pré-
cipita inopinément sur eux rP. 280] et en tua un certain
nombre, tant hommes que femmes, puis se donnant libre
carrière elle livra k au pillage les maisons et les biens des
Chi c ites. Les désordres furent très graves et se propagè-
rent en province, où Ton tua un grand nombre de ces
dissidents, sans parler de ceux dont on ne savait pas au
juste les croyances. A Mehdiyya, les survivants se réfu-
gièrent dans la grande mosquée où on les massacra
tous, femmes comprises.
La foule s'ameuta contre Aboû'l-Behâr ben Khalloûf,
qui avait soulevé sa colère en réduisant les têtes folles
et en agissant énergiquement; il dut se réfugier à
Mançoûriyya, et sa demeure fut livrée au pillage. Son
neveu, apprenant la chose, marcha avec ses soldats au
secours de son oncle, mais la foule massacra celui-ci,
infligea (à son cadavre) un traitement destiné à servir
d'exemple et tua également tous ceux qui raccompa-
gnaient ; puis elle marcha sur Mançoûriyya, qu'elle mit
en ruines. Environ quinze cents Chi c ites se réfugièrent
(1) Ibn el-Atkir écrit ce nom Derb el-Mok'alll (p. 447) et fait aussi
le récit de ces troubles.
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- 400 —
dans l'habitation de Molf ammed ben r Abd er-Ralf mân ;
chaque fois qu'il en sortait un pour acheter des vivres, il
était massacré, et ce fut le sort de la plupart ; puis on en
fit sortir (le reste) avec femmes et enfants, et on les •
mena au palais du sultan.
Les musulmans voyaient ces faits avec plaisir, car on
avait trouvé dans les demeures de ces prétendus fidèles
des livres qu'on mit au jour et qui renfermaient de
nombreux passages où s'affirmaient l'incrédulité, des
opinions sacrilèges et le caractère licite d'actes prohibés.
Les survivants se tinrent solidement enfermés dans le
palais pendant la fin du mois de djomâda I et le mois
suivant (octobre-novembre).
Vers la fin de cette annéeM arriva un rescrit dans lequel
El-Hâkim s'adressait à El-Mo c izz ben Bàdis en le traitant
de Cheref ed-Dawla. A cette occasion, le jeune prince fit
une sortie avec étendards et tambours.
En 408 (29 mai 1017), d'importants engagements eurent
lieu entre les troupes de Cheref ed-Dawla el-Mo c izz et
celles de H'ammâd, ce qui serait long à raconter ( 2 ).
En -409 (19 mai 1018), environ deux cents Chi'ites à
cheval accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants
sortirent de la ville pour aller à Mehdiyya s'embarquer
pour la Sicile ; des cavaliers leur servaient d'escorte.
Le convoi était arrivé à la bourgade de Kâmil, où il
passa la nuit ; les habitants des campements voisins les
attaquèrent et les massacrèrent, non sans avoir violé
quelques jeunes femmes et celles [plus âgées] qui avaient
(1) Au mois de dhoû'l-hiddja (Ibn Khallikàn, ni, 386 ; lbn el-Athir,
trad. p. 417).
(2) On trouve sur ces faits quelques détails dans Ibn eUAthir (ih.)
et dans les Berbères (u, 18).
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- 401 —
encore quelque beauté. Toutes ces femmes furent
d'ailleurs également massacrées* 1 ).
L'Ifrik'iyya eut à souffrir cette année-là [P. ^81] d'une
grande disette et de nombreux combats.
En 410 (8 mai 1019), Zàwi ben Zîri Çanhâdji, après une
absence de vingt-deux ans, revint d'Espagne en Ifri-
k'iyya avec sa femme, ses enfants et ses serviteurs, après
avoir pris part aux guerres et aux troubles de ce pays et
ramassé des richesses provenant des trésors des rois qui
y régnaient. Le jour de son arrivée, Cheref ed-Dawla el-
Mo c izz, magnifiquement vêtu, se porta à sa rencontre :
Zâwi s'avança à pied, et El-Mo^izz, qui descendit de che-
val, reçut ses salutations et l'accompagna jusqu'à ce qu'il
l'eût installé à Mançoûriyya^.
En 411 (26 avril 1020), El-Mo c izz reçut Aboû'l-K'àsim
ben El-Yezid, qui venait de la part d'EI-H'âkim lui
apporter un sabre orné des plus précieuses pierreries
ainsi qu'un vêtement tiré de sa propre garde-robè et plus
beau qu'on n'eût jamais vu ; le prince, magnifiquement
vêtu et en grand apparat, alla à sa rencontre, et il lui fut
■donné lecture d'un rescrit qui le remplit de joie à cause
des expressions honorifiques qui lui étaient adressées et
que personne n'avait reçues jusque là.
En la même année, Moh'ammed ben c Abd el- c Aziz ben
Aboû Kodya apporta un autre rescrit d'El-H'âkim en
réponse à ce qu'avait écrit El-Mo c izz au sujet des affaires
■d'Espagne, de la chute de la dynastie Omeyyade et de
l'élévation d'El-K'àsim ben H'ammoûd* 3 ). Le khalife lui
(1) Cet alinéa ainsi que le suivant figurent dans la Biblloteca (n, 32)*
(2) Voir Ibn el-Athir, p. 420 ; Berbères, h,- 19 et 44 ; m, $9 et 247 ;
Dozy, Mus. d'Espagne, m, 288 et 317.
(3) Ce prince régna à Gordoue jusqu'à 412 ; sur ces événements,
voir Ibn el-Athir, p. 425.
26
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- 402 -
en témoignait sa reconnaissance par l'envoi de quinze
drapeaux tissus d'or, qu'El-Mo c izz fit porter devant lui
quand il fit son entrée à cheval le 27 rebi c II (20 août
1020).
Il tomba une pluie violente accompagnée de tonnerre
et d'une chute de pierres plus grosses et plus abondantes
qu'on n'avait jamais vu en Ifrik'iyya ; en même temps, la
foudre tomba à deux reprises M.
On apprit la mort d'EI-HYikim, khalife d'Egypte^ 2 ), à.
qui succéda Ez-Z'àhir.
En 412 (16 avril 1021), mourut Bàdis ben Seyf el- f Aziz
billâh, sur qui Gheref ed-Dawla prononça les dernières,
prières. Il lui fut élevé un magnifique monument funé-
raire.
La princesse veuve de Naçir ed-Dawla, étant venue à
mourir, fut.ensevelie plus magnifiquement qu'aucun roi.
Au rapport de marchands qui assistèrent à la cérémo-
nie, cent mille dinars furent dépensés à cet effet; son
corps fut déposé dans un cercueil d'aloès incrusté de
pierres précieuses [P. 282] et dont les clous valaient deux
mille dinars. Elle Jut inhumée à Mehdiyya à la suite de
funérailles telles qu'on n'en avait jamais vu de pareil-
les.
En 413 (5 avril 1022), El-Mo'izz se maria avec un tef
déploiement de pompe qu'aucun khalife n'en fit jamais-
autant. Ladescriplion, que j'omets pour être plus court,,
en est faite dans le livre d'Er-Rak'ik.
(1) Les imaginations furent vivement frappées, car celait est aussi-
rapporté par le dit chroniqueur (p. 448).
(2) Hâkim périt le 27 chawwàl 411, dans des circonstances dont le
rrécit se retrouve dans Wùstenfeld (p. 217); cf. Journ, As., 1860, u
144 ; Rel. des Druze*, intr., i, 406).
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T^V"-
- 403 -
En 414 (25 mars 1023), on apprit de plusieurs côtés en
Ifrîkiyya que Khalifa ben Warroûet ses partisans avaient
lancé de nombreux navires et qu'ils étaient partis de
Tripoli à la recherche de Fotoûh' ben el-K'â'id, alors que,
ayant antérieurement écrit à Cherel ed-Dawla el-Mo c izz
pour lui annoncer qu'il devenait des siens et le recon-
naissait, il avait reçu de ce dernier la ville de Neft'a
dans la province de Constantinet 1 ). Cheref ed-Dawla se
mit donc en route et, passant par Sousse, arriva à
Mehdiyya le jeudi 4 moh'arrem (28 mars). Une procla-
mation ann'onça une levée de matelots, et des lettres
furent envoyées pour rappeler celles de ses troupes qui
ne l'avaient pas encore rejoint, afin de rendre ainsi pos-
sible son départ de Mehdiyya par Sfax et Gabès pour
arriver à Tripoli. Il donna Tordre de mettre soigneuse-
ment les troupes en état et de compléter les approvision-
nements de l'arsenal; il se mit à fabriquer dans un délai
très court des engins de guerre en plus grande quantité
qu'on ne pourrait faire en un -long espace de temps.
Mais ensuite, il estima devoir se rendre à Mançoûriyya
pour permettre aux hommes de prendre leur équipe-
ment et les objets nécessaires, et il arriva dans cette
ville le lundi 24 moh'arrem (17 avril).
La nouvelle piarvint d'Orient que le Prince des croyants
Ez-Z'âhir li-i c zàz din Allah s'était fait amener Seyf ed-
Dawla .dhoû'l-niadjdeyn H'oseyn ben c Ali ben Davvwâs
Kotâmi, qui avait toujours évité par précaution de se-
rendre au palais et qui cette fois n'en ressortit presque
aussitôt qu'à l'état de cadavre^). Son corps resta sur place
(1) On trouvera sur la révolte de Khalifa ben Warroû quelques
renseignements dans les Berbères (m, 265).
(2) Cette exécution se rattache aux troubles provoqués au Kaire
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pendant trois jours, tandis qu'un héraut proclamait :
« Voilà la rétribution due à celui qui trahit ses patrons, »
puis il fut remis à ses esclaves, qui l'enterrèrent.
A la même époque on apprit la mort de la noble prin-
cesse fille d'El-^Aziz billâhW, sur qui les dernières priè-
res furent dites à Miçr par Ez-Z'âhir li-i c zâz din Allah.
[P. 283] Elle avait pris le pouvoir en mains et établi pour
l'expédition des affaires des règlements marqués au coin
de la prévoyance et de l'habileté administrative. Après
avoir fait exécuter le vîzir c Ammàr( 2 ), à qui avaient été
confiés l'inspection des divers bureaux, des propriétés,
du secrétariat, ainsi que les autres services du khalifat,
felle s'occupa elle-même des soins de l'administration,
et nulle affaire, grande ou petite, ne passait que revêtue
de san visa transcrit de la main de son esclave Aboû'l-
Bayân le Slave.
En la même année, Mohammed ben c Abd el- c Aziz
apporta à Cheref ed-Dawla, de la part du khalife d'Egypte
Ez-Z'âhir, les preuves de la plus haute considération, et
il fut donné lecture de rescrits tels qu'on n'en avait jamais
vu de plus importants comme fond ni de plus relevés
comme forme. Le khalife, faisant une addition à son
par la mésintelligence régnant entre les Turcs et les Kotàma^cf. Wiïs-
tenfeïd, p. 213). Au lieu de Hoseyn ben * Ali, on lit ailleurs Yoûsof
(Rel. des Druzes, intr., p. 406 ; cf! Defrémery, ./. As., 1860, i, p. 144
et 146).
(1) Il s'agit de Sitt el-Molk, l'intelligente et énergique princesse que
certains chroniqueurs accusent d'avoir fait disparaître l'insensé
H'àkim, son frère (Ibn el-Athîr, ix, 222 et s. ; Aboulfaradj, éd. de
Beyrouth, p. 313; Quatremère, Mèm. sur l'Egypte, i, 324 ; Journ. as.,
1860, i, 144 ; De Sacy, Druzes, intr. p. ccccu, ccccvi, ccccxxvi, etc. ;
Wustenfeld, 214 et 219, etc.).
(2) AboiVt-Hasan 'Ammàr ben Mohammed ; comparez Wustenfeld,
p. 220.
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surnom honorifique, l'appelait Cheref ed-Dawla wa-
c Ad'odhà, et l'informait de la naissance de ses deux fils
Aboû't-T'âhir et c Abd Allah Aboû Mohammed ; à quoi il
joignait trois juments tirées de ses propres écuries et
magnifiquement sellées, un vêtement précieux d'entre les
plus beaux de sa propre garde-robe, deux pommeaux
d'étendards tissés d'or et montés sur des hampes d'argent
dont il n'était jamais entré de pareil en Ifrîk'iyya, enfin
vingt étendards dorés et argentés. Cheref ed-Dawla fit à
ces cadeaux l'accueil le plus brillant et leur rendit les
soins cérémonieux qu'ils méritaient. Les rescrits furent
d'abord lus en sa présence, puis dans la grande mosquée
de K'ayrawân ; il les fit transcrire pour les expédier
partout, et ces pièces excitèrent une joie indescriptible.
Dans la même année, un autre rescrit, apportant à Che-
ref ed-Dawla une nouvelle preuve de considération, lui
ordonna d'employer dans ses lettres la formule : « De la
part de l'émir Cheref ed-Dawla wa- c Ad'od-hà », titre
dont il devait aussi être qualifié dans la correspondance
à lui adressée. Il reçut ce message en grande pompe,
donna des robes d'honneur à ceux qui l'apportaient et le
transporta en cérémonie. A partir de ce moment, on
employa dans la correspondance ces qualificatifs pom-
peux.
La princesse Oumm Mellâl, fille d' c Oddat el- e Aziz bil-
làh, étant tombée malade, Cheref ed-Dawla alla quoti-
diennement, pendant les quelques jours que dura sa
maladie, lui rendre visite et lui tenir compagnie, per-
mettant même à ses conseillers et à ses serviteurs de
pénétrer auprès d'elle et d'y rester quelque temps. Le
jeudi dernier jour de redjeb (17 octobre 1023), Dieu la
rappela à lui. Le prince prononça les dernières prières
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^??SP"
- 406 —
et célébra les funérailles avec étendards, tambours et
litières, [P. 284] déployant une pompe telle qu'on n'avait
jamais rien vu de pareil ni pour un roi ni pour un sujet.
Les deux nobles princesses, la mère et la sœur (du
prince), y assistèrent.
Le mardi 25 djomâda I (15 août), Gheref ed-Dawla
confia à Àboû'l-Behâr ben Khalloûf la perception des
impôts,* la direction des gouverneurs des provinces ainsi
que l'inspection des troupes et de toutes les affaires.
Alors tout marcha parfaitement, les provinces éloignées
et les frontières furent contenues; l'administration se
fît normalement, et Cheref ed-Dawla trouva en lui une
fermeté, un talent, une décision et une sagacité qu'il
n'avait encore rencontrés chez aucun de ses ministres
(lacune de quelques lettres).
En çafar 415 (avril-mai 1024), il lui naquit un fils qu'il
nomma Kennâd.
En redjeb (comm. le 7 septembre) eut lieu le mariage
de la princesse Oumm el- c 01oû, fille de Naçir ed-Dawla
et sœur de Gheref ed-Dawla (*>. Le mercredi 1 er cha c bàn
(7 octobre), le grand portique fut orné en son honneur;
la foule, grands et petits, put y pénétrer et contempler
toutes les pierreries, tissus, objets précieux, vases d'or
et d'argent qui lui étaient destinés et plus beaux que tout
ce qu'on avait jamais fait ou entendu dire pour aucun
roi jusqu'alors. Aboû Ish'âk' er-Rak'ik' s'exprime ainsi :
« Les visiteurs furent aveuglés par ce qu'ils virent, stu-
péfiés devant la magnificence de ce qu'ils contemplèrent. »
Tout cela fut transporté à l'endroit où l'on avait dressé
(1) Cette princesse fut faite prisonnière par les Zenàta entre 430 et
440 [Berbères, m, 266), probablement dans l'expédition relatée plus
bas sous l'an uée 433.
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- 407 -
des constructions, des pavillons et des tentes ; dix mulets
transportèrent les dix charges constituant la dot de la
future et sur chacune desquelles il y avait une jeune et
belle esclave ; ce qui représentait [par charge] cent mille
dinars en monnaie. D'après un marchand habile qui avait
évalué ce qui appartenait à la future, il y en avait pour
plus d'un x million de dinars, ce qu'on n'avait jamais vu
pour aucune femme en Ifrîkiyya. Dans la conduite pro-
cessionnelle de la fiancée, qui se fit le jeudi, cette der-
nière était précédée des esclaves noirs de son frère
Gheref ed-Dawla, de son père Naçir ed-£)awla et de son
grand père c Oddat el- c Azîz billàh, ainsi que des princi-
paux personnages de la cour. 'De ce jour où les cava-
liers accomplirent les plus mémorables prouesses, les
descriptions enchanteresses remplirent les provinces'.
En cette année, Cheref ed-Dawla tint une séance pour
recevoir les cadeaux envoyés par Çandal, gouverneur de
Biskra, consistant en trois cents chevaux de race, cent
juments, des mules dont vingt avaient des selles ornées,
[P. 285] et cent charges d'argent. En retour, il lui envoya
des vêtements d'honneur et lui renouvela le gouverne-
ment de Biskra l 1 ).
En 416 (3 mars 1025), mourut Ayyoûb ben Itewwoufet,
aux funérailles duquel assista Cheref ed-Dawla el-Mo c izz
ben Bâdts avec tambours et étendards.
En 417 (21 février 1026), naquit à Cheref ed-Dawla un
fils qu'il appela Nizâr. Cette heureuse nouvelle fut annon-
cée dans toutes les provinces.
(1) Ibn Khaldoun, en rappelant l'importance du cadeau envoyé par
Çandal, attribue à cet olïiciër les fonctions de gouverneur de Baghàya
{Berbères,, u, 16). — En cette année 415, mourut 4 Abd Allah bon
Mohammed Djoràwi, poète qui chanta les Benoù Bàdis {Moschlarik,
p. 99; ms 2327 de Paris, f. 89 v°).
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- 408 -
El-Mo'izz Cheref ed-Dawla se proclame émir indépendant;
fin de la domination chTite Obeydite en Ifrlk'iyya.
El-Mo c izz ben Bâdis, qui était très jeune à son avène-
ment, car il avait huit ans ou même, selon d'autres, sept
ans, fut élevé par les soins de son vizir Aboû'l-H'asan
ben Aboû'z-Zeddjàl, homme respectueux des prescrip-
tions religieuses et pieux. Toute Flfrik'iyya et K'ayrawân,
depuis le règne du Mahdi c Obeyd Allah, suivaient alors
les doctrines chi c ites, qui sont en opposition avec ta foi
traditionnelle et orthodoxe. Or ce vizir instruisit et
poussa son pupille dans la voie des doctrines malékites,
où il le fit élever, aussi bien que dans la religion tradi-
tionnelle et orthodoxe, mais cela n'était su ni des Chii-
tes ni des K'ayrawâniens. Un jour que, à l'occasion
d'une fête, El-Mo c izz encore jeune se rendait en pompe
et avec son entourage au Moçalla, son cheval vint à
broncher, ce qui lui fit prononcer les noms d\Aboû Bekr
et d' c Omar. Les Chi c i Les figurant parmi les troupes [dont
il était accompagné] l'entendirent et se précipitèrent
vers lui pour le massacrer, mais il eut pour venir à son
aide ses esclaves noirs, ses conseillers et les Kayrawà-
niens restés secrètement orthodoxes, et il fut massacré
plus de trois mille Chi'itesW. Le lieu où le fait se passa
prit le nom de Lac de sang (Birket ed-dem), qu'il porte
encore aujourd'hui. « Alors, dit Aboû'ç-Çalt, un cri de
mort se répandit partout et on massacra les Chi c ites
dans toutes les provinces, en conformité avec les quasi-
prédictions des poè.tes. » El-K'âsim ben Merw.ân s'expri-
me ainsi :
(1) Ce passage rappelle probablement ce qui a été rapporté plus
haut sous l'année 407.
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[Wâfir] Ils seront partout massacrés, comme ils l'ont été.
à K'ayrawân.
[P. 286] Un autre a dit :
[Ramai] O Mo'izz ed-Dîn, vis honoré, gai, satisfait et
joyeux. Par ta conduite à l'égard des maudits et vils [Chii-
tes], tu as satisfait le Prophète élu et Aboû Bekr, car tu leur
as infligé la peine de mort qu'exige en tous lieux et toujours
la loi traditionnelle.
Et un autre encore :
[T'awîl] Le foyer qu'ils s'étaient allumé en Orient est
éteint, et leur impiété n'a plus de domaine en Orient ni en
Occident (i). - .
Nous omettons ici, à propos du massacre des Râfi-
dites( 2 >, de nombreux récits concernant les songes d'El-
Mo c izz, les interprétations qui en furent données, etc.
Jusqu'à 440(15 juin 1018), El-Mo c izz songea sans relâche
à l'extirpation de cette croyance.
En 420 (19 janvier 1029), des bandes de Zenàta poussées
par le désir de s'emparer de Kayrawân marchèrent contre
cette capitale. Mais El-Mo c izz, dès qu'il en fut informé,
alla à la tète de ses troupes (djond) leur livrer un combat
acharné W où les agresseurs eurent le dessous, et à la
suite duquel, après avoir subi de fortes pertes, ils furent
forcés de fuir vers l'Ouest.
En 421(8 janvier 1030), à la suite de rixes survenues à
(1) Sur les rapports d'El : Mo*izz ben Bàdis avec Aboù 'Ali lien Re-
chik, voir le Mesâlik, ap. Amari, Bibl. ar.-stc, n, 551.
(2) Les Ràfid'ites sont, à proprement parler, ceux des Ghi'ites qui
n'admettent pas la validité de l'imamat des deu-x ckeykhs Aboû Bekr
et 'Omar {$erbères, h, 500).
(3) A H'amdis eç-Çaboùn, d'après lbn el-Athir, p. 452.
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- 410 -
Kayrawân entre les troupes (djond) et la populace, celle-
ci laissa sur le terrain environ deux cents des siens.
En 422 (28 décembre 1030), l'abondance des vivres en
Ifrîkiyya en fit baisser le prix, et Ton y jouit d'une grande
sécurité.
En 423 (18 décembre 1031), El-Mo c izz reçut du roi du
Soudan un cadeau très important où figuraient de nom-
breux esclaves, des girafes et toutes sortes d'animaux
extraordinaires W.
En 425 (25 novembre 1033), une grandedisette sévit en
Ifrikiyya. Aboû c Iinrân FâsH 2 ) se rendit au Hedjâz. En
Egypte, le khalife Ez-Z'àbir mourut^) et fut remplacé
par son fils El Mostançir (Aboû Temîm Ma r add).
En 426 (15 novembre 1031), El-Mo c izz ben Bâdis reçut
du roi des Chrétiens des cadeaux plus riches qu'on n'avait
jamais vu et consistant en étoffes de riche brocarl, etc.
En 427 (4 novembre 1035), de nombreuses troupes et
bandes de Zenâta marchèrent contre Mançoûriyya, et les
troupes d'El-Mo c izz, qui s'avancèrent contre les envahis-
seurs, furent mises en déroute et revinrent jusqu'entre
Mançoûriyya et Kayrawân. Le lendemain eut lieu un
nouvel engagement [qui resta indécis, car] les Çanhàdjà
tinrent aussi ferme que les ZenâtaW.
(1) Sous Tannée 423, lbn el-Athir {l. I.) mentionne une guerre
civile à Tunis et un soulèvement des Chi'ites dans le canton de
Nefta.
(2) C'esl le juriste dont un élève se rendit auprès des peuplades
connues plus lard sous le nom d'Almoravides {Berbère* , n, 67 ; Be-
kri, 362).
(3) Ez-Z'àhu* mourut le 15 cha'bàu 427, à làge de 33 ans tlbn el-
Athir, ix, 304 ; Wiïstenfeld, p. 226).
(4) Les Z°nàta linirent pourtant par être complètement battus au
lieu dit El-Djefna, près de K'ayrawân (lbn el-Athir, p. 453; ce chro-
niqueur ne parle que de Tannée 427) t
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- 411 -
En 428 (24 octobre 1036), [P, 287] El-Mo'izz brisa la
résistance des Zenâta, qui s'enfuirent après avoir perdu
quantité des leurs.
En 429 (13 octobre 1037), l'armée d'El-Mo c izz marcha
de K'ayrawân contre le Zâb et fit un grand massacre de
Berbères Û).
En 430 (2 octobre 1038), l'abondance des vivres fut
grande en Ifrîk'iyya. Aboû c Imrân Fàsi, qui était de
retour d'Orient, mourut ( 2 ).
En 431 (22 septembre 1039), les troupes de Malaga
pénétrèrent dans. l'Ile de Djerba, qu'elles conquirent et
dont elles tuèrent un grand nombre d'habitants.
En 432 (10 septembre 1040), El-Mo c izz mit le siège
devant le fort de H'ammâd (K'al c at H'ammâd) et le
poursuivit pendant deux ans,, au bout desquels [El-Kâ'id
ben] H'ammâd fut réduit à se soumettre^).
En 433 (30 août 1041), El-Mo c izz proclama [la suzerai-
neté de] la dynastie Abbasside et reçut l'investiture d'El-
K'â'im bi-amr AU&hW.
Moh'ammed ben Mah'moûd ben es-Sekkâk, qui s'oc-
cupait des affaires de la mère d'Et-Mo f izz et qui par elle
gouvernait celui-ci, fut disgracié.
L'émir Nizâr ben el-Mo c izz rentra dans la capitale à
la ^suite de l'expédition qui avait eu pour résultat la
(1) Comparez les détails donnés par Ibn el-Athir, 1. 1.
(2) Moùsa ben 'Isa Fàsi était encore en vie en 440, à en croire Ibn
Khaldoùn, t. n, p. 67 ; mais on retrouve encore ailleurs sa mort fixée
à l'an 430 (ms 851 d'Alger, f. 28 ; ms 5032 de Paris, f. 135 v. ; Kart as,
texte, p. 74).
'(3) Voir Ibn el-Athir, p. 454 : Berb., n, 46.
(4) On assigne des dates diverses à cet événement, dont les consé-
quences furent si graves pour l'Afrique (Ibn el-Athir, l. I.),
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- 412 -
déroute des Zenàta, et Ibn Cheref lui récita son poème
qui débute ainsi :
[Kâmil] A l'Occident s'est levé le soleil de la religion
(Chems ed-Dîn) apportant bonheur, succès et domination.
En 436 (28 juillet 1041), mourut en Egypte El-Djer-
djerâ'i (*), à qui l'Obeydite El-H'àkim bi amr Allah avait,
à raison de quelque faute, fait subir l'amputation des
deux mains. L'opération ne l'indisposa pas autrement, et
l'on raconle que, s'étant aussitôt fait bander les moi-
gnons, il retourna à son bureau pour continuer son ser-
vice comme d'habitude ; et comme l'on s'étonnait, il
répondit avoir été puni par le khalife pour une faute
qu'il avait commise, mais non révoqué. Quand El H'âkirn
apprit la chose, il le confirma dans ses fonctions.
En 437 (18 juillet 1045), arrivèrent à K'ayrawân des
messagers par lesquels El-Mo c izz faisait savoir qu'il
avait infligé une défaite aux Lawàta, leur avait tué
beaucoup de monde et enlevé un riche butin. On battit
du tambour à cette occasion. Ibn Cheref s'exprime ainsi
au début d'une k'açida :
[Monsarih'] Reviens heureux, fortuné et victorieux, à la
tête de troupçs que Dieu couvre de sa protection et les mains
pleines de butin.
On édifia alors les murailles de Mançoùriyya. Un oura-
gan violent sévit en Ifrik'iyya*; la force en était telle qu il
brisa les arbres qui se trouvaient sur son passage.
En 438 (7 juillet 1046;, [P. 288] Nizâr ben el Mo c izz
(1) Le vizir Aboui-Kàsim 'Ali ben Ahmed Djerdjerâ'i (et non
Djordjàni, comme le porte le texte) ; voir Ibn el-Athhy index ; H. des
Berb., i, 31 ; Wïistenfe}d, 199, 2?4, etc.
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- 413 -
mourut au mois de redjeb, à l'âge de vingt-et un ans et
quelques mois. El-Mo e izz déclara alors héritier présomp-
tif son autre fils Aboû'l-K'âsim, qui avait à ce moment
huit mois et qu'il dénomma El- c Aziz billâh ; mais cet
enfant mourut à l'âge d'un an et trois mois.
En 439 (27 juin 1047), H aboûs ben H'amîd Çanhâdji,
gouverneur de Neft'a, fut disgracié et requis de verser
une somme considérable ; on l'abreuva de désagréments
et d'humiliations. Ahmed ben Haddjàdj, kâdi de Gafça,
fut également disgracié et s'empressa de verser dix mille
dinars; il s'abstenait (d'ailleurs; de tout acte de nature
à lui être reproché.
En 440 (15 juin lOlSjW, le prône cessa d'être dit au
nom du souverain d'Egypte, dont on brûla les étendards.
Ibn Cheref s'exprime ainsi: « El-Mo c izz ben Bâdis ordon-
na de faire les invocations dans les chaires d'Ifrîk'iyya
au nom des descendants d'El- c Abbâs ben c Abd el-Motta-
leb et de ne plus les faire au nom des Chiites Obeydites.
Le khafîb invoqua donc depuis lors les bénédictions du
ciel sur les quatre khalifes, sur El- f Abbâs et sur les
autres Dix( 2 ). » Voici comment cela arriva. A la suite du
départ des Obeydites pour l'Egypte, les princes Çan-
hâdja continuèrent, en Ifrik'iyya, de faire la khotba en
leur honneur et de prononcer leur nom du haut des
chaires. Gela dura jusqu'au moment où les habitants de
(1) On assigne aussi les dates de 435, 437 et 443 à cet événement ;
voir Annales, p. 454.
(2) Il s'agît des dix Compagnons» à qui le Prophète avait annoncé
qu'ils entreraient au paradis et dont Timâm, après la khotba du ven-
dredi, cite les noms à la suite de celui du Prince en appelant sur
eux les bénédictions célestes. Dans cette liste figurent ordinairement
Aboù Bekr. 'Omar, 'Othmân, 'Ali, Sa'd, Sa'id, T'alh'a, Ez-Zobeyr,
'Abd er-Rahmàn ben 4 Awf et Aboû 'Obeyda ben el-Djerràh\
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- 4tt -
K'ayrawân cessèrent d'assister à la prière du veti^redi
afin d'éviter de prier pour eux et parce qu'ils voyaient une
hérésie dans le fait de dire leurs noms au réappeMe la
prière. Certains allaient même à la mosquée pour dire
à voix basse: « Je rends témoignage, ô grand Dteu ! je
rends témoignage, ô grand Dieu ! » puis s'en allaient
dire à haute voix la prière de quatre (rek'a). A la fin,
aucun K'ayrawànien ne se rendait plus à la mosquée et
la prière se faisait sans fidèles. Quand cette situation eut
duré quelque temps, El-Mo c izz fit cesser l'invocation en
faveur des Obeydites et cette mesure excita une très
grande joie dans la ville.
Comment on arriva à maudire les Obeydites dans le prône.
Voici ce que dit Ibn Cheref : « Alors El-Mo c izz donna
Tordre de les maudire dans la khotba et de prononcer
leur déchéance. A la Fête des victimes, [P. 289] le kha-
tib, selon l'ordre qui lui avait été adressé d'injurier lès
Obeydites, parla ainsi; « O grand Dieu, maudis les
grands scélérats, les hérétiques menteurs, ennemis de
la religion, suppôts de Satan, adversaires de ta foi, vio-
lateurs de ton Traité, adhérents de ce qui n'est pas ta
voie, transformateurs de ton Livre. Grand Dieu ! maudis-
les énergiquement, livre-les à toutes les ignominies.
Grand Dieu ! notre seigneur Aboû Temim el-Mo c izz ben
Bâdis ben el-Mançoûr est celui qui établit ta religion,
qui soutient la loi traditionnelle de ton Prophète, q\ ;
élève le drapeau de tes amis; c'est lui qui, confirmant la
vérité de ton Livre, suivant ton ordre, écartant ceux qui
modifient la religion et suivent une voie autre que celii
des orthodoxes croyants, prononce les mots : O infidètî^)
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- 415 -
je m sers pas ce que vous servez (Koran, cix, 1 et 2). »
Telles furent les paroles qu'il prononça en omettant le
mot ^is et le reste (du texte koranique). Cet auteur
* ajoute que l'émir El-Mo r izz ordonna au khatîb de pronon-
cer dans la chaire de K'ayrawàn des injures plus violen-
tes, et alors le vendredi suivant le cœur des musulmans
fut soulagé par l'énergie plus grande des expressions
employées.
En 441 (4 juin 1049), l'émir se rendit (avec des troupes)
dans le Maghreb extrême après avoir confié K'ayrawàn
et Mançoûriyya à son fils Aboû't-T'âhir Temim ben el-
Mo c izz,
On construisit la moçalla de Mançoûriyya. On frappa
les dinars dits ioddjâriV).
El-Mo c izz fit une sortie à cheval, en grand costume et
en grande cérémonie, en dehors de K'ayrawân. On exhiba
aussi les bêtes féroces dont il se fit précéder ; mais il s'en
échappa une, ce qui provoqua la débandade de la foule,
où environ deux cents personnes tombant les unes sur
les autres périrent. Le fauve se jeta sur El-Kerâmi,
écrivain au Bâb el-Ghanem, et le tua.
Changement de la frappe des monnaies au nom des Obeydites.
Au rapport d'Ibn Cheref, dans le mois de cha'bàn de
cette année (comra. le 28 décembre 1049), El-Mo f izz fit
changer la frappe des monnaies. Sur une face, on grava :
Li celui qui [P. 290] désire une autre religion que Vlslâm
1 ) Ce passage parait être le seul connu où figure ce qualificatif du
n* (Sauvaire, Journ. As., 1880, f. 438).
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c-r ir t
— 416 -
ce culte ne sera pas reçu de lui, et il sera dans Vautre
monde parmi les malheureux (Kor an, m, 79); et sur l'au-
tre : « Il n'y a de Dieu qu'Allah; Moh'ammed est l'Envoyé
d'Allah. » Quantité de ces dinars furent frappés, et il fit
mettre à la fonte ceux qu'il avait entre les mains avec
des noms de princes Obeydites et qui représentaient des
sommes importantes ; puis il fit annoncer que la mon-
naie obeydite n'avait plus cours et que les noms de ces
princes cessaient de figurer sur tous les dinars et dir-
hems en circulation dans le territoire qu'il administrait.
La suppression de ces noms sur les drapeaux et éten-
dards était même antérieure. Les Obeydites avaient com-
mencé à frapper des monnaies à leur nom et à mettre
leur signe sur les drapeaux et dans les lîserages en 296
(29 septembre 908), et El-Mo c i-zz les supprima en 441
(4 juin 1049), c'est-à-dire que cela dura 145 ans.
En chawwâl (février- mars 1050), une proclamation
d'Aboû Temim défendit sous des peines sévères l'em-
. ploi des monnaies obeydites, ce qui rendit la situation
difficile pour les pauvres et les malheureux et provoqua
une hausse sur le prix des vivres à K'ayrawân. L'ancien
dinar en valait quatre (nouveaux) plus deux dirhems; le
change du dinar nouveau était de trente-cinq dirhems (*).
La disgrâce frappa le k'â'id c Abbâd ben Merwân, sur-
nommé Seyf el-Moulk, qui faisait partie des intimes du
prince : succombant sous les attaques de ses ennemis,
il dut livrer tous ses biens, on arrêta ceux qu'il avait
nommés dans les cantons qu'il gouvernait, puis on le
jeta daps un sombre souterrain où on le laissa mourir.
. (1) Ces deux passages relatifs à la monnaie ont été repreduifs par
Sauvaire, Journ. As., 1882, i, p. 296 et 120.
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^
- 417 -
On apprit à K'ayrawàn qu'El-Kâ'id H'ammâd* 1 ) étail
mort dans sa- forteresse. Ibn Cberef dit dans une kaçîda :
[Khafîf] Il n'y a que les troupes fortunées à qui ni muni-
tions ni nombre ne sont nécessaires.
En 442 (25 mai 1050) les K'ayrawâniens et lea Sous-
siens mirent fin à des brouilles qui avaient surgi entre
eux ; les premiers donnèrent aux seconds des festins où
on se lava les mains avec de l'eau de rose et où Ton
s'essuya avec des serviettes de fine toile rayée ( 2 ).
Aboû Temim désigna comme héritier présomptif son
fils AboûVrâhir. [P. 291] D'après Ibn Ctieref, le prédi-
cateur, dans le prône qu'il prononça le vendredi à la
grande mosquée de K'ayrawàn, invoqua la bénédiction
céleste sur El-Mo c izz ben Bàdis et sur son fils et héritier
présomptif AboiVt-Tàhir, puis ajouta : a grand Dieu,
mets ton serviteur et ami Aboû't-T ahir Témîm ben El-
Mo f izz et-T'âhir hors de portée de l'infidélité de Ma c add
ben ez-Z'âhir », c'est-à-dire du souverain d'Egypte.
En redjeb (novembre-décembre 1050), le juriste ascète
et moraliste [wâHz") Aboû c Abd Allah ben c Abd eç-Çamad
sortit de K'ayrawàn sous la garde de plusieurs hommes
qui se rendirent avec lui à Gabès, tandis que, la cara-
vane partant de K'ayrawàn pour l'Egypte, il avait ordre
de l'attendre à Gabès pour continuer avec elle. Mais le
gouverneur de cette dernière ville reçut une lettre aux
termes de laquelle il ne devait laisser pénétrer personne
(1) L'éditeur a fautivement supprimé le ben qui précède ce mot,
ainsi que le prouve 17/. des Berb. (n, 46), qiw place à l'année 446 la
mort de ce chef, tandis qu'ailleurs ou trouve 445 (Ibn el-Athir, p. 461 h
(2) En arabe cherb, mot dont le sens a été précisé par Karabacek,
ap. Fleischer, Kleinere Schriften, n, 573.
27
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.*FÇ**L
- 418 -
auprès de lui pour lui rendre visite ou le saluer, ni lui
permettre de quitter son logement avant le jour de son
départ de Gabès. Le juriste. partit donc peu rassuré,
et fut en effet tué en route. Il faisait des exhortations
morales qui attiraient le peuple autour de lui et qui
étaient écoutées (avec empressement), car il parlait bien
et était caustique ; aussi El-Mo c izz était-il sur ses gardes
vis-à-vis de lui. Or quelques fakirs da K'ayrawân étant
allés l'entendre recueillirent certaines paroles malson-
nantes à leurs oreilles et les dénoncèrent au prince, qui
ordonna en conséquence son exil et sa mort. Le père du
défunt était alors dans la grande mosquée de-Miçr à faire
des exhortations morales, et ce fut là qu'il apprit la mort
de son fils. Il se rendit en pèlerinage cette année-là, et
Ton dit qu'il criait en faisant la promenade circulaire
autour de la Ka c ba : « O Seigneur ! tu as El-Mo c izz à pu-
nir ; ô Seigneur ! punis Ibn Bàdis. « Cette invocation fut
la cause de la ruine du royaume de ce prince et de la
destruction de sa capitale K'ayrawân, car la déroute qui
le frappa se produisit le lendemain du jour où cette
prière fut adressée au ciel, et ce fut la l'origine de la
ruine de K'ayrawân. Personne ne douta que la prière
n'eût été exaucée.
En 443 (14 mai 1051), on revêtit à -K'ayrawân les vête-
ments noirs et Ton dit les prières au nom des A-bbasides.
En djomàda II (octobre-novembre 1051), dit Ibn Che-
ref, El-Mo f izz fit appeler des teinturiers et leur donna
des étoffes blanches provenant du fondouk des toiles
pour les teindre en noir, ce dont ils s'acquittèrent parfai-
tement ; [P. 292] des tailleurs les transformèrent ensuite
en vêtements, et tous les juristes et les kàdis appelés au
palais, ainsi que les prédicateurs de K'ayrawân et tous
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- 419 -
les muezzins s'en revêtirent. Tout ce monde alors descen -
dit, suivi par le sultan à cheval, et arriva à la grande
mosquée; le prédicateur monta en chaire et prononça
un prône où il fut fait des émirs un éloge aussi pompeux
de forme que sérieux de fond, puis la bénédiction divine
fut appelée sur la tête d'Aboû Dja e far c Abd Allah el-
K'âim bi-amr Allah TAbbaside, du sultan El-Mo c izz ben
Bâdis et enfin du fils et héritier présomptif de celui-ci ;
après quoi il prononça des injures et des malédictions
contre les Obevdites chiites.
Détails sur les Obeydites.
Voici comment parle Aboû r Abd Allah Moh'ammed
ben Sa c doûn ben c Ali< 1 ) dans son ouvrage où il présente
aux K'ayrawâniens ses condoléances à propos des épreu-
ves subies par eux à la suite des troubles et des vicissi-
tudes des temps : « Il y a, dit-il, un chapitre où je parle
des premiers fondateurs de cette fausse doctrine qu'ins-
tituèrent c Obeyd et ses enfants et des mobiles auxquels
ils obéirent; dans un autre, je parle de l'envoi qu'ils
(1) Cet auteur est traité de « dévot calomniateur » par de Goèjo
(Mémoires sur les Carmathes, Leide, 1886, p. 158). 11 est fort rare-
ment cité, mais j'ai retrouvé son nom dans un fragment manuscrit
intitulé <^_>bV^ cJ-^ d'un certain 'Abd Allah ben Mohammed ; il y
étant
titre qu'on retrouve un peu délayé dans les expressions de l'auteur
du Bayân (f. 84 v° de mon ms, qui est daté de 828 H.). Aboù 'Abd
Allah Mohammed ben Sa'doùn ben 'Ali K'nrawi était un juriste habile
qui étudia à K'àyrawàn, à la Mekke et en Egypte ; il écrivit divers
ouvrages de droit, s'occupa de commerce, parcourut l'Espagne et le
Maghreb et s'y livra à l'enseignement; il mourut à Aghmàt en 486
(ms 851 d'Alger, f. 31 v° ; cf. IbnFarhoûn, ms 5032 de Paris, f. 116 v).
est appelé le fakîh lbn Sa'doûn Kayrawàni et désigné comme et
l'auteur du ^U^-dLH ^Jojoo J.a\ ^1* ^jj^ U-> <^U^ft Jjb\ ^
tîfi*o m**r\n i.ûtnrkii va un nnn Hôlairô rlana Iac ovm>nccînna Ae* Pont
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- 420 -
firent partout de leurs cavaliers et de leurs missionnai-
res à l'effet de prêcher leurs doctrines ; un autre est con-
sacré à l'origine d ,<r Obeyd, à sa prétention controuvée
de descendre du Prophète et aux motifs pour lesquels il
devint rnaitre de tout le Maghreb. » Puis il continue
ainsi : a Le premier fondateur de la doctrine est le grand-
père d v Obeyd, c'est-à-dire le maudit c Abd Allah ben
Meymoim K'addâh' AhwâziO). A son père Meymoûn se
rattache la porlion des partisans d'Aboû'l-Khat't'àb* 2 )
connus sous le nom de Meymoûniyya. » Cet auteur parle
aussi des théories d ,c Abd Allah, « qui se prétendait pro-
phète et qui se cacha pour échapper à la mort qui le
menaçait ; il s'enfuit ensuite et erra de côté et d'autre,
toujours cachant son nom et sa croyance, de crainte
d'être mis à mort. Il finit par mourir en Syrie de la plus
vilaine maladie, et l'on fut débarrassé de lui. Un certain
nombre de ses compagnons furent pris et massacrés
tous ». A propos de leurs missionnaires et de ce qui leur
arriva à eux et à ceux qu'ils séduisirent, il dit qu'a il y en
eut notamment deux, dont l'un était En-Neddjàr Koûnvi,
qui, partis de Syrie, conquirent le Yémen; mais Dieu
frappa [P. 293] l'autre d'un ulcère qui lit tomber son corps
en lambeaux et fut cause de sa mort. Il laissa un fils qui
écrivait à ses adhérents a de la part du fils du Maitre des
mondes ». Ibn K'oçeyr, qui marcha contre lui, put, grâce
à Dieu, le vaincre et le tuer ; puis il pénétra dans la ville
de cet hérétique, la pilla et en réduisit les femmes et les
enfants en esclavage. Quant à Koiïmi, Dieu le frappa
d'une maladie interne: les intestins lui sortaient par
(1) Cf. Annales, p. 272 ; ci-dessus, p. 219.
(2) C'est-à-dire Mohammed ben Aboù Zeyneb {Annales, p. 277;
Dwses, intr., pp. 49 et 79ï.
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- 421 -
l'anus, et il finit par en mourir ». Cet auteur rapporte qu'il
y avait nombre (de ces missionnaires) aussi bien en Sy-
rie que dans le -Bahreyn. Il continue : « Le promoteur de
cette .infidélité fut c Abd Allah ben Meymoûn el-K'addàh',
qui avait été le compagnon de K'armat'Wet avait écouté
l'appel que lui avait adressé celui-ci, d'embrasser sa
doctrine. Le mépris qu'ils témoignaient pour la religion
vint à la connaissance de tout le monde, et l'on raconte
une foule de choses à ce propos. L'un de ceux qui pn>
duisirent au grand jour et publièrent cette doctrine fut
Aboû c Obeyd Djennâbi< 2 ) lors de la conquête qu'il fit du
Bah'reyn : il dispensa ses adhérents de l'observation de
toutes les règles divines, permit ouvertement la forni-
cation, la sodomie, le mensonge et l'usage du vin, et
cessa la récitation de la prière. Ainsi agit aussi Içba-
hàni : il défendit aux pages (gholmân) de résister à ceux
qui pourraient avoir envie d'eux, et établit comme règle
la peine de mort infligée à celui qui ne se laisserait pas
faire. Il y avait une nuit, appelée imâmienne, où ses pro-
pres femmes et celles de ses adhérents étaient confon-
dues, et le nom ^enfant des frères était donné à celui
qui était conçu dans cette orgie.
L'Obeydite d'Egypte El-H'âkim prétendit être Dieu
et chargea un homme qu'il appela hâdi (directeur) d'in-
viter le peuple à adopter cette croyance; un autre Obey-
dite, Ma'add, se prétendit prophète et fit crier du haut
du minaret de la grande mosquée de K'ayrawân : « Je
(1) H'amdàn ben Àeh'ath, surnommé Karmat (Ibn el-Athir, vu,
311 ; Religion des Druzes, inlr., p. xx et clxix).
(2) Il faut lire Àboii Sa'id el-Hasan ben Behram Djennàbi ; ce per-
sonnage établit son autorité dans le Bahreyn' en 285 (Ibn el-Athir,
vu, 240 *, de Sacy, Religion des Druzes, intr f , p. xxi et ccxi, etc.).
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-*-?
~ 422 -
témoigne que Ma c add est l'Envoyé d'Allah. » Cela jeta le
trouble chez les habitants, qui furent terrifiés, et il dut
les faire tranquilliser par ses agents. Mais les mission-
naires qu'on envoyait au dehors avaient ordre de faire
montre d'islamisme et de bonnes œuvres jusqu'au mo-
ment où ils étaient assez forts pour agir à leur guise.
c Obeyd Allah, qui se fit appeler Mahdi, avait Sa c id
comme nom véritable, mais il prit celui d' c Obeyd Allah
pour cacher, vu les recherches dont il était l'objet, ses
relations^ avec El-H'oseyn ben Ah'med ben Moh'am-
medW. Ce Moh'ammed [P. 294] avait un fils surnommé
AboûVSela f la c ( 2 ) ben c Abd Allah ben Meymoûn K'ad-
dàh', qui envoya au Maghreb, en qualité de missionnai-
res, deux frères, lesquels s'installèrent dans la tribu des
Kotâma pour y prêcher leur doctrine. L'un, H'oseyn,
avait pour prénom Aboû c Abd Allah Chi c i et on l'appela
l'instituteur (mo c allim), et l'autre, Aboû'l- c Abbâs, fut
surnommé le censeur (moh'tesib)( 3 ). Nous avons déjà
parlé de l'un et de l'autre. Tous les deux, s'affublant d'un
masque de piété et de réserve, arrivèrent, à l'aide du
mensonge et de la tromperie, à conquérir les diverses
(1) C'est là le nom d'Aboù 'Abd Allah Chi'i (voir lbn el-Athir,
p. 280, et la note 3 ; Druzes, intt*., p. 453), et j'ai interprété en consé-
quence. Si cependant notre texte est correct, ce qu'il dit ensuite de
Moh'ammed et de ses fils ne parait pas concorder avec ce qu'on trouve
ailleurs au sujet de généalogies d'ailleurs confuses {Religion des
DruseSy intr., pp. 252, 257 et 453 -, lbn el-Athir, L l. ; de Goeje, Mém.
sur les Carmathes du Bahraïn> notamment p. 158).
(2) Ordinairement orthographié Aboù'ch-Chelaghlagh, ainsi que
l'a fait encore de Goeje, 1. 1. p. 20.
(3) D'après un autre dire, c'est Aboù 'Abd Allah qui aurait été
appelé moh'iesib à raison des fonctions de lieutenant de police qu'il
aurait remplies à Baçra {Berbères, h, 509 ; Djouweyni, ap. Defrémery,
Ismaéliens de la Perse, p» 35).
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- 423 -
régions d'Ifrik'iyya. Aboû f Abd Allah se rendit à Sidjil-
massa, où il tira c Obeyd de la prison où celui-ci était
renfermé et lui remit alors l'exercice du pouvoir; il fut
peu de temps après tué par les fils de son frère (*).
A son arrivée à RakVâda, ce maudit c Obeyd Allah fit
enlever par ses agents à K'ayrawân Aboû Ish'àk Ibra-
him ben Moh'ammed, connu sous le nom d'Ibn el-Ber-
dhoûn, ainsi qu'Ibn Hodheyl. Quand ces deux hommes,
savants humblement soumis à Dieu, lui furent amenés,
il était assis sur son trône ayant à sa droite Aboû c Abd
Allah Chi e i, à qui il devait sa royauté, et à sa gauche
Aboû'l-'Abbàs, frère du précédent. Les deux frères leur
dirent simultanément: « Rendez témoignage que celui
devant qui vous êtes est l'Envoyé d'Allah ! » Les deux
savants répondirent simultanément et dans les mêmes
termes : « J'en atteste Allah, qui est le Dieu unique,
quand cet homme viendrait à nous avec le soleil à sa
gauche et la lune à sa droite, et que ces deux astres
pussent parler et dire de lui qu'il est l'Envoyé d'Allah,
nous autres nous ne le dirions pas ! » *Obeyd Allah les fit
égorger et attacher aux queues des chevaux, puis couper
en morceaux dans la grande rue de' K'ayrawân G).
Aboû c Abd Allah Chi c i dit un jour au savant Aboû
"Othmàn Sa c id ben el H'addàd : « Le Koran enseigne que
Mahomet n'est pas le sceau des prophètes ( 3 >, car des
mots « l'Envoyé d'Allah et le sceau des prophètes »
(Koran, xxxiit, 40), il résulte que « le sceau des prophè-
(1) 11 faut probablement lire : « peu de temps après il fut tué, ainsi
que son frère » (Ilm el-Athir, p. 305; suprà, p. 227).
(2) A la page 212 on trouve une autre version de la mort de ces
savants.
13) C'est-à-dire le dernier des prophètes, celui qui en clôt la série.
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- 424 -
tes » est différent de « l'Envoyé d'Allah. » Aboû c Othmàn
répondit : « Cet et n'indique pas une proposition nou-
velle, mais est simplement conjonctif, comme dans cet
autre passage (Koran, lui, 3) : « [P. 295] Il est le premier
et le dernier, le manifeste et le caché. » Il lui dit une
autre fois : « Dieu enseigne que les Compagnons de Ma-
homet apostasieront, (car il est dit) « Est-ce que, s'il
meurt ou qu'il soit tué, vous retournerez sur vos pas ? »
(Koran, m, 138). — C'est là une phrase d'interrogation
dubitative, lui répondit Aboû Othmân, comme ailleurs
(Koran, xxi, 35) : « Et si tu meurs, sont-ils donc éter-
nels? ».
Devenu maitre du pouvoir, c Obeyd Allah fit égorger
le missionnaire Aboû c Abd Allah et son frère, de sorte
que Dieu tira d'eux vengeance par la main même de
celui pour qui ils avaient travaillé et commis des mas-
sacres, de celui qu'ils avaient réussi à tirer de prison et
à placer sur un trône. Ils ne restèrent avec lui qu'un an
ou environ après la réussite de leurs efforts. Dieu per-
mit ensuite à c Obeyd Allah de faire sentir sa force aux
chefs Kotâma dont les services l'avaient mis en mesure
d'arriver au souverain pouvoir, et il les mit tous à mort.
Ses descendants continuèrent de régner pendant envi-
ron trois siècles depuis la péninsule de Ceuta jusqu'à la
noble ville de la Mekke, car ses gouverneurs arrivaient
jusqu'à la pointe de Ceuta, de manière à apercevoir
[seulement] cette ville, puis ils repartaient. C'est là une
preuve de la faiblesse du monde et de son peu de valeur
aux yeux de Dieu, puisqu'il a permis à ces impies per-
vers d'infliger de terribles châtiments aux amis de Dieu;
mais le grand rendez-vous sera la résurrection et Dieu
sera le juge !
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-jT»;
- 425 -
Sous le règne d' c Obeyd Allah, un cheykh avec ses che-
vaux se mit en voyage et il s'installa, pour passer la nuit,
dans une mosquée avec ses bêtes: « Comment, dit-on
aux voyageurs, pouvez-vous mettre vos chevaux dans la
mosquée ? — Leurs excréments et leur urine sont purs,
dirent-ils, puisque ce sont les chevaux du Mahdi. — Ce
qui sort [du corps] du Mahdi, repartit le gardien du
temple, n'est pas pur ; comment ce qui sort de ses che-
vaux le serait-il ? » Alors, l'accusant d'avoir médit du
Mahdi, ils s'emparèrent de lui et le. menèrent au prince
qui l'envoya exécuter au dehors, un soir (veille de) ven-
dredi; mais cet homme, près de mourir, lança une
malédiction que Dieu exauça, car il frappa son meur-
trier d'une vilaine maladie, dite des vers cucurbitains
(tœnia): des vers semblables à des grains de courge,
pénétrant dans son corps par l'anus, lui dévoraient les
intestins et les parties avoisinantes. On lui apportait de
grosses queues de mouton qu'il s'introduisait dans l'anus
[P. 296] pour donner aux vers de quoi manger, et ainsi
se procurer à lui-même un peu de soulagement ; quand
on enlevait une queue, elle était entièrement dépouillée
et on la remplaçait par une autre ; mais les vers, conti-
nuant leur travail destructeur, finirent par lui dévorer
les parties génitales, et il mourut. On apporta son cada-
vre à Ibn Ahyad(?)Ghassâni, excellent lecteur du Koran,
pour qu'il récitât le saint Livre, tandis que les fils
d' c Obeyd rangés autour du cadavre pleuraient. 11 a
raconté lui-même ceci : « El-BaghdàdK 1 ) m'ayant dit de
commencer ma récitation, je cherchai ce que j'allais
(1) Deux fonctionnaires désignés par cet ethnique ont été men-
tionnés pp. 220 et 225.
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— 426 -
dire, et il ne me revint à la mémoire que les mots « //
viendra avec son peuple au jour de la résurrection
et il le fera descendre dans le feu, etc. » ( Koran, xi, 100).
Je cherchais vainement autre chose, de sorte que je
répétai ces mots plusieurs fois ; mais alors la peur me
prit que, cessant leurs pleurs, ils ne remarquassent ce
que je disais et ne m'envoyassent à la mort, et je m'es-
quivai. » On raconte encore que la Pierre noire fut en-
voyée à c Obeyd, à Mehdiyya, par le maudit Djennâbi et
qu'au bout de peu de jours le prince mourut dans les
conditions que nous avons dites. Quand son cadavre fut
inhumé, la terre le rejeta ; on le replaça, mais il fut ainsi
rejeté par trois fois. On dit à son fils AboiVl-K'àsim que
la cause en était la dite Pierre, et on lui conseilla de la
renvoyer où elle était. Il le fit, et le cadavre d ,<r Obeyd ne
bougea plus de sa tombe W.
Sou fils Aboû'l-K'àsim, qui lui succéda, fut toujours
plongé dans la tristesse et le souci. Dieu suscita contre
lui Aboû Yezid Makhled ben Keydàd, dont la rébellion
fut couronnée de succès et qui massacra ses troupes,
car, ainsi que nous l'avons dit, l'insurgé était soutenu
par les musulmans (orthodoxes). Un vendredi, l'imâm,
qui était Aboû Ibrahim Ah'med ben Mohammed ben
Aboû'l-Welid, monta en chaire et prononça un prône
éloquent pour pousser le peuple à faire la guerre sainte
aux Chi c iles: » grand Dieu! dit-il, ce Karmate impie
appelé e Obeyd Allah prétend à la divinité, niant tes bien-
(1) La mise à sac de la Mekke et l'enlèvement de la Pierre noire
sont de 317 ou de « l'année de Djennàbi », du nom du Karmate Aboû
Tàhir qui en fut l'auteur. Mais ce qui est dit ici de la participation"
d"Obeyd Allah est ou douteux ou faux (de Goeje, Carmathes, 104 et
s., et 158 ; cf. Druzes y intr., ccxvm).
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- 427 -
faits et refusant d'admettre que c'est toi qui es Dieu ;
Seigneur, secours-nous contre lui, délivre-nous de lui et
de sa dynastie, prècipile-le dans les flammes de la gé-
henne, ce qui est une funeste issueM, après avoir fait de
lui [P. 297] un exemple terrestre pour ceux qui s'enquiè-
rent et un sujet de conversation pour ceux qui viendront
après nous. Anéantis sa secte, ô grand Dieu, et livre-la
à la dissension ! » AboCfl-K'àsim mourut fatigué et le
cœur brisé.
Ismà c il, son fils et successeur , feignit d'abord de bien
traiter le peuple ; mais quand son autorité fut consolidée
et sa force bien établie, il voulut se venger des musul-
mans à raison de la guerre qu'ils avaient laite à lui et à
son père Aboû'l-K'âsim. Mais Dieu s'interposa entre lui
et son désir, et exauça les malédictions des fidèles en le
faisant périr de soif.
Son fils et successeur Ma e add se donna pour prophète,
ce qu'il fît proclamer par le muezzin du haut du minaret à
K'ayrawân ; mais cela ayant excité les clameurs des fidè-
les, il eut peur et envoya ses agents tranquilliser le peu-
ple. Gela dura ainsi jusqu'à ce qu'il partit pour l'Egypte,
où il introduisit l'inique et l'illicite. Dieu l'affligea d'hy-
dropisie: quand on était assis à sa tête, on ne lui voyait
pas les pieds, ses yeux coulaient et ses dents tombèrent,
Dieu voulant faire de lui un exemple. Il mourut ensuite.
Il eut pour successeur Aboù'l-Mançoûr Nizâr, sous le
règne de qui furent prononcées les injures que l'on sait
contre les Compagnons du Prophète. Cependant et si vil
que fût le milieu auquel il appartenait, il eut la délicate
(1) Allusion au Koran (iv, 115) : « Je le précipiterai dans la géhenne,
ce qui est une funeste issue. »
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- 428 -
attention d'appeler à lui les savants de K'ayrawàn. Mais
il eut alors à s'occuper des affaires de Syrie, pays pour
lequel il dut partir; il mourut à Es-SebrW dans les latri-
nes des bains.
El-H'âkim, qui lui succéda, mit ouvertement en pra-
tique la plupart de leurs croyances (*). Il fit entre autres
choses élever une maison avec portes et cellules, munie
de chaînes, et de menottes, et qu'il appela géhenne, de
sorte qu'il faisait, comme il disait « mettre en géhenne »
ceux de son entourage qui avaient commis quelque faute.
Il fit inscrire dans les rues et les mosquées des paroles
injurieuses contre tous les Compagnons, puis il envoya
un missionnaire à la Mekke; mais celui-ci étant monté
en chaire et ayant parlé dans le sens qu'on peut croire,
fut assailli par les Benoû H'odheyl en masse, qui le
mirent en pièces, brisèrent et émiettèrent la chaire. Il
envoya ensuite un Khoràsânien de ses cousins, qui donna
des coups de bâton sur la Pierre noire et qui fut égale-
ment massacré sur place ; son cadavre fut déchiqueté,
[P. 298] puis brûlé. Il envoya à Médine des émissaires
pour fouiller le tombeau du Prophète ; mais à la suite
du cri qui fut poussé « on fouille le saint tombeau », la
population rechercha et saisit le coupable, qui fut mis à
mort avec^ ses complices* 3 ). Il prétendit ensuite à la
divinité, déclara qu'il n'y avait d'autre Dieu que lui; il
chargea un missionnaire qu'il appela Mahdi et dont le
(1) On fait ordinairement mourir ce prince à Bilbeys. Es-Sebr n'est
d'ailleurs pas connu.
(2) Sur ce prince voir la Chrest. de Sacy, i, 93 ; u, 191 ; Eaposé
de la religion des Dr uses, et ci-dessus, etc.
(3) Ce sacrilège fut commis en 400 et est raconté de deux manières
différentes {Druzes, intr., p. 344).
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#T>
- 429 -
nom était H'amzaW, d'appeler la population à l'adorer,
lui Hâkim. En 410 (8 mai 1019), H'amza rédigea la lettre
[bien connue] qui fut lue au peuple, en présence d'El-
H'âkim, et où il était dit — combien la gloire divine est
au-dessus des efforts de ses détracteurs I — : « Louanges
à notre seigneur El-rTàkim seul ! En ton nom, ô Dieu
El-H'âkim qui établis le droit ! » Continuant sur ce ton, il
disait: «Je me repose en mon Dieu le Prince des croyants,
dont le nom soit exalté ! et c'est à lui que nous deman-
dons secours en toutes choses. » Il poursuivait cette
confusion dans le reste de la lettre, voyant en lui tantôt
le Prince des croyants et tantôt la Divinité elle-même.
On y trouvait également ceci : « Il m'a commandé d'abo-
lir ce qui, dans les anciennes religions et dans les codes
religieux effacés, ne doit plus être cru par vous », et d'au-
tres choses trop longues à dire* 2 ). Il avait lait dresser
au-dessus du palais un étendard rouge auprès duquel se
rassembla une foule qui a été évaluée à quinze mille
hommes; alors un Turc tua H'amza, et El-H'àkim fei-
gnit que ce meurtre de son secrétaire avait eu lieu par
son ordre W. Il allait très souvent la nuit monté sur un
àne au Djebel Mok'at't'arn, et c'est dans une de ces pro-
menades qu'il fut tué lui et son âneW.
Après lui régna c Ali, surnommé Ez-Z'âhir, qui était
(1) H'amza ben 'Ali ben Ahmed, véritable fondateur du système
religieux des Druzes, est ailleurs appelé Hâdi, directeur {Druzes,
intr , p. 387 et 432; ci-dessus, p. 421) ; le texte doit probablement être
ici corrigé. On peut voir aussi le récit de Djemàl ed-Din ap. Wusten-
feld, 205.
(2) Cette lettre ne parait pas être comprise dans les pièces druzes
analysées par de Sacy (Druzes, intr., 466 et s.).
(3) Je n'ai pu retrouver nulle part de mention de cette affaire.
(4) Le récit des circonstances où il périt est donné tout au long
dans les Druzes, 406 et s.
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- 430 —_
entièrement adonné à la boisson. Il portait des vête-
ments féminins, et les hommes, quand ils le voyaient
marcher dans un groupe de femmes, le prenaient pour
Tune d'elles. Frappé d'hydropisie, il devint comme un
véritable ballot et mourut W.
Son successeur Ma'add, surnommé El-Mostançir, tan-
tôt ordonnait et tantôt défendait d'injurier [les Campa-
gnons du Prophète], Rattachant dans ce dernier cas à
tranquilliser le peuple. Quand il marchait avec ses
troupes, il se faisait précéder de joueurs de flûte et
d'hommes qui récitaient des vers. On raconte qu'il
envoya un émissaire écrire sur les voiles de la Ka c ba,
par une nuit obscure, des injures à l'adresse des Com-
pagnons ; l'émoi fut grand le lendemain matin quand les
fidèles les découvrirent, et cela leur fit verser d'abon-
dantes larmes. Ce fut, dit Ibn Sa c doùn, leur principe
fondamental d'afficher des idées religieuses et de [faire]
le bien jusqu'au jour où ils devenaient les plus forts. »
C'est ici que j'arrête les faits que j'ai extraits [P. 299]
de l'ouvrage d'Ibn Sa c doûn.
D'après Ibn el-Kat't'ân, les Obeydiles sont un groupe
râfid'ite et font remonter leur origine à c Ali ; mais la
plupart de leurs croyances sont impies.
A El-Mostançir ben ez-Z'ûhir succéda [en 487] son fils
El-Mosta f li, dont l'administration, mais non la religion,
fut moins ambiguë que celle de ses prédécesseurs.
Après sa mort et quand [postérieurement] son vizir El-
Afd'al eut été mis à mort( 2 ), toute l'autorité fut exercée
(1) Il mourut de la peste en 427, d'après Wustenfeld, p. 226.
(2) C'est El-Amir qui fit massacrer, à la fin de ramadan 515, le vizir
El-Afd'al ben Bedr el-Djemàli, émir el-djoyoûch (Ibn el-Athîr, x,416;
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-.^v .
- 431 -
par son fils El-Amir bi-h'okm Allah 0), qui était entêté,
tyrannique, injuste et violent. On vit souvent alors les
prétentions injustifiées l'emporter, l'oppresseur soutenu
contre l'opprimé et recevant de l'aide dans ses méfaits.
Le prince avait pris pour satisfaire à ses honteuses
passions deux jeunes gens du plus joli visage, et à cha-
cun desquels il donnait quotidiennement mille dinars.
Il organisait des fêtes au cours desquelles on pouvait
faire toutes les choses interdites, et un bon croyant
devait bon gré mal gré voir de ses yeux transformer
Tillicite en licite.
Après lui régna c Abd el-Medjid, surnommé El-H'âtiz'
li-dm Allah ben el-Mostançir, à qui il fut prêté serment
le jour du meurtre d'El-Amir [en 524], et dont le nom fut
prononcé au prône. Son vizir fut Aboû c Ali Ah'med ben
El-Afd'al [ben Bedr el-Djemâli] émir el-djoyoûch\ mais
Aboû c Ali exerça ensuite le pouvoir par lui-même.
Dans la période qui s'écoula de 526 à 532 (fin 1131 à 1137),
il fut commis d'infâmes trahisons et des faits honteux,
par exemple, le meurtre d'El-Amir, les troubles occa-
sionnés par son meurtrier H'irz el-Moloûk( 2 ), le meuftre
de celui-ci, l'exercice du pouvoir par Ibn el-Afd'al et sa
Wustenfeld, p. 289 ; Defrémery, Rech. sur les Ismaéliens, dans le
J. As., 1854, i, 403).
(1) On dit ordinairement El-Amir hi-ahkâm Allah.
(2) Au lieu de jjr^JltJlj -a» lecture qu'on retrouve encore plus
loin, on lit dans Makrizi (Khitat, éd. de Boulak, i, 357 ; n, 17 et 291)
^)UJ\ AjJb ou ii^UJVj^ib qui est le nom d'un des deux mam-
louks qui portèrent * Abd el-Medjid au trône après le meurtre d'El-
Amir par des Nizâriyya, meurtre qui est du 4 (ou du 14) dhoûM-
kada 524 (ib. n. 182 et 291; lbn el-Athir, x, 467; Defrémery, Mëm.
d'hist. or. y p. 240, et Nouvelles recherches sur les Tsm., p. 43 ; Wus-
tenfeld, Fatim., 298).
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-*. \?&*%iï
- 432 -
miseit mort, la reprise de l'autorité par c Abd el-Medjid,
les difficultés qu'il eut avec Yànis et comment il se
débarrassa de lui en allant le voir pendant sa maladie (*>,
l'exercice du pouvoir par H'asanŒ ben'Abd el Medjid,
la révolte qui éclata contre ce dernier et son suicide
par le poison, enfin, le retour d' c Abd el-Medjid au
pouvoir.
Reprenons maintenant la suite de notre récit. En 443
(14 mai 1Ô51J, la nouvelle arriva que Moh'ammed ben
Dja'far KoûmK 3 ) était nommé [P. 300] kâdi en Egypte et
avait reçu les surnoms honorifiques de grand kâdi et
de grand missionnaire : « Dieu nous préserve, dit Ibn
Cheref, du châtiment final, car ainsi le kâdi du peuple
[orthodoxe] était l'un d'eux et suivait leur foi », c'est-à-
dire celle des Chi c ites.
On reçut à K'ayrawân une lettre par laquelle l'émir de
Barka, Djebbâra ben Mokhlâr f Arabi, annonçait sa sou-
mission à El-Mo c izz ben Bâdis; il ajoutait que lui et les
habitants de celle ville avaient livré aux flammes les
(1) Le texte me parait corrompu et je ne peux, en dehors de la
correction ï>^*4 le reconstituer. Ma traduction des brèves allusions
de notre texte repose sur le récit de Makrizi (Khitat, n, 16 et 17) :
Yànis, devenu vizir du khalife, eut dos diflicultés avec le prince,
qui lui fit administrer par son médecin un poison dont les effets se
portaient sur les intestins, puis sur le conseil de ce médecin il rendit
visite à son ministre, qui se leva pour le recevoir, et par ce mouve-
ment ainsi que par son attitude debout provoqua la chute de ses
intestins.
(2) Le texte porte « Hoseyn », que j'ai corrigé d'après lbn el-Athir
et Makrizi. Ce prince ne se suicida pas, mais fut empoisonné, ainsi
que le racontent ces auteurs. Voir d'ailleurs Wûstenfeld, p. 306.
(3) Dans la liste que donne Soyouti (ap. Wûstenfeld, 252) des vizirs
et des grands kàdis de cette époque, en Egypte, on ne trouve un ■
Moh'ammed ben Dja'far Maghribi, le même sans doute que notre
personnage, que parmi les vizirs.
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- 433 -
chaires d'où Ton avait prié pour les Obeydites ainsi que
leurs drapeaux, qu'ils s'étaient soustraits à leur autorité
en les faisant maudire du haut de la chaire et faisant la
prière au nom de TAbbaside El-K'à'im bi-amr Allah.
C'est alors que commencèrent les troubles d'Ifrik'iyya.
Grands troubles qui aboutissent à la ruine de K'ayrawân.
Quand, dit Ibn Cheref (*), on en vint à maudire publique-
ment les Obeydites du haut de la chaire et qu'El-Mo c izz
ben Bâdis eut donné Tordre de massacrer leurs adhé-
rents, les Obeydites permirent aux Arabes de franchir le
Nil [et de passer en Ifrik'iyya], ce qui leur avait été
interdit jusque-là d'une manière absolue. On donna un
dinar à chacun de ceux qui le passaient, et quantité le
firent sans y être nullement contraints, car le. prince
savait que toute recommandation était inutile. Les Ara-
bes passaient par troupes entières et 'allèrent. s'établir
dans la région de Barka. Cette, situation durait depuis
quelque temps quand Mounis ben Yah'ya Riyâh'i alla
trouver El-Mo c izz, qui était dégoûté de ses frères les
Çanhâdja, et qui, poussé par une haine secrète, voulait
leur substituer d'autres guerriers, bien qu'il n'en eût
rien laissé transparaître^). Il vit avec plaisir l'installa-
tion auprès de lui de Mounis, personnage d'importance
chez les siens, brave et intelligent, et le consulta sur le
(1) Cet auteur, déjà cité, ne peut être que l'Aboù 'Abd Allah ben
Cheref (Mohammed ben Aboû Sa'id ben Ahmed Djodhàmi) des mss
2327 de Paris, f° 43 v°, et 3331, f° 34.
(2) Sur l'invasion de l'Afrique par les Arabes, voir 17/. des Berbè-
res, i, 30; n, 21 ; Ibn el-Athir, p. 456; Tidjàni, Journ. As., 1852, H, 88,
etc. Les faits ne sont pas exposés partout de la même manière.
2*
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tywm&v
- m -
projet de composer son djond des Riyâhides ses cousins.
Mais Mounis le lui déconseilla, lui représentant combien
ils étaient peu unis entre eux et indisciplinés. Néan-
moins El -Mo'izz insista et finit par lui dire: « Tu veux
rester seul par jalousie contre ta tribu. » Mounis alors
se décida à aller trouver ses contribules, non sans avoir
renouvelé ses avertissements et pris à témoin plusieurs
conseillers du prince. Quand il les eut rejoints, il leur
fit savoir par proclamation [P. 301] qu'ils eussent à se
réunir autour de lui; ses promesses excitèrent leurs
convoitises, et il leur dépeignit d'ailleurs la grandeur
d'âme du prince et les bienfaits qui les attendaient, puis
il partit à. la tête d'une petite troupe qui ne connaissait
aucune des jouissances de la vie et n'avait jamais vu de
centre habité. A la première bourgade que ces gens ren-
contrèrent, ils se crièrent les uns aux autres que c'était
là K'ayrawân, et ils la livrèrent aussitôt au pillage.
Cette affaire connue à K'ayrawân fit une vive impres-
sion sur El-Mo c izz, qui dit que c'était un coup monté par
Mounis pour prouver la vérité de ses dires et montrer
que ses avertissements étaient fondés, et qui en consé-
quence fit arrêter ses femmes et ses enfants et apposer
les scellés sur sa demeure en attendant de savoir exacte-
ment son rôle en cette affaire. La connaissance du trai-
tement infligé à ses femmes et à ses enfants fut une très
pénible épreuve pour Mounis, qui s'écria : « C'est moi
qui ai donné le premier avertissement et sur qui ensuite
l'on retombe, que l'on rend responsable de la faute ! »
Il se montra dès lors le plus acharné de tous à faire du
mal, et c'était lui d'ailleurs qui connaissait le mieux les
points faibles de K'ayrawân. Le sultan leur envoya alors
des juristes porteurs de lettres où il leur adressait des
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- 435 —
recommandations et leur proposait des conditions, en
les informant en outre qu'il avait fait renvoyer les fem-
mes de Mounis; il fut conclu des conventions et dressé
des actes authentiques relatant leur soumission. Les
Arabes en conséquence envoyèrent (à K'ayrawân) cer-
tains de leurs cheykhs ; mais ensuite ils violèrent leurs
conventions avec le sultan et semèrent la dévastation
partout.
Faite d'El-Mo'izz ben Bâdis devant les Arabe».
Ce fut lors de la Fête des victimes de cette année (U
qu'eut lieu le terrible événement et l'affaire irréparable.
Le sultan, célébrant la fête le lundi, partit le matin du
dit jour pour une bourgade connue sous le nom de Benoû
Hilàl. Comme au milieu du jour il apprit que la bande
des Arabes s'approchait au complet, il donna l'ordre de
camper dans une région difficile et coupée de ruisseaux ;
ce mouvement n'était pas terminé que tous les Arabes
fondirent sur eux comme un seul homme. Bien que son
armée se débandât, El-Mo c izz résista jusqu'à ce que les
lances des Arabes fussent près de le frapper, et quantité
d'esclaves de sa garde noire sacrifièrent leur vie pour
lui; quant aux Benoû Mennâd, aux Çanhâdja et aux
autres Berbères, [Pi 302] tous s'enfuirent. Les Arabes
mirent leurs tentes au pillage et occupèrent le camp d'Kl-
Mo c izz, où ils trouvèrent en or, argent, marchandises,
*, (1) C'est-à-dire de l'année 444, ainsi que le dit TidjAni en termes
exprès, autrement dit le 1 er avril 1053. La date du 24 avril 1051 (trad.
d'ibn el-Athîr, p. 459) est une erreur de concordance provenant
de ce que ce chroniqueur parle de la bataille de Hayderàn sous
l'année 44^.
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-vrçqtj&rf
- m -
meubles, chaussures et affaires de toute sorte des quan-
tités dont Dieu seul sait l'importance : il y avait plus de
dix mille tentes et objets analogues, environ quinze mille
chameaux et plus de mulets qu'on ne saurait dire, si
bien qu'il ne resta à chacun des hommes du djond rien,
ou à peu près, qui eût quelque valeur. La plupart arri-
vèrent -à la montagne de H'ayderànf 1 ), et s'y dispersèrent
tout d'abord pour ensuite se chercher les uns les autres.
Les K'ayrawâniens, qui ne savaient rien, attendaient
tout parés quand, le surlendemain de la fête, arrivèrent
avec Ibn el-Bawwâb deux cavaliers accablés de tris-
tesse, la tête perdue et dans un état qui rendait toute
question inutile. On s'enquit du sultan, que Ton apprit
être sain et sauf et qu'on vit presque aussitôt arriver à
son palais avec son fils; après lui arrivèrent ses soldats,
isolés ou par groupes, mais beaucoup ne le rejoignirent
pas ; on sut ce qu'étaient devenus les uns, on n'eut pas
de nouvelles des autres, mais on apprit que les Arabes
avaient fait de nombreux prisonniers, Çanhàdja et
autres. Selon Ibn Cheref, il y eut quatre-vingt mille
cavaliers mis en déroute et un nombre proportionné de
fantassins. Les Arabes avaient trois mille cavaliers et
la quantité correspondante de fantassins. e Ali ben Rizk',
dans une kaçîda commençant par :
" [T'awil] L'image d'Omeyma est venue me visiter au milieu
de la nuit, alors que les pieds des montures avançaient d'un
pas rapide, — ,
dit à ce propos :
(1) Ce nom, que je retrouve pas sur la carte, est aussi écrit Djen-
derân et Djendar ; voir Ibn el-Athir, p. 458, où les péripéties de la
lutte sont autrement exposées.
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- 437 -
Si quatre-vingt mille d'entre vous ont fui devant trois
mille, pareil fait doit servir de châtiment exemplaire 0).
Les Arabes arrivèrent alors dans les environs de
K'ayrawàn, et le premier d'entre eux qui se présentait
devant une bourgade se nommait et accordait une sauve-
garde en livrant son bonnet ou quelque morceau d'étoffe
sur lequel il traçait [P. 303] un signe attestant à ceux qui
le suivraient qu'ils avaient été devancés. Pendant deux
nuits, les K'ayrawâniens restèrent livrés à une crainte
dont Dieu seul connaît l'intensité, dans l'ignorance où
ils étaient du sort qui menaçait leur ville ; pendant deux
jours, aucun d'eux n'osa entrer ni sortir, tandis que les
chevaux arabes vaguaient en liberté dans les environs
immédiats de K'ayrawàn, sous les yeux mômes des
habitants.
Le septième jour de la Fête des victimes, Te sultan
sortit de la ville avec ses troupes du djond et la masse
des habitants, sans toutefois les mener au-delà du Mo-
çalla ; mais alors les Arabes, revenant sur les lettres de
sauvegarde qu'ils avaient données aux habitants des cam-
pagnes, se mirent à les piller, et comme ceux-ci se réfu-
gièrent à K'ayrawàn, le sultan fit livrer au pillage tous
les champs entourant K'ayrawàn et Cabra, autrement
nommée Mançoûriyya, chose dont les musulmans se
réjouirent fort et où ils virent une aubaine. Cette der-
nière ville finit selon ce que Dieu avait arrêté à raison
de sa corruption et [lacune]. ,
(1) Ces vers se retrouveut ailleurs et présentent des variante^ ;
notamment on lit trente mille au lieu de quatre-vingt mille {Berbè-
res, i, 35; Ibn el-Athir, p. 459 ; Tidjàni, J. As., 1852, n, 94). On les
attribue aussi à 'Abd el-'Aziz ben Cheddâd.
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- 438 -
Le 17 dhoù'l-hiddja (9 avril 1053;, les cavaliers arabes
se montrèrent à trois milles de K'ayrawân. Le sultan
alors parcourut la ville à pied, exhortant la population
à faire bonne garde et à élever les constructions néces-
saires, en quoi il fut obéi. Il fit amener à K'ayrawân la
masse du peuple et les boutiquiers de Cabra, dont on
dut évacuer les boutiques, tandisque tous lesÇanhâdjites
et autres militaires de K'ayrawân durent se rendre à
Cabra et s'installer dans ces locaux. Cette mesure pro-
voqua dans la ville un grand émoi et un très vif souci :
en effet, les esclaves noirs et les Çanhâdja enlevèrent et
arrachèrent les boiseries des boutiques et des galeries,
et dans l'espace d'une heure ce centre important fut en
ruines.
La population, qui était en proie à de vives alarmes,
vit le lendemain paraître les cavaliers arabes. Un ordre
du sultan défendit aux troupes de se montrer sur les
fortifications de Cabra. Je tiens, raconte IbnCheref, d'un
témoin digne de foi, qui s'enfuit de K'ayrawân en ne
marchant que de nuit et en se cachant dans le jour, que
tous les villages sans exception par où il passa étaient
détruits et incendiés; leurs habitants, hommes, femmes
et, enfants, étalaient leur nudité devant les murailles,
pleurant [P. 304] tous de faim et de froid. Les provisions
cessant d'arriver à K'ayrawân, les marchés ne furent
plus approvisionnés. Les Arabes, d'ailleurs, retenaient
tous ceux qu'ils faisaient prisonniers et ne les relâchaient
que contre rançon, tout comme pour les captifs chré-
tiens; quant aux pauvres et aux misérables, ils les em-
ployaient pour le service.
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- 439 -
Affaire du Bâb Toûuis, Tune des portes de K'ayrawân.
Les Arabes ayant fait une attaque de ce côté, la foule
sortit pour les combattre, qui avec des armes, qui avec
un bâton insuffisant à chasser le plus petit chien. Aussi
la charge que firent les cavaliers arabes resta-t-elle à
leur avantage, car leurs sabres et leurs lances eurent le
dessus : les Kayrawâniens tombèrent dans tous les sens
et furent repoussés du bout dçs fours à briques jusqu'à
cette porte, et ceux-là seuls échappèrent dont 'l'heure
n'était pas venue. Ni morts ni vivants ne conservèrent
d'ailleurs une loque suffisante pour couvrir leur nudité.
Quand les Arabes se furent retirés, les morts furent
enlevés par les soins de leurs parents, et alors les
louangeuses et pleureuses firent entendre dans toutes
les rues de la ville des cris, étalèrent un spectacle de
nature à fendre le cœur d'une montagne. Les cadavres
des étrangers restèrent sur place, et le nombre des
blessés fut considérable: ces blessures étaient assez
hideuses pour produire une profonde horreur, 'pour
émietter le foie, faire fondre le cœur et le corps. On
vit des fillettes au visage pâle et à la tête rasée se pen-
cher sur les corps de leurs pères et de leurs frères, lors
de ce jour de désastre, de cruautés et d'[horreurs] ; on
n'avait à aucune époque ni dans aucun pays vu pareille
chose I' On passa toute la nuit dans l'inquiétude et la
désolation. C'est ici que s'arrête le récit résumé d'après
Ibn Cheref.
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- 440 -
Nouvelle défaite des Çanhâdja dans la montagne de H'ayderan ;
faite d'El-Mo'izz ben Bâdis.
El-Mo c izz, dit Aboû'ç-Çalt, marcha contre les Arabes
arrivant d'Orient et divisa ses troupes, dont il confia
Tune partie) à Ibn Selboûn [lacune],
[P. 305 ; redjez] Pour ce pouvoir d'un exercice difficile, ce
fut un enfant de sept ans qu'il suscita et investit de ce soin.
Il (El-Mo c izz) était brun, beau de visage, avait la voix
forte, était de bonnes mœurs et perspicace en affaires. Il
livra les Chi c ites à la mort et fit disparaître leur secte en
Ifrik'iyya, fit maudire leurs princes dans les chaires de
cette province tout entière, rendit à chacun des Com-
pagnons les hommages auxquels il a droit et rétablit.la
loi traditionnelle abandonnée depuis cent quarante ans.
Débuts de la dynastie Çanhâdjite.
Quand, à la suite de la conquête de l'Egypte par les
Obeydites, Ma c add ben Ismâ41 voulut partir d'Ifrîkiyya
pour se rendre dans ce pays, il appela Ziri benMennâd,
qui avait dix fils, dont le plus jeune était Bologgin :
« Fais venir, lui dit-il, tes enfants, car tu sais à quoi je
pense pour eux et pour toi. » Ziri les appela donc, moins
le cadet, alors que le destin ne voulait que celui-ci. Or
Ma f add, qui avait de la science des prédictions une
connaissance lui permettant de voir ce qui l'attendait et
de distinguer les hommes de mérite d'entre ses princi-
paux compagnons, savait quel indice marquait le lieute-
nant qu'il avait, lui-même devant régner en Egypte, à
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- 441 -
laisser en Ifrik'iyya et au Maghreb. Ne trouvant cet indice
sur la face d'aucun des enfants de Zirî : « N'as-tu, dit-il
à celui-ci, astucieusement caché aucun de tes fils? —
11 me reste un tout jeune garçon. — Je n'ai pas de cesse
que je ne Taie vu, car je ne veux d'autre que lui! » En le
voyant, il reconnut qu'il était prédestiné; "il confia aussi-
tôt sa lieutenance au jeune homme qui, sur le champ,
fut chargé de l'administration, qui inspira une crainte*
refoulant les passions dans les cœurs, qui fit de lointai-
nes expéditions et acquit un grand renom. Il poussa ses
campagnes jusqu'à Ceuta, ce dont le récit serait trop
long. Quand il eut répondu à l'ange de la mort, l'Ifrî-
k'iyya passa à ses fils et arriva ainsi à El-Mo'izz ben
Bâdîs, la gloire de sa" famille et le dernier de ces princes
célèbres". Signalons la concordance curieuse entre les
nom et prénom d'EI-Mo c izz Aboû Temim Ma'add ben
Ismà'il l'Obeydite, l'homme aux prédictions, et El-
Mo e izz Aboû Temim le Çanhâdjite.
" Ce dernier marqua ses débuts et confirma, du moins
il le croyait, son pouvoir par le massacre des Râfid'ites
et l'envoi au Prince des croyants, alors régnant à Bagh-
dàd, d'un message lui portant sa foi, [P. 306] en retour
de quoi il reçut un vêtement d'honneur et un titre hono-
rifique, d'après un plan qui tout d'abord le séduisit et lui
fit oublier ce qu'en seraient manifestement les suites. Ce
qu'ayant appris, le prince Obeydite, dont le ministre
était alors Djerdjerâ'i, lui en fit subir les conséquences
et décocha contre lui les traits de sa désapprobation.
Aux tribus issues d' c Ainir ben Ça f ça c , les Zoghba, les
f Adi, les Athbedj, les Riyâh et autres, établies dans le
Ça c id, qui n'étaient pas autorisées à se déplacer ni à
franchir le Nil, Djerdjerâ'i permit de réaliser sur EU
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>:r*m
- 442 --
MoMzz des convoitises qui depuis longtemps les tourmen-
taient et fixaient leurs regards. Il le couvrit ainsi d'un
flot semblable à celui d'Irem et lança contre lui l'avilisse-
ment de l'infortune. El-Mo c izz en prit d'abord une partie
à son service et les accabla de ses bienfaits. Cela leur
permit de se frotter de près aux diverses provinces, de
s'insinuer auprès de ses guerriers, de bien examiner les
points faibles, et alors, sa situation leur étant claire et
son impuissance certaine, ils ouvrirent les hostilités et
livrèrent les combats dont il a été fait un récit abrégé,
qui le menèrent à sa perte et au cours desquels il fut
assiégé. Cependant il leur faisait des largesses et les
adjurait en invoquant la crainte de Dieu; il convint de
mariages et donna plusieurs de ses filles à divers chefs,
qui devinrent ainsi ses gendres et se constituèrent ses
aides (*). Quand son âme rongée par les soucis eut défi-
nitivement perdu tout espoir, il rassembla ceux qui
dépendaient de lui, chargea sur des montures sa famille
et ses meubles, et laissant le pouvoir à ceux qui l'avaient
défendu et soutenu, il partit protégé par ses gendres
contre des embûches possibles, et arriva ainsi à Meh-
diyya, où il habita plus humble que le Soleil dans le
signe de la Balance, plus méprisé que le pauvre assis
sur son derrière. Nul de son temps n'avait été plus brave
dans les combats, n'avait eu la main plus ouverte dans
les bienfaits, n'avait mieux possédé la langue arabe,
n'avait plus étudié les belles-lettres".
On cite cet acte de libéralité par lequel il donna d'un
(1) A propos de ces mariages, cf. ce que dit Ibn Khaldoûn {Berbè-
res, i, 34 et 36 ; h, 21) ; voir aussi Tidjàni (l. I, 90; ./. À**., 1853, i, 371).
— Je lis Aa*\ au lieu de Oa»\ du texte.
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1-^1
— 443 -
coup à El-Montaçir ben KhazroûnW cent mille dinars,
en outre d'une belle monture et d'un magnifique costume.
Il avait l'intelligence vive, de la présence d'esprit, une
pénétrante connaissance des divers modes musicaux et
savait manier la prose et le vers. Il fut loué par nombre
de poètes, [P. 307] à qui il ne ménagea pas les bienfaits:
tels furent c Ali ben Yoûsof Toûnesi ( 2 ), Ya c la ben Ibrahim
ArkochiO), Aboû c Ali ben RechikW, K'orachi, Ibn Cheref
et d'autres dont rénumération serait trop longue, sur-
tout si je citais de leur prose ou de leurs vers. Aboû'l-
H'asan Khawlâni, connu sous le nom cTEl-H'addâcK 5 ),
dit : a J'ai réuni une grande partie de son histoire et de
ses combats, aussi bien que la description de sa sortie
de K'ayrawân et de l'abandon qu'il fît aux Arabes de la
plus grande partie de son royaume, dans une kaçîda qui
débute ainsi :
[T'awîl] La troupe était partie quand (ma monture ?) elle-
même entreprit en chancelant son voyage nocturne, alors
que les astres brillants avaient commencé à diminuer d'éclat.
On y lit:
Si ma constance, trompant la confiance que j'avais en elle,
(1) Le bénéficiaire de cette libéralité est appelé El-Mostatiçir Zenàti
par Ibn el-Athir (trad., p. 469), tandis qulbn Khaldoûn parle d'El-
Montaçir ben Khazroûn, qui fut assassiné entre 460 et 470 {Berb., m,
268).
(2) Un article lui est consacré par Ibn FadM Allah (ras 2327 de
Paris, f. 46 v°).
(3) C'est-à-dire originaire d'Arcos de la Frontera, eu Espagne
(Edrisi, p. 208). Mais il est appelé ailleurs el-Orbousi, originaire de
Laribùs (ms 2327 de Paris, f . 78).
(4) Aboù 'Ali el-H'asan ben Rechik K'ayrawàni (Ibu Khallikan, i,
384 ; m, 387 ; Ibn el-Athir, tiad., p. 469).
(5) D'après Tidjàni, AboCH-Hasan ben Mohammed el-Haddad ;
voir infrà.
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- 444 -
m'a trahi, ce sont les tribus, ce sont ses partisans qui ont
trahi notre Maître. S'il avait voulu rassembler les troupes
des djond, barbares et Arabes auraient quitté leurs pays pour
se joindre à lui ; mais il a fermé les yeux, car il savait ce
que renferment à ce sujet les recueils de prédictions et les
livres.
Il ne resta à Mehdiyya qu'environ deux ans avant que
son règne et sa vie prissent fin ; il mourut le samedi
25 cha c bân 454 (2 septembre 1062) d'après Aboù'ç-Çalt.
Comme il a été dit plus haut, Ibn Cheref le fait mourir
en 455(D.
Il eut pour fils Temîm, Nizàr, c Abd Allah, c Ali, H'am-
mâd, Bologgîn, H'ammâma et El-Mançoûr.
Quelques détails sur le règne de l'émir Temlm ben el-Mô'izz (2).
«
Né à Mançoûriyya en redjeb 422, il avait deux ans
quand son père l'exhiba au peuple, monté sur un cheval
et suivi des troupes, pour le promener dans les deux
villes de K'ayrawân et de Mançoûriyya. Il avait vingt-
trois ans quand, en 445 (22 avril 1053), il arriva au gou-
vernement de Mehdiyya, qu'il conserva jusqu'à l'arrivée
de son père chassé de Mançoûriyya. A l'approche de ce
dernier, il marcha à sa rencontre avec les siens, mit pied
à terre en l'apercevant, baisa le sol devant lui et le pré-
céda à pied, en un mot, démentant par toutes ses
démonstrations de soumission les mensongères et
calomnieuses accusations de révolte qu'on avait lancées
(1) Sur la daté de sa mort, qu'on place aussi en 452, voir lbn el-
Athir, trad. p. 468.
(2) Voir sur ce prince Ibn eNAthir, p. 470; Ibn Khallikan, i, 281;
Berbères, il, 22.
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- 445 -
contre lui. [P. 308] Alors son père bénissant le ciel le fit
remonter à cheval, et tous deux rentrèrent de compagnie
à Mehdiyya, où El-Mo c izz descendit au palais. Ce fut son
fils ïernîm qui continua de gérer les affaires de l'État.
En 455 (3 janvier 1063), Temim conquit Sousse, dont
les habitants, depuis qu'ils s'étaient révoltés contre son
père [lacune]^) ; il leur fit grâce et miséricorde.
En 456 (24 décembre 1063 j, Hammoù ben Melll Ber-
gha\vàti,qui s'était révolté à Sfax, s'avança contre Meh-
diyya avec des Arabes dont il s'était assuré le concours.
A Cette nouvelle, Temim marcha contre lui, soutenu par
de nombreux Arabes de Zoghba et de Riyàh', tandis
qu'une portion des c Adi et des Athfredj étaient avec
H'ammoû. A la suite du combat qui s'engagea, les sol-
dats de ce dernier s'enfuirent et lesépées, s'abattant sur
eux, y semèrent la mort^.
En 457 (12 décembre 1064), Èn-Nâçir ben [ . . . ] H'ammàd
subit une défaite complète. Il sjétait mis en campagne
avec de nombreuses troupes composées de Çanhâdja,
de ZenâlA, d' c Adi et d'Athbedj ; les Riyàh', les Zoghba
et les Soleym le mirent en déroute, lui tuèrent beaucoup
d'hommes et livrèrent au pillage ses tentes et ce qu'il
possédait. Son frère El-K'âsim ben Ghilnâs( 3 ) périt éga-
(1) Cette campagne contre Sousse en 455 est aussi rappelée ailleurs
(Ibn el-Athir, p. 471 ; Berbères, u, 22; Tidjàni, J. As. f 1852, n, 130),
mais dans des termes qui ne permettent pas de suppléer ce que la
main du copiste, probablement, a laissé tomber.
(2) La campagne contre Sousse et celle contre Hammoû sont pla-
cées en 455 par Ibn el-Athir et par Ibn Khaldoùn ; Tidjàni place la
seconde en 454 (voir Ibn el-Athit*, p. 471).
(3) Ce nom est écrit 'Alennàs par Ibn el-Athir et Ibn Khaldoùn ;
d'après une glose ajoutée au texte du Moscktabih de Dhehebi (p. 336)
la forme correcte serait l Annâ8 ; un ms d'Ibn el-Athir (t. x, p. 31 n.
du texte arabe) épelle 'Alnàs. Le traducteur de Tidjàni (J. as., 1853,
i, 384) écrit Alnas.
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- 446 -
lement. L'une des principales causes de celte affaire fut
les manœuvres de Temim à son égard (*).
En 458 (2 décembre 1065), Temim envoya contre Tunis
un fort corps d'armée qui assiégea cette ville pendant
quatorze mois et qui la réduisit à l'extrémité. Puis il
survint entre lui et Ibn Khorâsân W, chef de cette ville,
un arrangement, aux termes duquel les assiégeants se
retirèrent.
En 459 ( 21 novembre 1066), eut lieu dans le Maghreb
extrême la révolte de Moh'ammed ben Idris ben Yah'ya
ben c Ali ben H'ammoûd H'asani, qui reçut de Melila un
appel auquel il se rendit. Il fut soutenu par un groupe
de Benoû Ourtedi de Melila et des environs. Il avait
antérieurement été proclamé khalife à Malaga sous Je
nom d'El-Mosta c li, et resta dans cette ville jusqu'à Tan-
née 447 (1 er avril 1055), où Bâdis ben H'aboûs Çanhàdjî,
prince de Grenade, eut le dessus sur lui et mit ainsi fin
à la dynastie des Hamrpoûdites régnant alors en £]spa-
gnç. Moh'ammed se tint alors caché à Alméria jusqu'au
moment où il reçut l'appel qui lui fut adressé (de Me-
lila).
En 460 (10 novembre 1067), En-Nâçir ben Ghilnâs ben
H'ammàd, qui avait avec lui les Athbedj comme contin-
gent arabe, mit le siège devant Laribus et le poursuivit
[P. 309] jusqu'à ce qu'il conquit cette ville ; il épargna
(1) L'expression employée dans le texte est assez vague; comp.
Berbères, n, 48; lbn el-Athir, 336; et Ylstibçâr, tr. (r., p. 33 (et cf.
p. 214), où l'auteur a confondu Mançoùr avec son père Nâçir.
(2) Il s'appelait 'Abd el-Hakk bon 'And el-'Aziz ben Khorâsân ; il
reconnut l'autorité de Temim à la suite d'un siège de quatre mois,
d'après Ibn Khaldoùn {Berbères, h, 22 et 30 ; comparez aussi le récit
d'Ibn el-Athir (p. 478), qui n'est pas très net, et où ce chef est appelé
Ahmed ben Khorâsân).
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— 447 -
les habitants, mais lit exécuter Ibn Mekràz, qui y gou-
vernait M.
La môme année, le dit En-Nâçir arriva à K'ayrawân
et y fit son entrée avec les Arabes.
En la même année, l'émir des Lemtoûna se rendit en-
tièrement maître de l'autorité dans le Gharjj. Les tribus
des Maçmoûda, le Der c a et Sidjilmâssa se soumirent à
lui, et il battit les Zenâta qui étaient fixés dans ces ré-
gions.
En 461 (30 octobre 1068), En-Nâçir ben Ghilnâs ben
H'ammâd retourna de K'ayrawân dans son chàteau-fort,
car il eut peur des bandes d'Arabes [qui s'étaient coali-
sées contre lui].
Aboû Bekr ben c Omar Lemtoûni commença à bâtir
Merrâkech, ainsi qu'il sera dit en son lieu* 2 ).
En 465 (16 septembre 1072), des bâtiments orientaux
étant arrivés à Sfax, le sultan Temim ben el-Mo c izz
envoya de Mehdiyya contre eux sa flotte, qui les anéan-
tit.
En 466 (5 septembre 1073) ou, selon une autre version,
en 467 (26 août 1074), les Zoghba furent chassés d'ifri-
k'iyya par les RiyâlV, qui vendirent K'ayrawân ( 3 ) à En-
Nâçir ben Ghilnâs ben H'ammâd Çanhâdji, seigneur de
la K'al c a (des Benoû Hammâdj.
En 468 (15 août 1075), des Arabes venus de Bark'a
s'installèrent autour de K'ayrawân.
En 469 (4 août 1076), une grande disette sévit en Ifri-
(1) La prise de Laribus en 460 est aussi rappelée par Ibn el-Athir.
p. 479. Ibn Khaldoùn n'en parle pas.
(2) Sur la fondation de Merrâkech, voir 'Abd el-Wàhid Marrakech i,
tiad. p. 83.
(3) Comparez Ibn Khaldoùn, Berb., n, 23,
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' :-^T
- 448 -
k'iyya, et une violente épidémie y enleva beaucoup de
monde.
En 470 (24 juillet 1077), Temîm ben El-Mo'izz fil la paix
avec son cousin En-Nâçir, à qui il maria sa fille Bellâra (*) ;
il la lui envoya de Mehdiyya en compagnie de nombreux
soldats, d'argent, d'effets et de choses de valeur.
En 474 (10 juin 1081), Temim mit le blocus devant
Sfax( 2 ), dont les jardins connus sous le nom de Ghàba
(forêt) lurent ravagés et anéantis par les soldats.
En 470(24 juillet 1077), Temim avait investi son fils< 3 )
du gouvernement de Tripoli.
En 476 (20 mai 1083), Mehdiyya fut assiégée par Màlik
ben Ghaloûni* 4 ), qui vint camper sous les murs avec de
nombreuses bandes d'Arabes. Temim dirigea contre lui
une sortie qui mit son ennemi en déroute ; celui-ci dut
s'éloigner de la ville et pénétra alors à K'ayrawân* 3 ).
.En 479 (17 avril 1086), Temim assiégea simultanément
les deux villes de Gabès et de Sfax ; jamais on n'avait
entendu parler d'un double siège de ce genre ( f >>.
En 480 (7 avril 1087), il y eut une éclipse complète de
(1) Sur le sens adopté dans celte traduction, voir lbn el-Athir,
p. 479, n. 4.
(2) C'est du siège de Gabès et non de Sfax que parlent, sous Tannée
474, lbn el-Athir, p. 480, et lbn Khaldoûn, H, 24.
(3) Ce fils s'appelait Mok'alled, à ce que dit lbn el-Athir, p. 479, qui
donne également la date de 470.
(4) Ce dernier nom se lit Ghalhoûn deux pages plus loin, et l'édi-
teur a, dans ses Corrections, adopté cette dernière lecture. lbn el-
Athir lit Mâlik ben k Alewi Çakhri, p. 480 et 492 ; le traducteur de
Tidjàni écrit Malek ben Aloua ben es-Sekhri (./. As., 1853, i, 373).
(5) Ville d'où il fut bientôt expulsé {Berbères, n, 24 ; lbn el-Athir,
p. 480).
(6) Ce double siège, sur lequel lbn Khaldoûn garde le silence, est
aussi mentionné par lbn el-Athir, p. 485.
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- 44Ô -
soleil, et les (ihrétiens arrivèrent devant Mehdiyya avec
trois cents navires de guerre, sur lesquels étaient embar-
qués trente mille guerriers^).
[P. 310] Entrée des Chrétiens à Mehdiyya.
Les causes de cet événement, en outre du décret divin,
furent les suivantes: l'absence de Tannée du sultan, la
soudaineté de l'arrivée des chrétiens, qui ne permit pas
de rappeler les troupes et de prendre les dispositions
nécessaires pour la résistance, le fait que les habitants
étaient complètement dépourvus d'armes et d'approvi-
sionnements, le peu de hauteur et l'état de délabrement
des murailles, le refus de Temîm d'ajouter foi aux nou-
velles qu'il recevait, l'impéritie d ,<r Abd Allah ben Men-
koût, qui était ministre et qui s'opposa à ce que l'amiral
sortît du port pour livrer une bataille navale et empêcher
le débarquement. Toutes ces causes réunies amenèrent
la prise des deux villes de Mehdiyya et de Zawîla, leur
mise à sac, le massacre des habitants et l'incendie, évé-
nements terribles dont le souvenir est encore vivant à
Mehdiyya et dont tous les détails figurent dans la longue
kaçîda d'Aboû'l-H'asan el-H'addâd ( 2 ), qui débute ainsi :
[Monsarih'] Qu'importe que l'image de ma bien-airnée se
présente ou non pendant mon sommeil, alors qu'entre nos
paupières est le siège d'un grave mal ? Notre territoire a été
(1) Ce paragraphe ainsi que le suivant sont traduits dans la Biblio-
teca, ii, 32. Sur la prise de Mehdiyya, voir aussi Ibn Khaldoûn, n, 24 ;
Ibn el-Athîr, p. 487; Tidjàni, /. As. : 1853, i, 374,
(2) Nous avons vu plus haut le nom de ce poète, que Tidjàni appelle
Aboù'l-Hasan ben Mohammed H'addàd et dont il cite également,
avec des variantes, les quatre vers qui suivent, en outre de plusieurs
autres (Amari, Biblioteca, n, 64).
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>' - Wl
<•* 450 -
attaqué par un ennemi dont le nombrd" rivalise avec celui
des sauterelles ou k des vers. De partout, ils se sont coalisés,
— et plût au ciel que cela ne se fût pas fait ! — pour être
vingt mille et la moitié en plus, puis sont tombés à Timpro-
viste sur des gens qui avaient oublié leur science de la
guerre. j
! En 481 (26 mars 1088) mourut En-Nàçir ben Ghilnâs, à
qui succéda son fils El-Mançoûr. :
En 482 (15 mars 108Ô), Mâlik ben Ghalboûn fit une
expédition contre Sousse, dans laquelle il pénétra avec
un groupe de ses partisans; mais il ne put y faire ce qu'il
désirait, car il fut mis en fuite en laissant plusieurs des
siens sur le carreau et d'autres dans les mains de ceux
qu'il avait attaqués '*).
En 483 (5 mars 1090), le prix des vivres s'éleva beau-
coup en Ifrîk'iyyaetune cruelle disette s'y fit sentir.
En 484 (22 février 1091 j, la situation en ïfrîkiyya fut
bonne, grâceà l'abondance de Ta récolte et au bon mar-
ché des vivres.
En 486 (31 janvier 1093), l'armée de Temîm bloqua
Gabès et ne bougea pas avant d'en avoir conquis le fau-
bourg.
: En 488 (10 janvier 1095), eut lieu la trahison de Chah
Mâlik le Ghozz [P. 3X1] envers Yah'ya, fils du sultan
Temîm ben el-Mo c izz. Temîm, qui redoutait ce Turc, était
peu favorablement disposé pour lui, et par ses paroles
il s'aliéna également les compagnons de ce chef. Chah
Màlik, qui était d'ailleurs un homme des plus rusés, en
fut blessé, et Yah'ya ben Temîm étant, sur ces entrefaites,
(1) 11 a été déjà question de ce chef p, 448. Ibn el-Athîr parle aussi
de son attaque de 482 contre Sousse (x, 119 du texte ar.).
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• /' '
- 451 -
allé à la chasse avec quelques-uns de ses familiers et de
ses compagnons de table, fut surpris et arrêté avec plu-
sieurs d'entre eux par Chah Mâlik assisté d'une forte
troupe de ses partisans. Temîm prévenu envoya aussitôt
de la cavalerie à sa poursuite, mais le Turc avait déjà
décampé vers Sfax, où il pénétra. Le chef de cette ville,
H'ammoû ben Meltl, se porta à la rencontre xle Yah'ya
ben Temîm et de soa ravisseur. Quand ceux-ci furent là
de quelques Jours, (H'ammoû) écrivit à Temîm d'envoyer
les femmes et les enfants du Ghozz, ce qui fut fait, et le
sultan (en échange) rappela à Mehdiyy a son fils Yah'ya
et les siens t 1 ).
En 489 (30 décembre 1095), Temîm conquit Gabès et
en expulsa son frère 'Omar* 2 ) ben El-Mo c izz, dont les
habitants avaient fait leur gouverneur.
En 491 (8 décembre 1097), il y eut en Ifrîkiyya une ter-
rible disette. Temîm conquit l'île de Kerkenna et la ville'
de Tunis < 3 >. Les Benoû c Adi s'enfuirent d'Ifrikiyya chas-
sés par les Riyâh\ ?
En 493 (16novembral099), Temîm conquit Sfax, d'où
H'ammoû ben Melil s'enfuit à Gabès. Il fut accueilli par
le chef de cette ville Medjal ben Kâmil Dehmâni, auprès
de qui il trouva un refuge jusqu'à sa morU 4 ).
(t) Ces faits sont exposés plus au long par Ibn-el-Athir (x, 164
du texte ar.) ; le nom de ce Turc y est écrit Chah Melik.
(2) Dans le récit qui est fait ailleurs de ces événements, on lit 'Amr
(Ibn el-Athîr, x, 175, du texte âr.), mais aussi k Omar {Berbères, h,
24 et 35).
(3) Sur la lecture de ces deux noms, voir Ibn-el-Athir;" trad., ad x,
191, note; Berb. y n, 24, n. 2.
(4) Voir le récit plus détaillé d'Ibn el-Athir (x, 164 et 202, dû texte ar.).
Au lieu de Medjal, on lit Mekken dans Ibn Khaldoùn {Berb., n, 24
et 35),
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- 452 -
En 498 (22 septembre 1104) mourut El-Mançoûr ben
En-Nâçir ben Ghilnàs, prince de Bougie, d'El-K'a^a et
de la région. Son. {ils Bâdis, qui lui succéda, mourut au
bout de peu de temps et fut remplacé par son frère El-
«Azîz billâh ben El-Mançoûr (*). *
En la même année, les Romani (sic) parurent devant
Mehdiyya avec de nombreux bâtiments de guerre nom-
més chewâni [au singulier chtni, galère] et vingt-trois
autres bateaux e-^-o ; ils voulaient profiter de quelque
occasion favorable, comme avaient fait les Roûm dont il
a été parlé, et ils se présentèrent à la porte de l'arsenal
pour empêcher la flotte de Mehdiyya de sortir et de les
attaquer. Mais leur espoir fut déçu, car elle put prendre
la mer, puis les battit et leur Tua beaucoup de monde (*).
[P. 312], En 499 (12 # septembre 1105), le sultan Temîm
envoya contre l'île de Djerba Aboû'l-H'asan Fihri avec
de nombreuses troupes de terre et une flotte considéra-
ble ; mais les insulaires avaient fait leurs préparatifs de
défense et s'étaient assuré des secours, de sorte 'que
cette tentative n'eut aucun succès.
En 500 (1 er septembre 1106), un acte de trahison com-
mis par la ville de Bâdja y fut cause d'un grand massa-
cre tf).
En la même année, le Mahdi Moh'ammed ben Toû-
rnert, fondateur de la dynastie berbère des Almohades,
quitta la montagne des Hergha, dans le Maghreb extrême,
et se rendit en Orient pour y chercher la science ; il
passa en Espagne, arriva à Cordoue et se rendit ensuite
(1) Voir Berbères, n, 55.
(2) Ce paragraphe se retrouve dans la Biblioteca, n, 33.
(3) Peut-être ces mots sont-ils une allusion à l'attaque des Arabes
de Riyâh {Berbères, n, 24).
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- 453 -
à Alméria, d'où il gagna l'Orient par mer. Ses pérégri-
nations lui firent faire une absence de quinze ans.
En 501 (21 août 1107), on vit à l'horizon du Maghreb
paraître une immense comète qui resta visible pendant
* de nombreuses nuits.
Cette année fut celle de la mort du sultan Temîm ben
El-Mo e izz, qui avait régné environ quarante-sept ans.
C'était un prince habile, brave, ferme, décidé, ayant le
mépris des difficultés, trouvant faciles les affaires les plus
graves, se laissant aisément emporter par son ardeur et
sa témérité. Il compte parmi les plus distingués des poè-
tes qui ont occupé le trône, et il s'est placé dans ceux
du premier rang par l'usage qu'il a fait des images et des
figures de rhétorique ; on trouve chez lui qualité et abon-
dance ; il a laissé un recueil considérable de poésies, où
on lit par exemple :
[Wàfir] Ou la royauté avec gloire et puissance, et qu'alors
je siège, la tête ceinte du diadème, sur le trône le plus élevé !
Ou la mort cherchée sur la pointe des lances, puisque je ne
suis pas éternel et destiné à toujours vivre!
Il avait un page nommé Modem, dont il dit dans un
long et remarquable poème :
[Motak'àrib] Modâm (vin) fait circuler à la ronde la coupe
de vin (modàm), et je ne sais duquel des deux il vaut mieux
goûter : celui-là est l'ami, celui-ci un vin généreux ; celui-là
est la nouvelle lune, celui-ci est l'astre brillant ; celui-là* a
pour moi la valeur de ses œillades, celui-ci nous réjouit le
cœur. [P. 313] Au regard de l'un et de l'autre, la pleine lune
et l'astre brillant sont-ils autre chose que des mots consa-
crés par l'usage?
Temim ben El-Mo e izz était beau de corps et de visage,
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;***.
."^f
~ 454 —
de haute taille ; il avait le teint brillant, le nez long .et
les sourcils écartés; il se purgeait souvent, croyant ainsi
consolider sa santé; il absorbait des mets et des remè-
des échauffants, recourait souvent à la médication par
le feu, prenait des bains brûlants, se livrait souvent à
l'acte sexuel; l'abus qu'il faisait des remèdes violents,
de la scammonée par exemple, lui dessécha les chairs et
lui rendit difficiles les exercices physiques, de sorte
qu'il resta perclus. Il mourut à la mî-redjeb 501 (28 fé-
vrier 1108) âgé de soixante-dix-neuf ans, après un règne
qui, compté de la mort de son père, fut de quarante-six
ans et dix mois et demi. Il laissa plus de cent enfants
mâles, et Ton prétend que ses enfants et petits-enfants
formaient un total d'environ trois cents (*).
Règne de Yah'ya ben Temlm ben el-Mo'izz.
Né à Mehdiyya en 457 et monté sur le trône en 501, à
lïige de quarante-trois ans, ce prince était versé dans la
politique et soigna avec vigilance l'administration de
ses sujets ; il lisait beaucoup les recueils biographiques
et les chroniques, était lettré, poète et avait de sérieuses
connaissances lexicographiques et philologiques ; son
visage était beau, ses yeux bleu foncé, sa voix forte. Il
fut tué et mourut sur le coup dans son palais de Mehcliyya
le lendemain de la Fête des victimes de l'année 509
(25 avril 1116), de sorte que la durée de son règne fut de
huit ans et six mois. Il laissa notamment trente enfants
(1) Voir encore ce que disent de ce prince Ibn KhaUikàn (i, 281) et
^bn el-Athîr (x, 3U du texte arabe)/ .
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~ 455 —
mâles. Je vais brièvement énumérer les événements de
son règne dans leur ordre chronologique.
En 502 (10 août 1508), Yah ya ben Temim conquit le
château-fort de K'alibiyya (Clypea). Au dire d'Ibn ei-
K'at't'àn, comme Temim ben el-Mo c iz!: avait trois cents
enfants, Yah'ya exila les plus âgés de ses frères en Orient,
au Maghreb et en Espagne. Lui-même eut un règne cal-
me et paisible ; il se livrait rP. 314] à des recherches
d'alchimie et avait fait élever-un laboratoire fréquenté
par les étudiants, à qui il donnait de l'argent et fournis-
sait des instruments 0).
En 503(30 juillet 1109), Yah'ya ben Temim fit partir
une escadf e de quinze corvettes *>\j* tirées de sa flotte,
en expédition contre le pays chrétien ; mais il y en eut
six de détruites et le reste rentra à MehdiyyaW.
En 504 (19 juillet 1110), il y eut dans le Maghreb de
violents tremblements de terre qui se prolongèrent pen-
dant tout le mois de chawwâl (11 avril-9 mai 1111).
En 505 (9 juilletllll), Sawwâr* 3 ), envoyé en ambassade
par le souverain d'Egypte [El-Amir le Fatimîde] pour
apporter des présents à Yah'ya ben Temîm, fut accueilli
par celui-ci avec toute la pompe et les prévenances qu'on
pouvait souhaiter. Au bout d'un certain temps, il fut
renvoyé avec des cadeaux précieux et des objets rares
dépassant toute description.
(1) Ibn Khaldoùn parle très brièvement de ce prince (Berbères, n,
24), sur lequel on trouve plus de détails dans Ibn Khallikân (iv, 95)
et Ibn el-Athir (x, 315 et 331 du texte arabe).
(2) Cet alinéa ne figure pas dans la Biblioteca. Un renseignement
identique est fourni par Ibn el-Athir (x, 336 du texte ar.), et repro-
duit dans la Bibl, i, 452.
(3) Ce nom pourrait aussi se prononcer Siwâr (voir Dhehebi, Mos-
chtabih).
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■TÇ ;
— 456 -
En 507 (17 juin 1113), au mois de rebi c II (septembre-
octobre), la flotte de Mehdiyya revint des pays chrétiens
avec de nombreux captifs, ce qui combla de joie Yah'ya
et les musulmans W.
En 508 (6 juin 1M4), Yah'ya nomma au gouvernement
de Sfax son fils c Ali ( 2 ), et au gouvernement de Sousse son
prop're frère Isa. Les chrétiens attaquèrent Mayorque,
qui était alors aux mains de Mobachchir le page, client
d'Ibn Modjâhid* 3 ), et à la suite d'un siège poussé avec
vigueur, ils l'emportèrent de vive force, massacrèrent
les hommes et réduisirent en esclavage les femmes et
les enfants. c Ali ben Yoùsof (ben Tâchefin) reconquit
cette île sur les chrétiens.
En 509 (26 mai 1115), arrivèrent à Mehdiyya deux ou
trois hommes qui se donnèrent pour des étudiants
maçmoûdites connaissant l'alchimie; l'entrée du labora
toire leur ayant été accordée, ils arrangèrent les choses
à leur gré, puis ils demandèrent à être reçus par le prince,
qui leur dit de le faire assister à la transmutation et au
grand œuvre. Ces deux hommes y consentirent à la con-
dition qu'il n'y aurait comme assistants que lui et son
vizir. En leur présence et en celle de l'esclave du prince
Aboù Khannoûs, ils préparèrent le creuset, y jetèrent du
plomb et, commençant à le chauffer, ils feignirent de
préparer la transmutation ; puis saisissant leurs poi-
(1) La Biblioteca (n, 33) reproduit ce paragraphe.
(2) Cet 4 Ali, qui succéda à son père, portait le prénom d'Aboù'l-
Fotoûh, d'après Ibn el-Athir (trad. de x, 336 et la note).
(3) Modjàhid PAmiride (le Mugetodes chroniques italiennes), client
du célèbre Ibn Aboû 'Amir ou Almanzor, gouverna Dénia et les iles
Baléares ; son fils le remplaça et eut lui-même Mobachchir pour suc-
cesseur (Berbères, n, 206 ; Merràkechi, H. des Almohades, p. 63,
126 et 129 ; Biblioteca, i, 437, n.).
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- 457 -
gnards, ils massacrèrent le vizir et Aboû Khannoûs, et
couvrirent le sultan de blessures dont il mourut au bout
de peu de temps : « Chien que tu es, lui crièrent-ils en le
frappant, nous sommes tes frères tel et tel, que tu as
bannis, tandis que toi tu gardais [P. 315] le trône I » Aux
cris qui furent poussés, les esclaves noirs accoururent et
massacrèrent sur le champ les deux assassins. Yah'ya
mourut le jour de la Fête des victimes* 1 ) de Tan 509
(24 avril 1116). Pendant qu'il souffrait des blessures
reçues dans ceguet-apens, il bannit son fils El-Fotoûh' < 2 >
et l'envoya au Kaçr-Ziyâd, car il ne cacha pas qu'il le
croyait impliqué dans cette affaire. Ce jeune homme y
resta jusqu'à la mort de son père et à l'avènement de
son frère e Ali, lequel l'exila en Orient, où il mourut.
Dans cette même année, l'émir Yah'ya avait conclu le
mariage de sa fille Bedr ed-Dedjà avec le prince d'El-
K'al c a et de Bougie, El- ç Aziz billâh ben el-Mançoûr, à
qui il envoya la future et son trousseau.
Règne d'*Ali ben Yah'ya ben Temlm à Mehdiyya et dans une partie
de lTfrtk'iyya.
A la suite de la mort de l'émir Yah'ya, les courtisans
décidèrent d'un commun accord d'écrire à c Ali, alors
gouverneur de Sfax, au nom de son père, et la lettre que
rédigea le secrétaire fut revêtue du paraphe de Yah'ya,
c'est-à-dire de : « Louange à Dieu seul. » e AIi partit
(1) Ci-dessus, p. 454, la mort de Yah'ya est fixée au lendemain de
oette fête.
(2) Cette agression est fixée à 502 ou 507 par d'autres auteurs, qui
font mourir subitement YahVa ben Temim (voir Ibn el-Athir, x, 331,
du texte arabe).
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aussitôt qu'il eut reçu cette nouvelle, qui lui parvint dans
la nuit, et arriva à Mehdiyya le surlendemain du jourde
la Fête des sacrifices. Il fit enterrer $on père dans le
château, puis le peuple entra pour lui présenter ses
condoléances et ses félicitations, et il se trouva ainsi
porté sur le trône à l'âge de trente ans sans que le pou-
voir lui lût contesté (*). Il était généreux et libéral, ami
du repos et des plaisirs, et remit à d'autres les soins de
l'administration de l'Etat. Après un court règne de cinq
ans quatre mois et douze jours, il mourut en rebî c II 515
f juin-juillet? 1121), laissant quatre fils, El-H'asan, El-
< Azîz, Bàdis et Alah (Jl).
En 510(15 mai 1116), il équipa une flotte pour attaquer
Djerba, qu'il tint bloquée jusqu'à ce que les habitants
fissent acte de soumission et reconnussent son autorité ( 2 ).
En 511 (4 mai 1117), le populaire fut vivement agité
par des rumeurs d'après lesquelles il y aurait en rama-
d'an un grand événement et qjue la mort du sultan arri-
verait à cette époque. Dieu se chargea de donner un
démenti à ces bruits qui s'étaient répandus partout. Les
poètes ont beaucoup parlé de cela :
[P. 316 ; T'awll] Ils ont répandu des mensonges et publié
des rêveries qui ont pour origine leurs espérances et leurs
convoitises, mais le peuple t'aime tant que, s'il le pouvait, il
t'ouvrirait ses entrailles et ses flancs.
Il est dit dans un autre passage :
Le dire des imposteurs s'est trouvé démenti, et le Miséri-
(1) Sur le règne de ce prince, voir Berbères, u, 25 ; Ibn el-Athir,
x, 360 du texte av. ; Ibn Khallikàn, iv, 100.
[2) Sous l'année 510 Ibn Khaldoùn et Ibn el-Athir placent aussi la
conquête de Tunis et du Djebel Ouselàt /
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- 459 -
eordieux a prolongé ton existence. Qu'est donc devenu le
fait calculé par l'astrologue, puisque voilà déjà écoulé le
tiers du mois consacré au jeûne ?
La même année, un envoyé du souverain d'Egypte
apporta des présents à MehdiyyaW.
c Ali ben Yah'ya alla la même année assiéger Gabès
après avoir enrôlé à cet effet quelques tribus arabes.
Quand Râfi c [ben Mekken], prince de cette ville, apprit
l'opération qui se préparait, il se précipita en suppliant
auprès des chefs de l'armée dans le désir d'obtenir la
paix, mais c Ali n'y consentit pas< 2 ). Là-dèssus, Ràfi c alla
catnper sous les murs de Mehdiyya avec ses tentes et
ceux de sa tribu qui lui prêtaient leur aide. Alors les
habitants de cette ville firent une sortie et se jetèrent sur
les tentes. Excités par les cris de leurs femmes, les Ara-
bes [qui avaient déjà cédé] attaquèrent de nouveau, et la
lutte s'engagea, tandis que l'émir se tenait à la porte de
Zawîla. Ce dernier enrôla ensuite contre Râfi c les trçis
cinquièmes des Arabes qui figuraient parmi ses troupes.
Râfi c marcha d'abord contre eux et il y eut un engage-
ment, puis il se retira vers K'ayrawân. Alors les cheykhs
des Dehmân t«0 s'étânt réunis se répartirent entre eux les
diverses provinces, et attribuèrent K'ayrawân à Rafi c .
Les Arabes enrôlés se rendirent auprès de Ternir c Ali
beri Yah'ya, qui leur distribua des sommes considéra-
bles et leur donna Tordre de se rendre à K'ayrawân. Il
(1) Cet envoi de cadeaux est aussi signalé dans les Berbères, u, 25.
(2) Il se produisit dans cette affaire une intervention de Roger de
Sicile, qui est ici entièrement passée sous silence (Ibn Khaldoûn et
lbn el-Athîr). Le récit de ces derniers est plus intelligible.
: (3) Les Benoit Dehmàn étaient des Riyàh, fraction des Benoû 'Ali
(Berbères, n, 35).
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- 460 -
y eut là des combats très vifs où l'avantage resta aux
partisans d ,c Ali ben Yab'ya. Tout cela serait très long à
raconter.
En 512 (23 avril 1118) un envoyé de Roger, prince de
Sicile, vint trouver l'émir e Ali pour lui demander de
renouveler et confirmer les traités antérieurs, et récla-
mer des sommes lui appartenant et restées sous séques-
tre à Mehdiyya. A ce message, conçu en termes durs et
grossiers, *Ali ne donna pas de réponse, et il renvoya le
messager après lui avoir parlé dans des termes analo-
gues. La conséquence en fut un redoublement de froi-
deur entre l'émir et Roger, dont les mauvaises inten-
tions se donnèrent libre carrière [P.. 317] et qui machina
dans la suite un stratagème W.
Il y eut cette année, dit Ibn el-K'atTàn, une hausse
considérable dans le prix des vivres et une épidémie.
Le rob ç W de farine se vendit à Tiemcen vingt dirhems.
En 513 (13 avril 1119), Ibràhîm ben Yoûsot ben Tâche-
fin, frère du prince du Maghreb, fit en Espagne une expé-
dition contre Coria, qu'il conquit. c Ali ben Yah'ya ben
Temîm était à cette époque émir d'Ifrîk'iyya.
En 514 (l or avril 1120), eut lieu en Espagne l'affaire de
Cutandaf 3 ), où les musulmans furent mis en fuite. Une
vingtaine de mille hommes, dit Ibn èl-KatYân, furent
tués dans cette affaire. Ce fut en cette année qu'Ibrç Toû-
(1) Ce paragraphe est traduit dans la Biblioteca (n, p. 34). Compa-
rez Ibn el-Athîr, x, 372 du texte arabe, et 17/. des Berb., u, 26.
(2) Quart de mesure, d'où l'espagnol arrobe,
(3) Localité près de Daroca, dans la région de Saragosse (Makkari,
éd. Leyde, u, 759; éd. Boulak, n, 580); Ibn ël-Athîr, x, 414 du texte
arabe. Cf. Codera, Decadencia y desapariciort de los A^moravides
en Espana y p. 13 et 26?.
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- 461 -
mert, surnommé Mahdi, s'établit à Aghmât pour provo-
quer un soulèvement contre le sultan et remplacer par
la discorde l'accord alors existante.
En 515 (21 mars 1121), e Ali ben Yoûsof quitta Merrâ-
kech pour se rendre en Espagne, où il arriva en rebî* I
(mai-juin); il enleva à Ibn Rochd la charge de kàdi et la
donna à Aboû'l-K'âsirri ben H'amdin. Il retourna ensuite
à Merràkech.
Cette année vit aussi la mort d^Ali ben Yah'ya ben
Temîm, émir d'Ifrîk'iyya.
Règne de H'asanl*) ben 'Ali ben Yah'ya en Ifrlk'iyya.
Ce prince, à qui son père avait de son vivant confié
l'exercice du pouvoir, avait douze ans et neuf mois,
étant né à Sousse en redjeb 502. A la suite de la mort de
son père, le peuple pénétra auprès de lui pour lui pré-
senter ses condoléances et ses félicitations à l'occasion
de la mort de son père et de son propre avènement ; les
poètes aussi lui récitèrent leurs vers. La direction des
affaires fut remise à l'eunuque Çandal, (le jeune prince)
n'ayant aucunes connaissances ni habileté administra-
tive (3).
En 516 (11 mars 1122), Aboû e Abd Allah ben Meymoûn,
officier au service d' c Ali ben Yoûsof, roi des deux conti-
nents, fit une expédition contre la Sicile, où il conquit la
ville de Nicotera, située dans le territoire obéissant à
(1) Voir Ibn el-Athir, x, 400, du texte arabe ; Ibn Khallikân, m, 205 ;
iv, 97, etc.
(2) On trouve ce nom dans le texte soit avec, soit sans l'article.
(3) Je lis le texte àSj** *J ^ 5\ ; voir Ibn el-Athir, t. x, p. 415
du texte arabe ; Berbères, h, 26 ; Ibn Khallikân, rv, 101.
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- 462 -
Roger, prince de cette lie ; les femmes et les enfants
furent réduits en esclavage, les vieillards massacrés, et
tout fut mis au pillage. Roger ne douta nullement que
l'instigateur. de cette campagne ne fût l'émir d'Ifrik'iyya
[P. 318] El-H'asan ben.*Ali, à cause des rapports très
tendue' qui avaient existé entre lui-même et le père de
ce prince. En conséquence, il appela la chrétienté entière
à faire la guerre, et il réunit ainsi à ses côtés une armée
plus nombreuse qu'on n'avait jamais vu. A cette nou-
velle El-H'asan ben c Ali donna les ordres nécessaires
pour faire consolider les murailles et se procurer des
armes, enrôler les tribus (berbères) et convoquer les
Arabes. Des contingents lui arrivèrent ainsi de tous les
pays et de toutes les directions, et tout le monde était
bien préparé pour faire face à l'attaque imminente.
Dans les derniers jours de djomâda I 517 (vers le
20 juillet 1123), la flotte franque arriva à l'ile d'El-
Ah'âsU 1 ) et y débarqua un grand nombre d'hommes,
qui s'éloignèrent de la mer à une distance de plu-
sieurs milles. Le lendemain, vingt-trois galères (chînî)
se présentèrent devant Mehdiyya et y constatèrent la
présence des nombreuses troupes et levées qui la garnis-
saient. Elles retournèrent ensuite vers Pile et y trouvè-
rent que les Arabes avaient découvert les lieux où se
tenaient les chrétiens déjà débarqués et avaient mis leurs
tentes en pièces, succès qui encouragea les musulmans.
D'après les ordres de Roger, la flotte devait gagner cette
île et s'y emparer du château d'Ed-Dimâs, après quoi
l'armée entière, cavaliers et fantassins, s'avancerait par
(1) Située à dix railles de Mehdiyya, à ce que nous apprend Tidjàni,
(«/. As., 1853,1, 381 ; Amari, Biblioteca,u, 69).
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terre et en ligne de bataille contre Mehdiyya. En consé-
quence,* les chrétiens pénétrèrent dans ce château le
2 djomâdâM,, mais, dans la nuit du dernier jôuvî de Ce
mois les musulmans pénétrèrent dans l'ile. en poussant
le cri « Dieu est grand », Les chrétiens furent alors for-
cés de se retirer en désordre dans leurs, navires, après
avoir tué de leurs propres mains un grand nombre de
leurs chevaux. Les. nôtres s'emparèrent, entré autres
choses dont ils avaient besoin, d'environ quatre cents
chevaux d'armes çt de nombreux engins de guerre; puis
ils entourèrent le château d'Ed-Dîmàs et en CQmtiaeiv-
cèrent l'attaque, tandis que là flotte restait simple spec-
tatrice du combat. Les chrétiens fihirent.par demander
quartier au sultan pl-H'asan ben c Ali [qui était disposé
à y consentir] ; mais les Arabes s'y étant refusés, le
15 djomâda II (29 août) les assiégés firent une sortie^ et
les Arabes tombant sur eux les massacrèrent jusqu'au
dernier. La flotte comprenait environ trois cents bâti4
ments ( .jUaJ.) portant environ mille cavaliers. c Abd er-
Rah'mân ben c Abd el- e Azîz (*),• raconte Aboû'ç-Çalt, m'a
rapporté ceci: « Je vis à la porte [du palais] de Roger;
en Sicile, un Franc porteur d'une longue barbe qui, en
saisissant l'extrémité de ses mains,. [P. 319] jurait par
l'Evangile* qu'il n'en enlèverait pas: un poil tant qu'il ne
se serait pas vengé des habitants de Mehdiyya. Je pris
des renseignements sur lui, et l'on me dit,, que lors de la
déroute dont il est question, il s'était arraché la barbe
(1) Telle est la date du texte, qui est fautif, ainsi que le prouvent;
ce qui précède et ce qui suit. U faut sans doute lire, comme Ta fait
remarquer Amari, le 29 djomàda 1 (24 juillet).
(2) 'Abd er-Rah*màfr ben 'Abd ePAzîz Naçràni commandait, de;
concert avec Georges d'Antioche, la flotte de Roger. •
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- 404 -
jusqu'à en saigner. » L'ouvrage historique d'Aboû'ç-Çalt
sur Mehdiyya et El-H'asan ben 'Ali, émir de cette ville,
^'arrête à l'année 517 (2 mars 1123). L'émir El-H'asan
resta le souverain de cette ville et de la région jusqu'en
543 (21 mai 1148), date où il en fut chassé par la conquête
qu'en fit le prince régnant en Sicile (*>.
En 518 (18 février 1124), pendant qu'El-H'asan régnait
en Ifrîkiyya, le Mahdi et les Almohades devinrent tout-
puissants dans le Maghreb. Cette même année mourut
le prince de Bougie El- c Aziz billâh, à qui succéda son fils
Yah'ya. Les Benoû'n-Nàçir ben Ghilnâs ben H'ammâd,
qui régnaient à Bougie, à El-K'al e a et dans cette région,
avaient pour vizirs les Benoû H'amdoûn, qui se succé-
daient de père en fils dans cette charge. Meymoûn ben
H'amdoûn était vizir de ce Yah'ya, qui eut un fils dont
il fit son héritier présomptif et à qui, de son vivant, il
confia le. soin des affaires. Ce jeune homme diminua l'au-
torité de Meymoûn/ dont il dépréciait les actes et qu'il
nommait le cheykh menteur ; alors Meymoûn, craignant
pour sa vie, s'adressa à Aboû Moh'ammed c Abd el-Mou'-
min( 2 ).
En 519 (6 février 1125), aucun changement ne survint
dans la situation d'El-H'asan ben c Ali. Le chrétien Ibn
Rodmîr attaqua (en Espagne) les territoires musulmans,
dont il conquit les villes les unes après les autres et
qu'il réduisit à l'extrémité.
(1) Ce paragraphe, de même que le précédent, figure dans la Biblio-
teca (il, 34). Voir aussi sur ces événements Ibn el-Athir, x, 431 du
texte arabe ; Berbères, h, 26 ; Tidjâni, dans le /. As., 1853, i, 380.
(2) Ibn Ktaaldoûn ne parle pas de Meymoûn ben Hamdoùn ; mais
le seul passage où Ibn el-Athir (texte ar., xi, 103 ; Biblioteca, i, 477)
cite ce vizir ne parait pas justifier l'assertion du Bayân.
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v #\-
— 465 —
En 520 (2G janvier 112G), les troupes coalisées des
musulmans d'Espagne marchèrent contre l'ennemi de
Dieu Ibn Rodmir, qui depuis des années faisait subir
aux fidèles toute espèce de maux* 1 ). Il y eut une grande
bataille où les musulmans l'emportèrent d'abord, puis
sur le bruit que Temîm P) s'enfuyait pour échapper à la
mort, les musulmans se débandèrent et furent massa-
crés par la cavalerie chrétienne, qui prit leur camp et ce
qu'il renfermait. Temîm regagna Grenade, et les cava-
liers ennemis, s'élançant dans toutes les directions,
égorgèrent à leur gré les fuyards éperdus. Ceux-ci ne
trouvèrent un refuge que dans les forteresses existant
à proximité, [P. 320] où Dieu les mit à l'abri de la fureur
des vainqueurs.
En 521 (16 janvier 1127), d'autres disent en 520 (26 jan-
vier 1126), AbotVl-Welid ben Rochd se rendit à Merrâ-
kech pour traiter des affaires (d'Espagne) avec r Ali ben
Yoùsof ( 3 ). Temîm fut révoqué [et éloigné] de Grenade.
En 522 (5 janvier 1128), sur le conseil donné par Ibn
Rochd, c Ali. ben Yoûsof fit élever les murailles de Mer-
ràkech, pour lesquelles il dépensa soixante- dix mille
dinars.
(1) Voir Ibn el-Athîr (texte ar., x, 444). Il s'agit de l'expédition
d'Alphonse le Batailleur, roi d'Aragon, dont on trouve la relation
dans les Recherches deDozy, 3 e éd., i, 348. Merràkechi y a aussi fait
allusion, p. 153 de ma traduction. La bataille d'Arnisol est du 13
çafar 520 (9 mars 1126).
(2) C'est-à-dire Aboû't-Tàhir Temim ben Yoûsof, gouverneur d'Es-
pagne (Dozy, l. Z., 355).
(3) Son voyage était causé par le désir de renseigner l'Almoravide
•Ali ben Yoùsof sur la situation de la Péninsule ; le départ du savant
eut lieu le 3 rebi' I ou 30 mars 520 {dito> p. 362).
30
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.c'^y&WF
v*H
- \m -
En la même année, le prince de Bougie El-'AzizH) bil-
làli ben BU-Mançoùr envoya contre Mehdiyya une armée
à la tête de laquelle il plaça Ibn el-Mohalleb, qui vint
camper sous les murs de la ville, mais qui ensuite se
retira.
Mot'arrif ben c Ali ben H'amdoûnl?) Zenâti arriva à
Tunis, d'où il chassa Ah'med ben c Abd el-^Aziz ben c Abd
el-H'akV ben Khorâsân, qui se retira au Hedjâz et qui
y mourut la même année, ainsi qu'il sera dit Ce fut
Kerâma ben El-Mançoùr Ganhâdji qui, cette année-là,
prit le gouvernement de Tunis au nom du prince de
Bougie.
En 523(24 décembre 1128), H'asan ben c Ali continua
de rester éi^iir dlfrik'iyya, comme Tannée précédente,
tandis que Yah'ya ben El- c Aziz billâh continua de rester
prince de Bougie, avec Meymoûn ben H'amdoûn comme
vizir.
En 524 (14 décembre 1129), El-Amir, qui régnait en*
Egypte et qui était un homme violent et entêté, fut tué
par H'irz el-Moloûk, l'un de ses gardes, qui avait accaparé
toutes les prérogatives du vizirat. Le défunt avait désigné
f Abd el-Medjid comme héritier présomptifs.
(1) Il faut lire Yaliya ben el-*Aziz, puisqu'El -'Aziz était mort en
515. C'est d'ailleurs ainsi qu'Ibn Khaldoûn {Berb., n, 27) nomme le
prince de Bougie qui expédia à une date indéterminée, mais posté-
rieurement à la première campagne de Roger contre Mehdiyya, des
troupes de terre et de mer contre cette dernière ville. Ibn el-Athir
(xi, 19, du texte arabe) ne parle que d'une seule expédition de Yah'ya,
en 529 ; il semble que les détails qu'il donne s'appliquent à celle de 522.
(2) Le texte lit Khazroûn, que j'ai corrigé en Hamdoûn {Berbères,
il, 27, 30 et 57 ; Ibn el-Athir, xi, 19 du texte arabe ; infrà p. 475.
(3) Nous avons déjà vu p. 431 que notre auteur attribue l'assassinat
d'El-Amir à H'irz el-Moloûk, ce qui est en opposition avec le récit
du Khitat ; la version de ce dernier ouvrage concorde avec celle d'El-
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- i<)7 -
, « En 527 (11 novembre 1132) <*>, dit El-\Varràk* dans son
MiWbâs, Dieu suscita un groupe d'hommes qui se conju-
rèrent pour tuer l'impie tyran El-Amir, qui régnait en
Egypte. On dit que, décidés à sacrifier leur vie, ils ^arri-
vèrent à cet effet de Syrie au nombre de dix et que, ins-
tallés à Miçr, ils surent la date à laquelle le prince devait
sortir à cheval. Or, chaque fois qu'une de ces sorties
avait lieu, toutes les boutiques et maisons du parcours
étaient fermées, et nul ne passait que le prince : ia moi-
tié de ses troupes le précédait, l'autre moitié le suivait,
et à égale distance entre le prince et chacune de ces
deux moitiés chevauchaient deux cavaliers, tandis que
lui-même s'avançait entouré de quatre esclaves noirs.
Gomme il se trouvait un four situé sur la route qu'il
devait parcourir, les conjurés portèrent de la farine au
patron de ce four en lui disant que, étrangers et prêts h
partir, ils lui demandaient de faire cuire cette farine. Le
boulanger s'excusa d'abord, [P. 321] en alléguant le pas-
sage du sultan, puis se laissa séduire par leurs offres à
condition qu'ils fissent vite. On détourna son attention
en causant avec lui, mais quand la tête de la première
moitié vint à passer, il insista violemment pour qu'ils
sortissent. Alors ses clients le rejetèrent à l'intérieur en
le bâillonnant avec ses propres vêtements, puis poussè-
rent la porte jusqu'à ce qu'on entendit le bruit des sabots
Warràk, mais donne la date du 4 (ou du 14) dhoùl-kada 524. Makrizi
n'émet pas contre El-Amir des appréciations aussi rigoureuses que
celles de notre texte. C'est l'équivalent de ces dernières que Ton
retrouve dans les Nouvelles recherches sur les Ismaéliens de M. De-
frémery, qui ne connaissait pas alors le récit du Bayân (J. As., 1854,
I, 415).
(1) Le Mik'hâs est, à ma connaissance, le seul ouvrage qui donne
cette date de 527. Sur cette chronique, voir p. 377, n. 2.
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:: ^^ms^
- 468 -
du cheval [que montait le prince] : alors un vieillard de
la bande, sortant le premier, se jeta le front contre terre
en criant : a Nous recourons à Dieu et à la justice de Notre
Seigneur! » Quand ses prosternations toujours renouve-
lées l'eurent suffisamment rapproché, il saisit les rênes
du cheval et, sortant son poignard, il le frappa au poi-
trail. L'animal tomba, et les autres conjurés se précipi-
tant poignardèrent le prince jusqu'à ce qu'il mourût,
mais eux-mêmes furent sur le champ massacrés. C'e^t
ainsi que Dieu délivra le monde de ce tyran impie, le
plus chaud soutien des injustes, le meilleur suppôt de
l'enfer, car il fit goûter les plaisirs qui y mènent et per-
mit fout ce qui est défendu en se livrant publiquement
aux plaisirs et à d'autres infamies pour lesquelles je de-
mande à Dieu de maudire les Chiites GbeyditesW. »
En 528 (31 octobre 1133), les gouverneurs d'Ifrîk'iyya
restèrent les mêmes que l'année précédente.
En 529 (21 octobre 1134), les Almohades annoncèrent
la mort du Mahdi et donnèrent à c Abd el-Mou'min le
titre de Prince des croyants < 2 ).
En la même année, c Abd el-H'ak'k' ben c Abd Allah ben
Ma c îcha devint kûdi de Fez; il fît jeter le vin dans les
rues, briser les tonneaux qui le contenaient et sévit très
durement contre ceux qui s'y adonnaient. Il fit agrandir
la. grande mosquée, et les travaux entrepris à cet effet
furent terminés à la fin de l'année W.
(1) Autant qu'on en peut juger par ce que dit Makrizi, ces impré-
cations sont presque exclusivement l'expression d'une ardente ortho-
doxie.
(2) C'est à l'année 524 qu'on fait ordinairement remonter l'avène-
ment d'*Abd el-Mou'min (Merràkechi, trad. fr., 168 n.),
(3) D'après le Kartâs (texte, pp. 33 et 34), ces travaux furent com-
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- 469 -
En 530 (10 octobre 1135), c Ali ben H'ammoûd, qui était
au service cki prince de Bougie [Yahya ben] El- c Azîz ben
El-Mançoûr, arriva sous les murs de Mehdiyya avec des
troupes et de l'argent destiné aux Arabes ; il établit son
camp en dehors de Zawila et attaqua par mer aussi bien
que par terre. Le prince de Mehdiyya fit sortir du port
sa flotte, qui prit aux ennemis deux corvettes (w^) dont
les chefs furent jetés en prison. Puis, les Arabes étant
arrivés au secours de Mehdiyya, l'armée de Bougie se
retira au bout de soixante-dix jours. El-H'asan ben c AIi
donna Tordre d'exécuter les capitaines des deux bâti-
ments qu'on avait pris, mais cela ne se fît sous ses pro-
pres yeux que pour un seul, l'autre étant mort des suites
de ses blessures (*).
[P. 322] En cette année, une flotte envoyée par Roger
de Sicile attaqua. File de Djerba, qu'elle conquit et dont
elle fit les habitants prisonniers^).
En 532 (18 septembre 1137), mourut c Abd el-Medjid,
prince d'Egypte ; à propos du choix de son successeur,
il arriva aux Chiites une affaire étrange qui sera racon-
tée en son lieu( :j ).
En 536 (5 août 1141), moururent Aboû c Abd Allah Mâ-
zeri et Aboû' ç-Çalt (*).
mencés en 528 par le kàdi Aboû 'Abd Allah Mohammed ben Dàwoùd
et terminés par *Abd el-Hakk.
(1) Cl. Ibn el-Athir (xi, 19 du texte ar.). J'ai, comme plus haut, dû
compléter le texte en ce qui concerne le nom du prince de Bougie.
(2) Cet alinéa figure dans la Biblioteca {u, 37). C'est en 529 qu'eut
lieu cette conquête d'après Ibn el-Athir (xi, 20 du texte ar.).
(3) Cette allusion se rapporte, je crois, à l'accession d n Abbàs ben
Aboû'l-Fotoûh au vizirat (Wûstenfeld, G. d. Fatim. Ch., 313).
(4) Moh'ammed ben * Ali ben 'Omar Temimi Màzeri est le célèbre
juriste malèkite auquel Sidi Khalil se réfère souvent dans son Mokk-
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— 470 -
Eu la même année, le prince de Mehdiyya s'empara,
dans les circonstances qui suivent, du bâtiment cons-
truit par le prince de Bougie et envoyé avec des pré-
sents au khalife d'Egypte. Il y avait à Alexandrie un
bâtiment appartenant à El-H'asan ben c Ali et auquel
le chef du port refusa la sortie, à cause du bruit courant
d'une ruplure entre El-H'asan et le khalife d'Egypte et
d'un accord probable entre celui-ci et le prince de
Bougie. Ce navire fut donc retenu lors du départ de tous
les autres, parmi lesquels celui de Bougie, qui emportait
des marchandises de grande valeur appartenant à des
marchands, ainsi que des cadeaux destinés au prince de
cette ville. El-H'asan prit alors les mesures nécessaires,
s'empara du bateau en question et le fit décharger. Ce
bâtiment resta ainsi allégé jusqu'au moment où il fut mis
en pièces par une tempête survenue en«octobre.
La même année Djordji (Georges), parti de Sicile à la
tête de vingt-cinq corvettes (^Jf), dirigea une attaque
contre le port de Mehdiyya, où il prit tous les bateaux
qui y étaient amarrés, et, entre autres, un bâtiment neuf
construit avec les matériaux provenant de celui qui,
arrivé d'Egypte, avait été brisé par la tempête.
En 537 (26 juillet 1142), la flotlede Sicile dirigea contre
Tripoli une attaque où Dieu déçut ses espérances. <
taçar, voir sur lui les mss 851 d'Alger, f. 33 ; 2103 de Paris, f. 35 v°,
et 5032 ici. y f. 118 v°. La liste de ses ouvrages est donnée dans le,
ms 2106 de Paris, f. 232.
Aboû'ç-Çalt Omeiyya ben 'Abd el-'Aziz ben Aboù\:-(jalt Andalosi
est un poète et polygraphe souvent cité (Ibn Khallikàn, i, 228; iv,
99; Hadji-Khalfa, n° 7802 de l'index). Ni l'un ni l'autre de ces deux
auteurs, qui le font~mourir en 529, ne rappellent cependant sa chro-
nique, oit ont puisé notre auteur et Ibn Khaldoùn (cf. Berbères, n,
36, et BiUioteca, n, 469 et 483).
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- 471 -
En 538 (15 juillet 1143), elle attaqua Sfax, qui [fut con-
quise et] passa ainsi sous la domination de Roger de
SicileW.
En 543 (21 mai 1148), les chrétiens s'emparèrent de
Mehdiyya, que quitta le prince qui y régnait, El-H'asan
beù e Ali ben Yah'ya ben Temim ben el-Mo c izz ben Bàdis
ben el-Mançoûr ben Bologgîn ben Ziri ben Mennâd
ben Mank'oûch Çanhâdji, avec ses serviteurs et tout ce
qu'il possédait, et que suivirent dans sa fuite les habi-
tants et leurs familles. Le général de Roger de Sicile
était Djordji ben Mikhâ'il Antâki, dont le père était un
renégat appartenant [P. 323J à Temim [arrière-grand']-
père d'El-H'asan; ce maudit connaissait bien les points
faibles de Mehdiyya et d'ailleurs, et d'accord avec son
maître Roger, ils combinèrent si bien leurs ruses qu'ils
finirent par se rendre maîtres de la ville en la dite année
543( 2 ). Cette déplorable affaire est connue sous le nom de
Catastrophe du lundi. Mebdiyya ne sortit des mains
des chrétiens que par la conquête qu'en firent les Almo-
hades, ce que je raconterai dans le règne de ceux-ci.
Lors de la conquête chrétienne, la disette sévissait en
Ifrik'iyya et les habitants de Tunis avaient des craintes
à cause des chrétiens habitant le littoral. Le prince de
Sicile avait en effet conquis Sfax et était entré à Bône,
dont il réduisit les habitants en esclavage. Les Tunisiens,
en conséquence, se mirent à faire des approvisionne-
(1) Cet alinéa et les deux précédents figurent dans la Biblioteca
(ii, 37). lbn el-Athir parle en outre d'expéditions des chrétiens contre
Brechk, Kerkenua, Tripoli etGanès, en 539, 540, 541 et 542, xi, 68, 70
et 79 du texte ar. ; cf. Berbères, m, 268 ; Tidjàni, J. As., 1853, i, 385.
(2) Sur cette conquête de Mehdiyya, voir lbn el-Athir, xi, 82 du
texte ar. ; Berbères, n, 27: Tidjàni, J. As., 1853, i, 385.
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ments et des préparatifs de guerre; ils montaient régu-
lièrement la garde auprès de la Porte de la mer, sous
les yeux du gouverneur de la ville, Ma c add ben el-
Mançoûr, qui se tenait dans le bureau (<j|^) près de la
Porte. Un jour qu'ils étaient dehors pour faire leur
tournée, ils trouvèrent une barque en train d'opérer
un chargement de blé. La foule trouva mauvais que Ton
expédiât du blé par ce temps difficile dans des lieux
soumis à la domination chrétienne, et fut d'accord pour
l'empêcher. Un tumulte se produisit, des clameurs s'éle-
vèrent, et comme des hommes de Ma c add ben el-Man-
çoûr voulaient mettre le holà, on les attaqua à main
armée, eux aussi bien que les esclaves noirs de Ma c add,
et on en fit un carnage terrible, puis on mit le feu à la
tour du bureau. Ma'add alors en sortit et se remit lui-
même entre les mains de la foule ; mais celle-ci, sans le
toucher, enlevait ses soldats et ses esclaves de dessous
les pieds de son cheval pour les massacrer. Alors
Ma c add, resté à Tunis au pouvoir de la populace, écrivit
à Bougie, d'où une corvette, vint le prendre, lui et ses fils,
et l'emmena dans cette ville. La direction de Tunis fut
exercée pendant peu de temps par un officier desÇanhâ-
dja, qui ensuite se retira, et la ville tomba aux mains de
la foule. Alors eurent lieu les désordres bien connus
chez eux et les combats que se livrèrent les habitants de
la Porte es-Soweyk'a et ceux de la Porte el-Djezira.
Celui qui alors les administrait était leur kàdi Aboû
Moh'ammed c Abd el-Mon r im, fils de l'imâm Aboù'l-
H'asan. Mais comme ils avaient de plus en plus peur
tant du prince de Sicile que de [P. 324] celui de Bougie,
dont ils avaient appris que la colère se traduisait par des
préparatifs de guerre contre eux, ils songèrent, avec
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- 473 -
l'aveu de leur kàdi, à prendre comme roi Moh'ammed W .
benZiyâd c Arabie). Leur résolution était arrêtée, le kàdi
et les cheykhs étaient déjà partis à la rencontre d'Ibn
Ziyàd, qui approchait, quanjl un homme du peuple poussa
le cri : a Ni Arabe ni Ghozz comme chef ! » Il s'ensuivit un
tumulte, et Ibn Ziyâd retourna à El-K'al c a< 3 ); il y fut
accompagné par le kàdi, qui avait tout d'abord voulu
rentrer dans la ville, mais qui en fut empêché par la
foule. Ce kàdi s'installa à El-K'al c a, où il mourut long-
temps après. Les uns disent qu'il tomba d'une fenêtre
d'un logement de garçon (Ja) auprès de laquelle il
dormait pendant l'été, d'autres prétendent qu'il en fut
précipité. A Tunis^ la foule députa alors à Aboû Békr
ben Ismâ'il ben c Abd el-H'ak'k' ben Khorâsân, qui entra
à Tunis de nuit, hissé sur les murailles dans un panier.
Au bout de sept mois environ de gouvernement, il y fut
l'objet d'un guet-apens de la part d' c Abd Allah, fils de
son frère c Abd el- f Aziz, ainsi que nous le dirons.
Le nom des Benoû Khorâsân venant d'être prononcé,
je vais dire d'affilée ce qui les concerne, eux et les autres
chefs de cette ville, jusqu'à la conquête Almohade.
(1) Je crois qu'il faut lire MolCris, nom du chef des Benoù 'Ali cité
plus d'une fois à cette époque [Berbères, n, 31 ; Tidjàni, J. As., 1853,
I, 386).
(2) Tout ce commeucemeut du chapitre qui a trait à Tannée 543
ligure dans la Biblioîeca (n, 37).
(3) Si Ton corrige Moh'ammed ben Ziyàd en Mohriz ben Ziyàd, il
faudra également lire ici El-Mo^llak'a (ou Malga), lieu près de
Tunis (Tidjàni, l. I. 386; Berbères, n, 31). On ne comprend guère
qu'il soit ici question d'El-K'al'a, qui appartenait alors à Yahya ben
el-'Aziz.
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- 474 —
Emirs qui régnèrent à Tunis postérieurement à la chute d'El-
Mo'izz ben Bâdis.
Quand El-Mo c izz, abandonnant K'ayrawàn et Mançoû-
riyya aux Arabes, se transporta à Mehdiyya, et que son
royaume succomba par suite des désordres soulevés par
les Arabes venus d'Orient, ainsi qu'il a été dit, ceux-ci
s'emparèrent d'un grand nombre des principaux centres
d'Ifrîk'iyya ; il y en eut qui assiégèrent Tunis ainsi que
d'autres villes voisines, telles que Bâdja, Laribus et au-
tres. Les Benoû H'ammâd, dont les convoitises s'étaient
déjà portées du côté de l'Ifrik'iyya, restèrent maîtres
pendant quelque temps du canton de K'ayrawàn, grâce à
leur connivence avec les Arabes et aux libéralités qu'ils
leur faisaient. L'autorité d'El-Mo c izz cessa donc de se
faire sentir à Tunis et ailleurs, et cette dynastie fut im-
puissante à protéger Mehdiyya. Les chefs de cette ville
allèrent en conséquence trouver En-Nàçir ben Ghilnàs,
qui était alors à El-K'al c a, [P. 325] siège et capitale de
la dynastie (h'ammâdite), pour lui demander de s'occu-
per de leur ville et d'y nommer un gouverneur qui le
représentât. Il leur répondit de choisir parmi eux ufi
cheykh qui dirigeât leurs affaires, lui-même se bornant
li y garder la haute main. On dit qu'ils cherchèrent donc
à nommer un des principaux d'entre eux, lequel déclina
cette responsabilité. Ce fut alors c Abd el-H'ak'k' ben
c Abd el- c Aziz ben Khorâsàn qui l'administra au nom
d'Kn-Nâçir jusqu'à sa mort, survenue en 488 (10 janvier
1095). Son fils f Abd ei- r Aziz ben f Abd el-H'ak'k' lui
succéda dans ses fonctions et mourut en 500 (l or septem-
bre 1106). Il fut remplacé par son fils Ahmed ben c Abd
el- c Azîz, qui la gouverna pendant vingt-deux ans,
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— 475 -
période au bout de laquelle il fut chassé et envoyé à
Bougie par Mot'arrif ben c Ali ben H'amdoûnW. Il avait
construit à Tunis le palais dit des Benoû Khoràsân. Sa
dure administration ne fut pas celle d'un cheykh, mais
d'un vrai tyran : il fit exécuter son oncle Ismâ c il ben
c Abd el-H'ak'k', qui avait plus de titres que lui à
exercer le pouvoir, et Aboû Bekr, fils d'Ismâ c il, crai-
gnant de subir le même sort, s'enfuit pour aller vivre à
Benzert ; il exila de nombreux habitants et cheykhs
tunisiens à Mehdiyya et ailleurs, et exerça l'autorité la
plus absolue. Quand El-Mançoûr, prince de Bougie, eut
connaissance de ces faits, il envoya un corps de troupes
commandé par Mot'arrif ben c Ali ben H'amdoûn, qui
arriva en 522 (5 janvier 1128) devant Tunis. Ah'med en
sortit et se livra lui-même à Mot'arrif, qui l'envoya à
Bougie.
Kerâma ben el-Mançoûr, des Benoù H'arnmâd, gou-
verna alors Tunis jusqu'à sa mort, survenue en 500 et
tant ( 2 ). Son frère Aboû'l-Fotoûh' ben el-Mançoûr la gou-
verna -ensuite jusqu'à sa mort. Il eut pour successeur
Moh'ammed ben Aboû'l-Fotoûh', que ses procédés peu
satisfaisants firent chasser, et qui fut remplacé par
Ma c add ben El-Mançoûr, le dernier d'entre eux, jusqu'en
543 (21 mai 1148), où les chrétiens conquirent Mehdiyya.
La population tunisienne, qui avait peur de ceux-ci, s'in-
surgea contre Ma c add, comme on l'a vu, et cette émeute
(1) Sur ce nom, voir ce qui a été dit suprà, p. 466 n.2. Les événe-
ments dont il est ici parlé sont également racontés par Ibn Khaldoùn
{Berbères y n, 29).
(2) Ibn Khaldoùu ne lixe pas non plus cette date.
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- 476 -
donna lieu à Téchauffourée bien connue (*). Une députa -
tion fut alors envoyée à Benzert, et le peuple élut [P. 326]
Aboû Bekr ben Ismâ c il ben c Abd el-H'ak'k', qui fut au
bout de sept mois victime de la trahison du fils de son
frère c Abd el- c Aziz. On le mit dans une barque, et la mer
rejeta bientôt son cadavre près du fort (k'al c a) d'ibn
Ghaboùs< 2 ) ; selon les uns, il se noya, selon d'autres on le
noya. c Abd Allah précité exerça ensuite le pouvoir pen-
dant une dizaine d'années. C'est lui qui fit exécuter le
kàdi Abou 1-Fad'l Dja c far ben H'ohvân, en même temps
que son fils et le fils de sa sœur, Ibn el-Bennàd, parce
qu'il craignait qu'ils ne réunissent les Arabes contre lui.
C'est de son temps qu ,f Abd el-Mou'min envoya c Abd
Allah ben Soleymàn avec quelques vaisseaux de la flotte
de Ceuta pour reconnaître Tunis et la force de résistance
qu'elle pouvait avoir, ainsi que les Arabes du voisinage;
un an plus tard, arriva Aboû Moh'ainmed c Abd Allah
ben c Abd el-Mou'min, qui assiégea pendant quelque temps
Tunis, où se trouvait c Abd Allah ben Khoràsân, mais
ensuite il battit en retraite vers Bougie. Cet événement
est de 553 (1 er février 1158).
En chawwâl 551 (novembre-décembre 1156) eut lieu la
révolte contre les chrétiens à Mehdiyya, où on les assié-
gea ( 3 >.
En 552 (12 février 1157), les chrétiens conquirent Za-
wila.
En 554 (22 janvier 1159), c Abd el-Mou'min pénétra pour
(1) Echauffourée dont il a été question p. 472 ; le récit des Berbères
(il, 31) u'est pas entièrement identique au nôtre.
(2) Lisez probablement K'al'at Ibn Ghannoûch {Berbères, n, 42).
(3) Un récit plus détaillé nous est fourni par Ibn el-Athir (xi, 134,
du texte arabe).
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- 477 -
la seconde fois en If rik'iyya ; il commença le siège de
Tunis, qu'il abandonna ensuite, et assiégea les chrétiens
àMehdiyya.
En 555 (11 janvier 1160), Aboû Mohammed e Abd el-
Mou'min pénétra à Mehdiyya par composition ; ce fut le
10 moharrem (20 janvier) que les Almohades devinrent
maîtres de cette ville ( f ).
En 558 (9 décembre 1162), eut lieu la grande affaire du
samedi, c'est-à dire que les chrétiens arrivèrent à Meh-
diyya ; ils prirent aussi Sousse, qu'ils évacuèrent en-
suite.
En 573 (29 juin 1177), eut lieu la grande affaire du ven-
dredi ou descente des chrétiens à Mehdiyya; mais en
rebi c II Ibn c Abd el-Kerim la reprit par trahison.
Le Mayorcain Yah'ya ben Ghâniya entra dans cette
ville en cha c bàn 578(29 novembre-27 décembre 11 82) (2) et
y resta avec ses partisans les Lemtoûna et les Mesoùfa ;
c'est de là que partaient les expéditions qui le rendirent
maître d'une partie de rifrikiyya. Mais Aboû c Abd Allah
(1) Sur le siège de Mehih'yya, voir Ibn el-Athir Ui, 160 du. texte
arabe ; Merràkechi, irad. p. 196 ; Tidjàni, {. h 397 ; Zerkechi, p. 12 de
la trad. ; H. des Berbères, n, 29 et 193 ; Kartâs, p. 129 du texte
arabe. Le second de ces auteurs semble en placer la prise sous
Tannée 554 ; comparez aussi le Kartâs.
(2) Ces dernières lignes, ainsi que les cinq alinéas qui précèdent,
se retrouvent dans la Biblioteca, n, 40. Après avoir conquis Mehdiyya,
' Abd el-Mou'min en confia le gouvernement à Moh'ammed ben Faradj
Koûmi, qu'il donna comme mentor à H'asan ben 'Ali, ancien chef
de cette ville. Sous le règne d'EI-Mançoùr Aboû Yoûsof, second suc-
cesseur dn fondateur de l'empire almohade, Moh'ammed ben 'Abd
el-Kerim Redjràdji se déclara indépendant dans cette ville, en 595 ;
mais il y fut assiégé et pris en 597 par Yahya ben Ghaniya. Moh'am-
med en-Nàçir TAlmohade enleva Mehdiyya à ce dernier le 27 djomà-
da I 602. Tel est le récit de Tidjâni {l. L 401, suivi par Ibn Khaldoùn,
Berbères, n, 97) ; Cf. Zerkechi, trad. p. 21.
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- 478 -
en-Nâçir pénétra dans cette ville à la tête des Almohades
en djomâda I 602 (comm. 13 décembre 1205).
[P. 317] Emirs et gouverneurs dlfrîk'iyya sous les Omeyyades.
[et postérieurement] (*).
c Ok'ba ben Nâfi e [49 Hég.] ;
AboiVl-Mohâdjir [55 H.];
c Okba, pour la seconde fois, [02] ;
Zoheyr ben K'ays [67] ;
H assân ben en-No e màn Ghassâni [69] ;
Moûsa ben Noçayr[79?] ;
Moh'ammed ben Yezid [97] ;
Ismâ r il ben f Abd Allah [ben Abou 1-Mohâdjir, 100] ;
Yezid ben Aboù Moslim Thâkefi [101] ;
Moh'ammed ben Aws Aneàri [102] ;
Bichr ben Çaîwân [103] ;
c Obeyda ben c Abd er-Rah'inan Solami [110] ;
e Obeyd Allah ben el-H'abhïib [116] ;
Kolthoûm ben e Iyâd' [123] ;
H'anz'ala ben Çafwân [121] ;
c Abd er-Rah'mân ben H'abib Korachi [127];
Elyâs ben H'abîb [137] ;
H'abib ben f Abd er-Rah'màn [138] ;
Tels sont les dix-huit gouverneurs nommés par les
Omeyyades.
Les gouverneurs Çof rites, qui furent :
e Açim Warfeddjoumi [139] ;
(1) Dans ces listes j'ai ajouté la date de l'arrivée au pouvoir de
chaque prince ou gouverneur, d'après le Bayàn etlbn el-Athir. Voir
aussi les listes dressées par M. de Slane, intr. de 17/. des Berb.
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*- 479 -
e Abd el-Melik ben Aboû'l-Dja'di [140], eurent Une
durée d'un an et deux mois.
Le gouverneur Ibâdite Aboù'l-KhatTâb c Abd el-A c la
ben es-Samh', affranchi d'El-Ma c âfir [141J, resta pendant
deux ans.
Les gouverneurs Abbassides furent :
Mbtv atnmed ben el-Ach c ath Khozà c i [143] ;
c Isa ben Yoûsof Kaysi (0 [148] ;
El-Aghlab ben Sâlim Temîmi [148] ;
El-H'asan ben H'arb Kindi [149] ;
El-Aghlab ben Sâlim, pour la seconde fois [150] ;
e Omar< 2 > ben H'afç Mohallebi [151] ;
Yezîd ben H'âtim Mohallebi [154] ;
Dàwoûd ben Yezid [170] ;
Rawh' ben H'àtim [171] ;
Naçrben Habib [174];
El-Fad'l ben Rawh' ben H'âtim [177] ;
Harthema ben A c yan [179] ;
Moh'ammed ben Mok'àtil c Akki [181] ;
Temmâm ben Temîm Temîmi [183] ;
Moh'ammecl ben Mok'àtil, pour la seconde fois, [181].
[P. 328] Les Aghlabides sont les suivants :
Ibrahim ben el-Aghlab [184] ;
c Abd AHàh ben Ibrahim ben el-Aghlab [196] ;
[Ziyâdet Allah I, fils d'Ibrahim, 201] ;
El-Aghlab ben Ibrahim ben el-Aghlab [223];
Moh'ammed ben el-Aghlab ben Ibrahim [226] ;
(1) Nous avons vu plus haut (p. 83) le nom de ce personnage sous
la forme *I c a ben Moûsa Khoràsàni.
(2) L'orthographe 'Omar paraît être la plus usuelle ; on a vu ce
nom sous la forme 'Amr, ci-dessus, p. 85 et s.
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* ™ïl
- 480 -
Ah'med ben Moh'ammed ben el-Aghlab ben Ibrâhîm
[242] ;
Ziyâdet Allah (II) ben Moh'ammed ben el-Aghlab ben
Ibrahim [249] ;
Moh'ammed ben Ahmed ben Moh'ammed. ben el-
Aghlab ben Ibrâhîm [250];
Ibrahim ben Ah'med ben Moh'ammed ben el-Aghlab
ben Ibrahim [261] ;
[Aboû' MAbbâs] c Abd Allah ben Ibrahim ben Ah'med
ben Moh'ammed ben el-Aghlab ben Ibrahim ben el-
Aghlab [289] ;
[Ziyâdet Allah III ben f Abd Allah, 290] ;
avec qui finit la dynastie Aghlabide en Ifrik'iyya en '296.
Les Chi c ites Obeydites sont :
Aboû c Abd Allah, le missionnaire ;
c Obeyd Allah le Mahdi, de qui descendent les Obeydi-
tes d'Egypte [296] ; v
Son iils Aboul-K asim ben c Obeyd Allah [322] ;
Ismâ c ii ben Aboû'l-K'âsirn [334], fils du précédent ;
[Et El-Mo f izz Ma c add, 344] qui régna en Egypte, où il
se rendit vers la fin de sa vie.
Les Çanhâdja relevant des Obeydites et nommés par
eux furent :
Bologgin ben Ziri [361] ; t
El-Mançoûr ben Bologgin [374] ;
Bâdis ben el-Mançoûr [386] ;
El-Mo c izz ben Bâdis [406] ;
Temim ben el-Mo c izz [454] ;
Yah'yja ben Temim [501] ;
c Ali ben Yah'ya [509] ;
Et enfin El-H'asan ben c Ali [515],sousle gouvernement
de qui les chrétiens entrèrent en Ifrik'iyya.
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TABLE DES CHAPITRES
Pages
Conquête de l'Ifrîk'iyya par Ibn Aboû Sarh' 3
'Abd Allah ben Sa'd Arairi et sa conquête de l'Ifrîk'iyya. 3
'Abd Allah ben ez-Zobeyr met Djerdjîr à mort 5
Mo'âwiya ben Hodeydj Kindi en Ifrîk'iyya 11
Aboû'l-Mohâdjir devient gouverneur de l'Ifrîk'iyya ; dé-
possession d"Okba ben Nâfi' 17
Bataille entre Zoheyr ben Kays et Koseyla ben Lemzem . 20
Zoheyr se retire à Barka et y est tué 21
Gouvernement de H'assân ben en-No'mân 23
La Kâhina est mise en fuite par H'assân 25
Mort violente de la Kâhina. 28
Gouvernement de Moûsa ben Noçayr 31
Il conquiert le Maghreb el-Akça 35
Gouvernement de Moh'animed ben Yezîd 42
Gouvernement de Bichr ben Çaf wân 46
Gouvernement d"Obeyda ben ' Abd er-Rahmân Solami . . 47
Gouvernement d"Obeyd Allah ben el-Habhàb 49
Gouvernement de Kolthoûm ben 'Iyâd 54
Des Berghawâta et de leur apostasie •. . . 57
Gouvernement de H'anz'ala ben Çafwân 59
Tentative d"Abd er-Rah'mân ben H'abîb Fihri ; chute
des Omeyyades 62
Suite de l'histoire d"Abd er-Rah'mân ben H'abîb 73
Meurtre d"Abd er-Rah'mân , . 74
Gouvernement d'Elyâs ben H'abîb 75
Révolte de H'abîb ben 'Abd er-Rah'mân 76
Révolte d"Isa ben Moûsa 83
Gouvernement d'El-Aghlab ben Sâlim Temîmi 83
31
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.^TW,;^
- 482 -
Pages
Gouvernement d" Amr ben Hafç Kabîça 85
Gouvernement de Yezîd ben Hâtim 89
Gouvernement de Dâwoûd ben Yezîd ben Hâtim 96
Commencement de la dynastie Idriside au Maghreb 96
Gouvernement de Rawh ben Hâtim ben Kabîça 99
Gouvernement de Naçr ben Habib Mohallebi 100
Gouvernement de Harthema ben A'yan 106
Gouvernement de Moh'ammed ben Mokâtil 'Akki 107
Révolte de Temmâm ben Temîm Temîmi 108
Gouvernement d'Ibrâhîm ben el-Aghlab ben Sâlim 111
Règne de Ziyâdet Allah ben el-Aghlab M8
Règne d'Aboû «Ikâl el-Aghlab ben Ibrâhîm 136
Règne d'Aboû'l-' Abbâs Moh'ammed ben el-Aghlab 137
Règne d'Aboû Ibrâhîm Ahmed ben Moh'ammed 144
Règne de Ziyâdet Allah ben Moh'ammed ben el-Aghlab. 147
Règne d'Aboû'l-Gharânîk Moh'ammed ben Ahmed ben
Moh'ammed 147
Règne d'Ibrâhîm ben Ahmed ben Moh'ammed 151
Débuts de la dynastie Obeydite 163
Anecdote relative à Ibrâhîm ben el-Aghlab et à Aboû'l-
Ahwaç 173
Renseignements généraux sur Ibrâhîm ; sa mort 176
Règne d'Aboû'l-' Abbâs ben Ibrâhîm 179
Règne de Ziyâdet Allah ben Aboû'l-' Abbâs <Abd Allah. . 180
Les Aghlabides quittent l'Ifrîk'iyya 200
Règne des Ghi'ites 204
Aboû 'Abd Allah va rejoindre 'Obeyd Allah à Sidjilmâssa. 209
Histoire de Sidjilmâssa 215
Arrivée à Rakkâda d"Obeyd Allah 218
'Obeyd Allah fait mettre à mort Aboû 'Abd Allah et Aboû
Zâki 227
Suite des événements (années 298-301) 230
Aboû'l-Kâsim marche contre l'Egypte , 240
Récit sommaire de ce qui concerne les chefs de la ville de
Nakoûr , 248
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— 483 -
Pages
Suite. des événements. . . . . ..........;.. 255
Description de la ville de Djeràwa. . . 282
Histoire de Tâhert 283
Suite des événements ; 286
La ville de Ceuta 291
Suite des événements 295
Sidjilmâssa à partir de la conquête Chi'ite 298
Rakkâda 299
Mehdiyya 300
Règne d'Aboû'l-Kàsim el-Kà'im bi-amr Allah 3(K>
Histoire des Idrisides 303
Suite des événements 311
Règne d'Isniâ'îl el-Mançoûr 317
Règne de Ma'add el-Mo'izz 321
Les Berghawâta 324
Débuts de la dynastie Çanhâdjienne 332
Gouverneurs successifs de Baçra 344
Mort d'Aboû'l-Fotoûh Yoûsof ben Zîrî .* 350
Gouvernement de son fils AboiVl-Fath' el-Mançoûr 350
Gouvernement d'Aboû Mennàd Bâdîs ben Aboû'1-Fath'. . 364
Déroute de Tannée d'Ifrîk'iyya et succès de Zîrî ben
'Atiya 367
Les Zenâta et leur domination jusqu'à l'époque des Al-
mora vides 371
Mort de Naçîr ed-Dawla Bàdîs 395
Règne d'El-Mo'izz ben Bâdîs 398
El-Mo'izz se proclame indépendant ; fin de la domination
Obeydite en Ifrîk'iyya 408
Comment on arriva à maudire les Obeydites dans le prône . 414
Changement de la frappe des monnaies au nom des
Obeydites 415
Détails sur les Obeydites 419
Troubles qui aboutissent à la ruine de K'ayrawân 433
Fuite d'El-Mo'izz ben Bâdîs devant les Arabes 435
Affaire du Bâb Tounis à K'ayrawân 439
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zw
— 484 -
Pages
Nouvelle défaite des Çanhâdja à Hayderân. 440
Débuts de la dynastie Çanhâdjite 440
Détails sur le règne de Temîm ben el-Mo'izz . 444
Entrée des chrétiens à Mehdiyya 449
Règne de Yahya ben Temîm 454
Règne d"Ali ben Yahya ben Temîm 457
Règne de H'asan ben 'Ali ben Yahya 461
Emirs de Tunis postérieurs à El-Mo'izz ben.Bâdîs 474
Emirs et gouverneurs d'Ifrîk'iyya depuis l'origine 478
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INDEX GENERAL
<Abbàd b. Kethtr, 234.
— b. Merwàn, 416.
'Abbàs b. Ahmed b. Toûloùn, 153
et s.
El-'Abbàs b. Bàdi'a Kelbi, 46.
— b. el-Fadl, 142-146.
— b. Nàçih, 328.
— b. el-Welld fakih, 132.
AboùVAbbàs b. 'Ali, gouverneur
de Sicile, 157.
— b. Aboù Khidàch, 199.
— Makhfoùm, frère du Chi'i,
206, 209, 210, 213, 228 et
s., 422 et s.
— Seffàh, 69 et s., 72.
Ibn 'Abbàs, 196.
Abbasides, 67, 68, 73, 113, 479.
'Abbàsiyya, 112.
'Abd el-A'la b. Moûsa b. Noçayr,
39.
— b. Hodeydj, 51.
— b. es-Samh Ma'àfiri, 79 et s. ,
283, 479.
'Abd Allah b. 'Abd el-'Aziz b.
Khoràsân, 473, 476.
— b. 'Abd el-Melik b. Mer-
wàn, 34.
— b. 'Abd el-Mou'miu, 476.
— b. 'Abd Rabbilii, 102 et s.
— b. Ahmed b. Tàleb, 149,
150, 153, 159.
'Abd Allah b. 'Ali Abbaside, 73.
— b. Aboù 'Amir, 373. —
— b. 'Amr b. el-'Açi, 13.
— 'Ayni, 277.
— b. Bologgîn, 356.
— b. eç-Çà'igh, 181-2, 184, 190,
197, 198, 200, 202, 203.
— b. Aboû'l-Djewàd, 135, 140,
141.
— b. Aboù Hassan Yahçobï,
60, 137, 138, 188.
— b. Hayyàn ibadite, 82.
— b. Ibrahim b. AboùVAftya,
377.
— b. Ibrahim b. Aghlab, 116
et s., 119, 479.
— b. Ibrahim b. Ahmed Agh-
labi, 162, 173-176, 178-
180, 480.
— b. Idris b. Idris, 305.
— b. Kays, 12.
— b. Khazer, 273.
— b. Menkoùt, 449.
— b. Meymoûn Kaddàh, 420,
421.
— b. AboiVl-Minhal, 223.
— b. el-Moghira, 46.
— b. Moh'ammed b. AboùM-
Hasan, 360.
— b. Mohammed dit Ibn el-
Kadim, 233.
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486
'^F&S
'Abd Allah b. Mohammed Djoràwi,
le poète, 407.
— b. Mohammed, le kàtib, 334
et s., 347, 349, 351-358.
. — b. Mohammed b. Mofar-
redj, 193.
— b. Mohammed Mohallebi,
103.
— b. Mohammed, Omeyyade,
226.
— b. Mohammed Ro'ayni,
259.
— b. Mohammed Temîmi,
234.
— b. el-Mo'izz b. Bàdis, 444.
— b. Moùsa b. Noçayr, 32,
37-39, 43, 44.
— b. Aboû 'Ofeyr, 326.
— b. 'Omar b. Khattàb, 3, 22.
— b. Sa'd, 3 et s., 11.
— b. Sa'id b. Idris, 249.
— b. Selmàn, 296.
— b. es-Simf Kindi, 91.
— b. Soleymàn, 476.
— b. Aboû Tàleb, 181.
— b. Tha'leba b. Mohàiïb, 309.
— b. el-Welid (Ibn el-Fon-
doki?), 225.
— b. el-Welid b. Moghira, 385.
. — b. Ya'koùb, 150.
— b. Yâsin, 376.
— b. Yezid b. Hàtim, 103.
— b. Yezîd (Aboû <Awn), 69.
— b. Yoùsof b. Zîrî, 363.
— b. ez-Z'àhir, le fatimide,
405.
— b. ez-Zobeyr b. el-Awwàm,
3, 5 et s., 12.
Aboû <Abd Allah b. <Abd eç-Ça-
mad, 417.
— el-Ahwal Aghlabi, 178, 182.
— b. Ibrahim b. Ahmed Agh-
labi, 175.
— b. Aboû Ishàk, vizir, 158.
— el-Mo'addib, 312.
— Chi'i, 163 et s., 176, 284,
422 et s., 480.
<Abd el-Aziz b. <Abd el-Hakk, 474,
476.
— b. Cheyba, 272.
— b. Merwàn, 30-34.
— b. Mohammed b. en-No'-
màn, 383.
.— b. Moùsa b. Noçayr, 38, 39,
43.
— b. Samh' Ma'àuri, 88.
El-'Abd eç-Çàlih, 248.
<Abd eç-Çamad b. Çàlih, 248.
Ibn <Abd el-Hakam, 272, 297.
<Abd el-Hakk b. <Abd Allah, kàdi,
468.
— b. <Abd el-'Aziz b. Khorà-
sàn, 474.
; Ibn <Abd el-Kerim, 477.
<Abd el-Medjîd b. el-Amir, fati-
mide, .466, 469.
<Abd el-Melik b. Aychoûn, 313.
r- b. AboiVl-Dja'di lfreni, 78-
80, 479.
— b. Katan Fihri, 52, 53, 56,
57.
— b. el-Mançoùr l'Amiride,
372. Cf. Mozaffer.
— b. Merwàn, 10, 12, 19, 22,
23, 26, 31, 32, 34, 256.
— b. Moùsa b. Noçayr, 39.
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— 487 -
'Abd el-Melik b. Moûsa el-Warrâk,
374, 377, 467.
— b. Sekerdîd, 86.
— b. Yezîd (Aboû <A\vn), 69,
70.
'Abd el-Mon'im b. Aboù'l-Hasan,
472.
'Abd el-Mou'min b. 'Ali (Aboù Mo-
hammed), 464, 468, 476, 477.
<Abd er-Rahmàn b. <Abd Allah.
Ghàfiki, 49.
— b. <Abd el-'Aziz Nacjràni,
463.
— b. <Abd Rabbihi, 146.
— b. Aboù Bekr, 13.
— b. Elyàs, 386.
— b. Habib, 54, 57, 62 et s..
70, 73 et s., 91, 378, 478.
— b. Hassan b. Melil, 9.
— b. Mo'àwiya ed-Dàkhel, 67.
— b. Mohammed, TAmiride,
374.
— en-Nàçir TOmeyyade, 247,
255, 268, 287, 289, 290,
294, 295, 297, 322 et s.,
343.
— b. NàiiS 44.
— b. 'Okba Ghifàri, 54.
— b. Rostem, 79, 81, 86, 216,
283.
— b. Sa'id b. Idris, 249.
— b. Aboù Sel ma, 132.
— b. Zeyd b. Khattàb, 3.
— b. Ziyad b. An'am, 92.
'Abcl er-Rezzàk le kharédjite, 306.
Benoù 'Abd er-Rezzàk, 328.
<Abd es-Selàm b. 'Abd el-Wahhàb,
135.
'Abd es-Selàm b. el-Moferredj, 127,
128.
'Abd el-Wàrith b. 'Abd er-Rah-
màn, 283.
'Abd el-Wàrith b. Habib, 65 et s.
74 et s.
'Abd el-Wàhid b. Yezid Hawwàri,
59 et s.
Ibn Aboù 'Abda (Ahmed b. Mo-
hammed), 249.
'Abdoùn b. Habàsa, 220.
Ibn Abdoûs, 280.
'Abs b. Oumm el-Ançàr, 324.
Açbagh b. Wekil, 131.
Achir, 313, 350, 351, 363, 365, 367
à 370, 397.
'Achiri, 159, 185.
Açila, 130, 337-343, 346.
Açim ben Djemll, 78, 477.
'Açim Sedràti, 86.
El-Açnàm, 61.
Adena, 311. /
El-'Adhari, 293, 303.
Adherbeydjàn, 69, 94.
Benoù 'Adi, 441 et s., 445, 451.
Adjâ'ib el-bilâd xoaz-zemàn, 40.
Adjdàbiya, 237.
'Adnàn b. Ma'çem, 390.
El-AId'aï, le vizir, 430.
A/faire du vendredi, 477.
Affaire du samedi, 477.
Aflah b. 'Abd el-Wàrith, 283.
— b. Hàroùn Meloùsi, 220.
Aftekin le Turc, 336.
El-Aghlab, cousin de Sa'îd b. Çà-
lih, 251.
— b. 'Abd Allah (Ghalboùn),
119.
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T .*f?r-
- 488 ~
El-Aghlab (Aboù c Ikàl) b. Aboû'l-
Gharànik, 151, 152.
— b. Ibrahim Djezer, 136.
— ' ' — b. el-Aghlab,
119, 479.
— b. Mohammed b. el-Aghlab,
152.
— b. Sâlim Temîmi, 83 et s.,
479.
Aboû'l-Aghlab, cousin de Sa'id b.
Çàlih, 251.
Aghlabides, 226, 233, 236, 299, 479.
Aghmàt, 376, 461.
Aghmàt Heylàna, 36, 305.
Aghrar, 276.
El-Ahâsi, 462.
Ahkàm el-Kor'ân, 257.
Ahmed b. el-'Abbâs Itewwoufeti,
253.
— b. 'Abd Allah Mekfoùfi,
173.
— b. 'Abd el-'Aziz b. Kho-
ràsàn, 466, 474.
— b. 'Abd er-Rahmàn Lakh-
mi, 262.
— b. 'Abdoûn b. Wahb, 262.
— b. el-Afd'al, 431.
— b. el-Aghlab b. Ibrahim,
138 et s.
— b. Ahmed b. Ziyàd, 295.
— b. 'Ali b. Doùdàn, 259.
— b. Aboù'l-'Aych, 344.
— b. Bah'r b. «Ali, 271, 297.
— Balawi, 264.
— b. Bekr b. Aboû Sahl, 302,
310.
t — b. Dàwoùd Çawwàf, 184.
— b. Dja'far b. Moùsa, 269.
Ahmed b. el-Emin, 298.
— b. Fath* Tàherti, 130.
— b. Ferroùkh Tobni, 207.
— b. Haddjàdj, 413.
— b. Hodeyr, 157.
— b. Ibràhîm b. Ahmed Agh-
labi, 160, 172.
— b. Ibràhîm b. Kàsim, 340,
344.
— b. Ibràhîm b. Aboù Khà-
lid, 347.
— b. Idrls b. Idris, 304.
— b. el-Kàsim b. Idris, 308.
— b. el-Kàsim b. Moham-
med, 344.
— b. Khâlid Sehmi, 197.
— b. Aboû Khinzîr, 232.
— b. Korhob, 154.
— b. Mançoùr (Ibn el-Mok-
ra'a), 260.
— b.Merwedhi (Aboû Dja'far),
254, cf. Merwezi.
— b. Mesroûr el-Khâl, 184,
185, 188.
— b. Midràr, 263.
— b. Moghîth, 158.
— b. Mohammed b. 'Abd Al-
lah Hachemi, 187.
— b. Mohammed b. 'Abd Al-
lah Mottalibi, 287.
— b. Mohammed b. el-Agh-
lab, 144-147, 223, 480.
— b. Mohammed (Aboù 'Abd
Allah), le kàteb, 154.
— b. Mohammed Korachi
Mogharbàni (?), 255.
— b. Mohammed b. Sirin,
209.
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- 489*
Ahmed b. Mohammed b. AboCfl-
Welîd, 426.
— b. Aboù Mohriz, 133-135.
— b. Moûsa b. Khàlid, 197.
— b. Naçr b. Ziyàd, 280.
— b. 'Obeyd Allah le Mahdi,
277.
— b. 'Omar b. 'Abd Allah
Aghlabi, 157.
— b. Aboû Tawba, 393.
— b. Temim (Aboû Dja'far),
262.
— b. Toùloùn, 154.
— b. Yahya b. Khàlid, 267.
— b. Yahya b. Tayyeb, 224.
— b. Ya'koùb (b. el-Mod'a ?),
150.
— b. Ya'koùb b. Fezàra, 146.
— b. Ya'la, 323.
— b. Ziyàdet Allah b. Kor-
hob, 235, 244, 245.
Aboù'l-Ahwaç 'Idjli, 80, 81.
Ahwàz, 70.
Ibn Ahyad Ghassâni, 425.
'Akaba, 34.
Akàs, 279.
El-'Alà b. Sa'id, 106.
— — Mohallebi, 91.
Alahb. 'Ali leZiride, 458.
Alchimie, 455, 456.
Alep,363.
Alexandrie, 2, 107, 241, 242, 257,
302, 470.
Algéziras, 372.
'Ali b. Ahmed b. Aboù Khinzir,
. 235.
'Ali b. el-Djehm, 211.
— b. el-Fadl, 144.
'Ali b. Aboù'l-Fewàris Temimi,
i84.
— b. Hamdoùn Djodhàmi,
272, 311.
— b. Hammoûd, 469.
— b. Hasan Hasani(Hoseyni),
349.
— b. el-Haythem, 183.
— b. Hazm, 71. Cf. Ibn Hazm.
— b. Ishàk b. 'Imràn, 203.
— b. Lokmàn, 267.
— b. Meçàla, 295.
— b. Mohammed b. Aboù'l-
'Aràb', 382.
— b. Mohammed Kàbesi, 385.
— b. Mohammed Teymi, 262.
— b. el-Mo'izz b. Bàdis, 444.
-- b. 'Omar Hammoùdite, 306.
— b. Kebàh Solami, 38.
— b. Rjzk, 436.
— b. Aboù Selma, 132.
— b. Aboù Selmàn, 267, 268.
— b. Aboù Tàleb, 207, 208,
213, 221, 277.
— (famille d 1 ), 168, 169, 171.
— b. Yahya, le Ziride, 456, 457
et s., 480.
— b. Yoûsof Toùnesi, 443.
— — b. Tàchef in, 456,
461, 465.
Aboù 'Ali er-Rid'à, 251.
Ibn 'Ali b. Homeyd, vizir, 138.
Aljarafe, 331.
Alméria, 446, 453.
Almohades, 452, 464, 468, 471.
Almoravides, 376 et s., 447.
Alphonse le Batailleur, 465.
Amende des fuyards, 173.
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*' ,.,«*
-490
Ibn «Amil, 353.
'Aniir b. Aboû'l-'Aych, 290.
— b. Ça'çaS 441.
— el-Medjnoùn, 302.
— b. NàfiS 125-127, 129.
El-Amir bi-hokm Allah, fatimide,
431, 455, 466 et s.
Ibn 'Arnir Fezàri, 296.
( Ammàr b. Mohammed, vizir, 404.
— b. Yàsir, 221.
Aboù 'Amrnàr, 121.
— el-A'ma, 278, 314.
<Amr b. el-<A<;i, 2, 3. m
— b. Hafç Kabîsa, 85 et s.,
479.
— b. Mo'àwiya Kaysi, 105, 120.
— b. 'Othmàn Korachi, 82.
— b. Selim Todjibi, 141, 142.
Anbàr, 72.
'Anbasa b. Soheym Kelbi, 46. '
Aboù'l-'Anber, 100.
AboùM-Ançàrb. AboùVOfeyr, 313.
Ancien Château, 112, 117, 119, 138,
144, 151, 152, 299.
Ibn el-Andalosi, 272, 311, 312.
Anecdotes, 51, 95, 99, 117, 133, 134,
137, 138, 141, 173, 177, 178, 190,
193, 194, 201, 208, 221, 225, 229,
, 270, 274, 280, 358, 423, 425, 463.
Année éx^iitalAe, 176, 178.
— des étoiles, 178.
— de tyrannie, 178.
Anthropophagie, 357.
Aboiri-'Arab b. Temim, 108.
Arabes, 19, 27, 63, 300, 433 et s.,
447, 459, 474.
Arba, 214.
Archgoul, 211, 279.
<Arîb, 11, 74, 89, 138, 234, 290.
Arménie, 69, 94.
'Aroùba, voir Gharaweyh.
'Aroùs le muezzin, 259.
Asad b. el-Foràt b. Sinàn, 119,
124, 128, 131, 243, 244.
'Asloùn le page, 250.
Astrologues, 161. Cf. Prédictions.
Aboîfl-Atàhiya, 174.
Benoù Athbedj, 441 et s., 445 et s.
'Atiya b. Dja'far, 379.
Atmosphère obscurcie, 259.
El-Atriyoûn, 11.
Ibn 'Attàf Azdi, 63, 64.
Aurès, 25 et s., 78, 242, 266, 311,
314.
'Awâchir, 339.
Abotfl-A'war Solami, 47.
Awlîma, 11.
<Awn b. Yoùsof, 266.
Awreba, 306. Cf. Ouriba.
Awren, 276.
Ibn Aboîfl-'Aych, 279, 287.
'Ayyach b. Akhyal, 35. .
Ibn 'Ayyàch (mosquée d'), 259.
Ayyoùb b. Itewwoufet, 369, 395,
396, 407.
Azhar b. Sali m, 141.
Azila, 130. Cf. Açila.
El-'Aziz b. 'Ali Ziride, 458.
— billàh, Obeydite, 333 et s.,
348, 362. Cf. Nizàr.
— b. el-Mancoûr Hammadite,
452, 457, 464.
<Aziz ed-Dawla (El-Mançoûr b. Bà-
dis Naeir ed-Dawla), 387.
<Azm b. Hassoùn b. Sennoùn, 390.
<Azm b. Zîri b.Mennàd, 383. -
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-491 -
Bàb Açrem, 104.
— el-Bahr, 472.
— el-Djezira, 182, 472.
— el-Ghanem, 415.
— Kayrawân, 182.
— el-Madjoûs, 339.
— el-Moçalla, 248.
— Benoù Ouryaghal, 248.
— Ilakkàda, 188.
— AboùY-Rebi', 108 y 135, 144,
146, 203, 365.
— Sàlem, 197, 225, 244, 245, 380.
. — es-Souweyka, 472.
— Toùnis, 75, 146, 357, 439.
— Soleymàn, 248.
— el-Yehoûd, 248.
— Zawila, à Mehdiyya, 459.
Babâb, 222.
Ibn Bachkowàl, 31.
Bàehoû, 75, 162, 163.
Baçra, 31, 70, 99, 337, 340, 344, 346.
— dlrak, 303.
Baerat el-Kettàn, 129-130.
Bàdîs b. <Ali Ziride, 458.
— b. Haboùs Çanhadji, 446.
— b. Hammàma, 396.
— b. el-Mançoùr Hannnàdite,
452.
— b. el-Man<;oùr, le ziride,
353, 361, 362, 363 et s.,
371, 480.
— b. Seyf el-'Aziz billàh, 402.
— b. Ziri, 348.
Bàdja,25,63, 96, 120", 128, 140, 162,
319, 452, 474.
Bàghàya, 26, 189, 195, 196, 200,
273, 357, 369, 407.
Baghdàd, 82, 118, 197, 234..
El-Baghdàdi, 425.
El-Bàhiri, kàdi, 366.
El-Balfr, à Rakkàda, 229.
Aboû BahY b. Adhem, 172.
Bahreyn, 70, 421.
Ibn Bakiya, 216, 217.
Balât ech-Chohadà, 49.
Baldj b. Bichr Kccheyri, 54-57.
Ibn el-Bardhoùn, 212, 213, 423.
Barghoût b. Sa'id Tiràri, 328.
Barhoûn b. 'Isa b. Ibrahim, 344,
351.
Ibn Barhouya, 340-
Bark'a, 2, 19, 21, 26, 54, 154, 155,
209, 237-239, 242-244, 246, 276,
300, 302, 380 et s., 385, 432, 433,
447.
Barkàna, 276.
Barmékides, 114.
Bataille des nobles, 53.
Aboû BatTa, 266.
Ibn el-Bawwâb, 436.
Aboû'l-Bayàn, le Slave, 404.
Bedr ed-Dedjà, 457.
Aboù'l-Behàr b. Khallo.ûf, 399, 406.
— b. Zirî, 358 et s., 363, 369,
370.
Behlewàn b. Ràchid, 107.
Behloùl b. <Amr b. Çàlih, 138. >
Beht (bataille de)-, 326, 328.
Bekkàr b. Djelàla Outelkati, 394. '
Bekr b. Hammàd, 211, 288, 344.
Aboù Bekr, le philosophe (Ibn el-
Kamoûdi), 207, 220.
— b. Aflah, 283.
— b. Hodheyl, 212, 213.
— b. Ismà'il b. Khoràsàn,
473, 475, .476.
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- 492 -
Aboû Bekr b. 'Omar Lemtoûni, 376,
447.
Bekri (Aboù Obeyd), 70, 97, 288,
S04, 318.
— l'astronome, 379.
Belàdhori, 12.
Belezma, 162, 186, 191, 369.
Bellàra bent Temim, 448.
Benoù Beltit, 174.
Bendy 155.
Bendoûn, 265.
Ibn el-Bennâd, 476.
Benzert, 475, 476.
Ber ben Kays, 289.
Berbàti, 328.
Ibn Berber (<?), 188.
Berbères, 18-20, 25 et s., 32, 35, 44,
45, 50, 53, 55, 57, 63, 64, 67, 70 et
s., 77, 82, 84, 85, 89, 91, 96 et s.,
105, 112, 126, 129, 154, 174,*248,
273, 275, 293, 301, 304, 325 et s.,
337 et s., 345, 370, 381, 411.
Ibn el-Berdhoùn, 212, 213, 423.
Berghawàla, 51, 57 et s., 324 et s.,
346, 348.
Ibn el-Berîdi, 159.
Berk'adjàna, 214.
Benoù Bernés, 249.
Bernoûs, 71.
Benoù Berzàl, 272, 273.
— Besoùhà(?), 281.
Bètes féroces, 415.
Biclir b. Çalwàn, 46-48, 478.
Ibn el-Bi(ïjàwi Korachi, 233.
Bir Aboù Delfà, 129.
Birket ed-Dem, 408.
Birket Kàmoiîn, 33.
Biskra, 174, 407.
Bologgin, voir Yoùsof b. Zîri.
— b. Mohammed b. Hammâd,
376.
— b. el-Mo'izz b. Bàdis, 444.
Bondàr, 272.
Bône, 25, 471.
Bonnets d'ignominie, 235, 236.
Bot'iwa, 252.
Bougie, 452, 475.
Ibn el-Boûnï (Aboù'l-Hasan), 360
et s.
Bubastro, 340.
Bureaux organisés en Ifrik'iyya, 30.
Butera, 143.
Çà<, 290.
Çàbir, le page, 272, 274, 277, 279,
* 280, 321.
Cabra, 318,437, 438.
Çadak'a, 192.
Cadeaux précieux, 386, 401, 405, 406,
410.
Çadina, 225, 305.
— b. Temzît, 71.
Çafçàf, défilé, 114.
Ça'id d'Egypte, 441.
Cakhrat en-Nesr, 303. Cf. Hadjar.
Càlih b. 'Isa b. Aboû'l-Ançàr, 346.
Càlib b. Mançoùr, 248.
Çàlih el-Mouminîn, 325.
— b. Sa'id b. ldrîs, 247, 249,
250, 254, 255, 260.
— b. Tarif, 58, 325 et s., 378.
Àboù'ç-Çalt, 408, 440, 444, 463, 464,
469.
Camerina, 143.
Çandal, gouverneur de Biskra,
407 ; — eunuque, 461.
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— '493 -
Çanhàdja, 248, 305, 332 et s., 342,
348, 353, 370 et s., 386, 387, 396,
397, 410, 433 et s., 438, 440, 445,
480.
Capitation des juifs et des chré-
tiens, 192.
Çarçar, 344.
Çarî% poète, 211.
Carthage, 11, 24, 31.
Castrogiovanni, 143, 144, 148.
Catane, 143.
Catastrophe du lundi, Ali.
Çatfoùra, 25, 75, 163.
Cefalù, 145.
Ceuta, 56, 289, 291 et s., 322 et s.,
331, 336, 337, 347, 376, 424.
Ibn Cha'bàn, 353.
Chaf<, 208.
Chàh-Màlik le Ghozz, 450.
Ibn ech-Chà'ir, 193.
Châkir, 36.
Ech-Chàkir billàh, 298, 522 et s.
Change, 416.
Château maritime, 385.
Chebib b. Aboù'ç-Çàrim, 198-199.
— b. Aboù Cheddàd Kamoù-
di, 189.
Chebil, 115.
Chedjra b. 'Isa, 122, 123, 152.
Aboù'ch-Chelaghlagh, 422.
Chelif, 52, 54, 391, 392, 395. -
Chemmàkh, 97, 98, 304.
Cheref ed-Dawla (Mo'izz b. Bàdis),
400.
— wa-'adodhà, 405.
Ibn Cheref, 412, 413, 414, 415, 417,
418, 432, 433, 436, 438, 439, 443, 444.
Cheykh el-mou'minîn, 31 5,
Cheykh aux roses, 359.
Cheykh intègre, 31.
Cheykh menteur, 464.
Chiffres dans Jes mss arabes, 42, 62,
342.
Le Chi'i, 162, 178, 184, 185, 188, 189,
191, 193, 195, 196, 198, 200, 204 et
s., 217 et s., v. Aboù 'Abd Allah.
Chi'ites, 68, 164, 378, 399, 400, 408,
440; doctrines chi'ites, 184, 220,
263, 324, 400, 408. y
Chimchàti (Aboù Mohammed), 321.
Chrétiens, 2, 131, 143-146, 148-150,
152, 153, 157, 171, 267, 270, 271,
274, 279, 301, 324, 363, 410, 448,
449, 452, 455, 456, 462, 465, 470,
471, 476, 477. Cf. Roùm et Francs.
Çila, 31.
Cimetière de Kod'à'a, 129.
Clypea, 455.
Cœur arraché, 160, 173.
Çofrites, 57 et s., 59, 61, 79, 81, 86,
91, 215, 216, 328, 378, 477.
Comayl b. Hàtim, 66.
Comète, 185, 453.
Constantine, 233," 387.
Constantinople, 196.
Corail, 292.
Cordoue, 57, 309, 310, 323, 324, 372,
374, 452.
Coria, 460.
Çoùlàt b. Djonda, 232.
Crète, 145.
Cutanda, 460.
Damas, 332.
D'ari b. Ourtàdj, 71.
— b. Zedjidj b. Màdghîs, 71,
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- 494 —
• y ,rv?r
Dàwoùd b. *Ali Abbaside, 70.
— . b. Ibrâhîm Adjîsi, 285.
— . b. Idrts b. Idrîs, 305.
— b. Kàsim b. Ishàk, 303.
— b. Meçàla, 295.
— b. Mesroûr Ghassàni, 259.
— Mezîdi, 248.
— b. Mohammed b. Idrîs,
305.
— b. Yezîd b. Hàtim, 96, 479.
Dawwàs b. Çoûlàt Lahiçi, 210, 213,
214, 222, 230, 231, 284.
Benoù Dehmàn, 459.
Dekma (Dekkama), 393.
Benoû DelloûsC?), 213, 214.
Der'a, 35, 216, 447.
Derb el-Mo'alla, 399.
Deylem, 101, 114, 303.
Deyr Sam'àn, 45.
Dhàt el-Homàm, 266.
Dheloûl, 247, 254, 255.
Abt)ù Dherr Ghifàri, 221.
Ed-Dhi'bi, 320.
Dhoù Khochob, 9.
Di'âma b. Mohammed, 223.
Di'bil Khozâ'i, 211,212.
Ed-Dîmâs, 462, 463. '
Dîme en nature et en argent, 117,
176, 191.
Dinar *achiri,' 159 ; voir Monnaie.
Dirâyât, 56.
Disette, 447, 450, 451, "460, 471. Cf.
Famine.
Les Dix y 413.
Djàbir b. 'Ali b. Hasan, 349.
Dja'far b. 'Ali, 219. •
— b. 'Ali, le chambellan, 300.
— b. 'Ali b. Hamdoùn, 336.
Dja'far b. 'Ali (AboûVFad , l), 218,
220.
— b. Ibn el-Andalosi, 312.
— b. Djawher*, 322, 332.
— b. Felàh, ,322, 332.
— b. Habib, 349, 351, 363, 364,
383.
— b. Hohvân, 476.
— b. Idrîs b. Idrîs, 305.
— b. Aboù 'Ilàdj, 320.
— b. Mohammed, 221.
— b. Mohammed, gouverneur
de Sicile, 152.
— b. 'Obeyd, 220, 270, 271.
— b. Yahya Barmeki, 114.
Aboft Dja'far Baghdàdi, 225, 226
(= Mohammed b. Ahmed
b. Ahmed,), 296, 301.
— b. Djebroûn (%\ 237.
— el-Khazeri, 206, 5£Ç0.
Djahmides, 156.
El-Djàmi< el- l Atik, 321.
Djàna b. Yahya b. Coulât, 71, \
314.
— b. Yahya b. D'aris, 72.
Djàra, 291. ,
Ibn Aboû'l-Djawàri, 131. <
Djawdher, le page, 272.
Djawher, général chi'ite, 268, 285,
321 et s., 332, 361. i
— vizir d'El-'Azîz, le fatimi- \
de, 348 (= le précédent % \
Djebàla b. Hammoùd b. Djebàla, ;
223.
Djebbàrab. Mokhtàr 'Arabi, 432. '
Djebel Achhab, 346.
— el-Hannàch, 370.
— Aboù'l-Hoseyn, 260.
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- 485 —
Djebel el-Karn, 10. Cf. Karn.
— Mak'k'a (?), 239.
— Aboù Màlik, 146.
— Mokattam, 429.
Djebrb.NomAsib(owel-K , àsim),228.
Djedàna, 71.
Djelàdjil, 112.
El-Djelidiyya, 188.
Djeloùla, 10, 12, 76, 204, 320.
Djemil b. Hafç {ou Çakhr), 87.
— b. Koreyb, 78.
Djemila, 278.
Djemma, 237, 265.
Djemmàsb. Mervvàn, 182, 189, 195,
243. Cf. Hamrnàs.
Djennàbi (Aboù Sa'id Hasan), 421,
426.
Djenyàra, 130, 346.
Djeràwa, 71, 184, 279, 282, 287,
288, 290.
Djerba, 128, 411, 452, 458, 469.
El-DjerdjercVi* 412, 441.
Djerdjir, 4 et s.
Djerld, 111.
Ibn Djerràl), 383.
Djezer (AboCi <Ikàl el-Aghlab), 136.
Ibn el-Djezzàr, 347.
El-Djezîra, 69;
— ou Cherîk, 117.
Doûnàs b. Hammàma, 375.
Drapeaux, 402, 405, 416.
Droit, points de, 221.
Druzes, 429.
Eclipse, 189, 448.
Eglises détruites, 115.
Egypte, 2-4, 13, 17, 23, 30, 32, 47,
49, 54, 59, 61, 69, 70, 81, 82, 94,
97, 100, 153 et s., 172, 239-241,
256, 257, 300, 302, 321, 347, 348,
363, 364, 366, 378, 379, 382, 427,
441, 466, 469,. 480.
Elbàs, 231.
Eléphant, 363, 366,
Elyâs b. Çàlih, 58, 325 et s.
— b. Habib, 63/ 65, 74 et s., 79,
478.
— b. Semghoûn, 215.
— Montaçir b. AboiVl-Kàsim,
120.
Emîn (le khalife Mohammed b.
Hàroùn), 101, 113, 116, 117.
Emsàr, 368.
Enfant des frères, 421.
Erice, 146.
Erkoùna b. Oursetif, 71.
Espagne, 24, 27, 36-39, 45, 46, 47,
49, 52, 53, 56, 59, 61, 62, 66, 67,
70, 76, 129, 131, 132, 134, 225,
226, 249, 259, 285, 293, 311, 336,
338, 343, 378, 401, 402, 460, 461,
464, 465.
Etna, 135.
Etoiles filantes, 178.
Expédition des mille cavaliers,
148.
ElFad'l b. 'Ali b. Zafar, 302.
Fad'l b. AboùVAnber, 132.
— b. Mofaddel MadmYidji, 327.
— b. Rawh b. Hàtim, 100 et s.,
479.
— b. Yahya, 101.
— b. Ya'koûb, 135.
— b. Yezîd, 105.
Fah'ç Aboù Çàlih, 118, 334.
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ï*?vnF*7r
— 496 —
Fah'ç Bàroûkas, 204.
FahMoûn Kotàmi, 266.
Fakhkh, 97, 303.
Famine, 150, 153,257, 258, 277, 278,
281, 376, 380, 401, 410.
Faradj b. 'Ofeyr, 294.
Fars, 69.
El-Fath', 152. *
Fath\ le chambellan, 161.
Aboù'l-Fath' b. el-Emîn, 298.
Fayyoùm, 241, 257, 258, 264.
Aboûl-Fehm Khoràsàni, 354 et s.
Felàh le Kàïd, 107.
Felàhb. Kamoûn, 266.
Felek Medik, 230.
Felfoûl b. Hassoûn b. Sennoùn, 390.
— b. Sa'îd b. Khazroûn, 362,
368 et s., 379, 382.
Femmes de Baçra, 129 ; femmes à
un sein, 50.
Ferghaloùch, 131, 132.
Aboû Ferîdoûn, 241.
Ibn Ferroùkh, 244.
Feylak, 167.
Fez, 39, 97, 130, 260, 267, 301, 302,
304, 306 et s., 322, 337, 346, 353,
373, 375, 377, 378, 468.
Forât b. Mohammed 'Abdi, 188.
Fostàt, 258.
Fotoûh le chrétien, 182.
— b. <Ali, 371, 379.
— b. el-Kà'id, 403.
El-Fotoùh b. Mo'annecer, 376.
— b. Yahya Zirîde, 457.
Aboû'l-Fotoùh, v. Yoûsof b. Ziri.
— b. el-Mançoûr, 475.
France, 64.
Francs, 14.
Gabès, 78, 85, 104, 105, 126, 267,
371, 379, 382, 418, 448, 450, 451,
459.
Gafça, 8, 75, 136, 357.
Géhenne d'El-Hàkim, 428.
Gènes, 301.
Gens de la Caverne et du Man-
teau, 314.
George d'Antioche, 470, 471.
Ghâba de Sfax, 448.
Aboû Ghàdi, 89.
Ghalboùn, 119, 121, 123, 124.
Ghalwàliya, 131.
Aboû Ghànem, le kàteb, 256.
Gharaweyh b. Yoûsof Meloùsl, 204,
206, 225, 228, 229, 242.
Ibn el-Ghàzi, astronome, 380.
El-Ghîràn [les Cavernes), 277.
Aboû ; l-Ghoçn Nakih, 266.
Ghomàra, 248, 305.
Aboû'l-Ghoràb, 133.
Girafe, 362, 366, 410.
Le Glisseur, 185.
Grand cheykh, 222.
Grande Terre, 150, 158.
Grenade, 465.
Habàhiya, 11.
Habàsa b. Yoûsof, 237-243.
El-Habat, 305, 337.
Habechi, 184, 196.
— (Ahmed b. 'Omar), 157.
El-Habhàb, 51 ; fort de, 91.
Habîb, le poêle, 211,212.
— b. <Abd er-Rahmân, 64, 65,
75 et s., 478.
— b. Habîb b. Yezîd, 85.
— b. Naçr Temîmi, 143.
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- 497 -
Habib b. Aboù 'Obda, 43, 49 et s.,
55, 62.
— b. Aboù Sa'id, 3S6.
Ibn Habib, 41.
Haboùs b. Hamîd (janhàdji, a48,413.
Hàchim b. Dja'far, 367 et s.
— b. NàfiS 128.
Benoù Haçin, 346.
Haddàd (Aboù'l-Hasan Khawlàni),
443, 449.
Haddjàdj b. Yoùsof, 12, 22, 31, 45,
— b. Yoùsof, -officier d'El-
Haddjàm, 341.
El-Haddjàm. Cf. Hasan b. Moham-
med.
Hàdi de Hàkim, 421, 429.
Hàdi le khalife, 93, 97.
Hadîth, 1, 292.
Ibn Aboù Hadjar, 196.
Hadjar en-Nesr, 278, 297, 309, 341.
El-HadYami, 174.
Hafç b. Homeyd, 117.
Hafç b. el-Welid, 61.
Aboù Hafç Kallàs, 272.
Ibn Hafcoùn, 249.
EI-Hàfiz li-din Allah, fatimide,431.
Hakam Mostançir Omeyyade, 219,
324, 331.
El-Hakam b. ÂboiVl-'Açi, 9.
El-Hàkim bi-amr Allah, fatimide,
364, 366, 379, 381, 383 et s., 386,
400, 401, 402, 412, 421, 428 et s.
Hamadàn, 113.
Ibn el-Hamadàni, 202 (= Hainmàs
b. Merwàn, 182).
Ibn Hamdin (Aboù'l-Kàsim), 461.
Hamdis'b. 'Abd er-Hahmàn Kindi,
113.
Hamdoùn b. Naçr, 128.
Benoù Hamdoùn, 464.
Hàmid b. Hamdàn Loûzi, 268, 308,
310.
Hàmim b. Menn Allah, 275.
Aboù H'amlil b. Bernoù, 295, 296.
Ibn Hamma (fort (f), 211, 214.
Hammàd b. Bàdis b. Seyf el-'Azîz
billàh, 388 et s., 396, 398, 400.
Hammàd b. Hàchim, 281.
— b. eUMô'izz b. Bàdis, 444.
— b. Sa'id b. Idris, 249, -
— b. Yoùsof b. Ziri, 365, 367,
371.
Benoù Hammàd, 474.
Ibn Hammàda, 89, 106, 293, 304,
314, 319, 331, 372.
Hammam es-Seràdik, 204.
Hammàma b. el-Mo'izz b. 'Ajiya,
373, 374, 375.
— b. el-Mo'izz b. Bàdis, 444.
Benoù Hammàma, 348, 364. -
Hainmàs b. Merwàn (Ibn el-Hama-
dà<ii), 182, 202 («?).
Hammoù b. Melîl Berghawàti,-445,
451.
Hammoùdiles, 305.
El-Hamrà (Bacra), 129.
Hamza le Druze, 429.
Hamza b. Idris b. Idris, 305.
Hanach Çan'àni, 12, 18,
Handoûsi, 376.
Hanéfiles (juristes), 183, 193, 199,
209, 213.
Aboù Hanifa, 137.
Hannoùn (AboiVl-'Aych), 340.
Hanz'ala b. (jafwàn, 59 et s., 478.
El-Hàrith b. el-Hakam,*3.
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*.:*rç5SJ"
- 498 -
Ël-Hàrith b. Hammàl Mezàli, 239.
— b. 'Obàd, 262.
Hàroùn er-Rechîd, 93, 97-101, 106
et s., 111, 113-^16, 303, 304.
Hàroùn b. Yoùnos, 222.
Aboù Hàroùn Hawwàri, 227.
Harlhema b. A'yan, 106, 11.5, 479.
El-Hasab (fort de), 277.
Hasan b. el-'Abbâs, 153, 156.
— cousin d"Abd Allah le kà-
teb, 355.
— b. 'Abd el-Medjid, fatiinide,
432.
— b. Ahmed b. 'Ali, 206.
— b. Ahmed, le karmate, 332.
— b. Ahmed b. Aboù Khinzir,
235, 240.
— b. Ahmed b. Nàfidh, 189, 191.
-. b. 'Ali Hasani, 267.
— b. 'Ali Ziride, 458, 461 et
s., 480.
— b. Aboii'l-' Aych, 248, 290 et s.
— b. Dja'far b. Mohammed,
384, 385.
— b. Harb Kindi, 84, 88, 479.
— b. Hàtim, 184.
— b. 'Isa b. Idris, 184.
— b. 'Isa (Ibn AboùM-Aych),
279, 282.
— b. K'annoùn Idriside, 323.
~ b. Kàsim Lawàti, 302.
— b. Aboù Khinzîr, 220, 245.
— b. Moîarredj, 265.
— b. Mohammed b. Kàsim
Haddjam, 267, 302, 308,
340 et s., 344.
— b. Naçraweyh, le dà'i, 354
et s.
Hasan b. Rechîk, 443.
AboùM-Hasan Fihri, 452.
— b. Hàtim, 190, 197.
— b. Yezîd, 174.
— . b. Aboû'z-Zeddjàl, 408.
Hassan b. Mohammed b. Djerràh,
383. Cf. 385 ?
— b. en-No'màri, 22 et s., 34,
36, 478.
Hàtim b. 'Abd er-Rahmàn b. Hà-
tim, 276.
Aboù Hàtim b. Aboû'l- Yakz'àn, 284.
Aboù Hàtim (Ya'koùb b. Lebîb),
86-89, 91.
El-Hawh'ah'a, 236.
Hawwàra, 33, 70, 71, 81, 227, 236,
272, 276, 305, 311, 340, 342, 343.
Hayderàn, 436, 440.
Ibn Hayyàn, 372.
Haythem b. 'Obeyd Kenàni, 48.
Aboîri-Haythem, 104.
Ibn Hazm', 68.
Héraclée (inscription à), 115.
Héraclius, 11.
Hergha, 452.
Hichàm b. 'Abd el-Melik, 46, 48,
53-55,59,61.
— b. Dja'far, 387 et s.
— b. Hàtim, 156.
el-Mo'ayyed, Omeyyade
d'Espagne, 371 et s.
— b. er-Rebi' Temîmi, 281.
Hiçn Aboù Yezîd, 319.
Hidjàz, 303.
Benoù Hilàl, 435:
Hind (pays de), 70.
Hira, 72.
Hirz el-Moloûk, 431, 466.
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- 499 -
Hobàb b. 'Amr, 120, 121.
Ibn tfobeyra (Yezîd b. Omar), 67.
Hodheyfa b. el-Ahwaç, 47.
Hodheyl Nefti, 183.
Ibn Hodheyl, 212, 213, 423.
Benoù Hodheyl, 428.
Homeyd b. Yecel, 281, 285, 295,
310, 323.
. Aboù Horeyra Zenàti, 81.
*HosAm b. D'irAr Kelbi, 48, 59, 61,
62.
Horeyn, l'eunuque, 114.
— b. 'Abd Allah, 322.
— b. Ahmed, gouverneur de
Sicile, 156.
— b. Ahmed b. Ibrahim Idrisi,
324.
— b. Ahmed b. Mohammed,
422.
— b. Ahmed b. Ya'koùb, 150.
— b. 'Ali b. Dawwàs, 403.
— b. 'Ali b. Hasan, 97.
— b. Djawher, 383.
-— b. HoFeynb. Ahmed Idrisi,
324.
— b. Ibrahim b. Kàsim, 340.
— b. el-Mer\vezi Kinâiii, 320.
— b. Mohammed b. Idrîs, 305.
— b. Mohammed b. Soley-
màn, 183.
— b. No'mAn, 381.
— b. Rebàh, 153.
— b. Zeyd b. 'Ali, 156.
Huile en Afrique, 7. é
Ibadites, 82, 165, 314.
Ibrahim b. 'Abd Allah Aghlabi,
119, 134, 135, 142.
Ibrahim b. ' Abd Allah b. Hasan,303.
— b. Aboùl-'Afiya, 377.
— b. el-Aghlab, 108-111, 114,
116, 479.
— b. AboùM-Aghlab, 200, 202
(= I. b. A. b. Aboù Ikal).
— b. Ahmed b. el-Aghlab, '
233.
— b. Ahmed b. Aboù 'Ikâl,
194 («= Ibrahim b. AboiVl-
Aghlab).
■ — b. Ahmed b. Mohammed
Aghlabi, 151-163, 171-177,
257, 259,28-1,299,480.
— b. Ahmed b. Mohammed
b. 'Abdoùn, 159.
— b. Berber (?) b. Ya'koùb,
206.
— b. Djebril, 114.
— b. Ghàlib MezAli, 212, 214.
— b. el-Ghall MiknAsi, 341.
— b. GhAzi, 264.
— b. Habechi Temîmi, 184,
186, 193, 195.
— b. 'Isa b. Mohammed Alide,
211.
— b. el-Kàsim, 14.
— b. el-KAWm b. Idris, 340,
344.
— b. Melih KezmVi, 377.
— b. Mohammed Açili, 343.
— b. Mohammed CheybAni,
209, 220, 225.
— b. Mohammed D'obbi, 212,
213.
— b. Mohammed b. el-Kâfim,
309.
— b. Mohammed Yemàni, 210.
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- * '\«-.-wr*
- 500
Ibrahim b. 'Othmàn Korachi, 183.
.— Rehoùni, des Benoû Mo-
hammed b. el-Kàsim, 302.
— b'. Seyf elr'Aziz billàh, 387
et p.
— b. Yezîd, 62.
Ibrahim b. Yoùnos (Ibn el-Hassàb),
262.
— b. Yoùsof b. Tàchefin,
460.
'Içàm b. Màdjeksen, 294.
Içbahàni, 421.
Ichbili, auteur des Mesâlik, 14.
Benoù Itflàten, 251.
Irtabl, 357.
Idoles, 12.
Idris b. <Abd Allah b. Hasan, 68,
96-99, 303 et s., 378.
— b. Çàlih, 248.
— b, idris Hasani, 129.
— b. Idris b. <Abd Allah, 304.
— b. Idris b. Idris, 304.
— b. Sa'id b. Idris, 249, 250,
254.
ldrisides, 96, 268, 302 et s., 309.
Ifren b. Lcàwi, 71, 314.
Benoù Ifren, 71, 282, 288.
lfriklyya (dévastation de T), 27,
433, et passim.
Aboû <Ikàl b. Kheyr, 199.
Ikhchidites, 321 et s., 348.
Imàm impeccable, 164, 171.
Impôts, 117, 176, 191, 244, 256, 257,
331.
'Imràn b. Ahmed b. 'Abd Allah,
244.
— b. Habib, 75 et s.
— b. Aboù Khàlid, 225.
'Imràn b. Aboû Mohriz, 134.
Inde, 13.
Inondation, 261.
Inscriptions, 115, 220.
Insurrection des cUrhems, 158.
Irak, 303.
Irem, 442.
'Isa b. <Abd Allah b. Hasan, 303.
— b. Ahmed (Aboûl-Aych), 344.
~ b. AboîTl-Ançàr, 324, 327.
— b. Dàwoûd Mestàsi, 324.
— b.. Hasan el-Haddjàm, 130.
— b. Ibrahim b. Kàsim, 340,
344.
— b. Idris (Aboû-'l'AychV 71,
130, 282, 378.
— b. Idris b. Idris, 304.
— b. Meskin, 197, 257, 295.
— b. Moûsa b. 'Idjlàn Khorasà-
ni, 82, 83, 479.
— Noûcheri, 234.
— (Yoûsof) b. Orwa, 69.
— b. Rey'àn Azdi, 136.
— b. Sam'oûn, 378.
— b. Temîm Ziride, 456.
— b. Yezid, le nègre, 215.
— b. Yezîd dé Sidjilmàssa, .91.
-— b. Yoùsof Kaysi, 479.
Benoû Isder, 39.
Ishâk b. Ibrahim Fàrisi, 259.
— b. 'Imràn, 161.
— b. Khalifa, 273.
— b.Aboûl-Minhàl, 259, 268,
270, 297/300.
— b. Mohammed b. <Ab~d el-
Hamid, 304.
— b. Soleymàn Isrà'ili, ^90.
Iskenderâni (étoffe), 218.
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501 -
Ismà'il rObeydite (Aboù't-Tàhir el*
Mançoùr), 285, 317 et s.,
321, 427, 480.
— b. <Abd Allah b. Aboû'l-
Mohàdjir, 44 et s., 478.
— b. 'Abd el-Hakk, 475.
— b. <Ali Abbaside, 69, 70.
— b. el-Boûri, 373.
— b. eç-Çamçàma, 132.
— b. AboVl-Kàsim b. 'Obeyd
Allah, 233.
— b. 'Obeyd Allah b. Habhàb,
49, 51.
— b. Sàlim b. Sofyàn, 123.
Itewwoufet b. Bologgin, 351 et s.,
359, 363-364, 367, 369. *
— b. Làwi, 71.
'Iyàd' (AboùM-Fad'l), 293, 331.
'Iyàd' b. 'Okba, 33.
Benoù Iznàten, 282.
Jérusalem, 233.
Jeune, 275.
Kabâla, 192.
Kabâlàty 176.
Kabiçu b. Dho'ayb, 34.
— b. Rawli' b. Hàtim, 100.
Kac;r ' Abd el-Kerim, 130.
— el-Bah'r, 195, 385.
-r- eç-Çahn, 206, 218, 228.
— Denhàdja, 345.
— el-Fath', 152.
— Aboù'1-Fath, 219.
— Elmà, 38.
— el-Hadid, 145.
— El-Ifiiki, 370, 387.
— Kadim, 206 ; voir Ancien
château.
Kaçr Kotàma, 130, 345.
— Lawàta, 284.
— er-Bibàr, 202, 206.
— et-Toùb, 240, 265.
— Ziyàd, 457.
El-Kaçreyn, 120.
Ibn el-Kadim, 233.
Kàdoù b. Mo'àrik, 232.
KfUoùr Ikhchîdi, 321, 332.
Kàhina, 25 et s., 31, 39, 311, 314.
Benoù Kahlàn, 272.
El-Kà'id b. Hammàd, 411, 417.
El-KîVini bi-ainr Allah, 300 et s..
v. Aboù'I-KAsim. I.
— bi-amr Allah, TAbbaside,
411, 433,
Le Kaire, 321, 332.
El-Kal'a, 377.
Kal'at Hammàd ( -Mennàdiyya),
328, 392, 411, 447, 452, 473, 474.
Kal'at Ibn Ghaboùs, 476.
Ibn el-Kalfàt, 141.
Kalsàna, 294.
Aboù K , amh\ 310, 342.
Kàinil, 400.
Kànioùn, 33.
Kamoùda, 162, 163.
K'annoim Kàsim (des. Benoù Mo-
hammed ben Kàsim), 302.
Karmat (Hamdàn b. Ach'ath), 421.
Karmates, 219, 332, 333, 421 et s.
El-Karn, 60, 61. Cf. Djebel el-Karn.
El-Kartàs (Zirî b. 'Atiya), 353.
Kàsim b.* Ghilnàs, 445.
— b. Haddjàdj, 363.
— b. Hammoùd, 401.
— b. Hoseyn b. Ibrahim, 340.
— b. Idris b. Idrîs, 305, 339, 346.
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'*&*%&
- 502 -
Kàsim b. Aboù'l-Kàsim Obeydite,
276.
— b. Merwàn, 408.
— b. Mohammed b. Idris, 305.
-— b. Mohammed ben Aboù'l-
'Arab, 382.
El-Kàsim b. 'Obeyd Allah b. Hab-
hàb, 49.
Kàsim Ousnàni, 250.
— b. Tabàtaba, 219.
Aboù'l-Kâsim b. el-Kadim, 220.
— Ahdab b. Meçâla, 285,
— b. el-Mo'izz b. Bàdis, 413.
* — b. 'Obeyd Allah, 209, 210,
218,222, 223, 233, 235., 236,
240,241,243,256-258,263,
265, 273, 275, 276, 300 et s.,
311 et s., 426, 480.
— b. el-Yezid, 401.
La Kàsimiyya, 255.
Kastiliya, 75, 126, 136, 193, 198, 383.
Ibn el-Kattàn, 31, 35, 39, 55, 74, 89,
136, 148, 220, 430, 455, 460.
El-Kawi* ('Amr b. Selim), 141, 142.
Ibn el-Kayyàd, 183.
Kayrawàn, 15, 18 et s., 32, 37-39,
46, 47, 54, 58, 62, 63, 74 el s., 79,
82-86, 89, 90, 92, 103, 108, 124, 135,
146, 151, 158, 182,183, 185, 188, 195,
202, 204, 206, 207, 210,231, 237,255,
256, 261, 272, 278, 299, 300,318,320,
322, 334, 351, 380, 387, 399, 409, 410,
415-418, 421, 427, 433 et s., 443,447,
448, 459, 474.
Kebbàb b. Zîri b. Meimàd, 347. »
Kechf el-esràr ica-hetk el-estâr,
219.
Kennàd b. el-Mo'izz b. Bà^is, 406.
Kenzi, 304-305:
Kerâma, 397.
Keràma b. el-Mançoùr Çanhàdji,
466, 475.
El-Keràmi, le kàteb, 415.
Kerbàzi, 269.
Kerkenna, 451.
Benoù Keslàn, 71.
Ketoûf b. Làwi, le jeune, 71.
Keznâya, 249, 250.
Khafàdja 'Absi, 189.
— b. Sofyàn, 140-142, 147-149.
Khafif, l'eunuque, 321.
Khalaf, le page, 134.
— b. Ahmed b. 'Ali, 206.
— b. Mo'ammer b. Mançoûr,
243.
Benoù Khàlid, 212.
Khàlid b. Habib Koreychi, 43.
— b. Aboù Habib Fihri, 52-53.
— b. Hamid Zenàti, 53 et s.
— b. Yezid, 27 et s.
Khalifa b. Warroû, 395, 403.
Khalil b. Ishàk (Àboù'l-'Abbàs),
256, 311.
Khalloûf b. Mohammed Meghlli,
130.
Ibn el-Khàmi, kàdi, 245.
Ibn Khanbech, 190.
Aboû Khannoùs, 456, 457.
Kharàc/j, 30, 31, 192.
Khàredjites, 51, 60, 68, 311.
Ibn Kharita, 380.
Ibn el-Kharràz, 130.
Khattàb, le page, 194.
AboCfl-Khattàb (Mohainnv 1 b. Aboù
Zeyneb), 420.
Abotri-KhattàrHosàm, 48, 59,61, 66.
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503
Khazer b. Çoùlàt, 371.
— b. Ibrahim b. Aghlab, 202.
Ibn Khazer, 269, 272, 273. Cf. Mo-
hammed b. Khazer.
Khazroûn b. Felfoul, 336.
— b. Sa'id b. Khazroûn, 384,
395.
El-Kheyr b. Mohammed b. Khazer,
285, 286.
Ibn Aboù Khînzîr, 206, 213.
Khoràsàn, 67, 68 ; (troupes du), 107,
108, 115.
Ibn Khoràsàn, 446.
Benoù Khoràsàn, 473 et s.
Khordj er-Ro'oùna, 152.
Ibn Akhoù Kiràm, 271.
Kltàb el-mesàlik wa'l-memâlik,
339.
Kiyànà, 319.
Kobbat es-Selàm, 398.
Koboùna, 186.
Ibn Koçeyr, 420.
Koçoùr Hass-àn, 26.
El-K'od'à'i, 319, 320, 333.
Ibn el-Kodeym, 282. Cf. Ibn el-
Kadim.
Kodyat el-Djoloùd, 95.
— Roûlï, 117.
Koloû' Djàra, 291.
Kolthoùm b. 'Iyàd, 54 et s., 62, 478.
Korachi, poète, 443.
Korau (création du), 141, 156; (in-
terprétation du), 423.
— de Çàlih, 331.
Koreychites, 81, 112.
Korhob, 197.
Aboù Korra, çofrîte, 84, 86, 89.
— Meghili, 60.
El-Korrâth, île, 181.
Kort, 344.
Koseyla b. Lemzem,. 18 et s.
Kosroés, 68.
Kotàma, 33, 34, 71, 88, 91, 162, ?64 '
et s., 176, 186, 189, 203, 205, 208,
221, 222, 224, 230-233, 235, 243,
246, 256-258, 273, 305, 319, 339,
340, 342, 348, 354-358, 367, 386,
424.
K'ot'b el-adab, 226.
Ibn Koteyba, 33.
Koùfa, 67, 69, 72, 90.
Ibn el-Koûfi, kàdi, 353.
El-K'oùs, 206.
Lait et poisson, 93.
Lak'ît el-merdjàn, 226.
Lamt'a, 240.
Laribus, 76, 127, 140, J62, 188-190,
193, 194, 196, 200, 202, 204, 273,
474.
Lawàta, 136, 339, 340, 342, 343, 376,
381, 412.
Làwi, l'ancien, b. Zedjldj, 71.
Lebda, 154.
Lehàta, 305.
Lemàya, 227.
Lemtoùna, 376, 447, 477.
Leyth b. Sa'd, 37; 61, 112.
Libye, 2.
Loùza, 308.
Ma'add b. Ismà'il Obeydite, 295,
298, 299, 320 et s., 333 et
s., 421, 427, 440, 480.
— b. el-Mançoùr, 472, 475.
— el-Mostancir Obeydite, 430.
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504 -
Maçmoùda, 36, 71, 275, 304, 344,
376, 447.
Madgkara b. Temzit, 71. '
Màdjekeen Ghomàri, 294.
Madjoùs, 249, 338 et s.
Maghmedas, 80.
Maghnîn b. Ziri, 347, 369.
Maghrâwa b. Làwi, 71.
Benoù Maghrâwa, 71; 288.
Maghreb el-Akç.a, 36, 415; — et el-
Adna, 313.
Maghroùr b. Tàloût, 58.
Mahboûb b. <Abd Rabbihi, 204.
Mahdi, 59, 224, 325; cf. Mehdi.
Le Mahdi 'Obeyd Allah, 219; cf.
'Obeyd Allah.
— Ibn Toùmert, 452, 468.
Makàm Ibrahim, 262.
El-Makçoûra, 282.
Mukénoùn b ; Debbàra, 227, 235.
Makhledb. Keydàd, 313, 426; voir
Aboû Yezîd.
Makliled b. Morra, 108.
Màksen b. Bologgin, 390.
Màksen b. Ziri, 348, 356-357, 369,
370,371.
Malaga, 247, 254, 411, 446.
Malek b. Anas, 120, 137, 138.
— b. 'Isa b. Naçr, 255.
Malékites, 206, 269, 315, 408.
Malga, 473.
Màlik b. Ghalboùn, 448, 450.
Aboù Malik b. Yaghmoràseii,
284.
Ma'moùn, khalife, 113, 117 et s.
EI-MamToûr, 1.
Ma'n b. <Abd el-'Aziz, 373.
Ibn el-Manbet (El-'Idjl), 183.
El-Mançoûr (= Benoù Mançoùr?),
291.
— ( Almanzor Mohammed Ibn
Aboù <Amir), 336, 359,
372-373, 379.
— (Aboù Dja'far), khalife,
69, 72, 73, 79 et s., 82,
83 et s., 92, 93, 99, 303.
— 'Aziz ed-Dawla b. Bâdis,
384, 387, 390.
— b. Bologgin, 350-363, 480.
— b. Djemhoûr, 70.
— h. Hàchim, 104.
— b, Ismà'il (Aboû Mosliin)
181, 182, 185, 198.
-* b. el-Mahdi, 118.
— b. el-Mo'izz b. Bàdis, 444.
— b. en-Nâçir b. Ghilnàs, 450,
452, 475.
— b. Naçr. Tonbodhi, 122 et
s., 127.
— b.Nizàr el-'Aziz billàh, 354.
— rObeydite. Cf. Ismà'il.
— b. Rechîk, 397.
— b. Sa'id b. Idris, 249.
Aboù Mançoùr Nefoùsi, 155. *
Mançoùriyya, 318, 349, 350, 354,
358, 387, 399, 401, 403, 410, 412,
415, 437.
Marçadi (Hoseyn b. Khalaf), 360.
Màrek Kotàmi, 363.
Marmarique, 2.
Màsina, 98, 130.
Maslama b. Mokhalled Ançàri, 17.
Ibn Maslama, 294.
Mas'oùd, le page, 267.
Mas'oùdi, 40.
Matmàta, 273.
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- 505 -
Matmàta b. Temzit, 71.
Matroùir b. Kays, 146.
El-Màwali, 232, 235.
Mayorque, 39, 456.
El-Mazemma, 255, 377. Cf. Nakoùr.
El-Màzeri, le juriste, 469.
Mec-ala b. Haboùs, 231, 246, 247,
253, 254, 260, 263, 266, 269, 284,
298, 307, 314.
El-Meciça, 324.
Medghara, 273, 288, 323.
Medinat el-beled, 96.
Médine, 8, 9, 97, 259, 322, 428.
Aboù Mediiii b. Ferroùkh Lahiri,
244, 246, 257.
Medjal b. Kàmil Dehmàni, 451.
Aboù'l-Medjd Meghili, 71.
E1-Mecïjmoû' el-moftarif:, 97.
El-Medjmoû'a d'Ibn 'Abdoùs, 150.
Ibn Médian (Maslàn), 215.
Mednàr, 135.
Medyen b. Moùsa b. AboùVAiiya,
310, 341.
Medyoùna, 306.
Medyoùna b. Temzit, 71.
Megliila b. Temzit, 71.
Beuoù Megliila,. 288.
Mehdi, khalife abbaside, 92 et v. f
99.
Mehdiyya, 237, 245, 261, 299, 300,
314, 317, 318, 334,349, 397, 398,399,
401, 403, 442 et f., 448 et s., 452,
456, 464, 466, 469, 474, 476, 477.
La Mekke, 3, 97, 113, 119, 164, 165,
321, 383, 385, 424.
Mekken. Cf. Medjal.
Meklàla, 273.
Ibn Mekràz, 447.
Melila, 446.
Benoù Melila, 71.
Melzoùza b. Temzit, 71.
Mems, 20, 204, 205.
Menu Allah b. H tu? an b. Aboù
Khiuzir, 256.
Mennàd, 328.
Benoù Mennàd, 435.
Merida, 57.
Merin b. Chmîdj, 71.
Benoù Merin, 72, 288.
Merràkech, 447, 465.
Merv, 66.
Merwàn b. el-Hakam, 3, 8 et s.
— b. Mohammed Dja'di, 62-
64, 67, 69.
— b. Moù<;a b. Noçayr, 32, 38,
39.
El-Mer\vezi (Ahmed b. Moham-
med), 254, 313.
— le kàdi, 270.
Meryem bent Midràr, 210.
Merzebàn b. Djostàn, 114.
Mesàlik (richbili, 1.4 ; d'El- Warràk,
339.
Me>ila, 272, 311, 312, 313, 369, 391.
Meskiyàna, 26.
Mesoùfa, 477. ^
Mesroùr b. Soleymàn b. Kàli, 268,
269, 271.
Mettidja, 363.
Meymoùn (dit Ibn ed-Dàbba), 359.
Meymoùn Habechi, 163, 171.
— b. Hamdoùn, 464, 466.
— b. Hàïoùn, 252.
Meymoùn b. Midràr el-Man(;oùr
b. el-Yasa<, 135, 136,216.
— b. 'Omar, juriste, 246.
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*V Vȕ?*>^vt**
- 500
Ibn Meymoùn, (Aboù <Abd Allah),
461.
Meymoùniyya, 420.
Meysera Madghari el-Hakîr, 50-
52, 58, 325.
Meysoûr {ou Meysera), général
obeydite, 285, 301, 302, 317, 342.
El-Mezàti, 298.
Mezdàna, 39.
Miçr, 39, 333, 348, 352, 367, 382.
Cf. Kaire.
El-Miçwar Zenàti, 86.
Midràr, 137.
Midràr b. el-Yasa<, 216, 217.
Benoù Midràr, 96, 214 et s.
Mighdàch, 80.
El-Mihbàs fi ctkhbàr Fàs, 377,
467.
El-Mikdàd b. el-Aswad, 221.
Miknàsa b. Oursetif, 71.
Benoù Miknàsa, 136, 250, 305, 376,
377.
Mila, 357, 358.
Mine d'or, 98.
Mines de Der'a, 216.
Mineo, 131.
Minhal b. Moùsa b. 'Aboùl-Afiya,
308. m .
Minorque, 39.
Miracles, 171.
Mo'alla b. Mohammed Meloùsi,
275.
El-Mo'allaka, 24, 473.
Mo'uuuner b. Mançoùr, 244.
Mo'unnecer b. Mammàd, 377.
Mo'annecer b. el-Mo'izz b. Zii i, 373,
374.
Mo'àrik, 166.
Mo'àwiya b. Hodeydj, 10, 11 et s.,
17.
— b/Sa'id b. Idrîs, 249.
— b. Aboû Sofyàn, 3, # 9, 11,
13, 17.
El-Mo'ayyed b. <Abd el-Bedi' b.
Idris, 278, 297.
Mobachchir, 456.
Aboîfl-Moç'ab b. Zoràra, 243.
Moçalla de Roùh, 78.
Modàm, 453.
Modjàhid, TAmiride, 456.
Modlidj b. Zakariyyà, 188.
Mofarredj b. <Abd el-Melik, 106.
— b. el-Djerràh, 385.
Moghîra Omeyyade, 381.
Moghira [b. Bichr b. Rawh], 101
et s.
— b. Aboù Borda, 45.
Aboù* 1-Mohàdjir, 17, 478.
El-Mohalleb b. Aboû Çofra, 90.
— b. Yezîd, 96, 101, 105.
Ibn el-Mohalleb, 466.
Mohallebides, 105.
Mohammed b. el-'Abbàs Hodheyli,
268.
— b. <Abd Allah, dit Ibn
Djemàl, 189.
— b. 'Abd Allah, préposé aux
réclamations, 382.
— b. <Abd Allah b. Ahmed
b. Mohriz, 259.
— b. <Abd Allah b. Hàchim,
• 364.
— b. <Abd Allah b. Hasan.
303.
• — b. *<Abd Allah Ro'ayni,
159,
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u
-507
Mohammed b. 'Abd Allah Temimi
Aghlabi (Aboù Fehr), 119,
120, 125, 132, 133.
— b. 'Abd Allah b. Meserra,
280.
— b. 'Abd el-'Aziz b. Aboù
Kodya, 401, 404.
— b. 'Abd eç-Gamad Ghar-
nàti, 294.
— b. 'Abd el-Kàhir b. Khalaf,
360.
— b. 'Abd er-Rahman, 400.
— b. 'Abd er-Rahmàn Baçri,
219.
— b. 'Abd er-Rahmân Omey-
yade, 225.
— b. ' Abd es-Selàm b. Ismà'il,
256, 266.
— b. 'Abd el-Wàrilh, 341.
— b. 'Abdoùn, 199, 223.
— b. 'Abdoùs, 183.
— b. el-Ach'ath Khozà'i, 69,
80-82, 479.
— b. el-Ach'ath Kindi, 83.
— b. Aflah\ 284.
— b. el-Aghlab (AboùVAb-
bàsj, 137-144, 479.
— b. Ahmed b. 'Abd Allah
Ba'ra, 259.
— b. Ahmed b. Ahmed b.
Hàroûn, 225, 226, 237.
— b. Ahmed Gadafi, 246.
— b. Ahmed b. Mohammed
(Aboù'l-Gharànik), 147-
151, 480.
— b. Ahmed b. Yahya, 259.
— b. Ahmed b. Aboù Zàhir,
277,
Mohammed b. Ahmed b. Ziyàdet
Allah b. Korhob, 240.
— b. 'Ali (Aboù 'Abd Allah),
292.
— b. 'Ali Màderà'i, 258.
— b. Aboû'l-'Arab, 361, 365,
367 et s., 381.
— b. Aswad b. Gho.'ayb, 246.
— b. Aboù 'Awn, 183.
— b. Aws Ançàri, 46, 478.
— b. Aboù Ayyoùb (Aboù*l-
'Ahà), 237.
— el-Bedîl, 221. •
— b. Aboù Bekr Giddik, 13.
— b. Bestàm b. Redjà\ 271.
— b. Gheyba b. Hassan, 269.
— Ghidhoùni, 265.
— b. Dja'far Koûmi, 432.
— b. Djemàl, 195, 197.
— b. El-Emin el-Fatli', 322.
Cf. 298.
— b. el-Fad'l, 156, 161.
— b. el-Fath: el-Emin, 298.
Cf. 322.
— b. Aboû'l-Fotoùh, 475.
— b. Hafc, 270.
— b. Hamdoùn Ma'àliri, 148.
— b. Hamza, 122, 123.
— b. Hàrith, 280.
— b. el-Hasan Baçri Korachi,
240.
— b. el-Hasan, dit Ibn War-
çid ('?), 212.
— b. el-Hasan, Idrisirie, 345.
— b. Hayoùn (Ibn el-Bcridi),
159.
— b. Haythem b. Soleymàn,
266.
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-^JT 1
508 -
Mohammed b. Aboù'l-Haythem
Loulou wi, 197.
— b. Hichàm, 105.
— b. Hizb Allah, 294.
— b.AboùHomeydSoùsi,193.
— b. el-IIoseyn Merwezi, 193.
— b. el-Hoseyn b. Ahmed
IdiH, 324.
— b. Ibrahim b. 'Abdoùs, 150 ;
— b. Ibrahim b. AboiYl-'Atfa,
377.
— b. 'Içàm, 294.
- — b. ldris b. ldris Hasani,
129, 304 et s.
— b. ldris b. Yahya, 446.
— b. 'Imràn Nefti, 268, 270.
— b. AboCi 'Isa, 295.
— b. Ishàk (Ibn el-Karliu),
235.
-— b. Ishàk Kora'ehi, 236.
— b. Ismà'il b. Sàlim, 123.
— Kelà'i, 213.
— b. Khafàdja, 148-150.
— b. Khàled, 69.
— b. Khàled Kaysi, 224.
— b. Khàled Korachi, 76» •
— b. Khàzer b. Çilàt, 213, 214,
230, 276, 278, 284, 285, 296
et s. Cf. Ibn Khàzer.
— b. Mali four/ Kamoùdi, 258.
— b. Mahmoud b. es-Sekkàk,
. 411.
— b. Maslama, 294.
— b. AboùM-Minhàl, 183.
— b. Mo'àdh b. El-Yasa', 326.
— b. el-Moghira, 76, 77,
— b. Mohammed b. Faradj
Baghdàdi, 183.
Mohammed b. Môhamnied b. Khà-
led Tarzi, 281.
— b. Mohammed b. Sohnoùn,
256.
— b. Mokàtil 'Akki, 107 et s.,
479.
— b. el-Monib Azdi, 193.
— b. Moûsa 'Oryàn, 142.
— b. Moûsa Temîmi, 259.
— b. Naçr, traditionnaire,193.
— b. Naçr, insurgé à Tripoli,
236.
— b. 'Obàda Soùsi, 243.
— b. Aboù 'Obda b. 'Okba,
77.
— b. 'Omar b/ Yahya Mer-
wezi, 2A8, 220, 221, voh
' 237, 244.
— b. 'Othmàn Khoràsàni,287.
— b. Aboù Keddjàl Bàghà'i,
233.
— b. Sa'doùn b. 'Ali, 315,419,
430.
— b. Sa'id, gouverneur d'E-
gypte, 88.
— b. Aboù Sa'id Mili, 233.
— b. Sellàm Hamadàni, 267.
— b. Selmoùn el-Kattàn, 276.
— b. es-Sindi, 134.
— b. Sohnoùn Tenoùkhi, 149,
212, 257, 259, 280,
— b. Soleymàn... b. 'Ali b.
Aboù Tàleb, 71, 378.
— b. Soleymàn, Tldriside,
279. Cf. Benoù Moham-
med.
— b. Soleymàn b. 'Ali, 97.
— b. et-Tayyib Bakjllàni, 219.
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- 509 -
Mohammed b. Temîm (Aboù Dja-
<far), 269.
— b. Tha'leba b. Mohàrib,
309.
— b. Toghdj Ikhchid, 302.
— b. Toùmert, 452, 461.
— b. Wahb, 262.
— b. Yahya b. Kàsim, 344.
— b. Yezid, 42 et s., 478.
— b. Yezîd Fàrisi, 212.
— b. YoùFof Warràk, 97, 188,
339.
— b. Ziyàdet Allah b. <Abd
Allah, 183.
— b. Ziyàdet Allah b. el-
Aghlab (AboiWAbbàs),
172.
— b. Zorzoûr, 183.
Aboû Mohammed b. Aboû Zeyd,
365.
Benoù Mohammed b. el-Kâsim,
Idrisides, 278, 279, 294, 297, 302,
323, 340 et p.
Mohammediyya (Mesîla), 272, 313,
391, 396,-397-398,
El-Mohennà b. el-Mokhàrik, 89.
Mohriz b. Ziyàd 'Arabi, 473.
Aboû Mohriz, kàdi, 120, 124, 131,
234.
Mohsin b. Màk^en, 370, 371.
El-Mo'izz, khalife obeydite, voir
Ma'add b. Ismà'il.
— b. Ziri b. 'Atiya, 373-375.
— b. Naçir ed-Dawla, 390,
397 et s., 432 et s., 440
et s., 474, 480.
Mokalled b. Temim, 448.
Mokàtil, chroniqueur (*?), 219.
Ibn Mokàtil, 295.
Mokerrim b. Djemil, 78.
Mokhàrik b. Ghîfàr Tà'i, 88, 91.
Moktadir TAbbaside, 235, 258, 320.
Moktafi TAbbaside, 185, 189.
Moloùya, 21, 279, 377.
Monastir, 1, 107.
Monnaies musulmanes, 22, 126, 156,
158, 159,* 185, 194, 207, 386, 415,
416.
Montaçir (El-Yasa* b. Meymoùn),
217.
— b. Khazroûn, 443.
Aboù Moslim, 66, 67, 69, 72, 73.
— 'Alewi, 322.
Mosned d'Ibràhîm Cheybàni, 226.
— d'Aboù Sindjar, 267.
Mosquée d^ghmàt, 36.
— d'Ibn 'Ayyàch, 259.
— d'Ibn Djabroûn (?), 237.
— de Fez, 468.
— d'Ibn Hamdoùn, 148.
— de Kayrawàn, 16, 135, 146,
354.
— de Tunis, 49.
Mosquées du Maghreb, 36.
Mossoul, 69.
El-Mosta'li, falimide, 430.
— hammoudite, 446.
El-Mostançir, fatimide (Aboû Te-
mini Ma'add),410. Cf. Ma'add.
El-Mo'taçim, l'Abfcaside, 21.
El-Mo'taçim b. Çàlih, 248, 254.
El-Mo'tad'id billà*h,rAbbaside, 172.
Motarrif b. 'Ali b. Hamdoûn, 466,
475.
El-Motarrif b. el-Moghira, 23.
Mo'tazélites, 68.
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— 510 —
El-Mo'tazz b. Mohammed b. Mj-
dràr, 263, 298.
— (Aboù Mohammed), 336.
Motenebbi, 332.
El-Mot'iS l'Abbaside, 320.
Mon* Sehmi, 132.
Mounîb b. Soleymàn MiknAsi, 263.
Mounis, le page, 241.
— Baghdàdi, 273/
— b. Yahya RiyAhi, 433 et s.
Moùsa (Moïse), 325.
Moûsa b. 'Abd er-RahmAn el-Kat-
tAn, 257.
— b. Ahmed (Aboù Sa'id),
260, 262, 265. Cf. Aboiï
Sa'id ed-D'ayf.
— b. AbotVl-Afiyâ, 268, 278,
279, 287, 290*et s., 296 et
f., 301 et s., 307 et s., 341
et s., 344.
— b. BoghA, 273.
— b. el-Fàrisi, 211.
— b. 'Isa (Aboù 'ImrAn Fàsî),
41Q, 411.
— b. Ka'b, 70.
— b. Mo'A\viya(jomAdihi,137,
188.
— b. Mohammed Kotàmi, 272.
— b. Noçayr, 31 et s., 478.
Aboù Moùsa er-Raman (?), 272.
El-Moz\iffer (<Abd el-Melik b. Al-
manzor % 372-374.
Mozni, juriste, 259.
Mugeto, 456.
Murcie, 249.
En-NAçir (Aboù <Abd Allah, Al-
mohade), 477.
Naçir ed-Dawla (Bàdis b. el-Man-
çoûr), 366.
"En-Nàçir b. GhilnAs b. HammAd,
445, 446-450, 474.
Naçr b. eç-ÇamçAma, 158, 160.
— b. Habib Mohallebi, 100, 101,
479.
— b. Hainza Djeràwi, 139.
— er-Roùmi(Aboû-Habib), 297.
— b. Yan'am, 60.
-En-Nad'r b. Haf(*, 105.
Nakoùr, 132, 246-255, 260, 278,
297, 377.
Naples, 277.
En-Nawfeli ('Ali b. Mohammed b.
SoleymAn), 97.
En-Neddjàr Koûmi, 420.
• NedjA b. Merin, 71.
Nefoûsa, 2, 155, 172, 173, 266-
268.
Nef ta, 403, 413.
Nefza, 78, 288, 304.
— b. LAwi, 71.
NefzAwa, 126, 242, 384.
Nègres, 370. Cf, Soldats nègres.
NemAla b. Merin^ 71.
Nesim, le page, 272.
Nez' m el-cfjomàn, 89.
Nicéphore, 10, 114, 157.
Nicotera, 461.
Nil, 433, 441.
Nizàr b. HammAl MezAti, 239.
— b. Ma'add, TObeydite, 427.
— b. el-Mo'izz, rObeydite, 322,
333 et s., 364.
— b. el-Mp'izz b. BAdis, 407,
411, 412, 444.
En-No'aym b. Kennoûn, 383,
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- 511 -
Noçayr b. Çàlih, Hbàdite, 96.
Noir, couleur des Abbasides, 73,
418.
Nok'oûcï, 159. "
Normands, v. Madjoùs.
Nuit imâmienne, 421.
Oasis, 269, 271.
Aboù 'Obda (<Abda <?) b. 'Okba, 33.
'Obeyd Allah, le Mahdi, 171, 187,
206, 209 et s., 217 et s.,
298, 312, 422 et s., 480.
— b. Çàlih b. Sa'id, 251.
— b. el-Habhâb, 49 et s., 478.
— b. Idiis b. Id ris, 304.
— b. Khàlid b. Çàbi, 43.
— b. Mohammed b. 'Isma'il,
219.
— b. Yahya b. Idris, 289.
'Obeyda b. <Abd er-Rahmân Sola-
mi, 47 et s., 478.
Obeydites, 163 et s., 413 et s., 419
et s., 430, 433, 480.
Ochmoùneyn, 258.
'Oddat el-'Azi/, billàh (El-Mançoùr,
Ziride), 350 et s.
Aboù'l-Odhneyn, voir Ahmed b.
Ibrahim b. Kàsim.
'Okba b. el-Haddjàdj Seloùli, 49-52.
— b. Kodàma, 48.
'Okba b. Nàfi< Fihri, 2, 13 et s., 17,
36, 293, 478.
'Okkàcha, le çofrite, 59 et s.
'Olayya, 296.
'Omar b. <Abd Allah Moràdi, 49
et s.
— b. <Abd el-'Azîz, khalife,
44, 45.
'Omar b. Hafç Mohallebi, 85> 479.
— - b. Hafçoûn, 340.
— b. Idris b. Idris, 305, 306.
— b. el-Khattàb, 2, 192, 208:
— b. el-Mo'izz, 451.
— b. 'Othmàn, 88.
Omeyyades, 56, 64-68, 337, 349, 371
et s., 478.
Oran, 183.
Ordalie de patience, 263.
Oria, 271.
Orthographe (question d'), 137.
'Orwa b. el-Welid Çadafi, 63.
Ibn 'Orwa, 216.
'Othmàn, le khalife, 3, 4, 8, 13.
— b. 'Affàn,371.
'Othmàn b. Korhob, 132.
— b. Aboù Nis'a, 47.
— b. 'Okba, 33. •
— b. Sa'id b. Idris, 249.
— b. Sa'id Moslim, 220.
Oulili, 97, 304.
Oumm Mellàl, 387, 389, 398, 405.
— el-'Oloû, 406.
Ounitàt b. Làwi, 71.
Ourfedjoùma, 77 et s., 80.
Ouriba, 71. Cf. Awreba.
Ourika, 71.
Oursetif, 71.
Benoù Ourtedi, 252, 446.
Ourtid, 288.
Benoù Ouryàghal, 249.
Outelkàta, 397.
Outelkàti, 368.
Ouzdàdja, 71.
Ouzekkoùr, 291.
Pain renfermant un message, 28.
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- 512 -
Palerme, 133, 134, 143, 148, 149,
152, 153, 157, 161, 175.
Palestine, 39, 99.
Parasol, 300.
Parenté de lait, 27.
Passereau égorgé par Moûsa b.
Noçayr, 33.
Patients,^.
Pèlerinage, 164, 265, 384. .
Peste, 63, 132, 150, 243, 257, 258,
269, 278, 380.
Phare d'Alexandrie, 107.
Phénomènes, 160, 259, 347, 401, 412.
Pierre noire de .la Ka'ba, 320,
426, 428.
Pigeons voyageurs, 228, 238.
Pluie de pierres, 402.
Poison ,foudroyan t, 1 61 .
Pont de Kayrawàn, 135, 146.
Porc, 264.
Prédictions, 56, 318, 319, 458.
Présages, 60, 166, 167, 229.
Prière (formule d'appel à la), 207,
324, 330.
Prison privée, 121.
Prix, 376, 380, 387, 416, 460.
Le Prophète, 1,3, 292.
Proverbes, 265, 271.
Psaumes de David, 40.
Quartier K'ayrawànien, 304, 306,
346.
— Andalous, 306-308, 346.
Quint, -50.
Ràchid, émir du Gharb, 112.
— client dldris, 304.
— le nègre, 203.
Er-Ràchid billàh (Hasan b. Dja<-
far), 385.
Benoù Ràchid, 288.
Er-Ràd'i b. 'Içàm, 294.
Ràfi< b. Mekken, 459.
Ràûdites, 409, 441.
Er-Rakik (Aboû Ishàk Ibrahim b.
el-Kàsim), 11, 37, 53, 57, 73, 86,
94, 97, 98, 107, 178, 314, 350, 360,
380, 392, 394, 395, 402, 406.
Er-Rakka, 113, 234.
Rakkàda, 152, 158, 162, 163, 172,
185, 189, 194, 196, 201, 202, 204,
2p5, 210,218,225,245, 299, 314.
Ramla, 243, 332, 336.
— de Mehdiyya, 274.
Rat du bassin, 341.
Rawh b. Hàtim b. Kabiça, 96, 99,
100,479.
— b. ZinbàS 34, 39.
Rebàh b. Ya'koùb b. Fezàra, 146.
Rebi< b. Hichàm Temîmi, 263.
— b. Soleymàrv, 307.
Rebi'a b. Thàbit Rakki, 90, 95.
Rechid b. Sa'id b. Idrîs, 249.
Redja le kàteb, 137.
— b. Haywa, 42.
— b. Aboù Kinna, 230.
Reggio, 175.
Aboù Rekwa, 380 et s.
Réservoir de K'ayrawàn, 146.
Rey, 114.
Reydàn Çaklabi, 378.
Ribàt Tàzâ, 98.
Rihàn b. «Ali, 267.
Benoù Riyàh, 434 et s., 441, 445,
447,45*1.
Rob', 460.
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- 513 ~
Ibu Rochd (AboiVl-Welid Moham-
med b. Ahmed), 461, 465. #
Rodjàr, le livre de, (= Edrisi), 72,
288.
Roger de Sicile, 460, 462, 471.
Ibn Rodmir, 464, 465.
Romani, 452.
Er-Romàniyya, 311.
Benoû Rostem, 209, 210.
Roùm, 11, 13, 14, 19, 21, 24, 79, 93,
114, 115, 196. Cf. Chrétiens.
Rubis, 292.
Sa'àdet Allah b. Hàroùn, 251, 252.
Ibn Sa'doùn (Aboû <Abd Allah Mo-
hammed), 315, 419, 430.
Sàhel de Tunisie, 126, 163, 197, 231.
Sa'îd, page d'El-Moz'affer, 344.
— b. Çàlih b. Sa'id, 246, 247,
251 et s.
— b. Cheddàd, 91.
— b. ech-Cheykh Ichbili, 341.
— b. el-Haddàd (Aboû <Oth-
màn), 423.
— b. Hakmoûn, 262.
— b. Hichàm Maçmoûdi, 328.
— b. Idrîs b. Çàlih, 132, 248,
249.
— b. IshAk, 197.
— b. Khazroùn Zenàti, 358,
362.
— b. Mas'oùd Todjibi, 44.
— b. Mohammed b.Çabîh , ,242.
— ez-Zerràd, 31Q.
Aboii Sa'îd ed-D'ayf, 245, 246, 256.
Cf. Moûsa b. Ahmed.
Sàkiyat Mems, 20, 204, 205.
Salerne, 277.
Sàlim b. Ghalboùn, 140, 141.
— b. Aboû RAchid, 246.
— b. Sawàda, 84, 118.
Es-Sainh' b. Màlik Khawlàni, 45.
Santa Agata, 267.
Santa , Se verina, 157.
Sardaigne, 64, 70, 120.
Satin, le devin, 325.
SawAda, le chrétien, 161.
— b. Mohammed b. KhafAdja,
157, 159.
Sawwàr, 455.
Sebiba, 125.
Seboù, 55.
Es-Sebr, 428.
Sent, descendant de SAm b. Noûh,
292.
. Sedàk, 130.
Benoû SeddArata, 71.
Sedjoùma, 33.
Sedrata, 377.
SelA, 39.
Selàma b. 'Isa, 361.
Aboû Selàma [Hafç b. Sol ey m An]
el-KhallAl, 69.
Ibn Selboûn, 440.
Sellak'ta, 319.
• SelmAn Fàrisi, 221.
§emdjàn, 71.
Semghoûl b. el-Mo'tazz, 298.
Semghoùn (Semkoû) b. WAsoùl,
91, 215.
Semindja, 75.
Serment (formule de), 221.
— cinquantenaire, 151.
Service militaire, 171, 186.
Séville, 338.
Seyf ed-Dawla Hosèyn b. <x\li, 403.
33
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- M4 -
Seyyàrb. <Abd el-Wahhàb, 281.
Es-Seyyid eç-Çaghîr, 210.
Seyyidiyya, 207.
Sfax, 445, 447, 448, 451, 456, 457, 471.
Si b. Doukàn, 230.
Sicile, 10, 12, 24, 35, 46, 50,.52, 64,
70, 128, 131-135, 142-147, 150,
152, 153, 156, 157, 159, 161, 171,
174-176, 179, 192,-223, 235, 244-
246, 267, 270, 271, 274, 277, 300,
311, 349, 360, 380, 400, 461, 470,
471.
Sidjilmàssa, 39, 80, 91, 120, .135,
136, 187, 209, 210, 212, 214 et s.,
263, 297 et s., 322 et s., 336, 337,
350, 353, 373, 374, 378, 423, 447.
Sidonia, 327.
Sim'àn b. «Amr, 120, 121.
Sinàn, 295.
Sind, 69, 94, 99.
Slrâdj el-hoda, 226.
Sitt el-Moik, 404.
Slaves, 251.
Sobeytala, v. Suffetula.
Sodomie, 296, 421.
Sofyàn b. 'Oyeyna, 1, 183.
— b. Sawàda, 126.
Aboù Sofyàn, juriste, 322.
Sohnoùn (<Abd es-Selàm b. Sa'id
b. Habib), 137, 140, 141, 143, 157,
184, 197, 212, 223, 224, 243, 255,
259, 276, 286.
Soldats nègres, 154, 161, 163, 206,
349, 358, 364, 397, 399, 407, 408,
435, 438. Cf. nègres.
Benoû Soleym, 445.
Soleymàn b. <Abd Allah b. Hasan,
68, 303.
Soleymàn b. 'Abd el-Melik, khalife,
40-44.
— *b. <Ali, r Abbaside, 70.
— b. Hafç el-Ferrà, 156. '
— b. el-Hasan Karmati, 320.
— b. 'Imràn b. Aboû Hàchim,
145.
— b. 'Imràn le kâdi, 149, 150,
153, 156,
" — b. Kàfi, 257.
— b. Aboù'l-Mohàdjir, 55.
— b. Yezîd, 96.
— b. Ziyàd, 76.
AboiVs-Someyda', 224.
Sort, 80, 237.
Soudan, 49, 362, 382, 410.
Soûk Ibrahim, 273.
— 'Okkàcha, 345.
Sourates, dites longues, 169.
Soùs, 38, 51 ; — el-Adna, 35 ; — el-
Akça, 49, 98, 279.
Sousse, 10, 135, 202, 206, 240, 245,
265, 317, 417, 445, 450, 456, 477.
Souweyka, 286.
Station des épreuves, 394.
Succession, 221, 272.
Suffetula, 4, 7, 8.
Syracuse, 35, 128, 131, 143, 148-
150, 152.
Syrie, 113, 322, 336, 385, 420, 421,
428.
Syriens, 54 et s., 107 r 225.
Tabari, 11, 13, 89, 113, 234, 268.
Tabaristàn, 99, 114.
Tabarka, 76.
Table de Salomon, 37, 40.
Tàdela, 313.
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— 515 -
Tàhert, 53, 81, 86, 106, 209-211,.
213, 214, 222, 230, 242, 246, 2*7,
253, 263, 266, 269, 272, 276, 279,
283 et s., 295, 353, 359, 367, 369,
373!
Aboù't-Tàhir b. ez-Z'àhir, le fati-
mide, 405.
— \f. el-Mo'izz, voir Temim.
Ibu Taliir, 117.
Aboù Tàlib le MoMazelite, 378.
Ibn Taloùt Koraehi, 301.
Benoù Tàloùt, 113.
Tàma'zà, 326.
Tàmedît, 389, 390, 391.
Tàmelit, 305.
Tamesna, 58, 313, 325, 378.
TàmghAlet, 276, 288.
Tanger, 4, 17, 35-37, 39, 49 et 's.,
53, 84, 97, 129, 305, 346, 372.
Taormine, 153, 159.
Tàourghà, 172.
Tarh'oùn, 108.
Tarif, 57, 58, 325.
Tarifa, 58.
Tàrik b. Ziyàd, 35 et s., 40.
Tarsoùs, 324.
Tàsedjalt, 322.
Et-Tawàhin, 333.
Tawzer, 198, 199.
Tayyib b. Ismà'il el-Hàdin, 218,220.
Techrik, 209.
Teboùda, 18, 86.
Temim b. el-Mo'izz (AboùVTàhir),
415, 417, 444-454, 480.
— b. Yoùsof, 465.
Temmàm, 166.
— b. Temim Temimi, 108 et
s., 479.
Temzît b. D'ari, 71.
Ténès, 152, 224,,225.
Teràmîh', 168.
Terbiya, 279.
Teriolo, 280.
Ternoftr, 319.
•Tesoûl, 341, 377.
Tetuan, 322, 323.
Tbabir, 212.
Thàbit (janbà^i, 63.
Tha'leba b. Mohàrib, 309.
— b. Selàma «Amili, 57.
Thawàba b. Selàma, 66.
Et-Thawr, 224.
Tliemel, le page, 258.
ThéodoFe, roi Goth, 293.
Tikîsâs, 279, 323.
Timeamàn, 248, 252.
Benoù Timsàmàn, 248.
Tindaro, 135.
Tlemcen, 64, 70, 84, 89, 288, 303,
304, 373, 377, 378, 460.
Tobna, 86, 89, 91, 178, 182, 189, 191,
193, 272,276, 358, 362, 364, 368.
Ibn et-Tobni, 192.
Tochfjàrl (dinar), 415.
Tokyoùs, 126, 277, 278.
Tolède, 40.
Tombeau du Prophète, 428.
Tonbodha, 127.
ToùlàlA, 377.
Tous, 116.
Tremblement de terre, 107,349, 455.
Trésor, 341.
Tripoli, 2, 4, 17, 54, 67, 79, 80, 85,
88, 89, 91, 105-108, 116, 126, 154-
156, 163, 172, 202, 203, 206, 227,
234, 236, 257, 267, 268, 300, 301,
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- 516 -
335, 370, 371, 378, 379, 382, 403,448,
470.
Tunis, 24, 31, 49, 59, 62, 63, 74, 75,
84, 85*, 88, 101, 102, 108, 113, 122
et s., 132, 141, 162, 163, 171, 184,
197, 446, 451, 466, 471 et s.
Turban, 327.
Turcs, 367, 450.
Vers, 9, 48, 84, 90, 92, 94, 95, 99,
110, 112, 114, 130,' 133, 159, 160,
185, 194, 195, 201, 211, 212, 221,
222, 234, 252, 254, 260, 261, 275,
286, 288, 289, 296, 297, '299, 309,
312, 313, 317, 319, 328, 343-346,
356, 392, 409, 412, 417, 436, 437,
440, 443, 449, 453, 458.
Vers cucurbitains, 425.
Vin, 45, 65, 101, 136, 138, 206, 244,
264, 299, 421, 468.
Wàçiliyya, 328.
Ibu Wad'd'àir, 292.
Waddàn, 82.
WàdiVAdhara, 26.
— Berbàt, 327.
— el-Kac-çàrin, 117, 357.
— el-Malh\ 317.
— Mat mata, 273.
— Nefis, 304.
— Seboù, 130.
— Wargha, 130, 345.
— ez-Zeytoùn, 96.
Wàdlh, client de Cali.li, 97.
— Megbàri, le page, 372-374.
Aboù'l-Wahab b. «Amr, 233.
Wabb b. Meherra Hadjari, 292.
Ibn Wabb, 1.
El-Wâhida ica'l-nioa'nisa, 226,
Wàkidi, 42.
Wancbericb, 263.
Wànoùdin b. Khazroùn, Ifreni,
374.
El-Warràk, v. 'Abd el-Melik b.
Moûsa.
Wargha, 345. •
Wàrkenfoù, 350.
Warroù b. Sa'îd, 358, 382-384, 395.
Wàsoùl b. Ibn Midràr, 215.
Benoù Wekil, 328.
El-Welid b. 'Abd el-Melik, 30, 31,
34, 40, 41, 248.
— b. Hichàm (Aboû Rekwa),
380-382.
— b. <Or\va, 69.
'— b. Yezid, 61, 65.
Ibn AboùM-Welid, 197.
Benoù Yaghmoràsen, 70.
Yahya b. 'Abd Allah b. Hasa'n, 97,
101, 303.
— b. 'Ali b. el-Andalosi, 378,
379.
— b. 'Awn b. Yoûsof, 225.
— b. el-'Aziz billàh, hammà-
dite, 464, 466.
— b. Çoùlàt, 71.
— b. Ghàniya, 477.
— b. Ibrahim b: Kàsim, 340.
— b. Idris bî Idris, 305.
— b. ldrîs b. «Omar, 260, 307.
— b. el-Kàsim b. Idris, 306,
307.
— b. Khàled Barmeki, 93.
— b. Khalifa Milyàni, 336.
— b. Mohammed b. 'Ali, 69.
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- 517 -
Yahya b. Moùsa, 105, 106.
— b. Selama Kelbi, 46.
— b. Temim b. el-Mo'izz, 450,
454 et s., 480.
— b. Yahya b. Mohammed,
305.
Aboù Yahya b. Karyâs Hawwàri,
91.
Ya'koùb b. Aflair, 284.
— b. Dàwoùd, vizir, 93.
— b. Ishàk, 301.
— b. Lebib, 89.
— b. Yahya, poète, 133.
— b. Yoùsof b. Killis, 348.
Yakt'în b. Moùsa, 106.
Yakz'àn b. Aboû'l-Yak'zân, 209,
284.
Ya'la b. Faradj, 386, 387.
— b. Ibrahim Arkochi, 443.
— b. Mohammed Ifreni, 285.
— Zenâti, 377.
Yànis, le vizir, 432.
El-Yasa' b. Aboù'l-Kàsim, 120.
— b. # Meymoùn b. MidràY, 217.
— b. Midràr, 210, 212, 214.
— b. Semghoùn, 216.
Yeçel b. Haboùs, 281, 284, 295.
Yémen, 420.
Yéménites et Mod'arites, 66.
Ibu Yeser, 209.
El-Yetim, 255.
Yezid b. <Abd el-Melik, 45, 46.
— ■ b. Hàtim Mohallebi, 82, 87-
95, 100, 269, 479.
— b. el-Mohalleb, 41.
— b. Aboù Moslirn, 45, 478.
— b. Oseyd b. Soleym, 90.
— b. el-Welid, 61, 62.
Aboù Yezid Makhled b. Keydàd,'
277, 311, 312 et s.
Ibn Yezid, 197.
Youlyàn, 293.
Yoùnos, juriste, 259.
— b. <Abd el-A'la, 287.
— b. Elyàs, 326 et s.
Aboù Yoùnos, 241.
Yoùsof b. <Abd Allah, le kàteb,
353 et s.
— b. <Abd Allah b. Moham-
med, 360.
— b. <Abd er-Rahmàn Fihri,
66, 67, 70, 378.
— b. 'Amir, 371.
— b. Aboù Haboùs Çanhàdji,
385 r 389, 394, 395.
— g b. Hammàd Çanhàdji, 313.
— Keznà'i, 377.
— b. Mohammed b. Aboiri-
«Arab, 382.
— b. Aboù Mohammed, 357,
359 et s., 362, 363.
— b. Tàchefîn, 376, 377.
Yoùsof b. Yahya Moghàmi, 280.
Yoùsof b. AboùM-Yakz'àn, 284.
— b. Ziri Bologgin, 332 et s.,
346 et s., 440, 480.
Zàb d'Egypte, 56.
— d'Ifrik'iyya, 56, 60, 84, 85, 87,
100, 109, 111, 140, 156, 175, 232,
278, 312, 377, 411.
Aboù Za'bel b. Hichàm, 350.
— Za'bel (canton d'), 387.
Zaghwàn, 32.
Ez-Zàhir, le fatimide, 401, 403, 404,
410, 429.
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- 518 -
Aboù Zàki Temmàm, 209, 210, 227
et s.
Zawàgha, 136, 248, 282, 288, 290,-
304.
Zàwi b. Mennàd, 348.
— b. Zirî (janhàdji, 348, 369,
401.
Zawila, 82, 449, 476.
Zedjidj b. Màdghis, 71.
Zemmoùr Berghawàti (Aboù Çà-
lih), 324, 327.
Zenàta, 33, 70 et s., 81, 222, 225,
227, 230, 252, 269, 288, 289, 313,
336, 347, 353, 358, 367, 370, 371,
376, 381, 382, 391, 395, 409-412,
445, 447.
Aboù Zenboùr b. 'Ali, 258.
Zerwàl b. Nacr, 352.
Zeyd b. Sinàn Zenàti, 328.
Zeydàn, 302, 378.
— b. Ismà'il Azdi, 193.
Ez-Zeytoùn, 103.
Ziri b. 'Atiya Zenàti, 353, 359, 367,
370, 371, 372, 374, 395.
Ziri b. Felfoul, 374.
Ziii b. Mennàd (janhàdji, 313, 440.
Benoù Zirî, 348, 364.
Ziyàd b. Khalfoùn, 209, 260.
— b. Sahl (Ibn eç-(jaklabiyya),
118, 120.
Benoù Ziyàd, hawwàiites, 343.
Ziyàdet Allah b. Aboù'l-Abbàs'Abd
Allah Aghlabi, 179 et s.
— b. <Abd Allah b. Ibrahim,
233, 243, 244, 269, 479,
480.
— b. Ibrahim, 116, 118-136.
— b. el-Kodeym, 335.
— b. Mohammed b.el-Aghlab,
147, 480.
— b. Sa'id b. Idris, 249.
Ez-Zobeyr b. Bekkàr, 94.
Ibn Zobeyr (<Abd Allah), 67, 320.
Benoù Zoghba, 441, 447.
Zoheyr b. Kays, 18 et s., 478.
Zor'a b. Aboù Modrik, 35, 36.
Aboù Zoràra, 302.
Ibn Zoràra, 233, 243.
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ADDITIONS ET CORRECTIONS
P. 46, 1 3 Usez « ... p rés ence, [P. 35] son acceptation... „.
P. 54, J. 21, / W5 r «... <Okba GMfari ».
P. 66, 1. d., supprimez ni.
P. 67, 1. 1, Zise.- ni luttes.
P. 85, 1. 17, au lieu de « [P. 28] », lises « [P. 65] ».
I*. 108, 1. 20, Aboû'1-Arab ben Temim 4- <m u „ + ., . • . ,.
d'Ibn Farhoùn (ms 5032 de P.™. ' H»' ^ dUM n °' ice
P. 117, 1. 9, Z/^ (( McVmoûn ».
P. 132, I. 8 et n. 1, Usez « Nakoûr ».
P. Ib8, 1. 16, Uses « Dieu manifestera... ».
P. 169, 1. 4, lues « aux lieu et place ».
P. 192 15-7, la trad. Sauvaire porte (J. As., 188<> i iU\. „ v •
sj?t d ' or pour ,e « de -— «• ^'^r;:ii^
Wàsifi Azdi (ms am rie ^ \ W^ • r*'" ben lîe >' d * n
fait mourir en 292 ou 293, ié^cond I en 292 * "* ^^ le
P. 209, 1. d., et 210, ]. 1, Uses «YakVàn >,
p S' !" !; '^f« W <^™< « et-T-arzi ,,, voir p. 281, 1. 2.
P. 272, 1. 11, l tees « Ibn el-Andalosi(l) ».
P. 285, 1. 7 et 8, lises « Yeçel » et » Yerfd »
P. 305, 1. 7, lises « d'El-Habat' ».
', P. 311, 1. 9, lises « Er-Romàuiyya ».
j P. 330, n. 2, ajoutes « cf. ZDMG, 1887, p 53 »
\ P fnp' '' 5 9 en r baS ' '*":' " Ce ' UWà * aU " eu de « CRlui -i '»•
, P. i09, n. 2. Les notions indispensables concern-»nt Ip« tmah-.
• «traite, de Meerte, sont exposées dans ,a £?% ££, ^ 'p".?
P. 415, u., &*« « i 88 o, i, 438 ». ' •' p - "•
p "!' ,'• f," 6 '" n -' li 17 " f, ' agme,lt d ' U " ° UVrage ma » us <rit ».
x! 332,: Ç1 ' y ^ SÎtUé Cntre Mehdi ^ a «*«<« (Ibn el-Alhir,
Alger. - Imprimerie Orientale, P. F „», ana et c», rue d'Orléans, 29. _ W9M "
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